De Contag., lib. I, p
3. Dissert, de naliv. deque adv. romani cœli qualitatibus, p. 16. ..
ravages? Non. Il arrive avec un ou deux hommes à la fin de novembre. Le mal va grandissant ; réduit d'abord à quelques cas sporadiques, il devient ensuite épidémique, et si largement épidémique qu'il enlève des milliers de victimes à la fois. Comment cela? Par la contagion, et, comme le dit Mertens, par le contact avec les malades, avec les cadavres, avec les vêtements qu'on finit par enterrer, mais que la cupidité déterrait.
La contagion a donc, dans ce cas, le premier rôle, le rôle capital. Toutefois, les conditions de fatigues excessives et prolongées, d'alimentation mauvaise, insuffisante, d'encombrement, ne sont point sans action. Elles constituent un milieu tout préparé pour l'extension et la propagation de l'épidémie. La contagion joue le rôle l'étincelle, et le milieu n'est que l'amas de poudre qui attend cette étincelle pour faire explosion. Nous pourrions multiplier les exemples. Nous pourrions montrer comment le choléra reste endémique dans l'Inde ; comment il est importé par contagion de Europe, et produit surtout ses ravages dans les milieux misérables et malsains.
Il est une classe de maladies, dont il sera uniquement question dans ce chapitre, qui évoluent d'une façon toute spéciale ; qui naissent dans un foyer, plus ou moins restreint d'abord; qui peuvent se propager ensuite par des modes de dissémination variables et frapper les habitants de toute une contrée ou de tout un continent ; qui, après avoir exercé ces ravages, s'éteignent ensuite, complètement ou imparfaitement, pour renaître plus tard^ quand les conditions seront de nouveau favorables à leur éclosion et à leur dissémination. A tous ces caractères on a reconnu la classe des maladies infectieuses et contagieuses. Les anciens, frappés de leur allure en apparence si étrange, leur avaient attribué un caractère spécial de mystère et d'obscurité, aliquid obscurum et divinum. La science moderne, mieux avisée, a déterminé d'une façon rigoureuse la genèse et le mode de propagation de ces maladies, et, en les dépouillant du voile mystérieux qui les enveloppait, elle nous a appris à les prévenir et à les mieux combattre.
Par maladies infectieuses on désigne des maladies produites à la suite de l'imprégnation, de Vinfection de l'organisme par certains parasites et par les poisons qu'ils émettent. Ces parasites sont doués du pouvoir de se reproduire et de se multipher. De là un mode de dissémination tout spécial de ces maladies, qui procèdent le plus souvent par endémie ou par épidémie; de là aussi une symptomatologie, une marche particulière, un ensemble, en un mot, de caractères qui en font une classe de maladies à part.
Ce qui les distingue tout d'abord, au point de vue étiologique, c'est la spécificité. Une maladie est dite spécifique quand elle ne naît que sous l'influence d'une cause unique, nécessaire et suffisante pour la déterminer, et quand cette cause ne saurait amener d'autre maladie que celle en question. C'est ainsi que la syphilis, la variole, ne peuvent prendre naissance que par la contamination d'un individu par le virus syphiHtique et variolique, et par nul autre agent; inversement, l'inoculation du virus syphihlique ne pourra engendrer que la syphilis ; celle de la variole, la variole uniquement, etc. Ces maladies reconnaissent donc une cause unique et constante qui, seule, est capable de les engendrer. Mais quel est cet agent spécial? quel est son principe, sa constitution et son origine?
De tout temps on a eu une tendance marquée à attribuer l'origine des maladies infectieuses à un contage animé, à des organismes inférieurs vivant en parasites chez les sujets infectés. La découverte des infusoires par Leuwenhoieck parut
donner une base sérieuse à ces simples vues de l'esprit, et la doctrine parasitaire fut acceptée, sans restriction, par Kircher, Lancisi, Réaumur et Linné.
