Mém. de l'Acad. de médecine, t. VI
humaine; la thèse de Vigla (1839) et le travail de Tardieu ont achevé de faire mieux connaître et de vulgariser Tétude de cette épouvantable maladie.
La morve , chez l'homme , lui est toujours transmise par contagion , la morve spontanée de Thomme (Tessiers, Trousseau) n'est plus actuellement admise.
D'après Rayer, la morve se communique du solipède à l'homme de deux façons différentes, tantôt par inoculation et par contact, tantôt par transmission volatile. « Dans le premier cas, les accidents que l'on observe d'abord sont ceux d'une angioleucite, d'une phlébite locale, d'une inflammation diffuse du tissu cellulaire dans une région du corps et le plus souvent dans l'un des bras; puis surviennent les symptômes et les lésions de la morve. Dans le second, au début, on ne remarque pas ces symptômes locaux d'inoculation, mais tout d'abord se manifestent ceux d'une infection générale. »
La contagion par inhalation de particules de pus morveux, projetées dans l'air par un animal qui a du jetage, ne paraît pas invraisemblable en effet.
Nous n'avons pas à indiquer ici les symptômes, ni les lésions caractéristiques de l'affection morveuse chez l'homme, que l'on retrouvera exposés tout au long dans les traités de pathologie. Rappelons seulem'ent que l'affection chez l'homme se présente, comme chez le cheval, sous la forme de morve et sous la forme de farcin, qui évoluent tantôt d'une façon aiguë, tantôt d'une façon chronique. La morve humaine se distingue surtout du farcin par l'existence de locahsations sur la muqueuse nasale, qui font défaut dans le farcin. Du reste, dans la morve, comme dans le farcin, les lésions portent surtout sur la peau (érysipèle, œdème purulent, pustules, bulles), sur le tissu conjonctif, le périoste, le larynx, la trachée, les poumons. Même dans le farcin aigu ou chronique, les engorgements ganglionnaires sont moins accusés que chez le cheval. (Tardieu.) La morve et le farcin aigus sont constamment mortels, les sujets succombent généralement au bout de deux à trois semaines. Le farcin et la morve chroniques durent des mois et même des années (onze ans dans un cas, Tardieu) ; ils se terminent par la mort à la suite de suppurations profuses, ou d'une poussée de morve aiguë; il existe quelques cas de guérison. Anatomiquement, le maliasme humain est surtout caractérisé par la formation d'abcès multiples de mauvaise nature, mais qui ne rappellent qu'imparfaitement la forme franchement tuberculeuse de la lésion morveuse chez le solipède. (Virchow, Gornil, Bollinger.)
C'est de la pyohémie d'une part, de la scrofule de l'autre que la morve et le farcin humains se rapprochent surtout, cliniquement aussi bien qu'anatomiquement. C'est d'avec ces maladies qu'il importe surtout de les distinguer, comme aussi d'avec la fièvre et le rhumatisme articulaire aigu.
Ce sont les conditions étiologiques, les anamnestiques, la profession du sujet qui mettent surtout sur la voie du diagnostic ; ce sont aussi ces conditions qui intéressent particulièrement au point de vue de la prophylaxie et de l'hygiène, et c'est sur ce point qu'il nous faut insister.
La morve et le farcin se communiquent à l'homme, le plus souvent par une inoculation (par une plaie, une gerçure, une piqûre), quelquefois la transmission se fait par l'air sans solution de continuité de la peau ou des muqueuses. Des harnais, des couvertures, de la paille souillés parle jetage des chevaux malades peuvent communiquer la maladie.
MORVE, FARGIN 313
La morve est surtout une maladie professionnelle, frappant les individus habituellement en contact avec les chevaux, les palefreniers, les cochers, les équarrisseurs, les vétérinaires, les soldats, les maquignons. De là sa rareté chez la femme et chez l'enfant. Elle est transmissible de Thomme à l'homme ; un élève du service d'A. Bérard, à l'hôpital Necker, chargé de panser un sujet farcineux, succomba à la morve.
