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FABRIQUES DE SUCRE DE BETTERAVES ET RAFFINERIES

Sommaire technique. — Les betteraves sont d’abord lavées à l’aide d’un cylindre à claire-voie tournant dans un réservoir d eau. Les eaux sales sont écoulées et accumulées dans des fossés et de là répandues sur les champs, au fur et à mesure des demandes. Elles sont ensuite réduites à 1 état de bouillie à l’aide de râpes, puis enfermées dans des sacs qu’on empile et qu’on soumet à de fortes presses hydrauliques pour en exprimer le jus. Celui-ci est envoyé par un monte-jus dans des chaudières où s’effectue une opération dite défécation , qui consiste à le chauffer avec de

TRAITÉ D’IIYGIÉNE INDUSTRIELLE.

la chaux destinée à le débarrasser de l’albumine, des matières gommeuses colorantes et des acides libres. Toutes ces substances viennent bientôt former à la surface une écume distincte, et l’on soutire le jus ainsi clarifié. On le décolore ensuite par la fil ira lion à travers un noir animal. De nouveaux monte-jus l’envoient dans des chaudières à évaporation. Ces deux dernières opérations se répètent deux ou trois fois alternativement, puis on pratique dans d’autres chaudières la cuite , qui amène le jus au dernier degré de concentration, et à la consistance d’un sirop. Celui-ci est maintenu un certain temps dans une étuve à 25°, puis mis dans des rafraîchissoirs, et dès qu’il commence à se former des cristaux, on procède à X empli, autrement dit à le mettre dans des formes en terre. Ces formes sont plantées dans des bancs présentant une rangée de troncs et posées sur une gouttière en zinc. Pour éviter les pertes dues à l’imbibition des formes par le sucre, on a le tort de les peindre à l’intérieur avec delà céruse. Quand la cristallisation est complète, on enlève une cheville qui obstrue l’extrémité conique de la forme, afin quel 'égouttage puisse se faire.

La pulpe, après l’extraction du jus, est vendue aux éleveurs pour l’alimentation des bestiaux. Les écumes de la clarification sont vendues comme engrais ; mais pendant leur séjour à la sucrerie, elles se putréfient très viLe et répandent une odeur infecte.

La plupart des sucreries préparent elles-mêmes le noir animal qui leur est nécessaire, et par économie, le revivifient plusieurs fois.

Le sucre de canne et celui de betterave, à la suite des opérations ordinaires des sucreries, ne constituent qu’une cassonade contenant de la terre et du sable, des matières colorantes, des matières azotées, du sucre incristallisablc, des acides libres, des sels et du saccharale de chaux. L’épuration s’effectue dans d’autres usines appelées raffineries. On commence par dépoter , c’est-à-dire renverser le contenu des barriques sur un sol dallé, appelé bac à sucre, dans le but de séparer la cassonade pulvérulente de la casso-

nade en morceaux, les deux espèces devant être traitées à part comme ayant des valeurs différentes. On complète ces préliminaires par le dégraissage , qui consiste à détacher et à dissoudre par de* la vapeur d’eau la partie restée adhérente aux tonneaux. Après avoir passé au crible les . fragments pulvérulents, on les fait dissoudre et on réunit la solution avec l’eau de lavage des tonneaux dans une chaudière chauffée à la vapeur. On fait bouillir avec addition de noir animal et de sang qu’on conserve dans des tonneaux soufrés. On jette le tout sur des filtres qui retiennent un résidu solide, appelé noir de raffineries , servant d’engrais pour l’agriculture. Le liquide ayant traversé est filtré de nouveau sur du charbon en grains. On concentre dans des chaudières, on fait reposer dans des rafraîchissoirs où, avec un agitateur, on trouble la cristallisation commençante, de façon à obtenir seulement une pâte encore coulante. On la verse dans des formes qui peuvent être en terre cuite ou en tôle galvanisée ou peinte avec de la céruse, ou encore en cuivre. La pâte y est introduite à l’aide de poches en cuivre. On les dispose comme des entonnoirs, dans des planches trouées pour Y égouttage qui se fait dans une salle à 35 degrés appelée empli. De temps en temps on ratisse la surface pour l’égaliser, c’est le planatage. Après l’égouttage les pains sont retirés, exposés à l’air pendant vingtquatre heures, puis dans une étuve amenée progressivement à 45 degrés.

