‹ Traité d'hygiène [electronic resource]Chapitre 60 sur 326 · ENFANTS NON VACCINÉS SUR · texte numérisé non relu

ENFANTS NON VACCINÉS SUR

.v.^'^f T^!!!.^a^ôo Londres. Leicester. Northampton. moins Londres. ^

La ville de Leicester, qui avait été longtemps respectée par la petite vérole, a été éprouvée en 1893 par une épidémie importante, dont les progrès eussent été certainement enrayés sans ce discrédit de la vaccination.

Il est donc indispensable de connaître les objections mises en avant par les antivaccinateurs et de pouvoir les réfuter. Les arguments sont de divers ordres.

P On aurait exagéré les dangers de la variole. Il suffit de rappeler qu'avant sa découverte, il mourait en Europe plus d'un million d'hommes par variole; que dans l'épidémie qui a sévi sur tout le continent après 1870, la France a perdu plus de 200 000 habitants, la Prusse 165 000 (en deux ans), l'Autriche 140 023 (en trois ans), la Belgique 29 389 (en deux ans), l'Angleterre 42 084, etc.

Avant la vaccination peu de personnes échappaient à la variole. Plus du dixième des varioleux mouraient. Beaucoup des survivants étaient défigurés, heureux encore s'ils ne perdaient pas la vue, l'ouïe ou s'ils n'étaient pas tourmentés par des suppurations persistantes.

2'' La vaccination ne préserverait pas de la variole. Qu'on relise les statistiques citées plus haut et l'on verra que si la vaccination unique ne suffit pas à préserver complètement et perpétuellement, elle modifie d'une façon très heureuse la réceptivité vis-à-vis de la variole et que pour obtenir des résultats absolus et définitifs il suffit de compléter son action par des re vaccinations.

3» On p)Ourrait se préserver de la variole en pratiquant Visolement des malades sans inoculer à des sujets sains un virus nouveau, le vaccin. L'exemple de Leicester où, malgré l'isolement des malades, il y a eu une épidémie de variole importante montre que l'on ne saurait se fier à cette mesure. En admettant qu'il fût possible d'isoler les malades et de les retenir un temps suffisant, il ne faut pas oublier qu'il y a des malades qui n'appellent pas le médecin, que la variole prête à des erreurs de diagnostic et que les cas légers, les plus dangereux puisqu'ils ne retiennent pas les malades à domicile, sont aisément pris chez les enfants pour des varicelles.

4° On a dit que Vespèce humaine dégénérait depuis qu'on avait inséré sous les téguments un virus pris sur V animal. On a voulu trouver des preuves de cette dégénérescence physique en montrant l'abaissement de la taille moyenne des recrues. On a cru pouvoir affirmer que depuis la découverte de la vaccine la durée moyenne de la vie a baissé. Les statistiques de Bertillon ont montré précisément le contraire. Rien ne permet d'admettre davantage une dégénérescence intellectuelle ou morale.

5° Les antivaccinateurs ont dit encore que, depuis la découverte de la vaccine, la fièvre typhoïde^ la tuberculose, la scrofule, les ophtalmies sont devenues plus fréquentes. La matière peccante ne trouvant plus son émonctoire du côté de l'éruption se porterait vers l'intestin, les poumons, les ganglions, les yeux. Au point de vue scientifique, cette théorie est aujourd'hui absolument insoutenable. Les statisticiens ont pu du reste étabUr que les maladies précitées étaient autrefois tout aussi fréquentes et même plus.

On voit l'inanité de toutes ces objections. Une seule eût pu être invoquée avec plus de raison et c'est celle sur laquelle les antivaccinateurs ont le moins insisté : le danger résultant de la transmission possible de certaines maladies au cours de l'inoculation du vaccin. Ce danger, il faut en démontrer la rareté, après quoi nous établirons comment il est possible de le faire absolument disparaître.

A la suite de la vaccination on peut, dans un nombre de cas très restreints.

observer des éléments éruptifs, en d'antres points qu'au niveau des piqûres d'inoculation. Ces éléments résultent ordinairement alors d'auto-inoculations, mais exceptionnellement il s'agit d'une éruption simultanée de nombreux boutons, la vaccine se comportant comme une fièvre éruptive. La vaccine généralisée n'est habituellement pas grave. Elle semble plus commune chez les tout jeunes enfants et il parait préférable pour cette raison de ne vacciner qu'après trois mois, sauf en temps d'épidémie.

La production de phlegmons suivis ou, non d'adénites et même de pyohémies, d'ulcérations^, de gangrène, ne s'observe guère que chez des sujets mal tenus, et résulte d'une infection postérieure à l'inoculation. Exceptionnellement elle peut tenir à l'usage d'instruments malpropres, ou de vaccin altéré.

Les mêmes observations s'appliquent à Vérysi2:fêle vaccinal, qui le plus ordinairement est tardif et contemporain du détachement de la croûte vaccinale.

