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OCÉANIE

PROUST, TRAITK d'hYGIÈNE. 22

nombreux en janvier, février el mars. Au contraire les chiffres les plus faibles seul constatés en juin el juillet. Les mois où l'épidémie atteint son maximum à Bombay sont ceux où la saison est froide et sèche, où les indigènes, qui habituellement couchent en plein air, s'entassent dans des habitations malpropres et malsaines et sont plus exposés à la contagion.

Nous ignorons encore quels sont les facteurs météorologiques qui interviennent pour favoriser la multiplication ou la diminution des cas de peste à certaines saisons.

On est tout naturellement amené à invoquer Tinfluence de la température, de riiumidité, etc. Mais si les températures extrêmes ont une influence non douteuse, si la peste a généralement disparu en Egypte pendant les grandes chaleurs, on sait aujourd'hui qu'elle peut descendre au-dessous du tropique et atteindre les régions équatoriales (foyer de l'Ouganda) ; le problème est donc plus complexe qu'on ne le pensait autrefois.

Étiologie de la pesle. — De toutes les données les plus anciennes que nous possédons sur l'histoire de la peste, il semble bien résulter que cette maladie se soit généralement propagée dans le monde en raison inverse du degré de bien-être, d'hygiène et de civilisation des populations qu'elle a atteinte. On la voit sévissant de préférence en Orient, c'est-à-dire dans les pays où se trouvent accumulées toutes les misères, toutes les conditions d'insalubrité.

Dans les pays plus civilisés les épidémies ont toujours été circonscrites aux quartiers les plus malpropres et les plus encombrés. Tel a été le cas à Alexandrie, à Porto, à Glasgov^, à Sydney, à Rosario, à Buenos Ayres.

Et cependant, cette opinion, universellement acceptée et justifiée par l'étude du passé, se trouve, sur quelques points, infirmée par certains événements qui se sont développés devant nous. La dernière guerre d'Orient, qui a produit les désastres les plus affreux, qui s'est accompagnée d'une misère horrible, qui a engendré le typhus, n'a pas provoqué la peste. Les plus récentes épidémies de peste, en Mésopotamie, ne paraissent pas avoir frappé plus violemment les contrées les plus misérables.*

Quoi qu'il en soit, la misère el l'absence d'hygiène qui régnent dans ces pays se font également sentir dans toutes les cités orientales; des amas d'immondices y entourent les maisons; les mosquées et les cimetières, placés au milieu des habitations ou près des rues étroites el irréguhères, renferment des tombeaux souvent ouverts el exhalant continuellement des odeurs méphitiques. La commission scientifique que le gouvernement français a envoyée, en 1846, en Egypte, nous a décrit la misère du fellah. (Hamonl, Parisel.) Les savants qui depuis ont étudié ce pays ont confirmé ces renseignements.

C'est sur les modihcalions qui se sont produites dans l'étal de civihsation de l'Egypte que Parisel a étabU sa théorie de l'étiologie de la pesle. Pour lui, l'Egypte, lors de sa civilisation florissante, était protégée contre la pesle par l'embaumement, ou plutôt par ce qu'il appelle la salaison, le mol embaumement n'étant qu'une expression de faste. Suivant Parisel, la salaison était pour la conservation de l'Egypte une condition non moins essentielle que l'air, les eaux el la terre elle-même; ce serait uniquement à dater de cette coutume que FÉgyple a pu se former, se conserver, qu'elle a pu vivre avec celle pleine santé que lui voyait Hérodote.

La thèse de Pariset n'offre plus guère autre chose qu'un simple intérêt historique.

L'épidémie de peste actuelle nous a montré l'importance du foyer indo-chinois, foyer qui fut l'origine de l'expansion épidémique la plus terrible de la peste au moyen âge. On ne saurait pourtant, en aucun cas, trouver la moindre analogie au point de vue ethnologique, climatérique et géologique entre les conditions présentées par les populations vivant au nord de l'Himalaya et celles qui habitaient la vallée du Nil.

Et si nous envisageons d'autres foyers endémiques de la peste nous retrouvons encore des différences absolues entre eux, entre la région montagneuse des Assyrs, à 2 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, par exemple et la région de Bengazi, où le sol est sablonneux et absolument sec.

On constate la même opposition entre les deux foyers nouveaux de la Transbaïkalie à la frontière sino-russe en Asie, dans un climat sibérien, et de l'Ouganda, sur les rives du lac Victoria en Afrique, dans les régions équatoriales.