Hygiénologie. — Il est d’abord deux ordres de dangers auxquels les ouvriers sont exposés, aussi bien dans les sucreries que dans les raffineries. Ce sont, d’une part, ceux qui résultent du contact continuel avec des liquides et des poussières sucrées, et d’autre part, les refroidissements résultant du passage des ateliers à haute température dans les cours. C’est à l’action locale du sucre, et peut-être aussi à son intluencc sur le sang, qu’on doit attribuer la fréquence des furoncles, des eczémas, de l’ecthyma, de l’impétigo, et même d’ulcérations par action escharotique seules avant-bras, les jambes, les pieds et les mains. Le doc-

tour Nivct(l) a même signalé un phymosis diabétique. Pour mon compte, je crois qu’il se produit très souvent un véritable diabète alimentaire, car j’ai constaté la présence du sucre dans les urines de plusieurs employés dans une grande fabrique de dragées.

La haute température qui règne dans plusieurs locaux dece genre d’industrie provoque des transpirations abondantes qui contribuent avec la condition précédente au développement des affections cutanées. En outre, elle expose à des transitions brusques les ouvriers qui, à chaque instant, sont obligés de se rendre dans les cours ou dans des locaux plus froids encore. De là une certaine prédisposition aux affections catarrhales des bronches et de l’estomac. On a remarqué toutefois en Allemagne que si les bronchites étaient fréquentes, les pneumonies et les rhumatismes étaient au contraire rares (2). Quoiqu’on physiologie on admette généralement que les étuves sèches soient mieux supportées que les étuves humides, en permettantle rafraîchissement du corps par l’évaporation de lasueur, il est dit dans le même travail que le séjour dans les salles de cristallisation, où il règne une température de 37 degrés, est parfaitement supporté.

Un autre inconvénient de ces industries est d’imprégner le sol et l’air de matières organiques en voie de décomposition, non seulement d’origine végétale, mais encore d’origine animale. Car la clarification s’obtient avec du charbon animal ou des matières albuminoïdes.

L’opération de la défécation exige l’intervention de grandes quantités d’acicle carbonique, et la préparation de ce dernier peut faire entrer en scène l’acide chlorhydrique ou l’acide sulfurique. D’autre part comme, par économie, on fait souvent resservir le même noir animal, on procède à la revivification de ce dernier, ce qui donne naissance a un dégagement d’acide carbonique, d’ammoniaque et d acide sulfhydrique.

(1) Compte rendu du conseil d’hgiène du Puy-de-Dôme, 1877- 18.

(2) Jahresbericht de Virchow et Hirsch, 18GS, I, -W55.

La salubrité publique est do son côté notablement compromise par l’expulsion des eaux résiduaires. Les eaux qui ont servi à laver les filtres de noir animal renferment des matières organiques putréfiées, et l’eau de condensation apporte de grandes quantités d’ammoniaque. De là des ruisseaux qui répandent une odeur infecte, où le poisson meurt et où le bétail se refuse à boire. L’habitation des moulins situés en aval devient souvent impossible. Au point de déversement des eaux de fabrique dans les eaux pures du cours d’eau, on voit pulluler des algues qui, en se desséchant sur les berges, se transforment en une masse gélatineuse, ocreuse, exhalant une forte odeur de poisson pourri.

Il ressort de cet énoncé des dangers inhérents à la fabrication du sucre de betteraves, que l’hygiène doit surtout rechercher tout ce qui, dans le choix des appareils et des procédés, peut diminuer la dépense musculaire, l’action des liqueurs sucrées sur les téguments et l’intérieur de l’économie; celle des transitions brusques de température; celle des matières organiques en putréfaction, et enfin celles des acides carbonique, sulfurique, chlorhydrique et sulfhydrique, ainsi que du gaz ammoniac. Dans cette appréciation, nous suivrons l’ordre naturel des opérations.

Le lavage ou mondage des betteraves, qui a pour but de les débarrasser de la terre restée adhérente, peut facilement être obtenu mécaniquement, de façon à éviter à l’ouvrier à la fois la fatigue, la malpropreté et l’humidité. Un tambour à claire-voie, en bois ou en fer qui, par l’intermédiaire d’une transmission, tourne autour de son axe, tout en plongeant par s K moitié inférieure dans une auge d’eau; une trémie dont l’ouverture inférieure et latérale donne dans l’extrémité du tambour, permet d’y introduire les betteraves qui ressortent de l’autre côté complètement nettoyées.

