Recueil de méd. vélér., 1864, p
2. Saisons pendant lesquelles la morsure a été faite. — Les cIiifTres que nous avons obtenus, dans notre enquête, sont tout à fait contraires à l'opinion populaire, qui veut que les chiens ne donnent la rage que pendant les saisons chaudes.
Ces résultats établissent de la façon la plus évidente, au point de vue de la médecine publique, qu'en tout temps, et dans toutes les saisons, la transmission de la rage des animaux à l'homme est à redouter, et que les règles de police sanitaire contre les chiens doivent être observées, avec une égale rigueur, durant l'hiver comme pendant l'été.
L'Allemagne, au point de vue de la rage, s'est placée dans les mêmes conditions que vis-à-vis de la variole, et nous ne saurions trop insister sur la nécessité pour notre pays d'imiter cet exemple.
La rage de l'homme est, en effet, intimement liée à celle du chien.
Il est mort en Allemagne de la rage :
En J88G,
3 hommes.
En 1891 1 liomme.
Il a été déclaré en France depuis 1888 :
30 i hommes mordus par des chiens enragés en li
^ D'une façon générale, le but de l'administration doit être de restreindre, autant que possible, le nombre des chiens; celui-ci est incontestablement trop grand pour les besoins réels de la vie sociale actuelle, si l'on réfléchit que, dans l'Europe centrale, on compte 1 chien par 16 habitants. L'imposition des chiens de luxe appliquée avec une rigueur croissante, est un des moyens de lutter contre cet excès qui constitue un réel danger.
La recherche sévère et la destruction des chiens errants et de tout chien, non muni de coUier, est également une mesure essentielle; tout chien errant est un chien suspect qui doit être capturé et dont il est prudent de se défaire.
La muselière obligatoire, portée par tout chien libre, ou non tenu en laisse, constitue un moyen très efficace, à condition cependant, ainsi que le fait observer Bouley, que la muselière soit bien construite et que le musellement soit effectif et non uniquement une pure formalité. C'est à tort que l'on a contesté l'utilité de cette mesure, en invoquant la prétendue immunité vis-à-vis de la rage des pays où la police sanitaire des chiens n'existe pas, de la Turquie notamment; la vérité est que la rage existe à Gonstantinople. (Fauvel.) Le musellement fut imposé d'une façon rigoureuse à Berlin pendant neuf ans et aucun cas de rage ne fut observé pendant cette longue période de temps. Il est clair que le musellement, utile en tout temps, est surtout indiqué en cas d'épidémie rabique.
Dès qu'un chien présente des phénomènes propres à faire redouter la rage, il faut l'abattre, ainsi que les chiens et les animaux sur lesquels il a exercé des morsures. Que si, au contraire, c'est un homme qui a été mordu, il sera bon de séquestrer l'animal pour l'observer tout à l'aise et s'assurer si réellement on a affaire à un cas de rage.
Vu la longue durée de l'incubation rabique chez le chien, aussi bien que chez l'homme, il est prudent de mettre à mort tout animal mordu par un chien enragé ou soupçonné simplement de rage. Si le propriétaire s'oppose à ce moyen radical, il
PROUST, TRAITÉ d'hYGiLiNE:.
faudra séquestrer le chien pendant plusieurs mois et rendre le propriétaire responsable de toute infraction à la mesure de séquestration.
La rage canine se renouvelle, pour ainsi dire, indéfiniment par suite de la transmission de la maladie des espèces sauvages, du renard, du loup, du chacal, au chien. La destruction de ces espèces, nuisibles à tant de titres, est un remède malheureusement plus facile à recommander qu'à appliquer.
Mais, par-dessus tout, il est nécessaire de redresser les idées erronées que l'on se fait des signes de la rage chez le chien, symptômes qui sont loin d'offrir constamment la physionomie outrée et violente qu'on se plaît à leur attribuer.
C'est par la notion plus exacte des symptômes réels que la rage présente à ses différentes périodes, et dans ses formes diverses, que l'on constatera à temps le danger et que l'on pourra le prévenir. C'est surtout en vue de cette notion fondamentale que nous nous sommes étendus si longuement sur la description de celle redoutable maladie dans l'espèce canine.
La cautérisation immédiate et profonde des morsures, au fer rouge ou au beurre d'antimoine, était le seul traitement qui donnât quelque résultat, avant que Pasteur ait donné le moyen de guérir la rage. D'après l'Institut Pasteur « les cautérisations sont dites efficaces quand elles ont été pratiquées au fer rouge, à l'acide azotique, au chlorure de zinc, à l'acide phénique concentré, au nitrate acide de mercure, au beurre d'antimoine moins de une heure après la morsure ».
