‹ Traité d'hygiène industrielle à l'usage des médecins et des membres des conseils d'hygièneChapitre 13 sur 101 · A LA DEUXIÈME CLASSE · texte numérisé non relu

A LA DEUXIÈME CLASSE

Dessiccation et gonflement des vessies.

Fabrique d’acide salycilique.

Lavage et séchage en grand des déchets de filatures de lin et de chanvre.

Fabrication des huiles de ressence.

Argenture des glaces avec application de vernis aux hydrocarbures.

Dépôts de boyaux salés.

Appareils de réfrigération par l’acide sulfureux.

Fabrication du sulfure de sodium.

La plupart des articles indiqués dans ce tableau doivent évidemment rester en dehors de notre programme, car beaucoup ne sont en réalité que des opérations qui, dans la pratique, restent inséparables de certaines grandes industries, lesquelles, appartenant avant tout à d’autres classes, deviennent par le fait des industries à classement mixte. Beaucoup d’autres ne sauraient être considérées ! comme de véritables industries.

1° Industries de deuxième classe avec interdiction absolue du travail des enfants.

FABRIQUES DE COULEURS d’aNILINE.

Sommaire technique. — Les produits tinctoriaux de cet ordre n’ont de commun que leur provenance initiale, car on peut en produire avec les divers principes résultant delà distillation du goudron, c’est-à-dire la benzine, l’acide phénique, la naphtaline et l’anthracène. La benzine traitée par l’acide nitrique donne la nitro-benzine qui sert à préparer l’aniline. Dans ce but on met en présence 100 parties de nitro-benzine, 00 d’acide acétique et 150 de tournure do

fer. C’est là l’opération dite réduction qui doit durer de trente-six à quarante-huit heures. Il en résulte une matière pâteuse qu’on soumet à une distillation fournissant un mélange d’aniline et d’eau. Si l’on ajoute un peu de chlorure de sodium, l’aniline vient surnager et il est facile de la décanter.

Avec cette aniline on peut obtenir:

1° Des matières colorantes rouges dont les principales sont: la fuchsine, qui s’obtient en traitant l’aniline par de l’acide arsénique et qui est encore désignée par les noms de magenta, de solfêrino , d'azaléine, de roséine, et de rosaniline ; le ponceau de Lyon, la violaniline, la maucaniline, la chrysotoluicline qu’on retire du résidu de la préparation de la fuchsine ; le tannate de rosaniline qui ost d’un rouge carmin ; Y acétate et le picrate de rosaniline qui ont des nuances spéciales; la leucaniline qui est le produit de la réduction de la rosaniline ; la chrysaniline qui avec l'acide nitrique donne un azotate d’une couleur rouge rubis ; la cerise qui provient aussi des résidus de la fueshine; la corcdline qui résulte de l’action de l’ammoniaque sur l’acide rosolique ; la géranosine , Y écarlate d’aniline et la safranine ;

2° Les matières colorantes bleues dont les principales sont le bleu de Lyon, ou bleu de rosaniline phényle, le bleu de Paris qui s’obtient en faisant réagir le bichlorure d’étain sur l’aniline, le bleu à l’aldéhyde, Yazurine qui s’emploie pour l’impression des tissus, et Yazuline ;

3° Les matières colorantes violettes qui se divisent en matières phènylèes comprenant le violet impérial rouge et le violet impérial bleu , et en matières méthylées, comprenant le violet d’Hoffmann, le violet lumière et le violet de Paris, et le violet d’aniline obtenu par des agents oxydants ;

4° Les matières colorantes vertes, qui comprennent entre autres le vert à l’aldéhyde très employé dans la teinture des tissus, le vert d’Hoffmann, le vert d’iode , le vert de Paris qui s'obtient en traitant les composés aniliques benzinés outoluidés par un agent oxydant ;

5° Les matières colorantes noires, qui pour le moment ne comprennent encore qu’une seule nuance,, le noir d’aniline;

6° Les matières colorantes brimes, dont les nuances principales sont le brun d’aniline, obtenu par l’action d’un corps réducteur sur la rosaâiiline, et l’intervention ultime de l’aniline, le brun de phênylène qui a l’avantage de pouvoir teindre sans le concours d’un mordant;

7° Les matières colorantes jaunes, qui ne comprennent que le jaune d’aniline.

