‹ Traité d'hygiène industrielle à l'usage des médecins et des membres des conseils d'hygièneChapitre 17 sur 101 · TANNERIES · texte numérisé non relu

TANNERIES

Sommaire technique. — Le travail de tannerie se divise en deux parties distinctes: 1° le travail de rivière ; 2° le tannage proprement dit.

1° Le travail de rivière comprend cinq opérations : La trempe, qui consiste à laver les peaux dans de l’eau courante pendant une période qui peut varier de deux à treize jours, suivant la qualité des peaux et la température. Le pelanage, qui a pour hut de favoriser l’opération subséquente, et qui consiste à plonger les peaux dans des laits de chaux. L 'ébourrage , qui a pour hut d’enlever les poils à l’aide d’un couteau mousse en forme de croissant, la peau étant disposée sur un chevalet demi-cylindrique. L 'écharnage i qui a pour hut d’enlever les chairs restées après la peau, et pour lequel on se sert aussi d’un chevalet, mais d’un couteau tranchant. Le façonnage , qui est destiné à débarrasser la peau du lait de chaux qui l’imprègne, et qui consiste à la plonger plusieurs fois dans l’eau propre et à la ratisser avec pression à l’aide d’un couteau en grès ;

2° Le tannage proprement dit ne comprend qu’une seule opération capitale, mais graduelle et prolongée, qui consiste à maintenir les peaux étalées dans des fosses contenant des jus de plus en plus riches en tannin, avec interposition de couches de tan solide. Après quoi les peaux sont balayées et séchées.

Des ateliers de tannerie les peaux passent, avant d’être livrées à la confection, dans ceux de corroierie. Celle-ci comprend deux ordres d’opérations différents, en rapport avec la destination du cuir : celles des cuirs lissés qui ser-

INDUSTRIES APPARTENANT A LA DEUXIÈME CLASSE. 201 vent à faire les semelles, celles des cuirs à imprégner ou cuirs en huile.

Les cuirs lissés doivent être soumis aux trois opérations suivantes : le rebroussage , qui a pour but de briser les fibres de la peau, et qui consiste à frotter avec pression les cuirs pliés en deux, successivement dans tous les sens et sur toutes leurs zones; le lissage ou mise en vent, qui consiste en des frictions ayant pour but d'effacer le grain du cuir; le battage , qui donne à la peau de la fermeté en la comprimant.

La préparation des cuirs builés est bien plus compliquée^ et comprend six opérations: le crépissage, qui n’est qu’un rebroussage exécuté sur le côté interne de la peau au lieu de l’être sur le côté externe ; le fendage, opération récente, nécessitant une machine ingénieuse mais coûteuse, et divisant en deux feuillets les peaux épaisses, de façon à multiplier la matière à ouvrer; le foulonnage ,c\ ui a pour but de purger la peau en la rinçant avec frottement; la mise au vent , qui n’est que la reproduction du lissage; la mise en huile, qui donne de l’imperméabilité et de la souplesse au cuir, en l’imprégnant d’huile et de suif ou dégras ; le finissage, qui donne du brillant au cuir en le glaçant avec une plaque en verre assez épaisse.

Hygiénologle. — Parmi les accidents observés dans les tanneries, les uns sont la conséquence de l’humidité qui règne généralement dans les ateliers, tels sont: les douleurs rhumatismales, les pneumonies, les pleurésies, les bronchites catarrhales, et divers troubles gastro-intestinaux qui ont même fait admettre l’existence d’une colique des tanneurs.

D’autres sont dus aux poussières qu’engendrent la préparation et la manipulation du tan, tels sont : la toux, 1 astbme, des blépharites et diverses éruptions cutanées.

D’autres proviennent de l’immersion des mains dans les bains chimiques, pendant le travail des cuves; tels sont des ecchymoses interdigitales, des vésicules, des pustules, des

ulcérations, des phlegmons, des abcès et particulièrement un genre de panaris appelé piÿfaon, qui consiste en un polit pertuis entouré d’une zone blanche formée par de l’épiderme soulevé et épaissi, et d’une zone rouge brun plus excentrique.

D’autres sont dus aux affections contagieuses des animaux qui ont fourni la peau ; telle est surtout la pustule maligne.

D’autres sont causés par la station debout que la plupart des ouvriers sont forcés ou ont l’habitude de tenir ; tels sont les varices et les ulcères des jambes.

D’autres résultent du travail musculaire, ce sont la fatigue générale, l’hypertrophie des muscles du bras, l’hypertrophie du cœur, le lumbago, la sciatique, l’arthrite du poignet, les synovites des gaines tendineuses.

D’autres enfin proviennent des pressions et des frottements subis par certaines parties du corps ; ce sont des bourses séreuses accidentelles, particulièrement au coude chez les ouvriers qui travaillent avec la marguerite, des' dépressions du sternum, des irritations des voies génitourinaires, des orchites, des adénites inguinales, des eczémas des bourses et des cuisses.

La législation n’interdit le travail des enfants que dans les locaux où les poussières se dégagent librement (Décret du 14 mai 1875).

Comme mesures administratives, on prescrit habituellement que le sol des hangars servant au dépôt des peaux brutes ou cuirs verts, ainsi que celui de tous les ateliers, soient dallés, bitumés ou cimentés; qu’ils présentent une pente favorisant l’écoulement des eaux; que les ruisseaux conduisant celles-ci à l’égout soient munis de grilles arrêtant les débris solides; qu’en l’absence d’égouts ou de tout autre moyen d’évacuation, les eaux ne soient répandues sur les terres en culture qu’après avoir été épurées par la chaux; que les fosses à tannage et à épilage soient en matériaux imperméables et éloignées des habitations.