(( Le pestiféré, dit Athanase Kircher, a bien vite acquis une putridité au cours de laquelle se produisent des vers; les vermicules propagateurs de la peste sont si petits, si ténus, si subtils, qu'ils échappent aux sens et ne se voient que sous le microscope. On dirait des atomes. Je les ai trouvés dans le sang, dans le pus de bubons et les ai fait voir à Placentius. Ils se multiplient avec une telle rapidité qu'ils sont innombrables. Une fois produits ils sortent par tous les orifices et tous les pores. Ils sont portés partout. Ils croissent sur les linges, les vêtements, les tapis, les meubles, les vases, les plats, etc. Les animaux domestiques, chats, chiens, peuvent les transporter. Ils peuvent être introduits par les aliments et les boissons. »
Langius, en 1659, a reconnu dans la fièvre puerpérale des vermicules. Il pense qu'il existe des animalcules de même nature dans la variole, les fièvres pétéchiales et d'autres affections. Andry, Linné et son élève Nyander, Plenciz soutinrent des opinions analogues au milieu du dix-huitième siècle.
Le succès de cette hypothèse, qui attribuait la contagion à l'intervention d'êtres animés, fut éphémère. L'imperfection des instruments de recherche dont disposaient à ce moment les médecins et les naturalistes ne les mettaient pas à même de déceler les agents microscopiques auxquels sont réellement dues ces maladies.
Une nouvelle période plus féconde en résultats a eu pour point de départ les recherches du naturaliste italien Bassi sur la muscardine (1855). Bassi montra qu'une maladie très contagieuse des vers à soie avait pour origine des champignons. Ces recherches de Bassi furent grosses de conséquences. Henle émit l'idée que les maladies humaines contagieuses avaient semblable origine; avec Hannover, StiUing, Remak il étudia les conditions de reproductions de certaines maladies animales causées par les conserves. C'est à cette période que furent découverts les champignons du muguet (Berg et Robin), de la teigne faveuse (Schœnlein), de la teigne tondante (Gruby et Malmsten). A la même époque la gale, considérée par beaucoup d'auteurs comme une maladie générale, était définitivement attribuée à un parasite animal, Vacarus scabiei^ déjà entrevu dans le courant du siècle dernier. Un certain nombre d'auteurs crurent le moment venu pour soutenir de nouveau l'idée de la nature animée des coulages.
La question fut reprise, avec plus de curiosité et de passion que de véritable science, par Raspail, dont les exagérations compromirent singulièrement la doctrine. Celle-ci était presque totalement tombée dans le discrédit, quand les belles recherches de Pasteur sur les fermentations vinrent introduire dans le problème un élément nouveau et décisif. Il démontra que l'air atmosphérique est le réceptacle d'une infinité de germes vivants qui, par leur prolifération et leur multiphcation si active, déterminent les phénomènes de fermentation et de putréfaction. De là à l'idée, déjà anciennement présentée par Van Helmont, que les maladies infectieuses et contagieuses de l'homme ne sont elles-mêmes que des zymoses, il n'y avait qu'un pas, et l'on peut dire qu'aujourd'hui la pathologie animée est définitivement et scientifiquement établie.
En effet, au point de vue théorique, il n'y a guère que l'hypothèse d'un élément vivant, quelle que soit sa nature, qui puisse rendre compte de la puissance de reproduction inimitée qui caractérise les agents pathogènes de ces maladies.
Du reste, ce n'est pas seulement sur le raisonnement et sur les considérations théoriques que se base la doctrine des zymoses ; un grand nombre de faits bien établis sont là qui prouvent que tel ou tel organisme inférieur est la cause nécessaire et suffisante pour la production de telle ou telle maladie. G est ainsi que les recherches de Davaine, confirmées par celles de Brâuell, de Vulpian, de Raimbert, ont montré que le charbon coïncide avec la présence dans le sang des filaments allongés du bacillus anthracis.