La viande d'animaux morveux, ingérée dans l'estomac, paraît ne pas provoquer d'accidents; le vétérinaire Decroix en absorba impunément, tant à l'état de viande cuite que sous forme de viande crue; cependant, il ne faudrait pas trop se fier à ces résultats; on a constaté, dans quelques cas, la morve chez des lions nourris, dans des ménageries, avec de la viande morveuse. (Bollinger.)
La morve humaine, inoculée au solipède, reproduit la morve; c'est là un moyen de diagnostic auquel on peut recourir dans les cas douteux.
Mais le procédé de diagnostic par l'inoculation intra-péritonéale des produits suspects à un cobaye mâle, d'après la méthode de Straus, est beaucoup plus simple et moins coûteux.
Prophijlaxie de la morve. — Le meilleur moyen de prévenir cette terrible affection chez l'homme est de la combattre et de la restreindre dans l'espèce chevaline. Ce point est du ressort de l'hygiène vétérinaire; une police sanitaire rigoureuse, la mise à mort de tout cheval morveux ou soupçonné de morve sont des mesures qui s'imposent d'elles-mêmes. Rappelons à ce sujet que, dans l'armée française, alors que la contagion était mise en doute par les vétérinaires, 4 p. 100 des chevaux succombaient, par an, à la morve; cette mortalité tomba à 2 p. 100 quand, la contagion étant démontrée, on eut recours à des mesures plus rigoureuses. En Bavière, sur 400 000 chevaux, pendant une période de 9 ans, 175 seulement périrent de morve, soit 0,04 p. 100; en Prusse, celte proportion était de 0,07 p. 100.
« Il importe, disait Grisolle, pour prévenir le développement de la morve chez l'homme, que les individus chargés de soigner les chevaux malades soient prévenus des dangers qu'ils courent. Ils ne devront se hvrer au pansage des chevaux qu'après s'être assurés qu'ils n'ont aucune écorchure aux mains. S'ils se piquent avec un objet infecté, ils devront à l'instant faire soigner la plaie et la cautériser avec le fer rouge ou avec la pâte de Vienne... Les individus ne resteront à l'écurie que le temps nécessaire; ils n'y prendront jamais leurs repas; ils n'y coucheront point et ne se serviront d'aucun objet à l'usage des chevaux malades... Peut-être conviendrait-il, eu égard à l'incurie de ces hommes et à la facilité avec laquelle ils peuvent se blesser sans môme en avoir conscience, que leurs mains fussent proté gées par des gants de peau toutes les fois qu'ils pansent les animaux. Mais, quoi qu'on fasse, la cupidité des uns, l'incurie, l'insouciance des autres empêcheront toujours que les individus en contact avec les animaux malades ne prennent les précautions nécessaires pour se garantir de la contagion : aussi est-il à désirer que l'autorité ordonne, dans l'intérêt de tous, que les chevaux morveux et farcineux soient isolés dans des infirmeries spéciales, ou même qu'ils soient abattus dès que leur maladie est bien caractérisée. »
La rage est une maladie se développant originairement sur l'espèce canine (chien loup, chacal, etc.) et se transmettant, par inoculation, à Thomme, soit par la mor sure du chien, soit par celle d'un animal d'une autre espèce, servant d'intermé diaire, tel que le bœuf, le mouton, le cheval, etc.; elle résuhe donc toujours, che; rhomme, de la morsure d'un animal enragé. La dénomination d'hydrophohie es vicieuse, car tout homme hydrophohe n'est pas atteint de rage et, quant aux chien rabiques, ils ne sont pas hydrophobes. (Bouley.)
Au point de vue pathologique, la rage présente un grand intérêt, en ce qu'ell diffère, par un certain nombre de points, des maladies inoculables, par sa longu incubation K qui atteint et dépasse parfois une année, et enfin par sa symptomatologi même, qui rappelle plutôt les névroses qu'une maladie infectieuse. Mais n'empiéton pas sur la pathologie.
