La race nègre y paraît particulièrement prédisposée
VARIOLE, INOCULATION VARIOLîQUE, VACCINE 125
au terme de la sénilité. L'existence d'une maladie chronique ou aiguë, de la fièvre typhoïde, d'une pneumonie, d'une maladie éruplive même, ne met pas à l'abri de la variole.
Une seule condition confère une immunité très grande, c'est une variole antérieure. En règle générale, le même sujet n'est atteint qu'une fois de la variole; du moins cette loi est vraie dans la proportion de dix mille cas positifs contre une exception (La Condamine). On sait que le roi Louis XY succomba à une deuxième atteinte de variole.
Quand un sujet, ayant déjà eu la variole, la gagne une seconde fois, le plus souvent il ne présente qu'une forme mitigée de la maladie, dans laquelle l'éruption n'arrive pas à suppuration : c'est la varioloïde. Même, dans ce cas, par conséquent, si la première atteinte ne confère pas une immunité absolue, au moins donne-t-elle une immunité relative. C'est sur cette notion fondamentale que repose la pratique de l'inoculation et de la vaccination.
Enfin, quelques sujets, en vertu d'une disposition inexplicable, sont réfractaires vis-à-vis de la variole, sans qu'on puisse invoquer aucune atteinte antérieure, même pendant la vie fœtale. Du reste, l'histoire de toutes les maladies virulentes nous offre des exemples de ces immunités individuelles.
Nous avons déjà parlé de l'intensité et de la gravité des épidémies varioHqaes, et si, heureusement, nous n'en sommes plus témoins aujourd'hui, nous devons ce résultat à deux méthodes préservatrices successivement mises en usage, Vinoculation d'abord, remplacée plus tard avec des avantages incalculables par la vaccine.
Pj^ophylaxie de la variole. — Dans la deuxième moitié du siècle dernier, on essaya d'opposer des mesures prophylactiques aux progrès de la variole ; trois auteurs français (Rast, Le Camus, Paulet) et un médecin anglais, Haygarth, préconisèrent des règles qui ne seraient pas désavouées de nos jours : déclaration obligatoire de la maladie, transport des malades dans des voitures spéciales; leur isolement dans des hôpitaux spéciaux situés dans la banlieue des villes ; désinfection des locaux et des linges contaminés; port de blouses pour les médecins et les personnes qui visiteraient les varioleux et désinfection de leurs mains après la visite. Actuellement, il n'y aurait à ajouter que la vaccination et la revaccination obligatoires pour que le programme prophylactique fut complet.
Avant d'aborder l'histoire de l'inoculation variolique et de la vaccine, nous devons dire quelques mots des objections qu'on a opposées à l'établissement d'hôpitaux spéciaux pour varioleux. Nous ne nous arrêterons pas au reproche de survariolisation qu'on a fait à la concentration d'un grand nom])re de varioleux dans un même local. Plus grave est la constatation maintes fois renouvelée du grand nombre de cas de variole qui se déclarent dans le voisinage immédiat d'un hôpital de varioleux. Bien qu'on ait pu expliquer la plupart de ces faits par les communications trop fréquentes du personnel de l'hôpital avec la population environnante, et que le transport du contage variolique ne semble pouvoir s'effectuer par l'air qu'à une très faible distance, il sera toujours prudent de ne pas placer les hôpitaux d'isolement de varioleux dans les villes mêmes ou dans des agglomérations assez denses.
Inoculation variolique. — « En voyant la terreur qui s'emparait de toutes les
classes de la société à chaque épidémie de ] variole, dit Franck, on ne s'étonnera assurément point de tous les efforts que Ton a faits pour mettre des limites à un aussi grand fléau... Aussi les hommes, pour apaiser du moins un ennemi qu'ils ne pouvaient vaincre, se livrèrent volontairement entre ses mains par V achat et l'inoculation de la variole. » Lorsqu'une épidémie était bénigne, pour acquérir le bénéfice même de cette bénignité, les parents avaient coutume d'acheter, à prix d'argent, l'avantage d'exposer leurs enfants, qui n'avaient pas encore eu la variole, à la contagion. Mais on devine tous les inconvénients de cette méthode; la variole ne se gagne pas ainsi à volonté, et souvent, au lieu de l'affection bénigne qu'on recherchait, on provoquait une infection grave et mortelle.