L’extraction du suc des betteraves peut être obtenue par deux méthodes essentiellement différentes, que l’hygiène a

le devoir de juger, tout aussi bien que l’industrie, ce sont : la méthode mécanique et la méthode par diff usion.

Dans la première, la betterave est divisée mécaniquement, et réduite plus ou moins en pulpe qu’on épuise ensuite, soit par des presses, soit par la force centrifuge, soit enlin par lixiviation de la pulpe.

Dans la seconde, la betterave est simplement mise entière en macération dans de l’eau qui, par de purs échanges osmotiques, la dépouille de son suc sucré. Cette macération se fait à chaud à 50 degrés, ou à froid. Encore, dans ce dernier procédé, la betterave est d’abord traitée à la même température, et passe ensuite dans des bains de moins en moins chauds.

Dans l’un et l’autre cas, elle s’opère dans des diffuseurs en tôle, réunis entre eux par des tuyaux de communication, et chauffés par un serpentin de vapeur. Comme on devait redouter avant tout, ici, les conséquences d’un travail de putréfaction plus ou moins prolongé, et comme ce danger se trouve à peu près supprimé par l’emploi de diffuseurs parfaitement clos, il est incontestable que l'hygiène doit donner la préférence à cette méthode, parce qu’elle supprime la dépense musculaire et des opérations mécaniques pouvant être l’occasion de blessures, et qu’en outre elle donne un suc désormais non chargé de matières azotées putrescibles. Du reste, au point de vue industriel, il y a un rendement plus complet et d’un produit plus pur, de sorte que l’extractiompar diffusion tend à se répandre de plus en plus.

Quant aux industriels qui croient devoir continuer à recourir à la méthode mécanique, il importe qu’ils emploient pour le rapage la machine de Thierry. ÎUIe se compose d’un cylindre armé de lames à fines dents, mis en mouvement par transmission, qu’un manteau se rabattant peut placer sous enveloppe hermétique, et auquel les Ijetteraves sont présentées par une trémie horizontale ou coudée.

On peut aussi se servir de la râpeuse Champonnois , dans

laquelle le tambour broyeur est immobile. Une palette se meut à l’intérieur avec les betteraves qui sont lancées par la force centrifuge contre la surface interne et denLéc du tambour. La pulpe s’échappe par des intervalles laissés libres entre les lames dentées. D’autre part l’extraction du jus doit être obtenue soit à l’aide d’une presse hydraulique ou d’une presse continue à cylindres, soit encore., comme cela a lieu depuis un certain temps, à l’aide de turbines séparant par la force centrifuge les parties liquides des parties solides.

Si l’on adopte l’emploi de la presse hydraulique, il convient do recommander celle de M. Cail, qui est munie de deux tables de travail, celle de droite servant au montage de pile de sacs de pulpe à comprimer, celle de gauche devant recevoir la pile déjà comprimée. Un mécanisme fort simple permet d’amener rapidement la pile préparée sous la presse et de la retirer ensuite. Non seulement on agit plus rapidement, ce qui empêche le suc de s’altérer et de brunir, mais on économise considérablement la maind’œuvre.

Quelle que soit leur valeur industrielle, tous ces moyens sauvegardent suffisamment le côté hygiénique ; mais il n’en est plus de même de l’extraction par lixiviation , dont l’idée première est due à Mathieu de Dombaslc. Car, outre la division obtenue, ilest vrai, avec des machines à couper , il faut une dessiccation dans des étuves ou tourailles, un traitement par de l’acide sulfurique, ou de l’acide sulfureux et de la chaux, puis une lixiviation avec de l’eau à 80 degrés. Du reste, les résultats industriels sont défectueux.

Pour toutes ces opérations préliminaires, dont il vieil! d’être question, il est une disposition que l’industrie tend à adopter pour diminuer les frais de transport, et que l'hygiène ne peut qu’encourager. Elle consiste h les exécuter sur le champ de culture même, eL h amener le jus par des conduites souterraines à l’iisine proprement dite. En divisant ainsi le théâtre des opérations, on évite l’accumulation dans un même point de matières organiques en fermentation.