Les recherches de Pasteur et de ses collaborateurs nous ont appris que le virus rabique réside surtout dans les centres nerveux qu'il gagne habituellement en cheminant le long des nerfs. (Jaccoud, Duboue.) C'est ce long cheminement qui explique en partie la longue durée de l'incubation — incubation d'autant plus longue que le siège de la morsure est plus éloigné de la région bulbo-protubérancielle.
Pour assurer le diagnostic de la rage chez un animal qui a mordu, le meilleur moyen- est d'abattre l'animal et d'inoculer sa substance bulbaire à un chien ou mieux à un lapin. L'inoculation se fait sous la dure-mère ou dans l'œil.
Pasteur a constaté qu'en inoculant le virus rabique au lapin, on renforce ce virus et que la virulence est, au contraire, affaiblie en passant par le chien.
Dans ses expériences il était arrivé à vacciner les chiens contre la rage. Il présenta à la commission 19 chiens vaccinés et autant de chiens témoins.
Des 19 chiens témoins :
6 furent mordus par des chiens enragés 3 moururent de la rage.
7 reçurent le virus en inoculation intraveineuse.. 5 — 5 furent inoculés sous la dure-mère 5 —
Tous les animaux vaccinés résistèrent.
L'immunité conférée par la vaccination se prolonge plusieurs années, sans être cependant indéfinie.
La possibilité de vacciner les chiens ne donnerait qu'une garantie insuffisante contre la rage, étant donnée rimi)ossibilité de les vacciner tous. Les chiens les plus dangereux sont les chiens errants, qui devraient être abattus comme nous l'avons dil.
Pasteur fit mieux, car il nous a fait connaître le moyen d'empêcher le développement de la rage chez les sujets mordus par des chiens enragés.
C'est le 6 juillet 1885 qu'il appliqua, pour la première fois, ce traitement sur le jeune Alsacien Joseph Meister. Il inocula celui-ci d abord avec un virus très faible, puis avec du virus de moins en moins affaibli. C'est la méthode que l'on emploie encore aujourd'hui à l'Institut Pasteur et dans les nombreux instituts antirabiques qui se sont constitués de tous côtés sur le modèle de l'institut de Paris. Le virus est fourni par le lapin. La rage chez cet animal, dans le cas d'inoculation sous la duremère, apparaît d'abord au bout de 15 jours.
Les passages successifs renforcent la virulence. Après le 25^ passage, l'animal meurt en 8 jours. Après 50, en 7 jours. A partir du 90^ passage, la mort survient en 6 jours et le virus ne peut plus être renforcé.
Pour atténuer ce virus fixe, Pasteur emploie la dessiccation. Il enlève la moelle et suspend un fragment dans un flacon à deux orifices bouchés au coton. Au fond du flacon se trouvent des cristaux de potasse, les flacons sont placés dans une pièce obscure à 23".
Au moment de l'inoculation on prend un fragment de moelle que l'on dilue dans du bouillon stérilisé. On l'inocule par injection sous-cutanée.
Au début, on commençait par une moelle de 14 jours et les jours suivants on injectait chaque jour une moelle à dessiccation moins avancée en arrivant le dixième jour à la moelle de 5 jours. Aujourd'hui on est arrivé à inoculer des moelles du troisième jour. Dans les cas graves on peut parcourir plus rapidement la série des moelles.
L'injection se fait dans le tissu cellulaire des h} i)ocondres. Elle n'est pas douloureuse.
Les chiffres suivants indiquent les résultats des inoculations pratiquées à l'Institut Pasteur :
Inoculations. Morls.
Pour 100.
Inoculations. Morts. Pour 100.
Soit, de 1886 à 1900, 24 815 inoculés et 107 morts.
La mortalité, d'après les statistiques anciennes les plus modérées, était, avant le traitement de Pasteur, de 15 à 16 }). 100 des individus mordus. La vaccination antirabique aurait donc sauvé 4 028 existences (4135 moins 107).
L'efficacité de la méthode est encore prouvée par d'autres exemples. La mortalité dans les cas de morsures à la face était de 80 p. 100; elle est devenue de 15 p. 100; celle des morsures aux mains 67,25, aujourd'hui 0,56; celle des morsures par les loups 62, aujourd'hui 15.
Des instituts analogues ont été créés dans le monde entier et donnent d'excellents résultats. L'Allemagne même, qui se croyait à l'abri de la rage en raison de la rigueur avec laquelle sont appliquées les mesures prophylactiques, a reconnu la nécessité de la création d'un institut antirabique. Celui-ci fonctionne à Berlin depuis 4 ans et l'on y pratique une moyenne de 300 inoculations par an.