L'inoculation constitua un progrès énorme ; on sait qu'elle se pratiquait de temps immémorial en Chine, en Géorgie et dans l'Orient. Elle était en usage à Constantinople dès 1673. C'est là que lady Montagne, ambassadrice d'Angleterre, eut le courage de faire inoculer son fils en 1717. En avril 1721, de retour à Londres, elle fit une propagande très vive pour la méthode.
Elle fit des adeptes de plus en plus nombreux. Au bout de huit années, on comptait déjà 897 inoculations ayant donné 845 succès et 17 décès.
En dépit d'oppositions nombreuses et très ardentes, l'inoculation variolique se généralisa, non seulement en Angleterre, mais en Amérique, en France et dans toute l'Europe.
L'inoculation offrait le grand avantage de permettre de choisir et le moment de la contagion et la quaUté du contage.
On était maître du moment. Ainsi l'on n'inoculait que des personnes dans un état de santé convenable, que l'on pouvait retenir chez elles tout le temps nécessaire. On jugeait convenable de les « préparer». Cette préparation, consistant surtout dans un choix rigoureux du régime et dans l'emploi répété de laxatifs, était considérée comme essentielle par la plupart des inoculateurs.
On se préoccupait aussi de la qualité du contage. Celui-ci était recueilli sur des sujets atteints de variole discrète. On employait de préférence la sérosité transparente des premiers jours. Les inoculateurs les plus heureux : Gatti, Dimsdale, Sutton, se servaient d'un virus recueilH en série. Ils empruntaient la sérosité aux sujets inoculés et de préférence à la vésicule du « maître bouton », celle qui se produit au point d'inoculation.
La technique opératoire fit des progrès très remarquables et qui eurent des conséquences très heureuses pour la vaccination. Au lieu de l'insertion, dans l'espace qui sépare le pouce de l'index, d'un fil trempé dans le pus variolique, on apprit à se servir de la lancette pour l'inoculation par simple piqûre et l'on reconnut les avantages que présente la région sous-deltoïdienne du bras pour cette opération; c'est en ce point d'ailleurs que l'on pratique aujourd'hui la vaccination.
Deux jours après l'inoculation apparaît une papule acuminée, surmontée bientôt d'une vésicule qui au septième jour se convertit en pustule. En même temps, elle s'entoure d'une auréole rouge qui s'accroît les jours suivants ; sur cette auréole se disposent un certain nombre de petites pustules, moins développées que la pustule mère (boutons satellites. Trousseau). On voit alors apparaître un engorgement des ganghons de la région. Vers le neuvième ou le dixième jour, se montrent le mal de tête, les douleurs lombaires, les frissons, comme au début de la variole; la
fièvre s'allume et au onzième ou douzième jour apparaît une éruption générale, très discrète, évoluant comme une variole bénigne ou même passant directement à la dessiccation, sans suppuration préalable (varioloïde). L'individu jouit désormais de l'immunité vis-à-vis de la variole.
Pour avoir une idée de l'étendue du bienfait réalisé par la pratique de l'inoculation, il suffit de mentionner les chiffres suivants, recueilHs par un médecin anglais, F. Addington, au commencement du xix^ siècle. La variole, dit-il, attaque la moitié du genre humain et fait mourir un malade sur six; elle en défigure un autre, sans compter ceux qu'elle frappe de surdité, de cécité, ceux qu'elle prédispose à la scrofule, à la phtisie, etc.
La variole inoculée est généralement bénigne; sur 300 inoculés, il n'en meurt qu'un seul; un seul sur 30 ou 40 contracte cette maladie sous une forme dangereuse ^
Cette proportion même était beaucoup trop élevée au dire de nombreux inoculateurs. Daniel Sutton disait n'avoir pas un seul décès sur plus de 20 000 inoculés.
Chez beaucoup de sujets, les effets de l'inoculation se bornaient à l'apparition d'un bouton au point de l'inoculation et de 8 à 20 boutons au moment de la fièvre.
Cependant les partisans les plus convaincus de la variolisation ne pouvaient méconnaître que cette pratique avait un très grave inconvénient.