Dans la suite la découverte de la spirille du typhus récurrent par Obermeier ; du bacille de la lèpre par Hansen ; des bacilles de la tuberculose et du choléra par Koch ; de ceux de la diphtérie et de la morve par Lôffler; de celui de la fièvre typhoïde par Eberth et Gaffky ; du pneumocoque par Talamon et Frânkel ; de l'hématozoaire de l'impaludisme par Laveran; du bacille de la peste par Yersin et Kitasato, etc., a étabU sur les bases les plus solides la conception de l'origine animée des maladies contagieuses. S'il reste encore des lacunes dans les notions étiologiques que nous possédons sur certaines de ces affections, si les agents pathogènes qui provoquent les fièvres éruptives, la syphihs, ne sont pas encore déterminés, il n'y a cependant pas heu de douter de leur nature parasitaire.
Ces notions, nous le répétons, sont non seulement intéressantes au point de vue doctrinal, mais leur portée prophylactique et thérapeutique n'est pas moindre, et c'est à ce point de vue surtout qu'elles regardent l'hygiéniste. Maintenant que nous savons que le choléra ne peut dériver que d'un germe cholérique ; que la peste ne provient jamais que de la peste ; que la fièvre jaune demande toujours l'importation du germe de la fièvre jaune; maintenant que nous n'acceptons plus l'origine banale de toutes ces maladies, et que nous nous refusons à admettre que l'usage des fruits malsains engendre le choléra ; maintenant que nous nous appuyons sur ces notions précises de spécificité, nous savons mieux prévenir ces maladies et nous opposer à leur propagation. Les mesures de désinfection, la surveillance médicale des foyers d'origine de ces grandes maladies infectieuses et de leurs modes d'importation, s'imposent actuellement à l'esprit de tout médecin instruit, comme une nécessité tout aussi flagrante que celle de surveiller les progrès de la syphihs, par exemple. Sans la notion de la spécificité (et celle du contage animé s'y rattache étroitement), la police sanitaire perdrait toute raison d'être logique, toute base scientifique, toute conviction, et partant toute autorité.
En thérapeutique, l'importance de ces données est tout aussi considérable. Depuis que l'on connaît mieux l'origine parasitaire des maladies transmissibles, des méthodes thérapeutiques nouvelles ont surgi. La sérothérapie ne compte plus actuellemeut ses succès, non seulement au point de vue curalif, mais encore au point de vue préventif.
Après avoir ainsi passé en revue les interprétations successives de la contagion et avoir indiqué par quel processus on explique actuellement la transmission des maladies infectieuses, nous devons nous étendre sur les différents modes de la contagion et sur les conditions nécessaires pour qu'elle se réalise.
La contagion est dite directe lorsqu'elle procède du contact immédiat avec un sujet atteint d'une maladie transmissible ou avec le cadavre d'un individu qui a succombé à cette affection. Tel est le moyen le plus habituel de transmission dans la rougeole, dans la grippe, dans le typhus par exemple.
La contagion indirecte suppose pour le transport du contage l'intervention d'un intermédiaire entre Torganisme contaminant et l'organisme infecté. Il s'agit alors parfois d'êtres animés : l'homme sain peut transporter et transmettre le contage sans être atteint lui-même, que l'agent morbide soit resté attaché à ses doigts ou à ses vêtements, ou qu'il ait pénétré son organisme et qu'il y persiste sans provoquer des modifications pathologiques. Nous verrons qu'on a constaté l'existence de bacilles cholériques dans les selles, de bacilles diphtériques dans la gorge de sujets qui s'étaient trouvés en contact avec des malades atteints de choléra ou de diphtérie, mais ne présentaient aucun trouble de la santé.
En dehors même des zoonoses, des animaux peuvent également servir d'agents de transmission; les insectes particulièrement jouent un rôle important dans la dissémination des maladies contagieuses ; les mouches transportent le bacille de la tuberculose, les puces le bacille de la peste, les moustiques l'hématozoaire du paludisme, les embrvons de la filaria sanguinis hominis^ et peut-être le parasite de la fièvre jaune.