Il est plus que douteux qu'Hippocrate ait connu la rage. Aristote signale la rag canine et la possibihté de sa transmission du chien à d'autres animaux, mais, chos remarquable, il la déclare transmissible « à tous les animaux, sauf l'homme >; Celse, en revanche, décrit la maladie, telle qu'on la constate chez l'homme avec s netteté et son exactitude habituelles : Miserrimum genus morbi, in quo œger t siti et aquie metu cruciatur. 11 recommande, contre la morsure, la succion, h ventouses et la cautérisation. Gahen et G. Aurelianus n'ajoutèrent guère à ce notions fondamentales, et, pendant toute la durée du moyen âge jusqu'au mille du siècle dernier, l'étude de la rage ne réalisa aucun progrès important. C'est au remarquables travaux de Chabert, de J. Hunter, de Youatt et de Meynell que l'o doit des notions plus précises sur les symptômes de la maladie observée non seule ment chez l'homme, mais aussi chez l'animal, et surtout sur les conditions qui prés dent à la transmission et que l'expérimentation permet d'étabhr. Magendie, Breschel Faber, Bouley, Yirchow, etc., ont achevé d'élucider cette étude, si importante a point de vue de l'hygiène; Bouley a résumé les travaux de ses prédécesseurs i les siens propres, dans la magistrale monographie de la rage chez les animaux, qu' a publiée dans le Dictionnaire encyclopédique: mentionnons aussi l'exceller article sur la rage humaine, paru dans le même recueil et dû à la plume d Brouardel ^
Depuis, les travaux si remarquables de Pasteur et de ses élèves ont singulièremer élargi nos connaissances sur la rage.
1. En réunissant tous les faits observés en France de 1862 à 1876, on voit que, sur 221 cas 139 se sont montrés dans les 60 premiers jours qui ont suivi la morsure.
Ainsi donc, une morsure étant subie, les chances favorables deviennent très grande lorsque deux mois se sont écoulés. Au delà de 3 mois, l'immunité complète est extrême ment probable; toutefois ces limites, qui permettent de fonder sur l'avenir des espérance sérieuses, ne sont point absolues; les faits qui ont été relatés d'incubations de 1 an e surtout de 3 ans sont trop contestables pour qu'ils puissent infirmer les proposition que nous venons de formuler. Rapport au Comité. — A. Proust, rapporteur.
2. Voir aussi les rapports faits au Comité d'hygiène par Tardieu, Bouley et Proust, Bei geron et A.-J. Martin, et les rapports au Conseil d'hygiène et de salubrité du départemen de la Seine, par Dujardin-Beaumetz et par Proust.
Rage canine. — Il est inutile d'insister sur la nécessité de reconnaître la rage chez le chien, surtout dans ses prodromes, alors qu'elle ne s'affirme que par des signes peu accusés. Le public et même un certain nombre de médecins vivent encore sur l'ancienne et déplorable erreur qui consiste à croire que la rage, chez le chien, se manifeste toujours par des symptômes formidables, par l'égarement du regard, l'écume sanglante, etc., tableau singulièrement exagéré, comme nous le verrons.
La rage est propre aux races canines et félines, aux races canines surtout; elle est toujours transmise, par inoculation, aux herbivores, aux omnivores, aux oiseaux et à l'homme.
La rage peut-elle se développer spontanément, sans contagion préalable, dans l'espèce canine? Tel est le premier point qu'il faut examiner. On a admis que la rage pouvait apparaître chez le chien sous certaines influences telluriques, saisonnières ou de température; par suite de la continence forcée, résultant pour beaucoup de mâles de l'infériorité numérique des femelles (Leblanc, Graves) ; l'aUmentation insuffisante, les mauvais traitements, ont été également invoqués; mais toutes ces données étiologiques sont plus que contestables. On a même admis que des chiens surexcités peuvent devenir temporairement enragés sous l'influence de la colère et transmettre par la morsure une rage mortelle, alors qu'eux-mêmes guérissent. (Tardieu.) Mais ces faits, très exceptionnels, comportent d'autres interprétations.