La variole inoculée est contagieuse au même titre que la variole contractée par les moyens habituels, et les cas résultant de cette contagion n'ont ni plus ni moins de gravité que les autres. Ainsi, chaque sujet inoculé peut-il devenir la source de nombreuses contaminations. Il est plus dangereux même, peut-être en raison de la bénignité de son mal qui ne le retient pas à domicile. Au cours du siècle dernier on s'élevait avec raison contre la présence à l'Opéra de Paris de sujets inoculés dont la face était couverte de croûtes. On essaya bien d'obvier à cet inconvénient en créant à Londres un hôpital spécial pour les sujets inoculés, mais de pareils hôpitaux ne pouvaient être créés partout et il eût été impossible d'y isoler tous les inoculés.
On comprend ainsi comment l'inoculation, en conférant de précieux avantages à ceux auxquels on la pratique, est plutôt dangereuse pour le reste de l'humanité, et l'on s'explique comment elle a été interdite par les lois lorsque l'on a connu les avantages de la vaccine.
Si celle-ci a fait abandonner la variolisation en Europe, il n'en a pas été de même partout. Dans l'Inde, dans la Chine, en Algérie, au Sénégal, la vaccine n'a pu la supplanter et, dans ces pays, on peut encore aujourd'hui s'assurer que la pratique de l'inoculation est désormais une cause essentielle de la persistance de la variole et de l'apparition de ses recrudescences.
Vaccine. — Nous n'aborderons pas l'historique de la vaccine : il est incontestable que c'est à Jenner que revient tout l'honneur de cette admirable découverte. Sans doute, longtemps avant lui, on avait, de différents côtés, constaté que les individus
1. Consulter ce tableau curieux in extenso dans J. Frank, Traité de pathol. interne, trad. fr. de Bayle, t. II, p. 188.
qui contractaient auprès des vaches la maladie appelée cow-pox ou picote, jouissaient de l'immunité vis-à-vis de la variole ; mais nul n'avait songé à l'inoculer artificiellement à l'homme, ni surtout à transmettre la maladie artificielle, ainsi provoquée, de l'homme à l'homme. C'est ce que fit Jenner, et grâce à ses efforts persévérants, la vaccine remplaça rapidement l'inoculation et, dès le commencement de ce siècle, se répandit dans tout le monde civilisé.
La vaccine est la maladie développée chez l'homme par l'inoculation du virus du cow-pox de la vache. Du moins, telle est la première origine du vaccin; mais la zoonose ainsi développée a la propriété remarquable de se transmettre indéfiniment par inoculation de l'homme à l'homme, sans perdre de ses propriétés d'une manière appréciable. Nous n'avons pas à faire ici la description de l'éruption vaccinale, ni de la façon dont on inocule le virus et dont on le conserve, soit dans des tubes, soit sur des plaques; ces notions sont banales et se trouvent partout. Notre but est d'insister sur quelques points spéciaux de l'histoire de la vaccine, points encore litigieux et qui intéressent particulièrement l'hygiène et la médecine publique.
Sources de la vaccine. — Une première question intéressante est celle des origines de la vaccine. Il n'est, en effet, pas indifférent de connaître la source exacte de la maladie préservatrice, pour pouvoir y puiser le cas échéant, soit quand le virus jennérien vient à faire défaut, soit pour d'autres motifs que nous exposerons plus loin.
C'est par l'inoculation du virus coiv-pox que Jenner et ses successeurs ont créé la vaccine commune, la vaccine jennérienne; c'est là l'origine principale, sinon unique, de la maladie. Le cow-pox est une zoonose de l'espèce bovine se rapprochant beaucoup de l'affection varioleuse éruptive de l'homme. Cette maladie, peu grave et, somme toute, assez rare, est caractérisée par du malaise, de la fièvre et, au bout de trois ou quatre jours, par l'apparition sur les mamelles, les lèvres de la vulve, les naseaux de la vache, les bourses et le périnée du mâle, d'une éruption de pustules, ombiUquées à leur centre, qui s'entourent d'une auréole inflammatoire, puis crèvent, se dessèchent, sous forme de croûtes, laissant à leur place des cicatrices permanentes.
Le cow-pox est-il une maladie propre à l'espèce bovine, ou bien provient-il d'une autre espèce animale ou de l'espèce humaine elle-même? Telle est la question qui a été longuement débattue et qui mérite quelques développements.