Après son extraction, le suc de betterave est très acide et renferme, en dehors du sucre, une assez forte quantité de matières minérales azotées. Il importe de le débarrasser de ces substances étrangères, d’autant plus que les matières azotées ont tendance à transformer le sucre en acide lactique, c’est là le but des trois opérations subséquentes : la défécation, la carbonatation et la filtration. La première consiste à traiter le suc par la chaux qui neutralise l’acide et précipite la plupart des autres matières étrangères. On se sert généralement, pour la défécation, d’une chaudière

Fig. 87. — Chaudière de dessiccation.

à double fond, chauffée par la vapeur représentée par la ligure 87.

Comme, après cette précipitation, la liqueur renferme à côté du sucre libre du saccharate de calcium provenant de l’addition de la chaux, il devient nécessaire de décomposer ce dernier. C’est ce que fait la carbonatation, qui consiste à traiter par l’acide carbonique qui précipite toute la chaux à l’état de carbonate. Cette précipitation a été aussi obtenue par les acides oxalique, phosphorique, oléique, margarique, fluorhydrique, etc.

On a même renversé le problème et cherché, au contraire, à isoler le sucre en le précipitant avec la baryte qui forme

un saccharate de baryum insoluble, el qu’on décompose ensuite par l’acide carbonique. Mais on a à peu près renoncé à ces moyens de déchaulage, et c’est presque exclusivement avec l’acide carbonique qu’on débarrasse aujourd’hui le suc de la chaux, acide qui du reste devient aussi nécessaire avec le dernier moyen.

Comme il faut, pour la défécation et la carbonatation, de la chaux et de l’acide carbonique, il est tout indiqué de se procurer du même coup ces deux réactifs, en calcinant des pierres calcaires. Ondoitse servirdu four à chaux de M. Cail, dans lequel 'un tuyau prolongeant le sommet recueille

Fig. 88. — Appareil Rousseau.

l’acide carbonique, et le conduit à travers un laveur à coke

Idans les récipients où il doit agir. Dans cés conditions l’hygiène doit remarquer que l’inconvénient des fours à chaux ordinaires, qui est de déverser librement de l’acide carbonique dans l’air, disparaît. Un autre progrès peut être réalisé aussi pour l’hygiène. Autrefois la défécation et la carbonatation se faisaient successivement et à part. Aujourd’hui elles se font simultanément avec la chaudière Périer et Possox, dans laquelle on fait arriver en même temps la chaux et l’acide carbonique. U y a toujours intérêt pour les ouvriers à simplifier les opérations el £i en diminuer la

durée. Les inconvénients s’en trouvent, par le fait, amoindris.

En tout cas, si on préfère obtenir l’acide carbonique avec du charbon ou du coke, il importe, pour éviter les fuites nuisibles de ce gaz, de recourir à l’appareil de Rousseau représenté par la ligure 88.

B est un four clos, en tôle doublée de maçonnerie, rempli de charbon et de coke et destiné à fournir l’acide carbonique. — A est une pompe horizontale mue par la machine à vapeur et lançant de l’air dans le four par le tube courbe aa. L’acide carbonique produit s’échappe par le tube c qui traverse le réfrigérant C. Il arrive par le tube E dans le laveur D. Le tuyau F le distribue par des trous latéraux dans la chaudière de défécation G où l’ébullition est produite par le jet de vapeur L. Après l’opération le robinel à longue tige II permet de faire couler le suc dans la rigole I qui le conduit à l’appareil de filtration. Il est à remarquer toutefois qu’il se dégage toujours à la surface de la chaudière de l’acide carbonique en excès. Il importe donc qu’une hotte soit disposée au-dessus de la chaudière.

Pour débarrasser le suc de la portion de cliaux qui n’a pas été précipitée par l’acide carbonique, et de certains principes colorants visqueux et salins, on le filtre ensuite sur du charbon animal dans des filtres dits de Dumont dont les détails de construction n’intéressent nullement l’hygiène, et dont il suffira de donner une idée par la figure 89.

Le cylindre A présente un double fond bb recouvert d’une toile humide sur laquelle est entassé le noir. Au-dessus du charbon une nouvelle toile et un diaphragme percé de trous cc. Au-dessus arrive le

jus par le robinet r à floLteur f. Le jus décoloré s’écoule par le robinet r'. En h est un trou d’homme pour le nettoyage.

Ce qui doit surtout préoccuper l’hygiéniste dans celte phase des opérations, c’est que par économie on fait servir plusieurs fois le même charbon, et que pour cela il faut le rectifier.