Hygiénologde. — Il était impossible pour le sommaire technique d’entrer dans le détail des préparations de ces couleurs dontlo nombre augmente de jour en jour, d’autant plus que les ingénieurs attachés à ces fabriques tiennent le secret absolu, et d’une manière excessivement jalouse, sur les procédés suivis par eux. Tout ce que nous devons savoir, nous hygiénistes, c’est que les ouvriers sont continuellement à manipuler un grand nombre de substances organiques et minérales, ainsi qu’on peut en juger par l'examen du tableau suivant où se trouvent indiquées les matières figurant dans la préparation des principales couleurs commerciales de cet ordre.

Noms des couleurs.

Substances intervenant dans la préparation.

Bleus d'aniline. — Bleu de Range.

Azuline

Bleu à l’aldéhyde

Bleu de Mulhouse.'

Bleu de Me'nier

Bleu de Colemann

Bleu de Vohl

Bleu de Schad

Bleu de rosaniline, ou Lieu de Lyon.

Bleus des sulfo-conjugués ou solubles.

Bleu Coupier

Bleu de loluidine

Chlorure de chaux sur chlorhydrate d’aniline.

Chlore sur l’aniline.

Aldéhyde sur rosaniline.

Carbonate de soude, gomme laque et rouge d’aniline avec alcool.

Inaline provenant de la nitrobenzine sur l’aniline.

Perclilorure d’antimoine sur aniline.

Nitrate de mercure sur chlorhydrate d’aniline. Aniline, rosaniline, sulfate de quinine.

Acide benzoïque sur rosaniline, puis bain ' d’acide chlorhydrique.

En traitant les bleus de rosaniline par l’acide sulfurique pur.

En traitant par l’acide sulfurique la violaniline, obtenue elle-même avec l’aniline, la nitro-benzine, le fer et l’acide chlorhydrique.

Avec toluidine et acétate de rosaniline.

Noms des couleurs.

Substances intervenant dans la préparation.

Bleus de diphény lamine. . .

Bleus azoïques

Bleus de méthylène

Azuline ou bleu de phénol.

Bleus d! anthracène

Brun de phényle

Puce de naphthy lamine

Alizarine brune

Carmin de naphtaline

îndidine

Nigrosine

Safranine

Mauvéine

Noir d'aniline

Jaune d’aniline

Rouge Amélie

Orangé

Chrysoïdine

Aniline, chlorhydrate d’aniline, acide chlorhydrique, acide sulfurique, acide oxalique, nitrate de cuivre, sulfate de cuivre, carbonate de baryte, sesquichlorure de carbone, l’acide formique.

Chlorhydrate d’aniline, amido-azo-benzoïque, puis acide sulfurique.

Chlorhydrate de diméthylaniline, nitrite de soude, hydrogène sulfuré, perchlorure de fer, chlorure de zinc.

Aniline et acide rosolique obtenu avec acide phénique, acide sulfurique.

Acide sulfurique, glycérine et nitro-alizarine.

Phénol et acide azoto-sulfurique.

Nitro-naphtaline , sulfure ammonique , bichromate de potasse.

Nitro-alizarine et hyposulfate de soude.

Naphtaline, acide acétique cristallisable, acide chromique et soude caustique.

Aniline, nitro-benziue, fer, acide chlorhydrique.

Chlorhydrate d’aniline, acide arsénique, soude caustique, acide chlorhydrique.

Aniline, orthotoluidine, acide acétique, poussière de zinc.

Aniline, acide sulfurique, bichromate de potasse, soude caustique.

Chlorhydrate d’aniline, sulfate de cuivre, sel ammoniac, eau.

Aniline, acide chlorhydrique, nitrite de soude, acide sulfurique.

Acide nitreux, acide amido-naphthylsulfureux.

Acide sulfanilique, soude caustique, nitrite de soude.

Aniline, acide chlorhydrique, nitrite de soude.

En résumé,, les ouvriers sont appelés à manipuler journellement, en fait de substances inorganiques:

L’acide chlorhydrique,

— nitrique,

— nitreux,

— - sulfurique,

— oxalique,

— chromique,

— acétique cristallisable,

— arsénique Le chlore,

Le chlorure de chaux,

— de zinc,

Le perchlorure de fer,

— d'antimoine,

Le sesquichlorure de carbone,

L’hydrogène sulfuré,

Le sulfure ammonique, L’hyposulfate de soude, Le sulfate de cuivre,

Le carbonate de soude,

— de baryte,

Le nitrate de mercure,

— de cuivre,

— de soude,

Le bichromate de potasse, Le sel ammoniac,

Le fer,

La poussière de zinc.