Pour Jenner, le cow-pox n'était pas une maladie autochtone de la vache, mais résulterait de l'inoculation à celle-ci du virus d'une maladie équine, qu'il désigne sous le nom de sore-heels (pustules des talons), que les maréchaux, en Angleterre, nomment grease, et qu'en France on a cru reconnaître dans la maladie connue depuis sous le nom à' eaux-aux-Jambes . Mais les recherches ultérieures ont montré qu'il n'est pas nécessaire, pour l'apparition du cow-pox, qu'il y ait promiscuité de chevaux et de vaches dans la même étable, ou que ces animaux d'espèce différente soient soignés par les mêmes personnes. Le cow-pox semble bien une maladie d'origine bovine; en outre, de toutes les zoonoses varioleuses, c'est celle dont l'inoculation à l'homme est le plus bénigne; l'immunité qu'elle lui confère contre la variole est presque aussi solide que celle qui résulte de l'inoculation du horse-pox; c'est donc la vraie et la meilleure source du vaccin.
Le cheval, il est vrai, est sujet lui aussi à une fièvre éruptive pustuleuse, mais qui n'est pas ce qu'on appelle vulgairement les eaux-aux- jambes \ ainsi que cela résulte des observations de Sarrans et Lafosse de Toulouse, confirmées par celles de H. Bouley; c'est une véritable pyrexie éruptive, pouvant envahir toute la surface cutanée, quoique de préférence les extrémités et les orifices muqueux, et constituant ce que Bouley a heureusement désigné du nom de horse-j^ox.
Le horse-pox est inoculable à la vache et produit chez elle une maladie analogue au cow-pox; le virus du horse-pox peut aussi s'inoculer à l'homme; l'éruption vaccinale qu'il provoque a beaucoup de tendance à se généraliser; elle s'accompagne parfois d'une fièvre intense, de lymphangite et d'adénites spécifiques douloureuses; elle lui confère une immunité solide contre la variole. Le horse-pox peut aussi se transmettre à l'homme par l'intermédiaire de la vache, mais ses propriétés sont atténuées par le fait de cette interposition. Disons enfin que le horse-pox, inoculé à la vache, lui confère l'immunité vis-à-vis du cow-pox.
En résumé, la meilleure source de vaccin, c'est le cow-pox. Une autre origine a été attribuée au cow-pox, et on a voulu en faire une maladie produite par le passage de la variole humaine dans l'organisme de la vache, de sorte que le vaccin ne serait autre chose que l'inoculation du virus de la variole humaine, mais modifié par son passage sur l'espèce bovine. La vaccine, dans ce cas, et la variole ne seraient que deux formes d'une seule et même maladie.
C'était l'opinion de Jeûner qui s'exprimait ainsi vers la fin de sa carrière : « Quelque différence que l'on remarque à divers points de vue entre la variole et le cowpox, ces deux affections sont en réaUté identiques. Le cow-pox n'est pas un antidote, c'est la substitution d'une espèce bénigne de variole à une espèce plus maligne, d'une variole de vache à une variole d'homme. »
L'hypothèse de Jeûner est-elle exacte et pouvons-nous à notre gré réaliser cette transformation de la variole de l'homme en cow-pox, telles sont les questions qui ont soulevé nombre de discussions retentissantes.
Les expériences de Sunderland de Brème (1830), de Thiele de Kazan (1839), et surtout de Geely d'Aylesbury (1839), ont paru d'abord tout à fait démonstratives. Ces auteurs ont en effet inoculé du virus variohque aux vaches et obtenu un vaccin qui, transporté sur l'homme, s'est comporté comme du vaccin ordinaire.
Mais, d'un autre côté, la commission lyonnaise et son membre le plus éminent, Chauveau, ont contesté ces résultats en les attribuant à des contaminations accidentelles. Pour Chauveau, dont l'opinion n'a pas varié depuis cette époque, la variole et la vaccine sont deux maladies différentes donnant l'immunité l'une vis-à-vis de
1. Sous le nom d'eaux-aii.r-jambes, on connaît, en vétérinaire, une maladie du cheval caractérisée par un engorgement considérable des extrémités et l'apparition de nombreuses vésicules qui, en crevant, laissent une surface rouge, bourgeonnante, d'où suinte un liquide séreux et fétide. Ce liquide n'a aucune propriété vaccinogène.
On a aussi invoqué la clavelée des moutons comme source du cow-pox et par conséquent de la vaccine; c'est une erreur : jamais, malgré toutes les précautions employées, on n'a pu inoculer la clavelée à d'autres animaux qu'au mouton (Leblanc). La vaccine, inoculée aux moutons, ne les préserve pas de la clavelée (Hurtrel d'Arboval). La clavelée, au point de vue qui nous occupe, n'a donc rien de commun avec les maladies varioleuses de l'homme, de la vache et du cheval.