La pathologie expérimentale, en nous faisant connaître le siège du virus rabique, Inous permet difficilement d'accepter la possibilité d'une apparition spontanée de la rage.
. Dans certaines îles on a pu préciser la date d'introduction de la rage par des chiens malades. Ce fut le cas à Maurice et plus récemment à l'île Madère.
L'Australie a été jusqu'à présent absolument respectée. (Loir.) Elle doit cette immunité à la distance qui la sépare des autres continents et aussi à des mesures quarantenaires très sévères imposées aux chiens importés. Ces mesures sont également appliquées maintenant en Angleterre.
La rage, chez le chien, présente deux formes cliniques qui, quoique identiques parleur nature, diffèrent cependant notablement au point de vue symptomatique : c'est, d'une part, la rage commune, et, d'autre part, la rage muette ou mue, ou forme paralytique de laffection. Nous allons étudier rapidement ces deux formes, car, nous le répétons, pour prévenir la transmission de la rage à l'homme, il faut savoir la reconnaître chez le chien, non seulement alors qu'elle s'affirme par des signes évidents et incontestables, mais dans ses formes moins franches, et dès le début, alors que la maladie est encore mal caractérisée, mais que la morsure est tout aussi virulente que dans les stades ultérieurs du mal.
La rage commune du chien présente, en effet, deux périodes : l'une initiale, prodromique; l'autre, période rabique proprement dite, période confirmée de la maladie.
La période initiale, appelée encore par les vétérinaires le stade de mélancolie, est caractérisée par une tristesse et un abattement particuliers; l'animal se cache, I recherche l'obscurité, il est agité, inquiet, tressaille au moindre attouchement; par- I i"ois il éprouve de véritables hallucinations des sens, se met en arrêt devant un objet imaginaire, mord l'air, aboie et s'élance sans motif. Mais toujours il reconnaît et caresse son maître, et parfois manifeste pour lui une affection démonstrative et
outrée; do reste, ainsi que le fait reniarquer Bouley, même pendant la période rabique confirmée, l'animal est encore calmé par la voix du maître, il le mord rare ment et l'épargne en quelque sorte. Cependant, l'irritabilité de l'animal ne tarde pas à s'accuser, surtout chez les chiens hargneux qui, dès ce premier stade, mordent volontiers, d'une façon sournoise et traîtresse. Fait important, loin qu'il y ait de l'hydrophobie, le chien boit avidement, et, d'une façon générale, l'appréhension des liquides n'existe à aucun moment de la maladie.
L'anorexie est la règle dès le début ; elle s'accompagne habituellement de perversion de l'appétit; les chiens avalent des pierres, du bois, du sable, de la laine, ils happent leur urine et il faut toujours se méfier d'un chien qui présente ces dépravations de l'appétit.
Si l'on analyse le timbre de la voix, on constate, dès le début aussi, une modification caractéristique : l'aboiement devient rauque, change de timbre et rappelle celui du chien « qui donne de la voix » (Bouley); cette modification est déjà pathognomonique pour une oreille exercée, autant que le sera plus tard le hurlement rabique.
A cette période, le chien, qui tolère encore la présence de l'homme, montre une irritabiUté extrême à l'approche d'un autre chien, auquel il inspire une terreur étrange et profonde; le moindre roquet rabique met en fuite le plus puissant molosse; c'est ce qui a fait dire à Bouley qu'un bon réactif de la rage, au début, est précisément cette crainte que l'animal rabique inspire à ses semblables.