Beaucoup plus ancienne est la notion de la transmission indirecte des maladies par des objets inertes : linges, vêtements, hterie, meubles, tentures, marchandises, planchers et parois des locaux infectés, poussières, etc. C'est principalement par ce mode de contagion que se multiplient et se disséminent la variole, la scarlatine, la diphtérie, la peste, etc.
Les différents éléments, la terre, l'air, l'eau contribuent à la conservation et à la dissémination des agents pathogènes de la plupart des maladies contagieuses. Seul le feu détruit tous les germes. Mais on sait combien certaines bactéries, celles du tétanos, de la septicémie gazeuse, du charbon, de la peste entretiennent aisément dans le sol leur vitalité et leur virulence. L'air, que Ton considérait autrefois comme le véhicule par excellence du principe des affections transmissibles, semble jouer un rôle beaucoup moins considérable que celui qu'on lui attribuait. Les microbes entraînés dans l'atmosphère avec les poussières desséchées, avec les particules de produits de sécrétions ou d'excrétions projetés autour des malades, ne paraissent avoir qu'une faible survie et ne peuvent guère être ainsi transportés qu'à des distances très Hmitées. Au contraire le rôle que joue Feau dans la dissémination des maladies contagieuses est aujourd'hui considéré comme capital. C'est par l'eau d'alimentation que dans un grand nombre d'épidémies les germes de la dysenterie, de la fièvre typhoïde, du choléra ont pu pénétrer et infecter les voies digestives, et la fréquence de ce mode de contagion est actuellement si bien reconnue que, dans toute enquête sur le point de départ d'une épidémie de l'une quelconque de ces trois maladies, on se préoccupe d'abord de déterminer la possibihlé d'une origine hydrique, et qu'on ne connaît pas de moyen plus efficace de mettre les populations à l'abri des atteintes de ces trois affections que de leur assurer une aUmentation d'eau potable dépouillée de tout germe nocif.
Pour que la contagion se réalise il faut que deux facteurs indispensables se trouvent réunis : d'une part la présence du contage et sa pénétration dans l'organisme qu'il doit infecter; de l'autre, un état de réceptivité favorable de l'organisme, qui est envahi par le contage. En deux mots, la graine et le terrain sont à la fois nécessaires.
La graine d'abord doit remplir certaines conditions nécessaires. Il faut que les
MALADIES INFECTIEUSES ET CONTAGIEUSES EN GÉNÉRAL 87 germes se trouvent en quantité suffisante pour provoquer l'infection. On sait que des bacilles de Koch, injectés sous la peau d'un coba}e, ne provoquent plus ni chancre tuberculeux, ni adénopattiie, s'ils n'atteignent pas un nombre déterminé. La qualité du contage présente aussi une importance capitale; il faut que sa vitalité soit bien conservée, que sa virulence ne soit pas affaiblie. Certaines symbioses microbiennes seraient parfois indispensables pour que le contage puisse réaliser rinfeclion; c'est du moins ce qu'ont prétendu Blachstein et Zumpf, Metchnikoff pour le choléra. Les modes de pénétration du contage, favorables à l'infection, varient avec les maladies; il faut le plus souvent qu'il envahisse les voies aériennes pour provoquer la rougeole; le tube digestif pour déterminer la fièvre typhoïde, la dysenterie ou le choléra, qu'il soit inoculé sous la peau pour qu'apparaisse le tétanos, la malaria ou la peste.
Les voies par lesquelles le contage quitte Torganisme au cours des maladies transmissibles ne sont également pas toujours les mêmes : il est entraîné par les produits de sécrétion de la cavité bucco-pharyngée dans la scarlatine et dans la rage, par ceux des fosses nasales dans la morve, par les excréta utéro-vaginaux dans la fièvre puerpérale.
La période de la maladie, pendant laquelle l'agent virulent est principalement émis, est aussi essentiellement variable. La rougeole est contagieuse dès l'apparition des premiers symptômes pathologiques et peut-être même auparavant, mais elle ne l'est plus guère alors que l'éruption s'efface; la scarlatine est surtout transmissible à la fin de la période d'état.