INDUSTRIES APPARTENANT A LA DEUXIÈME CLASSE. 183 Et en fait de substances organiques :

A côté de ces substances qui interviennent comme réactifs courants, il faut aussi tenir compte de la manipulation incessante des couleurs obtenues et d’un certain nombre de produits qui ne figurent pas dans les diverses énumérations précédentes, mais qu’on prépare aussi dans ces usines, soit pour servir à la fabrication des couleurs proprement dites, soit pour être livrées directement au commerce ; tels sont la paratoluidine, l’acétanilide, l’acide phtalique, la diphénylamine, l’orthotoluidine, la naphtylamine, la binitrobenzine, la diméthylaniline, l’acide sulfonilique, l’éosine, etc.

De toutes ces substances, celle qui joue le plus grand rôle, c’est l’arsenic, qui est presque pour toutes les couleurs d’aniline une véritable tache originelle, en raison du mode de fabrication du principe mère et qui, du reste, entre de nouveau en scène dans la dernière phase de la préparation de quelques-unes. C’est à elle, incontestablement, qu’on doit attribuer les diverses altérations cutanées observées dans ces usines, telles que : prurigo, eczéma, ecthyma, acné, furoncles, herpès, pemphygus avec œdème, et ulcérations siégeant particulièrement aux mains, aux pieds et aux bourses. Elle a aussi tout au moins une part à réclamer dans l’apparition de certaines dyspepsies, de vomissements, de coliques, de diarrhée, d’un grand affaiblissement musculaire, de vertiges, de céphalalgies sourdes et fréquentes.

Sans doute, il est possible d’arriver à obtenir des produits colorants complètement purs et dépouillés d’arsenic. Mais le bénéfice hygiénique ne profite qu’à ceux qui s’en servent dans les diverses applications industrielles et aux

L’aniline,

Le chlorhydrate d’aniline, La rosaniline,

La nitro-benzine,

L’acide phénique,

— formique,

— benzoïque,

La toluidine, Les phénols,

Le sulfate de quinine, La glycérine,

L’alcool,

L’aldéhyde.

consommateurs des objets décos applications. Los ouvriers qui sont chargés de les fabriquer et de les épurer n’en restent pas moins forcément dans un milieu arsenical.

En dehors de l’intervention accidentelle ou inévitable de l’arsenic, un certain nombre de ces substances sont toxiques par elles-mêmes, telles sont d’abord la benzine et l’acide phénique qui sont des produits directs de la distillation du goudron et dont nous avons déjà indiqué les effets ; mais dans des fabriques d’aniline on commence par rectifier la benzine reçue, et dans cette rectification il se dégage des matières plus volatiles que la benzine, qui sont connues sous les noms de têtes ou de léger de benzine, et qui comprennent une certaine quantité de benzine, du sulfure de carbone, du crotonylène, de l’amylène, de l’hexvlène, de l’alcool éthylique, du cyanure de méthyle, de l’isocyanure. Noelting(l) rapporte le fait d’un ouvrier de Tbann qui fut tué par cette rectification, et qui présenta à l’autopsie des pétéchies sous-pleurales et un sang couleur cerise. Un lapin soumis à des inhalations de léger mourut subitement à la suite de violentes convulsions et offrit le même état des poumons et du sang.

La nitro-benzine qui s’obtient en traitant la benzine par l’acide azotique. Elle expose déjà par le fait même de sa préparation aux vapeurs nitreuses dont nous avons indiqué les effets (p. 78). Mais en outre, par elle-même, elle détermine, par simple inhalation, de l’irritation de la gorge et des bronches, de la céphalalgie, des vertiges, du coma avec cyanose et dilatation des pupilles. Les animaux morts dans un milieu chargé de ces vapeurs ont un sang violacé, une congestion très intense des centres nerveux, des poumons, du foie et des reins (2).