La période initiale, ainsi caractérisée, dure de deux à trois jours; puis la maladie s'affirme, elle passe au stade d'irritation, stade maniaque ou rabique proprement dit. L'animal devient méchant, furieux; ses yeux, si doux d'habitude, s'allument et prennent une expression féroce; c'est alors qu'apparaissent les signes évidents et classiques de la maladie, le besoin insatiable et étrange de locomotion, les pérégrinations lointaines et désordonnées, le besoin de mordre; l'animal parcourt les routes, mordant silencieusement les pierres, les bâtons qu'on lui tend, les animaux qu'il rencontre, plus rarement les hommes, épargnant encore son maître et les famihers. C'est alors que la voix prend un timbre caractéristique, effrayant, enroué, intermédiaire entre l'aboiement et le hurlement.
On croit vulgairement que la rage du chien s'accuse par une attitude particuhère de la queue, tenue basse et entre les cuisses; il n'en est rien. La queue ne s'affaisse que dans le stade ultime, paralytique. L'hydrophobie, la photophobie font également] défaut chez le chien; enfin, l'écoulement de bave par la gueule et l'écume sangui-: nolente sont loin d'être aussi fréquents et aussi caractéristiques qu'on le pense généralement, et ne se manifestent aussi qu'au stade paralytique de la maladie.
C'est, en effet, par un affaiblissement et une véritable paralysie progressive et envahissante, débutant par le train postérieur, que se termine la scène; l'animal se couche épuisé dans un fossé où il demeure immobile, l'œil entr'ouvert, toujours inquiet et aux aguets, et prêt à mordre; dans quelques cas, comme poussé par un instinct, il retourne au gîte, maigre, le poil sec, hérissé, l'œil enfoncé, avec un aspect lamentable et terrible. Peu à peu la paralysie gagne les mâchoires, la langue est pendante, la déglutition impossible et l'animal succombe à une asphyxie graduelle, ou en présentant quelques convulsions, partielles ou générales, vers le quatrième ou cinquième jour de la maladie, au plus tard vers le dixième.
' La rage-mue ou muette^ plus rare que la première, plus insidieuse, est encore plus dangereuse pour Thomme, par cela même qu'elle esl plus mal exprimée et
I qu'elle inspire moins de défiance. Dans celle forme, les phénomènes d'excitation font défaut; il n'existe pas de symptômes rabiques à proprement parler, le stade mélancolique et de dépression passe graduellement au stade paralytique. L'animal
lest triste, son aspect inspire la pitié et non la terreur (Bouley); la paralysie s'ins-
italle rapidement, débutant toujours par les membres postérieurs, gagnant rapidement le tronc et les muscles de la tète; la bouche et la langue pendent inertes, les masséters, incapables de se contracter, ne permettent pas la morsure, l'aboiement
;même est impossible, l'animal est silencieux (rage muette) et la mort survient rapidement en moins de trois ou quatre jours.
Pendant toute la durée de la maladie, l'animal ne veut pas mordre, et le voulût-il, qu'il serait dans l'impossibilité de le faire, vu l'affaiblissement des muscles des
j mâchoires (Bouley). El cependant, les approches de l'animal sont dangereuses, car sa bave est virulente; il existe plus d'une observation de rage contractée à la suite de l'exploration de la gorge de l'animal, pratiquée par le vétérinaire ou par le maître de l'animal; en effet, le tableau de la rage-mue rappelle souvent à s'y méprendre celui du chien incommodé par l'arrêt d'un os dans le fond du pharynx ou de l'œsophage, et alors, pendant les manipulations de l'exploration, la moindre écorchure
j existant sur les mains ou le simple fait d'être léché par l'animal, peuvent servir de porte d'entrée au virus.
Les animaux domestiques : le cheval, le bœuf, le mouton, le porc, les animaux
i de basse-cour eux-mêmes, peuvent être atteints de rage, à la suite de la morsure de
I chiens enragés; ils sont aptes, en outre, s'ils viennent à mordre l'homme, à lui communiquer la maladie. Les espèces canines sauvages : le loup, le renard, la martre, le chacal, l'hyène, présentent la rage et peuvent la communiquer au chien et à l'homme. Mais ces faits, ainsi que ceux de rage féline, quoique intéressants au point
I vue de l'histoire générale des affections rabiques, ne sauraient nous arrêter, la rage
I du chien étant surtout utile à connaître au point de vue i)raliquc et à celui de la police sanitaire.
