Paris donne 5,79 p. 1000 de décès par tuberculose
vert par Koch en 1882. Celte maladie infectieuse se transmet par Fintermédiaire de ce bacille, le contage étant toujours fourni par un sujet tuberculeux.
La contagiosité de la tuberculose, qui était encore mise en doute dans le courant du xix° siècle, avait cependant déjà été observée dans Tantiquité.
Isocrate fait ressortir dans an de ses discours le mérite de son client, qui donnait ses soins à son bienfaiteur atteint de phtisie.
Dans la huitième section de ses problèmes Aristote se demande pourquoi la phtisie, la gale et Uophtalmie se contractent par contagion, tandis que Thydropisie, les fièvres et Tapoplexie ne se transmettent pas à ceux qui approchent les malades. Il admet comme cause de la transmission de la tuberculose, la viciation de Thaleine. De même Galien pensait qu'il est dangereux de passer toute une journée avec un phtisique à cause de Taltération de Tair qu'entraîne la présence de celui-ci.
Au xvi*" et au xv!!*" siècle on admettait aussi que la phtisie était contagieuse. Telle est Topinion que Fracastor a soutenue dans son livre sur la contagion. D'après lui la transmission peut se faire suivant trois modes : par le contact; par les objets ayant servi au phtisique (c'est ce qu'il nomme la contagion par les foyers); enfin par le local dans lequel a vécu le malade.
On retrouve dans la littérature médicale du xvi*' au xix^ siècle de nombreux exemples de chacun de ces modes de transmission de la tuberculose. Les auteurs paraissent avoir surtout été frappés des cas de contagion matrimoniale ; ils avaient remarqué que l'infection de la femme par le mari était plus fréquente que la contamination inverse. Chesneau,de Marseille (1672), explique ce fait en disant qu'une épouse soigne son mari tout le temps qu'il est malade, qu'elle ne quitte que rarement son foyer, tandis que le mari est souvent appelé au dehors par ses occupations et ne peut donner des soins constants à sa femme, lorsque c'est elle qui est atteinte; les occasions d'infection sont donc beaucoup plus fréquentes pour la femme que pour l'homme. On a aussi fréquemment rapporté le cas d'un veuf ou d'une veuve de tuberculeux se remariant, tombant malade à son tour et contaminant le nouveau conjoint.
Les auteurs avaient d'ailleurs observé qu'il n'était pas besoin de liens aussi étroits que ceux du mariage pour que la transmission puisse se faire. Salmuth a connu trois jeunes gentilshommes du Brandebourg qui successivement gagnèrent la tuberculose dont leur précepteur était atteint. Yan Swieten a vu un jeune tuberculeux transmettre sa maladie à sa sœur et à sa servante. D'après Lazare Rivière, qui écrivait au milieu du x\n^ siècle, une femme, qui donnait son lait à l'abbé de Saint-Paul, malade de phtisie, mourut peu de temps après lui de la même maladie.
A côté de ces cas de contagion directe, on cite des exemples dans lesquels la transmission est indirecte, s'est faite par les objets à usage du malade, par les «foyers », comme disait Fracastor. On doit à Manget (xvii'' siècle) l'histoire d'un sénateur qui avait perdu sa femme de tuberculose et avait fait mettre de côté sa garde-robe et tout ce qui lai avait servi. Il se remaria et sa nouvelle femme voulut porter des gants de fourrure d'un grand prix qui avaient appartenu à sa première épouse. Elle devint phtisique à son tour.
A la fin du xvni^ siècle Baumes vit les membres d'une famille de très vigoureuse constitution succomber les uns après les autres à la phtisie. La grand'mère avait acheté le mobilier d'une riche famille dont le dernier représentant venait
de mourir tuberculeux, comme d'ailleurs tous ses parents avant lui. Les membres de la famille qu'observa Baumes, furent successivement atteints de phtisie et emportés par cette maladie. Il n'y en eut qu'un d'épargné, qui avait été éloigné du reste de sa famille dès sa naissance et était le seul à n'avoir jamais usé de ce mobilier fatal.
Des faits de transmission par l'intermédiaire de chemises de flanelle ayant appartenu à un tul)erculeux ont été donnés par Fritze. Metzger a signalé des ])ersonnes devenant phtisiques pour avoir logé dans une chambre ou couché dans un lit où avait séjourné un tuberculeux.