PROUST, TRAITÉ d'hYGIÈNE.
Fautre. En inoculant le virus variolique à la vache on détermine une éruption qui est inoculable en série et qui, retransportée sur Fliomme, lui donne la variole.
Les travaux ultérieurs ont confirmé les assertions de Ghauveau au sujet de la possibilité de donner la variole à la vache. Cependant il semble aujourd'hui établi que, dans certains cas rares sans doute, on peut en inoculant le virus variolique produire chez la vache une éruption analogue au cow-pox, qui peut être inoculée à l'homme auquel elle donne la vaccine. C'est la variolo-vaccine.
Cette variolo-vaccine a été observée en Allemagne par Voigt (Hambourg, 1881 et 189^), par Fischer (Carlsruhe, 1886-1891), en Suisse par Haccius, à Lancey, près Genève (1890), en Angleterre par Hime (Bradford, 1892), Klein (1893), Copeman (1893). Siiiipson aurait obtenu des résultats analogues à Aberdeen en 1884, à Calcutta eu 1892; King à Madras, en 1891.
Cette variolo-vaccine a été souvent inoculée à l'homme sans lui donner autre chose que de la vaccine. Voigt, qui a employé ce vaccin à Hambourg d'une façon exclusive depuis 1884, a vu que depuis 1894, alors que les inoculations positives dans les vaccinations restaient aussi fréquentes, celles des revaccinations devenaient de plus en plus rares; il attribue ce résultat à l'immunisation plus longue conférée par la variolo-vaccine. Voici ses chiffres :
Vaccinations positives.. . . 99,74 99,47 99 99,61 98,62 99,75 p. 100
Revaccinations positives.. 90,04 89,31 87,31 82,9 69,23 66, o p. 100
On voit que la question des relations de la variole et du cow-pox n'est pas encore absolument élucidée.
Propriétés de la vaccine. — Jenner et ses contemporains pensaient que l'immunité conférée par la vaccine est absolue et définitive. L'exemple de nombreux individus traversant sans encombre les épidémies les plus cruelles, l'impossibilité de donner la variole à un sujet vacciné soit en l'inoculant, soit en lui faisant partager la chambre, le lit d'un varioleux, étaient bien de nature à faire naître cette espérance.
Aussi les premiers faits de variole après vaccination furent-ils accueillis avec scepticisme. On les expliquait en soutenant qu'il s'agissait de varicelle et non de variole, ou encore en affirmant que les sujets atteints de variole avaient eu la fausse vaccine et non la vaccine légitime. On chercha à étabUr que la varioloïde, que nous savons aujourd'hui être une forme bénigne, atténuée de la variole, était une maladie différente qui avait existé de tout temps et concurremment avec la variole. La vaccine, disait-on, préserve de la variole, mais non de la varioloïde.
Cependant les cas allaient se multipliant et en même temps l'on reconnaissait que ces cas de variole après vaccine ne s'observaient que chez les sujets vaccinés depuis une date assez longue. Alors que la grande majorité des décès par variole survenaient auparavant chez les enfants, on ne les voyait plus guère que chez les adultes. C'est ainsi que l'on fut amené à la notion d'une immunité temporaire consécutive à la vaccination et que l'on en déduisit la nécessité de la re vaccination.
Celle-ci, d'abord recommandée en Allemagne par Elsasser, Heim et Rust, mit plus de temps à s'imposer en France, en dépit des communications si importantes de Dezeimeris et Hardy.
La revaccination fut d'abord introduite dans l'armée wurtembergeoise (1829-1833) et dans l'armée prussienne (1834), et elle eut pour conséquence la disparition à peu près définitive de la variole. La moyenne annuelle de décès par variole dans l'armée prussienne était, de 1825 à 1834, de 50. De 1835 à 1869, en dépit de l'accroissement d'effectif, elle était réduite à 2 et, depuis 1874, l'armée allemande n'a eu qu'un seul décès de variole (un réserviste en 1884) et, depuis plusieurs années, elle n'a pas eu plus de 4 ou 5 malades atteints de cette affection.