Notre but ne saurait être également d'exposer les caractères de la rage humaine, ce qui serait faire une digression dans le domaine de la pathologie. Mais ce qui a trait directement à notre sujet, c'est l'étude du mode de transmission de la maladie rabique des animaux et particulièrement du chien à l'honnue.
j De la rage humaine. — De même que chez le chien, la rage spontanée de l'homme })eut être niée d'une façon absolue. La maladie résulte toujours de Vinoculation du virus rabique provenant d'un animal atteint de la même affection; il faut donc une plaie, une solution de continuité du téguuient externe ou des orifices muqueux ])ermettaut l'entrée ou l'absorption du virus. On n'oubhera pas que la morsure n'est pas nécessaire et qu'un chien atteint de rage, ({ui caresse et qui lèche la main de son maître, peut, en déposant une pai'celle de bave sur une écorchure,
j lui communitiiicr la terrible maladie dont il est atteint.
j La cause la plus fré(|ueute, mais non exclusive, de la rage cliez l'homme, est la morsure du cliien rabi([ue; sur 796 cas de moi t par i-age recueillis en France, dans ^ le Wurtemberg et dans le Milanais, 7i6 piovenaient d'une uiorsure de chien,
30 d'une morsure de chat, 31 de morsures de loup, 19 de renard et un cas était consécutif à une morsure de vache. En Russie, en Galicie, en Aulriclie, la proportion des cas de rage développés à la suite de morsures de loup est plus considérable : dans Tlnde, la rage s'observe fréquemment à la suite des morsures de chacal.
D'après la statistique des individus traités à l'Institut Pasteur en 1889 pour les morsures d'animaux enragés, l'animal ayant mordu était :
Le cliien dans 92,53 p. 100
Le chat — 6,06 —
Le loup — 0,24 —
Le renard — 0,03 —
Le chacal — 0,03 —
Le cheval — 0,19 —
L'àne, le mulet clans 0,2i p. 100
Le bœuf, la vache, le
veau — 0,41 —
Le mouton — 0,01 —
Le porc — 0,01 —
Les rapports présentés par Bouley et Proust (1876), Bergeron et A.-J. Martin (1888) au Comité consultatif d'hygiène publique de France, établissent l'impossibilité de donner une statistique véridique de la mortalité par la rage en France.
Le virus réside dans la bave de l'animal, qui, comme on le sait, est un mélange de sécrétion salivaire et de mucus bronchique : il est probable que c'est la salive qui possède particulièrement l'aptitude virulente, quoique Féréol l'ait revendiquée pour l'écume bronchique. Il est douteux que les muqueuses saines, intactes, puissent absorber le virus.
La morsure d'un animal enragé n'entraîne pas fatalement la rage chez Thomme, soit que le virus ne soit pas absorbé ou qu'il ait été essuyé par les vêtements, soit qu'il existe une immunité particulière de l'individu mordu. Du reste, cette immunité s'observe aussi dans l'espèce canine, et on l'a maintes fois constatée chez des chiens qui furent soumis, sans danger, et à plusieurs reprises, à la morsure d'animaux rabiques.
Le siège de la morsure, chez Fhomme, a de l'importance au point de vue du danger de contracter la rage. Sur 495 cas de rage recueillis par Tardieu el Thamhayn, i263 résultaient de morsures aux extrémités supérieures (53 p. 100 1. 110 de morsures au visage (22 p. 100), 108 aux extrémités inférieures (22 p. 100 1, et 14 au tronc (3 p. 100). Les morsures exercées sur les parties découvertes, telles que le visage, les mains, sont bien plus fréquemment suivies de rage que celles qui portent sur les parties recouvertes de vêtements, le virus pouvant être retenu et essuyé par ceux-ci.
