PUSTULE MALIGNE, CHARBON, ŒDÈME MALIN
On donne le nom de charbon à une maladie générale, virulente, inoculable, commune aux principales espèces domestiques et a l'homme et due à la présence dans l'organisme de la bactéridie de Da vaine.
On emploie encore pour la désigner les termes de fièvre char])onneuse, de sang de rate, d'anthrax.
Le charbon s'observe surtout chez le mouton, le bœuf, le cheval. En France il est plus commun dans la Beauce, la Brie, la Sologne, la Bourgogne, la Lorraine, le Languedoc, le Béarn, la Provence, l'Auvergne, le Dauphiné. Il est, du reste, devenu plus rare depuis la généraUsation de la vaccination anti-charbonneuse due à Pasteur.
La Hongrie et surtout la Russie sont les pays où le charbon est actuellement le plus répandu. Le terme « peste de Sibérie » que l'on trouve souvent employé dans la httérature allemande ou russe est employé pour désigner les affections charbonneuses. La maladie est également commune en Asie, en Afrique, en Amérique et dans l'Australie. Tous ces détails ne sont pas sans importance, comme on le verra.
On avait autrefois expliqué la production du charbon chez les animaux de façons très diverses. Les uns y voyaient l'effet d'inlluences telluriques analogues à la pléthore. Cependant, Barthélémy (d'Alfort), dès 1823, établissait par l'expérimentation la transmissibilité du mal par l'inoculation ou l'ingestion et montrait que le contage du charbon n'est pas volalil et ne se transmet pas par l'air. Les expériences de Gerlach, de Boutel, etc., ont confirmé ces constatations.
C'est en 1850 que Davaine et Rayer signalèrent, pour la première fois, dans le sang l'existence de corps fihformes ayant le double de la longueur des globules rouges, corps que trouvèrent aussi Pollender (1855) et Brauell (1857). (Voir p. 112 et 113.)
Davaine, auquel on ne peut contester le mérite d'avoir le premier signalé ces éléments, eut encore celui d'établir leur nature parasitaire et leur influence dans le développement de la maladie en 1860. Il donna à ces éléments le nom de bactéridies charbonneuses, qui leur est resté en France. En Allemagne, on emploie généralement celui de « bacilliis anthracis », bacille du charbon. Davaine montra encore comment l'on pouvait et devait distinguer les symptômes provoqués par la bactéridie des effets de la septicémie obtenue en inoculant du sang putréfié.
Après Davaine, Pasteur et Koch ont fait des travaux de la plus haute importance sur la bactéridie charbonneuse, qu'ils ont cultivée en dehors de l'organisme et dont ils ont fait connaître les modes de reproduction et les moyens de propagation.
La bactéridie est un gros bacille immobile conservant sa coloration par la méthode de Gram, très avide d'oxygène et incapable de vivre en l'absence de ce gaz, se développant le mieux à 35°, mais se multiphant entre 12° et 45° et susceptible de vivre sur les milieux nutritifs les plus divers.
Koch a montré, le premier, qu'à une température variant entre 18° et 40°, la bactéridie, en présence de l'oxygène, ne se multiphe pas seulement par scissiparité, comme toutes les bactéries, mais donne encore naissance à des corps ovoïdes réfringents, des spores susceptibles de se transformer en bacilles. Ces spores, analogues