Les autres armées suivirent plus tard l'exemple de la Prusse, mais avec moins de rigueur et par suite avec moins de succès.
La première vaccination se fait dans l'année qui suit la naissance et l'appel des recrues n'a lieu qu'à 20 ans. L'immunité conférée par la vaccination est en général épuisée à cette date, et il convient de ne pas attendre. On admet aujourd'hui que l'immunité dure 7 à 8 ans et l'on recommande de revacciner de la septième à la huitième année.
La question de la vaccination a une si grande importance que nous croyons utile de donner quelques chiffres destinés à fournir la démonstration de son efficacité.
A. — Au cours d'une épidémie à Norwich en 1819, Cross fit une enquête très complète sur 112 familles dans lesquelles il avait traité des cas de variole.
Ces 112 familles comprenaient 603 personnes :
297 avaient eu antérieurement la variole, aucune ne fut atteinte, 91 avaient été vaccinées, 2 furent prises de variole et guérirent. 215 n'avaient pas été vaccinées, 200 eurent la variole et 46 moururent.
B. — Les médecins de Marseille déterminèrent la situation, au point de vue de la variole et de la vaccine, de 40 000 sujets âgés de plus de 30 ans.
30 000 étaient vaccinés 2 000 eurent la variole 20 moururent.
8 000 n'étaient pas vaccinés et
n'avaient pas eu la variole. . 4 000 — 1 000 —
2 000 avaient eu la variole 20 — 4 —
Ainsi les adultes vaccinés pendant l'enfance ont présenté plus de cas de variole que les sujets ayant eu autrefois cette maladie : 1 sur 15 au lieu de 1 sur 100, mais ils ont été beaucoup moins touchés que les sujets non vaccinés pris dans la proportion de 1 sur 2.
D'après ce tableau les varioleux vaccinés ne moururent que daus la proportion de 1 p. 100, tandis que les varioleux non vaccinés mouraient dans celle de 1 sur 4 et les varioleux anciennement variolisés dans celle de 1 sur 5.
C. — Pendant l'épidémie de 1871,1e docteur Flinzer de Chemnitz publia les renseignements les plus précis au sujet de l'état de vaccination, de revaccination et de variole antérieure des 64 255 habitants : 53 891 avaient été vaccinés, 4652 avaient eu la petite vérole, 5712 n'avaient pas été vaccinés.
Il y eut 3596 cas de petite vérole en 1870-1871 à Chemnitz. 769 cas frappèrent des sujets ayant été vaccinés ou ayant eu la petite vérole; 2613 des sujets non vaccinés.
Les sujets non vaccinés furent donc pris dans une proportion de 45,6 p. 100 tandis que les autres n'eurent que 1,3 malade p. 100.
Sur 9464 ménages ne comptant que des sujets vaccinés, 371 eurent des cas de variole, soit 1 sur 255.
Sur 4417 ménages comptant un ou plusieurs individus non vaccinés, 1732 eurent des cas de variole, soit 1 sur 3,23.
— Le docteur Barry fournit des renseignements non moins précis au sujet de la population de Sheffield, qui fut éprouvée par la variole en 1887-1888.
Sheffield comptait 275 878 habitants, dont 270 055 vaccinés.
Il y eut 4746 cas de variole.
411 chez des sujets vaccinés, soit 1,35 p. 100 habitants
553 chez les sujets non vaccinés, soit 9,5 — —
203 décès chez les vaccinés, soit 0,07 —
215 — non vaccinés, soit 4,73 — —
Chez les sujets vaccinés la variole n'est mortelle que 1,7 fois p. 100 chez les sujets de moins de 20 ans, et 5,1 chez ceux de plus de 30 ans.
Chez les non vaccinés elle tue dans la proportion de 43,9 p. 100 au-dessous de 10 ans, de 54,2 au-dessus.
Dans les maisons envahies par la variole les sujets vaccinés et non vaccinés sont atteints dans la proportion ci-dessous :
Vaccinés. Non vaccinés.
De 0 à 5 ans.
Vaccinés. Non vaccinés.
De 15 à 20 ans.... 41,3 85,8 — 20 à 30 — .... 38,7 79,1 Plus de 30 — .... 17,4 31,8
La statistique de Sheffield indiquait 352 sujets revaccinés comme ayant été pris de variole pendant l'épidémie.