On a dit que la tuberculose pouvait résulter de l'inoculation d'un vaccin pris sur un sujet tuberculeux. Contre cette supposition on a pu invoquer l'absence de bacille de Koch dans la lymphe vaccinale des tuberculeux, où n'ont pu le déceler ni les examens microscopiques (Lothar Meyer, Schmidt, Strauss, Josserand), ni les inoculations. Koch a fait remarquer aussi que la simple inoculation sous l'épiderme est généralement insuffisante à déterminer la tuberculose. La tuberculose consécutive à l'inoculation d'un vaccin contenant des bacilles tuberculeux débuterait par une lésion tuberculeuse au point inoculé (ulcération ou lupus) et les faits positifs de cet ordre sont exceptionnels. Nous allons du reste, voir qu'il est aujourd'hui très aisé d'écarter absolument tout danger de transmission de la tuberculose par la vaccination.

La possibihté de la transmission de la syphilis aux vaccinés a été longtemps contestée. Cependant, on connaît aujourd'hui un certain nombre d'observations qui la mettent hors de doute. Parfois, comme à Sospino, à Crémone, à Rivolta, dans le Lot, à Auray, il s'est agi de véritables épidémies dans lesquelles avec les cas de contagion familiale, il y a eu 40, 50 et jusqu'à 64 sujets infectés. Le vaccin avait été recueilli chez des enfants syphiUtiques dont l'affection était méconnue. En ne choisissant que des vaccinifères bien portants, de plus de trente jours et dont les parents sont connus et bien portants on n'est pas absolument à l'abri, car la syphihs héréditaire peut ne faire son apparition qu'à une période tardive.

RoUet pensait que l'on pouvait éviter tout danger en se servant de vaccin pur non mélangé de sang. Richard Cory, directeur de l'institut vaccinal de Londres, après s'être inoculé trois fois sans accident du vaccin recueilli chez des enfants notoirement syphilitiques, vit à la suite d'une quatrième inoculation apparaître, aux points inoculés, deux chancres syphihtiques suivis d'accidents secondaires.

La syphilis vaccinale, tout en étant extrêmement rare, est cependant possible et il n'y a qu'un moyen d'y échapper sûrement : la substitution de la vaccination animale à la vaccination humaine de bras à bras ou jennerienne. Cette substitution est aujourd'hui en cours à peu près partout.

Jeûner conseillait de recueillir le vaccin au niveau des plus belles vésicules chez de jeunes enfants, en n'utiUsant qu'un vaccin transparent ou légèrement jaunâtre. La vaccination se faisait le plus souvent directement de bras à bras. Mais l'on pouvait se servir de lancettes ou pointes d'ivoire imprégnées de lymphe, de vaccin conservé entre deux lames de verre ou dans un tube capillaire avec ou sans mélange

de glycérine. Ce vaccin avait pour origine première les éruptions apparues spontanément sur les personnes ayant soigné des vaches atteintes de coAV-pox, mais à la longue, il était fort éloigné de son point de départ. En 1828, disait Brisset, le vaccin employé avait déjà passé par 1500 bras humains successifs. Brisset soutint que les lésions locales et les cicatrices étaient moins marquées qu'au début du siècle. Rapprochant cette constatation de l'apparition de plus en plus fréquemment relevée de cas de variole chez les vaccinés, il soutint que le vaccin avait dégénéré. Ce mot de dégénérescence du vaccin fit fortune et l'on s'ingénia à rechercher un vaccin plus actif en remontant au cow-pox de la vache. Pour ne citer que la France, on introduisit ainsi le vaccin de Passy (Bousquet, 1836), celui de Beaugency (Depaul, 1866), d'Eysines, de Gérons (Layet, 1881-1883). Ce vaccin, à l'origine, était plus actif que le vaccin humain.

Yiard eut l'idée que cette activité plus grande du vaccin pouvait être obtenue en inoculant le vaccin humain à la vache {rétrovaccination) .

A Naples, Troja et Galbiati faisaient de même. En 1841 Negri eut l'idée d'employer pour celte inoculation du cow-pox naturel et de transporter ensuite, de vache à vache, le virus ainsi obtenu.

En 1864, à la suite du congrès de Lyon, où fut proclamée définitivement la possibilité de la syphilis vaccinale, le docteur Lanoix se rendit à Naples et, à la suite de cette visite, il créa avec Chambon l'institut de vaccine animale de Paris. Son exemple fut suivi en 1865 à Bruxelles par Warlomont, à Berlin par Pissin, en 1868 à Rotterdam. Le nombre de ces établissements ne tarda pas à se multiplier, mais leurs débuts furent assez pénibles. La plupart des médecins prétendaient qu'avec le vaccin animal les insuccès étaient plus nombreux qu'avec le vaccin humain. Ils pensaient que, d'autre part, les lésions locales pouvaient être trop intenses et enfin ils redoutaient la transmission par inoculation de maladies propres à l'espèce bovine.