Entre le moment où le principe infectieux est absorbé par l'économie et celui où les premiers effets de la maladie se manifestent, il s'écoule un certain temps pendant lequel le sujet contaminé demeure en apparence entièrement sain; c'est ce qu on appelle Vincubation. Il est probable que l'agent morbide exige ce temps pour se multiplier et impressionner l'organisme. La durée de l'incubation varie selon les diverses maladies ; elle peut n'être que de quelques heures pour la grippe ; elle est de huit à quinze jours pour les pyrexies exanthématiques, de trois à quatre semaines pour la syphilis; pour la rage elle peut dépasser une année.
Voyons maintenant quelles sont les conditions, plus ou moins favorables au développement de l'infection, que présente le terrain sur lequel le contage est ensemencé. Suivant l'âge de la vie l'être humain est plus ou moins prédisposé à certaines infections : l'ophtalmie blennorrhagique chez le nouveau-né, les entérites chez le nourrisson, les fièvres éruptives, la diphtérie, la coqueluche, les oreillons, les teignes dans la première et la seconde enfance, la tuberculose, le rhumatisme, la fièvre typhoïde, la méningite cérébro-spinale, la grippe, le choléra, la fièvre jaune, la peste, le typhus, la suette mihaire chez l'adulte, la pneumonie chez le vieillard.
Vis-à-vis des maladies infectieuses l'influence sexuelle est réduite au minimum . Il convient de rappeler cependant combien laccouchement, en dehors de l'infection puerpérale, facihte et aggrave certaines infections : la tuberculose, la scarlatine par exemple. On voit aussi que chaque retour de la menstruation peut réveiller la virulence du streptocoque dans Térysipèle dit à répétition.
Les influences professionnelles jouent un rôle beaucoup plus considérable. Celles qui exposent à l'inhalation des poussières (aiguiseurs, marbriers, porcelainiers, fondeurs, matelassiers, meuniers, fumistes, etc.) préparent le terrain à l'infection tuber-
culeuse. Les occasions de contamination sont plus fréquentes pour les palefreniers à la morve, pour les mégissiers au charbon, pour les blanchisseuses à la fièvre typhoïde ou au choléra, pour les ouvriers d'entrepôts de grains, où pullulent les rats, à la peste Certains climats sont nécessaires à l'éclosion de quelques-unes des maladies infectieuses les plus graves. La dengue, la fièvre jaune ne dépassent pas une latitude déterminée ; la suette miliaire semble être toujours restée cantonnée sur quelques points de TEurope occidentale.
Des conditions telluriques spéciales (régions basses et humides) sont nécessaires à Tapparition et à la persistance de la fièvre jaune et de l'impaludisme. On sait actuellement, au moins pour la malaria, qu'il y a là une question de répartition d'un insecte, véhicule nécessaire du contage, Vanopheles^ qui transporte et inocule l'hématozoaire du paludisme.
Chaque race présente une prédisposition particulière à certaines infections : les nègres à la tuberculose et au tétanos: la race jaune à la variole, à la peste, au choléra; la race blanche à l'impaludisme, à la dysenterie, à la fièvre jaune. Parmi les blancs la race anglo-saxonne est spécialement sujette à la scarlatine et parut autrefois seule sensible à la suette. Il est de notion courante que lorsqu'une maladie contagieuse est importée dans un pays où elle n'a pas sévi depuis longtemps elle se répand avec une rapidité extraordinaire et se signale par la gravité de ses atteintes. On peut donner comme exemple les invasions de la rougeole et de la scarlatine dans les îles Féroé.
De même certaines maladies infectieuses se développent plus particulièrement chez des sujets nouvellement arrivés dans un endroit où elles sont endémiques. C'est ainsi que la fièvre typhoïde, dans plusieurs grandes villes, à Paris par exemple, se montre surtout chez des individus y habitant depuis peu.
Certaines conditions générales placent l'organisme en état de réceptivité tout à fait favorable aux infections. On s'est accordé de tout temps à reconnaître le rôle très important de l'encombrement, de la misère, du surmenage, de la malpropreté, de la dépression morale dans la dissémination des maladies contagieuses.