L'enquête de 1873-1876 établit également que les morsures faites sur les parties découvertes, comme le visage et les mains, sont beaucoup plus fréquemment suivies d'accidents mortels que les morsures qui ont lieu sur le corps; l'exemple est encore plus frappant pour le visage : sur 8 morsures, 7 ont été mortelles, et une seulement n'a pas été suivie d'accident. Le contraste est saisissant si Ton considère ce qui se passe aux membres inférieurs. Sur 4 morsures faites aux membres inférieurs, aucune n'a été suivie d'accident.
Le rôle protecteur du vêtement se révèle également lorsque l'on compare les effets des morsures aux mains et aux membres supérieurs, la main étant habituellement à nu, le bras et l'avant-bras étant ordinairement recouverts.
Or, sur 35 morsures faites à la main, 23 ont été mortelles, c'est-à-dire plus des trois quarts. Sur 4 morsures faites aux membres supérieurs, 1 seule a été mortelle; dans les 3 autres, au contraire, la morsure a été inoffensive.
L'enquête établit également Textrême gravité des morsures multiples ; sur 3 morsures multiples il y eut 3 morts.
Ces chiffres sont évidemment trop peu nombreux pour servir de base à des conclusions absolues, mais ils ne sont pas en contradiction avec l'ensemble des faits résultant des enquêtes antérieures.
Il existe dans la science une observation d'un élève vétérinaire de Copenhague qui, faisant une autopsie de chien rabique, alors qu'il portait une éraillure au doigt, succomba, six semaines après, à la rage
Les cas de rage s'observent plus fréquemment chez les enfants que chez l'homme, plus fréquemment chez l'homme que chez la femme.
TOTAL DES DÉCÈS DE RAGE SUIVANT l'aGE DE 1850 A 1876 :
Au-dessous de o ans. 26 décès,
De 5 à 15 ans 93 —
De 21 à 30 ans 61 décès.
Ce tableau fait ressortir, d'une façon éclatante, ce fait intéressant, déjà signalé par Bouley, que le plus grand nombre des cas de morsure correspond à l'âge de l'imprévoyance, de l'imprudence, de la faiblesse, et surtout à l'âge des jeux et de la taquinerie. Le fait est saisissant dans la période de 1873 à 1876 : sur 101 cas de morsure sur des sujets de 1 an à 70 ans, 28, c'est-à-dire plus du quart, se sont produits de 5 à 15 ans. Comme le fait observer Bouley, bien des chiens, sous le coup de la rage, épargneraient des enfants auxquels ils sont familiers, s'ils n'étaient pas poussés à bout par des harcèlements continuels auxquels les enfants se livrent d'autant plus volontiers que, ne reconnaissant pas dans le chien avec lequel ils jouent son humeur habituelle, ils sont déterminés à l'exciter davantage.
En outre, cette si grande proportion d'enfants mordus s'expKque par le nombre plus grand des chances qu'ils courent d'être atteints par des chiens errants dans les rues des villes et des villages, où ces enfants se trouvent si communément réunis en groupe, pour se hvrer à leurs jeux.
Si les enfants sont plus exposés aux morsures rabiques, ils paraissent moins disposés à contracter la rage.
Nous ne pensons pas qu'il soit actuellement nécessaire de réfuter cette idée qui attribue la rage non à un virus, mais au simple effet de la terreur, et qui prétend qu'elle ne saurait se développer chez les très jeunes enfants, que leur âge protège contre les égarements de l'imagination, opinion que Bosquillon a soutenue en 1802. L'enquête établit, en effet, que dans la période de 1862 à 1876, il y a eu 12 décès par rage sur des enfants qui n'avaient pas 5 ans.
La chair des animaux rabiques peut être impunément ingérée par le chien ; M. Decroix pratiqua sur lui-même une expérience analogue et ingéra de la viande rôtie et même crue, provenant d'un chien enragé; il éprouva de l'insomnie, un peu