L’intérêt (les ouvriers et même l’intérêt général réclament aujourd’hui de nouveaux errements.

Le broyage du tan, qu’il se fasse dans la tannerie ou ailleurs, devrait être exécuté dans des broyeurs et des blutoirs à enveloppes hermétiques. Du reste, il est probable que d’ici peu la poudre de tan sera partout remplacée par l’extrait de tan.

Après le pelanage, les peaux doivent, avant l’ébourrage et l’écharnage, être passées dans les tonneaux purgeurs. Ce sont des tonneaux en rotation et constamment parcourus par un courant d’eau, à l’aide de tuyaux d’arrivée et de départ. Ce courant, joint à l’agitation due à la rotation, lave et enlève les matières chimiques d’épilage, dont l’ouvrier n’a plus à subir l’imprégnation.

Pour l’ébourrage et l’écharnage à la main, il faut exiger que les billots soient revêtus d’une feuille d’étain. Mais il est beaucoup préférable de les faire exécuter par des machines.

Pour l'ébourrage, l’ouvrier déplace sur un tambour la

peau pour présenter les points à ébourrer à un petit cylindre-brosse.

1 our 1 écharnage, la machine consiste en deux cylindres dont l’un sert de support à la peau tandis que l’autre est armé d’une lame tranchante en spirale.

La paitie mécanique du façonnage ne doit plus consister, comme autrefois, en un piétinement sur les peaux. Cellesci doivent passer simplement dans des tonneaux dits fou-

leurs, qui ne diffèrent des tonneaux purgeurs que parce qu’ils sont hérissés à l’intérieur de chevilles de bois.

Dans la corroierie, le rebroussage à la main est l’opération la plus fatigante. Aussi faut-il toujours recourir à la machine ci-dessus.

CHAMOISERIE.

Sommaire technique. — Le chamoisage, dont la caractéristique est le traitement des peaux par l’huile, n’est nullement le pendant du tannage, comme on l’a prétendu. L’huile ne doit pas rester incorporée à la peau pour lui donner de la dureté et du corps, mais entraîner par son expulsion extérieure les matières grasses et gélatineuses qui imprègnent le tissu cutané.

La première opération est l 'épilage ou ablation de la laiue, qui s’effectue à l’aide de l’orpin et du sulfhydrate, qui contiennent des matières arsenicales. On procède ensuite à Y écharnage, qui consiste à enlever les mauvaises chairs: au foulage, qui a pour but de vider, par pression, les peaux de la chaux et a besoin d’être précédé d’un bain de trois jours; au travail cle rivière ou nettoyage au milieu d’un cours d’eau, à l’aide d’un couteau rond ; à la mise en confit, qui est une macération dans un bain d’eau aigrie par du

son de froment; au torclage, qui a pour but de débarrasser les peaux de l'eau qu elles renferment; a la mise en huile , qui consiste à étendre d’abord de l’huile de foie de morue, puis de l’huile do baleine sur les peaux, à plier celles-ci en quatre et à frapper dessus avec des maillets; à T aération, qui s’obtient en laissant les peaux suspendues en plein air pendant quelque temps ; au dégraissage , qui a pour but de chasser l’huile introduite et qui comprend deux temps, la pression ou extraction mécanique à l’aide d’une presse et le lessivage ou extraction chimique ; à Yêtendage ou séchage; au palissonnage , qui a pour but de débarrasser la peau de toutes les parties restées rigides, ce qui s’obtient en faisant glisser la peau dans tous les sens sur un fer tranchant de forme convexe, ou palisson; au parage , qui consiste à passer ensuite la peau sur une bille de bois maintenue entre deux montants verticaux.

Pour la par chemine rie, on se sert de peaux de moutons et de chèvres qui, après avoir subi les opérations précédentes, sont amincies par le frottement avec une pierre ponce.

Hygiénologie. — Comme toutes les industries qui ont pour matière première des tissus animaux, la cliamoiserie expose à des odeurs et à des effets putrides auxquels concourent les peaux fraîches de provision, les débris de raclage et les cuves de macération. Celles-ci sont d’autant plus à redouter qu’il n’y a pas, comme pour le tannage, l’action antiseptique du tannin. Les eaux de lavage, tout en infectant l’air, peuvent aussi compromettre les cours d’eau et même les puits d’alimentation. Il importe donc, comme dans toutes les industries de ce genre, de bien bitumer les ateliers et les cours, d’assurer par des canaux souterrains l’écoulement des eaux vers les égouts, ou de les user en irrigations agricoles; d’employer le plus vite possible les peaux neuves [vertes, suivant l’expression professionnelle), ou de les immerger immédiatement dans de l’eau de chaux, d’enlever fréquemment les débris, etc. Mais la cliamoiserie se distingue particulièrement par deux

autres genres de danger, ce sonl l’odeur provenant du traitement par les huiles et l’imminence d’incendie due à ces substances combustibles et à la mise en étuve. 11 convient d’isoler celle-ci, ainsi que les magasins d’huile.

Pour l’épilage, les ouvriers devront abriter leurs doigts avec des doigtiers en caoutchouc, ou recourir aux procédés dits par la psylose et par l 'inoffensif.

Le tordage doit être remplacé par une pression hydraulique qui économise la dépense musculaire.

Pour le foulage nécessaire à la mise à l’huile, il faut remplacer le maillet par un outil dû à M. Lambert et qui consiste en une série de maillets armés de fonte et mis en mouvement par un arbre à deux coudes.

Dans les ateliers de parcheminerie, le danger spécial consiste dans les poussières que développe l’usure de la peau avec la pierre ponce. On devra chercher à établir une ventilation partielle.

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