Si, à cette époque, la contagion de la tuberculose était de notion courante, les auteurs qui l'admettaient s'accordaient bien à reconnaître que le contage émanait du malade, mais ne pouvaient en indiquer la nature, ni préciser comment il sortait de l'organisme infecté. Le véhicule du germe de la maladie était sans doute le plus souvent l'air ; l'agent morbide devait être aussi contenu dans la sueur, puisque les vêtements pouvaient transmettre la maladie. On admettait la contagion par les crachats, surtout parce qu'on avait observé que dans certains cas les produits d'expectoration prenaient une odeur fétide (PanaroH), et qu'on croyait que les matières putréfiées étaient très virulentes et passaient aisément de poumçn à poumon. Fernel parle d'un sujet devenu tuberculeux pour avoir reçu des crachats sur ses vêtements. Montanus cite un phtisique dont la maladie avait débuté après qu'il eut marché dans les produits d'expectoration d'un poitrinaire.
Quelques principes généraux sur la contagion de la tuberculose avaient déjà cours; on connaissait la longue persistance du contage et pendant quelles périodes de la maladie se manifestait la contagion. Fracastor pensait que le germe de la maladie pouvait conserver son activité pendant deux ans. Rauhn (178:2) déclarait que la phtisie n'est contagieuse qu'à la deuxième et à la troisième période.
Les médecins qui avaient des notions aussi nettes sur la transmissibilité de la tuberculose ne se sont pas fait faute d'en tirer des conséquences prophylactiques. Ils conseillaient d'isoler les malades et même de rendre cet isolement obhgaloire. Frank, Wichmann étaient d'avis d'interdire le mariage aux tuberculeux. On préconisait la désinfection des objets à usage des phtisiques et leur destruction. D'après Raulin les exhalaisons de ces malades peuvent être neutralisées par le mélange de vapeurs antiseptiques. Il conseille l'emploi du vinaigre projeté sur une pelle rougie au feu, et surtout les aspersions d'eau acidulée avec de Thuile de vitriol (acide sulfurique).
Ces avis étaient écoutés dans certains pays et même des mesures d'hygiène générale étaient édictées contre les tuberculeux en quelques points de l'Europe, notamment en Italie, dans le midi de la France, en Espagne et dans le Portugal.
En 1750, à Nancy, les magistrats firent brûler sur la grande place de la ville le mobiher d'une phtisique, qui était tombée malade pour avoir souvent couché dans le même lit qu'une femme poitrinaire.
Il est intéressant de passer en revue chacun des articles de l'ordonnance du conseil impérial de régence de Toscane (11 novembre 1754) relative aux mesures d'hygiène à prendre vis-à vis des tuberculeux. D'après ce règlement, tout médecin était tenu de signaler tous les cas de phtisie confirmée de sa chentèle, sous peine d'une amende de 100 écus. Après celte déclaration le magistrat faisait établir Fin-
ventaire des objets qui occupaient la chambre du malade, objets qui devaient être désinfectés en cas de décès. La déclaration du décès était obligatoire immédiatement après la mort. Il était interdit au propriétaire d'une maison où logeait un phtisique de l'expulser, car celui-ci aurait risqué de ne pas trouver asile ailleurs. Les héritiers devaient faire désinfecter les objets ayant appartenu au défunt et ne pouvaient les vendre avant un mois. On prescrivait l'aération de la chambre des malades, l'emploi comme crachoirs de vases de verre ou de terre cuite devant être lavés chaque jour. Après le décès il fallait que le linge, les couvertures, les enveloppes de matelas fussent blanchis à deux reprises à l'eau bouillante. Les laines et plumes des matelas devaient être battus et exposés à l'air. Les vêtements et les tapisseries, qui ne pouvaient être blanchis, étaient longtemps aérés. Les meubles de bois et de métal, les vases, les instruments étaient lavés deux fois et exposés à l'air. Un double lavage était également imposé pour le plancher de la chambre du défunt; les murs devaient être blanchis et on devait laisser les portes et fenêtres ouvertes.
La loi de poUce, édictée en 1782 à Naples contre les phtisiques et restée en vigueur jusqu'en 1848, est encore plus sévère. La déclaration de la tuberculose était également obligatoire pour le médecin. S'il la négligeait, il était passible d'une amende de 100 ducats et, en cas de récidive, était condamné sans appel à un bannissement de dix ans. Les tuberculeux indigents étaient soumis à l'hospitaUsation forcée. Le directeur de l'hôpital devait étabhr un inventaire de leurs vêtements et se les faire présenter après leur mort, sous peine d'emprisonnement et même de galères. La chambre du malade (parquet, couverture, tentures) était renouvelée par les soins de l'autorité ; les volets des portes et des fenêtres étaient brûlés et remplacés. Des peines sévères étaient appliquées à ceux qui vendaient et achetaient des effets ayant appartenu à des tuberculeux. Toute maison dans laquelle succombait un phtisique était mise à l'index.