Barry put reconstituer l'histoire de 329 de ces sujets. Il constata que 36 n'avaient pas eu la variole, 43 n'avaient pas été vaccinés avant l'épidémie, 90 n'avaient été vaccinés qu'une fois, 48 étaient revaccinés sans succès, 86 n'avaient été revaccinés que pendant l'incubation de la variole ou après celle-ci. Les 352 cas de variole chez des revaccinés se réduiraient donc à 27, dont 3 seulement furent graves et 1 seul mortel; 17 fois la revaccination remontait à plus de dix ans.
E. — Korosi a relevé l'état delà vaccination de tous les sujets hospitalisés dans les grands hôpitaux de Hongrie.
Les sujets atteints de maladies autres que la variole étaient vaccinés dans la proportion de 83,9 p. 100, non vaccinés dans celle de 12,7 p. 100; 3,4 fois la vaccine était douteuse.
Les sujets traités pour la variole étaient antérieurement vaccinés dans la proport tion de 56,7, non vaccinés dans celle de 41,8; chez 1,5 p. 100 la vaccination était douteuse.
Le tableau ci-dessous indique la moyenne annuelle des décès par variole pour un milUon d'habitants de 1889 à 1894 :
Suède
Allemagne, Irlande
1,3 Vaccine obi. depuis 1816. (Position isolée.)
2,2 Vaccin, et revac. obi. depuis 1874.
2,8 Vaccine obi. depuis 1868. (Ile.)
Danemark (villes).. 3,3 Vacc. obi. depuis 1871 (Iles).
Suisse 7,5 Vac. obi. dans certains centres, 1868.
Écosse 8,9 Vac. obi., 1864.
Angleterre 16 Vac. obi., 1867.
France (villes) 140
Italie 164 Vacc. obi. mais insuffisamment contrôlée.
Hongrie 175 Jd.
Belgique 253
Autriche 278
Espagne 638
Russie 836
Ce tableau montre de la façon la plus évidente Tefficacité de la vaccination contre la variole.
Il convient d'analyser avec plus de détails le mode d'action de la vaccine. La vaccine confère une immunité contre la variole. Elle diminue la gravité de cette maladie.
La durée de l'immunité est temporaire. L'influence atténuante est de longue durée. L'une et l'autre du reste diminuent avec le temps.
Des statistiques très récentes recueillies en Angleterre établissent l'exactitude de ces propositions.
A Warrington (1891-92), Leicester (1892-93), Gloucester (1895-96), et dans le district de Dewsbury (1891-92), il y eut 2073 ménages dans lesquels on observa des cas de variole. Dans ces ménages vivaient 9542 sujets vaccinés et 1751 individus n'ayant jamais été vaccinés. Il y eut 2416 cas de variole parmi les sujets vaccinés, soit 25,3 p. 100, et 1101 parmi les non vaccinés, soit 63 p. 100.
Si maintenant on tient compte de l'âge des sujets, on trouvera, en réunissant les chiffres de Dewsbury, Leicester et Gloucester :
Première année. 3,23 varioleux sur 100 vaccinés. 58,49 parmi les non vaccinés.
De là 10 ans... 9,06 — 59,83 —
De 10 à 30 — . . . 30,51 — 52,03 —
Après 30 ans 28,15 — 30,63 —
L'immunité a disparu 30 ans après la vaccination. Elle se manifeste encore après 10 ans. A Leicester cet intervalle de 10 à 30 ans est décomposé par groupes de 5 ans et l'on trouve :
De 10 à 15 ans 8 varioles pour 100 vaccinés.
Passons maintenant au pourcentage de la mortalité dans la variole, parmi les vaccinés et les non vaccinés :
De 1823 à 1836 Vaccinés 4,6 Non vaccinés 30 p. 100
En 1871 — 12,68 — 34,56 —
A Sheffield, 1887-88 — 4,8 — 49,6 —
En Angleterre, 1891-95. Dewsbury, Londres, Warrington, Gloucester, Leicester 4,65 — 31,51 —
Nous voyons que si l'on excepte les années 1871-72 la mortalité des varioleux vaccinés a été 7 à 10 fois moindre que celle des non vaccinés et, pour l'année 1871, la proportion est encore 3 fois moindre.
Il convient ici d'examiner ce qui se passe aux différents âges. Le tableau ci-dessous comprend les chiffres fournis par Faddition des faits de Dewsbury, Londres, Leicester et Gloucester : i,