D’après MM. Cari ïlaeussermann et Wilhelm (3) Schmidt, dans la fabrication de la nitro-benzine, les ouvriers ressen-

(1) Bulletin de la Société industrielle de Mulhotise, octobre 18S4.

(2) Recherches sur les e/J'els de la nitro-benzine , par Poincaré ( Revue d’hygiène, 1879, p. 711;.

(3) Viertelj. f. gericht med. u. oeff. Sanit. Nouvelle série, XXVII, p. 307, fasc. supplémentaire de juillet 187G.

tenl assez tardivement les effets de cet empoisonnement. Le plus souvent ils se bornent à quelques vertiges et un peu de cyanose. Chez quelques-uns il s’y joint des vomissements qui facilitent, du reste, la guérison. On n’observe du coma que chez ceux qui conservent trop longtemps des vêtements complètement imprégnés de nitro-benzine.

Il y a aussi à tenir compte do l’état de pureté de la nitrobenzine. Plus elle est pure, plus elle est à redouter non seulement à cause de sa plus grande volatilité, mais encore en vertu d’une plus grande puissance toxique.

Dans les usines, il est souvent difficile de faire la part de la nitro-benzine, puisque les ouvriers se trouvent en même temps soumis à d’autres substances. Mais ce qu’on observe, dans le cas d’empoisonnement accidentel par ingestion directe de la nitro-benzine dans l’estomac, indique la nature des accidents, à la production desquels elle peut être accusée de concourir. Ce sont : après une faible dose, du malaise général, de l’ardeur buccale, des picotements de la langue, des nausées et des vertiges; à haute dose, du coma, de la somnolence, fourmillements du cuir chevelu, bourdonnements d’oreilles, céphalalgie, titubation, bégayement, ténesmes, opisthotonos, crampes, convulsions, dilatation pupillaire, rotation convulsive des globes oculaires, dyspnée, accélération, puis ralentissement du cœur; cyanose, baleine d’odeur d’amande amère. Dans les autopsies humaines faites jusqu’à présent on n’a pas trouvé de lésions caractéristiques, mais une congestion veineuse générale, ecchymoses stomacales, duodénales et œsophagiennes.

h' aniline, qui sert pour ainsi dire d’intermédiaire entre les matières premières et la plupart des couleurs industrielles de cet ordre et qui, par conséquent, est une des substances les plus courantes dans ces industries, est regardée par beaucoup d’auteurs comme étant innocente par elle-même et comme ne pouvant nuire que par entachement d’arsenic, mais Bollcy et Kopp (1) la re-

(1) Traité des matières colorantes artificielles dérivées du goudron de houille.

gardent au contraire comme excessivement vénéneuse.

Suivant Layet (1), il n’est pas un seul ouvrier qui, au début, n’éprouve au moins des douleurs sus-orbitaires avec nausées ou vomissements. Chez la plupart l’accoutumance s’établit au bout d’un certain temps et les mêmes faits ne se montrent plus qu’à la suite d’un travail plus prolongé que d’habitude, surtout pendant les grandes chaleurs de l’été. Il en est d’autres plus impressionnables qui tombent dans un coma ne se dissipant qu’aprês exposition au grand air et laissant après lui une certaine hébétude pour plusieurs jours, ou qui sont pris de spasmes tétaniques siégeant particulièrement dans la région cervicale et alternant avec un tremblement général accompagné de délire, enfin qui ont de véritables accès épileptiformes. Dans toutes ces formes d’empoisonnement aigu, la respiration est anxieuse et même stertoreuse, les battements du cœur sont irréguliers et tumultueux, les pupilles sont dilatées, les extrémités sont cyanosées et la face d’une pâleur livide. En général ces symptômes effrayants se dissipent à l'air après un temps plus ou moins long et il ne reste plus que de la courbature avec titubation, de l’hébétude et de la tendance au sommeil.

En dehors do ces accidents passagers, tous les anciens ouvriers finissent par avoir le sang altéré. Pendant que le chiffre des hématies diminue, celui des leucocytes va en augmentant. En outre, il v a tendance à la constipation et un allanguissement des fonctions génitales.

La fuchsine , qui est un des dérivés les plus immédiats de l’aniline, puisqu’elle résulte de la réaction de l’acide arsénique sur cette substance, et qui se trouve aussi fabriquée sur une- large échelle, est innocentée parla plupart des expérimentateurs qui n’accusent des quelques méfaits accidentels qu’on a pu lui attribuer que l’aniline et l’acide arsénique restés sans réaction réciproque. Grandhomme (2) dit que des animaux alimentés avec la fuchsine n’ont pré-

(1) Hygiène des professions.