Grâce aux perfectionnements introduits dans le choix des animaux, dans les méthodes d'inoculation, dans les procédés de conservation de la lymphe, le vaccin animal s'est cependant imposé.

Il permet, avantage très précieux, de ne pas redouter la syphihs vaccinale. Il donne des résultats aussi bons que le vaccin jennerien.

En 1881, les revaccinations avec le vaccin humain donnaient, en Allemagne, une moyenne de 84,03 succès p. 100. En 1894, où l'on n'emploie plus que du vaccin animal, le chiffre s'élève à 91,71. La vaccine animale permet d'obtenir rapidement de grandes quantités de vaccin. Une génisse à laquelle on fait 230 à 300 inoculations fournit assez de vaccin pour inoculer 3000 à 5000 hommes. On a du vaccin en tout temps, tandis qu'avec le vaccin humain, il fallait souvent attendre un bon vaccinifère.

Avec le vaccin animal, la transmission de la tuberculose est rendue impossible si l'on ne met en usage les préparations vaccinales qu'après avoir vérifié à l'autopsie l'absence de toute maladie chez le vaccinifère, ainsi que cela se fait en Allemagne et aussi à Lyon. Même avec la vaccination de génisse à bras, en usage dans les hôpitaux de Paris, le danger peut être regardé comme néghgeable, si l'on emploie seulement de tout jeunes veaux, ainsi que c'est l'usage. On sait que la tuberculose, commune chez tous les bœufs et surtout les vaches, est exceptionnelle chez les veaux.

C'est ainsi que dans les instituts allemands de vaccine animale, on a inoculé, de 1887 à 1894, 9200 animaux; 996 avaient plus de 5 mois et 126 d'entre eux furent reconnus tuberculeux à l'autopsie, soit 12,6 p. 100. Sur les 8204 animaux plus jeunes, ayant généralement de 4 à 10 semaines, 17 seulement étaient tuberculeux, soit 0,2 p. 100.

Les inoculations de vaccin animal étaient jadis assez souvent suivies d'éruptions impétigineuses. Ces éruptions, que l'on observait aussi sur les vaches vaccinifères et qui étaient le principal obstacle à la conservation du vaccin animal, sont le fait de bactéries, streptocoques et staphylocoques, qui existent normalement à la surface des poils.

En appliquant la méthode antiseptique à la vaccination des génisses, en n'utiUsanl

Fig. 32. — Progrès de la vaccination animale en Allemagne. A, vaccination avec le vaccin animal; B, revaccinatiori ; C, proportion des succès dans les vaccmations; D, proportion des succès dans les revaccinations. — (Les noms des instituts de vaccme animale sont inscrits à la date de leur création.)

que du vaccin ancien mélangé à la glycérine et qui a été débarrassé de ces bactéries, on a pu faire disparaître ces complications.

Depuis 1887, la vaccine animale est obligatoire en Allemagne, où il existe 26 instituts pubhcs. Le graphique ci-joint indique le nombre sans cesse croissant des vaccinations et revaccinations pratiquées avec le vaccin et les résultats de ces vaccinations.

En France, l'Académie de médecine, depuis 1888, ne délivre que du vaccin animal, l'administration de la guerre n'emploie que ce vaccin préparé dans les v^accinogènes du Val-de-Grâce, de Lyon, Bordeaux, Marseille, Châlons, Alger.

Il y a des établissements municipaux ou départementaux à Lyon, Bordeaux, Montpellier, Lille. Il convient de ne pas oublier l'Institut vaccinal de Gliambon et Saint-Yves Ménard qui fournit de vaccin quantité de nos départements ainsi que la ville de Paris.

En résumé, la vaccination est un moyen efficace de se préserver de la variole.

Elle doit être pratiquée dans la première année. Dans le cas d'insuccès, elle sera renouvelée deux fois.

Il faudra pratiquer une revaccination au bout de 7 à 8 ans.

Des vaccinations ultérieures pourraient être faites et devraient l'être après 10 ans, en cas d'épidémie.

Le vaccin animal permet d'écarter absolument tout danger de transmission de la syphilis et de la tuberculose.

Il faut mettre en pratique l'obligation de la vaccination et de la re vaccination, avec une sanction pénale pour les parents, tuteurs et chefs d'institutions. Une pareille loi existe en Alllemagne depuis 1874. Elle y est rigoureusement appliquée. Aussi la variole y a-t-elle à peu près absolument disparu. De 1886 à 1898, le nombre total de décès varioleux dans l'empire allemand, qui compte plus de 50 millions d'habitants, a été de 1195. La plupart de ces cas (85 p. 100) ont été relevés dans les districts adjacents à la frontière.

L'étincelle fournie par les voisins chez lesquels la variole est très abondante (Pologne, Galicie, Bohême) n'a jamais pu trouver en Allemagne de matière inflammable. Rien ne saurait plaider davantage en faveur de la vaccination et de la re vaccination que le tableau suivant :

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