Tout ce que nous pouvons dire c'est qu'il existe actuellement dans l'ancien continent un certain nombre de foyers dans lesquels le contage de la peste trouve des conditions favorables à sa persistance, que ces foyers vont sans doute en se raréfiant parce que ces conditions tendent à disparaître. 11 semble légitime d'attribuer la conservation de la peste dans ces foyers à la persistance de la vitaUté du contage dans le sol. On est en droit d'admettre que les rats, les marmottes et peut-être d'autres animaux encore, susceptibles de contracter la peste, jouent un rôle important dans cette conservation du mal.

Ces conditions existaient-elles autrefois sur une plus grande étendue et, en particulier, la peste pouvait-elle sévir en Europe sans importation? C'est possible, mais nous pouvons affirmer que depuis bien longtemps la peste en Europe a toujours succédé à une importation dont nous retrouvons la trace. Cela n'empêche pas d'admettre que les épidémies de peste ont pu y persister plus ou moins longtemps, qu'il a pu y avoir des reviviscences au moment où la maladie paraissait éteinte. L'Egypte, la Turquie, la Syrie ont passé plus tard par cette étape.

En dehors de la condition essentielle qui engendre la peste, la présence de son agent pathogène, son développement peut être influencé à des degrés variables par des circonstances accessoires. Ces conditions sont chmatériques ou telluriques. Hirsch a prétendu que l'étude des saisons ne donnait, au point de vue du développement et de l'extension des épidémies, que des conclusions contradictoires. L'influence de l'humidité de l'air a été remarquée sur les pestes qui ont sévi à Constantinople, aussi bien que sur celles qui se sont montrées en Egypte. La peste en Egypte, dit Pugnet, est toujours en raison de l'humidité de l'atmosphère; l'observation de la température, des vents, ne conduit, d'après Hirsch, qu'à des conclusions opposées. Cependant une température élevée fait disparaître, momentanément au moins, les cas de peste. Cette particularité a été Irès évidente pendant la dernière épidémie de Bagdad. La peste s'éteignait au moment des grandes chaleurs pour reparaître l'année suivante. Le contage pestilentiel ne semble pas résister à une température de 50°. Les orages ont, au point de vue du développement et de la propagation de la peste, une infl[uence qui a été souvent notée, et qui est bien évidente dans un fait cité par Pugnet.

Le rapport de l'élévation du sol et du développement de la peste n'est nullement constant. En effet, si les plateaux de la Perse ont joui, à une certaine époque, d'une immunité bien connue, d'autres points aussi élevés ont été ravagés par cette maladie.

PESTE -5*1 La peste des Assyrs, en 1874, a atteint surtout les villages florissants et salubres des versants montagneux et tempérés de Tamouna et de Namaz, élevés à 2 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, tandis que les plaines basses, marécageuses et misérables de Tchama, qui s'étendent au pied de ces montagnes, n'en ont fourni aucun cas. D'un autre côté, Gaëtani-Bey a prétendu que la peste ne se répand jamais au delà d^Assuan, en raison de la différence de situation, de chaleur, de sécheresse et de nature du sol, tandis que ce fléau s'insinue avec la plus grande facilité dans les locaUtés où l'eau reste stagnante par suite de l'absence ou du mauvais entretien des canaux; c'est pourquoi Bassorah et Bagdad sont devenus, dans ce siècle, sujets à la peste, dont ils étaient autrefois exempts, lorsque ces deux villes étaient dirigées par une administration plus prévoyante. Toutefois, l'humidité du sol, le caractère géologique du terrain n'ont point une influence absolue, puisque la peste a pu se développer à Benghazi, là où il n'y a pas de fleuve et où le terrain est absolument sec, ainsi que dans les régions é(iuatoriales de l'Ouganda.

Les différentes races ne présentent pas la même réceptivité à la peste; les Asiatiques sont beaucoup plus exposés que les Européens à contracter la maladie et celle-ci est chez eux beaucoup plus fréquemment mortelle. Ainsi aux Indes, on a remarqué que les Européens atteints ne succombaient que dans 1/3 des cas, tandis qu'on relevait une moyenne de 2 décès sur 3 Indous pestiférés. Parmi les personnes qui ont été atteintes à Tamatave, la proportion des décès par rapport au nombre des cas de peste a été de 82 p. 100 pour les Asiatiques, de 62 à 64 p. 100 pour les Malgaches et les Créoles et seulement de 20 p. 100 pour les Européens. Chez les adultes la maladie prend en général une forme plus sévère que chez les enfants.

Si dans l'esprit du vulgaire et des historiens le caractère contagieux de la peste n'a jamais paru contestable, il n'en a pas toujours été de même parmi les médecins, et la doctrine de la spontanéité de la maladie, ou tout au moins de son développement sous la seule influence de l'encombrement, de la malpropreté, des émanations miasmatiques a com])té de nombreux défenseurs.