Dans la première moitié du xix'' siècle la plupart des médecins et le public en France avaient adopté sur la tuberculose des opinions diamétralement opposées à celles qui avaient inspiré les mesures que nous venons de passer en revue. On faisait valoir surtout contre l'idée de la contagiosité de la tuberculose le faible tribut que les médecins payaient à cette maladie, alors qu'ils se trouvaient chaque jour en contact avec des sujets qui en étaient atteints. On était choqué de ce qu'encore à ce moment dans quelques pays les poitrinaires fussent tenus à l'écart et relégués dans des salles ou des hôpitaux spéciaux. George Sand s'indignait que Chopin tuberculeux ait été en quelque sorte mis à l'index aux Baléares, où il était allé se soigner.
Yoici ce qu'écrivait Requin en 1840 : « Aujourd'hui que cette contagion n'a peutêtre plus parmi nous ni en Angleterre, ni en Allemagne, ni dans tout le nord de l'Europe, personne pour y croire et pour en avoir peur, ni peut-être même dans le monde médical tout entier pas une voix véritablement savante pour la proclamer et pour l'enseigner, nous n'avons que faire, nous qui vivons et qui écrivons dans l'atmosphère de la médecine français.e, d'attaquer et de combattre en règle un fantôme chimérique, un vain épouvantait. Mais il est bon pourtant d'être averti que le préjugé par nous honni et stigmatisé a jeté de profondes racines dans tout le midi de l'Europe et notamment en Italie où il règne encore non seulement parmi le peuple et les gens du monde, mais même aussi dans l'esprit de la plupart des médecins. A
Naples, par exemple, pour ne ciler en particulier qu'une ville que j'ai eu l'occasion et le temps de bien voir et de bien connaître, la contagion de la phtisie est on ne peut pas plus redoutée. A l'hôpital dit Ospedale degli incurabili et qui est l'Hôtel-Dieu de cette capitale populeuse, il y a pour les poitrinaires des salles à part où ils sont tous séquestrés, séquestration barbare qui est pour eux un arrêt de condamnation et leur annonce dès le début la fatale issue de leur mal; en ville, l'appartement qui a servi d'habitation à un malade de cette espèce est tenu pour un lieu empesté, on a beau le recrépir en le badigeonnant à neuf, la location en est fort malaisée ; aussi quelques propriétaires ont-ils bien soin de prévoir dans les clauses de leurs baux l'éventualité d'une phtisie et d'en faire une clause de résiliation. Sans doute parmi nos confrères napohtains il en est quelques-uns aussi judicieux que savants qui ont déploré avec moi la fausseté et les effets inhumains de ce préjugé. Mais ce n'est pas assez que de reconnaître à part soi la vérité. C'est un devoir de le dire tout haut, bien haut, malgré les clameurs d'une tourbe ignorante. »
L'idée que la phtisie pouvait être contagieuse n'était même pas discutable pour Louis. Grisolle la considérait comme sûrement erronée.
Tous les médecins français de l'époque ne partageaient pas cependant une opinion aussi absolue. Laënnec croit que dans certaines conditions la tuberculose peut devenir contagieuse. D'après Andral il n'est pas inutile de prendre des précautions contre la transmission de cette maladie.
Vers le milieu du xix^ siècle l'idée de la transmissibilité de la phtisie commence à revenir en faveur chez nous. En 1848, Jules Guérin déclare avoir observé les faits suivants en Belgique : dans un ménage, la femme devient tuberculeuse et meurt; le mari épouse une seconde femme, et est pris de tuberculose, à laquelle il succombe. Sa veuve se remarie et devient phtisique ainsi que son nouveau mari. Aucun de ces quatre sujets ne présentait de tare personnelle ou héréditaire, pouvant exph({uer l'apparition de la tuberculose.
Les faits de contagion tuberculeuse matrimoniale sont très nombreux, d'après Bruchon (1858); il en donne dix exemples. C'est toujours le mari qui est le premier atteint. Les femmes pour la plupart venaient d'accoucher au moment de la contamination. Bruchon se demande si les mères n'avaient pas été infectées par leurs enfants et s'il ne s'agissait pas dans ces cas de tuberculose par conception.
Un fait de transmission par un local infecté est fourni par Delamare (1839). En vingt ans, dans le même appartement d'une maison, se succédèrent trois locataires qui tous trois devinrent tuberculeux. C'était un appartement meublé, qui n'avait été ni repeint ni retapissé lors des changements de locataires.
Le travail de Tholozan, qui parut en 1859, fit faire un pas important à la question de la transmissibiUté de la tuberculose. Il a fait des recherches sur la fréquence de la tuberculose dans l'armée et s'est servi des statistiques anglaises. Il est arrivé à dresser les tableaux suivants :