C'est ainsi que la peste, le choléra, le typhus suivent les armées en campagne, accompagnent les famines ; que la tuberculose sévit surtout dans les quartiers et les habitations insalubres.
Charrin et Roger ont démontré expérimentalement que le surmenage imposé aux animaux inoculés favorise considérablement le développement et la généralisation des infections.
L'inanition, d'après Canalis et Morpurgo, permet de conférer le charbon aux pigeons et aux poules, animaux normalement réfractaires à ce microbe.
Des causes physiques peuvent préparer le terrain à l'infection. Celle-ci est souvent provoquée et localisée par le traumatisme. On connaît les pneumonies traumatiques. Max Schuller, Lannelongue ont déterminé par le traumatisme la localisation de la tuberculose qu'ils inoculaient à des animaux. L'action du froid, à laquelle on attribuait autrefois un rôle étiologique si important, conserve une action prédisposante de premier ordre. Pasteur a montré qu'en soumettant la poule à de basses températures, on lui fait perdre son immunité naturelle vis-à-vis du charbon. Inversement la chaleur peut diminuer les défenses de l'organisme; Gibier a pu infecter par le charbon des grenouilles exposées à des. températures élevées.
Différents agents cosmiques, la pression, l'humidité, la quantité cFoxygène ou d'ozone, la sécheresse, la teneur électrique de l'atmosphère, la lumière prédisposent dans des proportions plus ou moins considérables à l'infection.
Les intoxications chroniques peuvent jouer un rôle prédisposant analogue vis-àvis des infection s. On connaît la gravité toute particulière de la pneumonie chez les alcooliques, et on sait combien ceux-ci sont réceptifs à la tuberculose. Le mercure semble également préparer le terrain au bacille de Koch. Les toxiques volatils agissent parfois dans le même sens. Alessi a montré combien les animaux étaient faciles à infecter par le bacille typhique, lorsque leur cage restait placée au-dessus d'une bouche d'égout.
Certaines maladies de la nutrition mettent l'organisme dans des conditions humorales qui facilitent la pullulation des microbes. Le diabète prédispose aux suppurations, aux gangrènes, à la pneumonie, à la tuberculose, les tissus et les parenchymes imprégnés de glucose devenant un milieu de culture éminemment favorable à la multiplication des germes.
A côté de ces conditions générales de réceptivité^ il existe des prédispositions spéciales de famille à quelques maladies infectieuses, surtout à la tuberculose, à la diphtérie, à la scarlatine.
De même l'individu isolé présente parfois une prédisposition naturelle à certaines infections soit de par sa constitution anatomique, soit de par l'état de moindre résistance de ses humeurs, ou encore il a une prédisposition acquise du fait d'une atteinte antérieure de la même affection (diphtérie, grippe, blennorrhagie, pneumonie) ou d'une maladie différente (grippe, coqueluche, variole, rougeole prédisposant à la tuberculose).
Enhn des tares organiques antérieures portant principalement sur les reins, le foie, les poumons, l'appareil circulatoire, laissent l'individu sans défense vis-à-vis des moindres atteintes d'une infection.
V immunité peut être naturelle ou acquise. L'immunité naturelle est souvent une affaire de race. C'est ainsi que les nègres sont rarement atteints par la fièvre jaune, que les blancs paient un tribut relativement faible au choléra et à la peste.
L'âge confère parfois l'immunité. D'après Lothar Meyer, les nouveau-nés présentent une résistance à la vaccine, qui ne tarde pas à disparaître. La prétendue immunité des nourrissons aux hèvres éruptives et à la fièvre typhoïde, est sans doute due surtout à ce qu'à cet âge les chances de contamination sont singulièrement réduites de par le genre de vie et l'aUmentation. Il est incontestable que les tricophylies épargnent constamment le cuir chevelu des adultes.