Au cours de l'épidémie remarquable qui frappa le nord de l'Italie de 1575 à 1578, Mercurialis invoquait les altérations atmosphériques, ce à quoi Massaria objectait avec raison que l'on ne saurait admettre que l'air ait des qualités différentes dans dix maisons se faisant suite et placées du même côté d'une rue, et cependant, parmi ces maisons, la peste épargnait celles dont les habitants n'avaient pas franchi le seuil et s'étaient abstenus de tout rapport avec les maisons envahies, tandis qu'elle se montrait dans toutes celles dont les habitants avaient fréquenté des pestiférés : Aerem velul quibusdam tabulis quadratis lia disponi ac dividi ut non solum diversis in locis alternatim sed eadem in domo pars sinistra aeri pestilentiali^ pars dextra non pestitentiali subjiciatur illud equidem mente salis assequi nequeo.

La plupart des médecins français établis en Egypte dans la première moitié du xix« siècle, Clot-Bey, Aubert, etc., se refusaient encore à reconnaître le caractère contagieux de la maladie.

La nature contagieuse de la peste peut être démontrée par quatre ordres de preuves :

1° Les faits de transmission ou d'inq)ortation ;

2*^ La fréquence du mal chez les personnes qui s'exposent au contact des malades ; 3° L'influence préservatrice. de l'isolement;

342 MALADIES iNPEGTIBtISËS ET CONTAGIEUSES

4° L'inoculabilité.

' 1° Pour que la peste se développe il faut qu'elle soit importée. — Le plus ordinairement une analyse un peu rigoureuse permet d'établir où, comment et par qui le mal a été introduit.

En 1576, la peste est entrée à Vicence avec des réfugiés de Padoue. En 1720, on suit son importation à Marseille, à Toulon, dans le Gévaudan;-en 1743, à Messine; en 1813, à Malte; en 1828, en Grèce; en 1878, dans des localités voisines de Wetlianka. L'épidémie actuelle nous a montré comment elle a envahi diverses villes de l'Inde. En Afrique, en Europe, en Océanie, dans l'Amérique du Sud la maladie a toujours débuté dans les seuls points où son importation était possible, dans les ports de mer.

Nous verrons comment il se fait que parfois on soit impuissant à retrouver le mode d'introduction. Mais cela n'implique pas que dans ces cas l'importation ait été méconnue.

2° La peste frappe surtout les gens qui s'exposent au contact des pestiférés; — La preuve en est faite dans certaines épidémies par l'effroyable mortalité du personnel médical. Pendant l'épidémie de Wetlianka, celui-ci a été atteint dans la proportion de 9 sur 10:3 docteurs et 6 feldschers ou officiers de santé ont succombé.

Pendant la campagne d'Egypte, l'armée française, forte de 30 000 hommes, perdit 1 429 soldats de la peste et 2 419 d'autres maladies. Le personnel médical et administratif comptait dans le même temps 200 décès par la peste et seulement 40 par les autres maladies.

Dans l'épidémie actuelle aux Indes et en Chine, les Européens atteints ont été à peu près sans exception des médecins, des gardes-malades, des employés au service de l'assainissement. Cependant, dans les hôpitaux bien tenus, la transmission est rare, sauf pour la forme pneumonique. A Bombay on a pu sans inconvénient autoriser les parents des malades à visiter ceux-ci dans les hôpitaux.

3° L'isolement préserve de la peste. — Dans une locaUté envahie par la peste, des agglomérations importantes, ayant supprimé tout contact avec leur entourage, ont été préservées. En 1605, les établissements scolaires de Cambridge; en 1720, certaines congrégations de Marseille; en 1771, la maison impériale des Enfants trouvés renfermant plus de 1 000 personnes, furent respectés. Bulard cite l'immunité de l'École de cavalerie de Gizeh pendant l'épidémie de 1854. Les cordons sanitaires établis autour de Noja (1815), de Wetlianka (1878), et plus récemment d'Anzob, ont empêché toute expansion de l'épidémie.

4° L'inoculabilité de la peste a été établie en 1835 par des expériences sur les condamnés à mort, à l'hôpital de l'Esbekieh. Sur 5 prisonniers inoculés avec la sérosité des bubons, 2 contractèrent la peste. Antérieurement Cérutti, Dussap, White avaient fourni des exemples d'inoculation de la maladie. Deux médecins japonais contractèent la peste en 1854, à la suite de piqûres anatomiques. Nous avons relevé, dans la Indian médical Gazette, cinq cas de peste contractée durant l'autopsie de pestiférés, par des médecins ou des garçons d'amphithéâtre. Le savant portugais Caméra Pestana a succombé de même. Le plus ordinairement, il n'existe aucune lésion apparente au niveau du point de pénétration du contage^

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