(’2) Hygiène, juillet 1881.

senté, pas plus que les ouvriers, ni albuminurie, ni perturbation d’aucune nature dans la sécrétion urinaire, ni diarrhée, ni la moindre diminution de poids. Bergeron et Clouct (1) affirment qu’un homme peut prendre 8 grammes de fuchsine en seize jours sans être incommodé et qu’un chien reste aussi complètement indifférent à une dose quotidienne de 50 centigrammes. A la dose massive do 20 grammes, on observe toutefois de la salivation, des vomissements, de l’accélération de la respiration, des battements de cœur, du tremblement des membres, de la diarrhée avec odeur de nitro-benzine. Il est vrai que l’animal se rétablit très vite, même quand il prend plusieurs fois cette dose dans une seule semaine. Toutefois les expériences de Feltz et de Ritter tendent à prouver que le poison laisse des traces qui détériorent l’économie d’une manière insidieuse et peuvent même déterminer la mort. Par suite, sans doute, de l’élimination de la fuchsine, le rein éprouve la dégénérescence graisseuse et il se produit une albuminurie avec anasarque. Mais on a objecté que ce résultat pouvait être dû à ce que ces expérimentateurs ont procédé par injections intra-veineuses.

Grâce à MM. Neumann et Bapst (2), l’action toxique de la résorcine et de Y éosine est démontrée aujourd’hui.

La première produit chez l’homme des picotements dans les mains et les pieds, se mêlant à un léger tremblement convulsif de ces extrémités, une espèce d’ivresse avec délire et lenteur dans la parole, des vertiges, des bourdonnements d’oreilles, du ralentissement du pouls avec augmentation de la tension sanguine, une émission d’urine brune, et enfin des sueurs abondantes qui jugent la crise. Des symptômes analogues ont été déterminés expérimentalement chez les animaux. Mais on n’a pu produire la mort qu à l’aide de doses considérables, et à l’autopsie on a constaté une hypérémie considérable des centres nerveux, des

(1) Annales d'hygiène . 2° série, t. XLVII, p. 452.

(2) Revue d’hygiène.

poumons, du foie et des reins, ainsi qu’un ramollissement de la muqueuse stomacale.

La seconde détermine chez les ouvriers de l’hyperesthésie accentuée surtout dans les doigts, des contractions, des gerçures et une hyperhydrose des mains. Ce dernier phénomène est si marqué que la sueur tombe goutte à goutte.

La puissance toxique de l’acide picrique est connue. 11 coagule le sang d’une manière presque instantanée. Il irrite et détruit rapidement tous les tissus. Il suffit de toucher avec les lèvres ou la langue les objets dans la coloration desquels il intervient pour être atteint d’une stomatite que Delpech appelle picrique (1). Les lèvres sont chaudes, la langue douloureuse et volumineuse ; toute la muqueuse buccale se tuméfie, se ramollit et s’ulcère. Il en résulte une grande difficulté pour avaler et parler ; la douleur est assez vive pour produire de l’insomnie.

Les effets de la plupart des autres substances organiques sont encore mal déterminés. Le tableau de la page 189, dont j’emprunte les éléments au mémoire que j’ai eu l’honneur de lire au Congrès de la Haye, montre qu’elles sont loin d’être toutes innocentes, même quand elles ont été débarrassées de toute trace arsenicale.

Ces mêmes expériences m’ont en outre permis d’établir que les substances nocives déterminent en général des effets du même ordre, qui consistent particulièrement en une grande lenteur des mouvements, devenant ensuite de la parésie et même de la paralysie complète, exceptionnellement en tremblements convulsifs, plus rarement encore en anesthésie, en dyspnée presque constante et en un coma terminal; que toutes semblent agir en altérant la composition du sang et en provoquant des troubles de la vascularisation, particulièrement dans les poumons, le cerveau, les reins, le foie et le cœur.

Il convient, avant tout, de chercher à atténuer les effets fâcheux des opérations par l’emploi de bons oppareils.

(I) Annales d’hygiène,Za série, t. XLVI, p. 265, 1876.

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