Il existe en outre des exemples nombreux d'immunité individuelle. Dans toutes les épidémies d'affections contagieuses il se rencontre des sujets qui, bien qu'étant restés exposés à toutes les chances de contamination, et sans avoir présenté aucune atteinte antérieure de la maladie, demeurent indemnes.
L'immunité peut être acquise de différentes façons. Dans certains cas elle résulte d'une sorte d'accoutumance, d'acclimatement, se révélant chez des sujets qui vivent depuis plus ou moins longtemps au milieu d'un foyer endémique d'une affection contagieuse, telle que la fièvre jaune, le choléra, la fièvre typhoïde. Cette immunité est souvent bien fugace et on sait que les habitants des pays amaryllogènes perdent par un séjour prolongé dans les cHmats tempérés leur immunité vis-à-vis de la lièvre jaune.
Généralement l'immiinilé acquise dépend d'une atteinte antérieure de la maladie. Cette immunité peut être temporaire ou permanente. Elle est le plus souvent permanente pour les fièvres éruptives, la coqueluche, la fièvre typhoïde, les oreillons et surtout la syphilis. Le degré d'immunité est sans rapport avec la gravité de la première atteinte. L'inoculation de certains virus confère une immunité durable vis-à-vis de quelques maladies infectieuses. C'est ainsi que la vaccine préserve d'une façon à peu près constante de la variole pendant au moins sept ou huit ans. Dans d'autres cas l'immunité est passagère ; les substances préventives contenues dans les sérums antidiphtérique, antitétanique, antipesteux ne préservent l'organisme que pour peu de temps.
La quinine paraît bien créer une certaine immunité vis-à-vis de l'impaludisme. Pendant la guerre de Sécession, Warren soumet 200 hommes de son régiment à un traitement préventif quotidien de 30 centigrammes de quinine. Les soldats ainsi traités restent tous indemnes, sauf 4 ; tandis que les 400 hommes représentant le reste du régiment fournissent 300 cas de fièvre intermittente. Les récentes expériences de Celli en Italie ont confirmé ces faits.
La possibihté de la transynission héréditaire des maladies infectieuses est un problème qui a préoccupé depuis longtemps les médecins. A proprement parler la transmission n'est réellement héréditaire que si elle s'opère au moment même de la conception, que ce soit le spermatozoïde (hérédité paternelle) ou l'ovule (hérédité maternelle), qui apporte avec lui le germe de l'infection. Un tel mode de transmission héréditaire n'a guère été démontré que pour la flacherie des vers à soie par Pasteur, et si l'on pense généralement qu'il est admissible pour la syphilis, la plupart des auteurs s'accordent aujourd'hui à reconnaître qu'il n'est pas vraisemblable pour les autres maladies contagieuses, même pour la tuberculose, malgré l'opinion contraire si brillamment soutenue par Baumgarten.
En revanche la contagion intra-utérine est d'observation courante, l'agent pathogène passant delà circulation de la mère à celle du fœtus à travers le placenta. Très fréquente dans la syphiKs, elle est plus rare dans les autres maladies infectieuses; on l'observe cependant dans la tuberculose, la variole, la pneumonie, etc.
C'est souvent à une infection intra-utérine qu'il faut attribuer V immunité héréditaire acquise par l'enfant, dont la mère a contracté une affection contagieuse pendant qu'elle le portait dans son sein. Il est possible aussi en pareil cas que seules des substances immunisantes aient franchi la barrière placentaire et passé de la circulation maternelle à la circulation fœtale. Il existe également une immunité héréditaire naturelle, de même qu'une prédisposition héréditaire naturelle aux maladies infectieuses. Certaines familles semblent à l'abri des atteintes des fièvres éruptives, tandis que dans d'autres la diphtérie, la scarlatine frappent successivement tous les membres, alors même qu'ils sont éloignés les uns des autres et sans rapport entre eux.
Caractères et modes de diagnostic des microbes pathogènes des principales maladies épidémiques et contagieuses
CARACTÈRES ET DIAGNOSTIC DES MICROBES PATHOGÈNES
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