Dans l’opération subséquente, c’est-à-dire l’évaporation du jus filtré, nous avons à considérer tout ce qui est susceptible de diminuer les buées et la main-d’œuvre dans les transvasements, double circonstance qui peut contribuer à l’imprégnation de l’économie par le sucre, et même à la

Fig. 90. — Chaudière Pecqueur.

A, chaudière. — BB, tuyau de vapeur. — B, robinet d’arrivée de la vapeur.

production de brûlures. Pour pouvoir vider facilement le contenu des chaudières, il convient d’adopter des chaudières à bascule.

D’autre part, les buées sont généralement moins abondantes quand le chauffage est régulier ; il faut remplacer le chauffage à feu nu par le chauffage à la vapeur. Les chaudières dites de Pecqueur remplissent à la fois ces deux conditions.

Mais il est mieux encore, au point de vue des buées, d’employer des appareils à évaporation dans le vide, qui permettent d’effectuer la concentration du jus à une basse température et avec une rapidité très grande et sans la

TRAITÉ DTIYGIÉNE INDUSTRIELLE.

moindre altération du sucre. Ces avantages industriels font que cette dernière méthode se généralise de plus en plus. On donne aussi la préférence à Y appareil à triple effet de Cail.

A, B et C sont les trois chaudières en tôle où s’exécule l’évaporation du jus. Dans la moitié de ces chaudières en pp' se trouvent deux plaques tubulées qui relient entre eux un grand nombre de tubes en cuivre par lesquels s’établit la communication du liquide de la parlie supérieure avec l’inférieure. Les tubes au, bb,, cc, dd servent à faire le vide initial dans les chaudières à l’aide d’une pompe. La vapeur arrive par le tube T. VY sont des tubes de sûreté par lesquels la vapeur passe en se rendant d’une chaudière à l’autre. Les gouttes dejus entraînées par la vapeur s’v condensent et retombent dans les chaudières par les tuyaux en". Les tuyaux t et V font passer le jus liquide d’une chaudière dans une autre. Les eaux provenant de la condensation des vapeurs se rendent par les tubes t, c, c et ad dans un réservoir commun. Le tuyau K sert à vider les eaux de lavage de l’appareil.

En résumé, on produit un vide relatif pour que l’évaporation se fasse activement, même avec une faible élévation de température. Le vide est d’abord obtenu à l’aide d’une pompe extérieure à l’appareil, ensuite et surtout par le fait même de la condensation des vapeurs antérieurement pro-

duites. Le chauffage est produit par la vapeur. Grâce à la combinaison de vases établie, le même jus passe successivement dans les trois vases et se concentre de plus en plus.

Nous n’avons pas à apprécier les qualités industrielles de cet appareil, mais l’hygiène ne peut qu’approuver une méthode qui, par le fait qu’elle est obligée de réaliser le vide, maintient toujours les gaz et vapeurs en vases clos.

Aujourd’hui, beaucoup d’industriels, désirant obtenir un produit plus parfait et débarrasser le suc des matières étrangères qu’il renferme encore après l’évaporation et la

Fig. 92. — Appareil pour la cuite.

A, est une chaudière en tôle, munie de trois serpentins superposés, bcd et amenanL la vapeur; E est un condenseur dans lequel on fait le vide au moyen d’une pompe aspirante F. Le jus arrive par le tuyau à robinet R.

bllration, le traitent par la baryte et le phosphate d’ammonium. Mais ce nouveau traitement ne modifie en rien les conditions hygiéniques.

La cuite, qui n’est qu’un complément de concentration, ne doit plus se faire comme autrefois, dans des chaudières à feu nu, mais dans un récipient chauffé par une circulation

Poincaré. — Hyg. iudustr. 1S

de vapeur cl clans lequel on fait aussi préalablement le vide. On obtient ce vide en adaptant une pompe à un tuyau partant de la partie moyenne du récipient. Du reste, celle pompe doit fonctionner même après le vide produit et pendant toute la durée de la coclion, afin d’enlever les vapeurs produites par l’évaporation. Celles-ci doivent être conduites dans un condenseur, et après leur condensation, ou bien être rejetées aussi au dehors, ou bien, si on veut les utiliser dans les usines où l’eau fait défaut, les faire se refroidir en cascadant sur des amas de fascines, dits refroidisseur à fascines. L’hygiène n’a absolument rien à reprocher à cette manière de procéder.

La figure 92 représente l’appareil qu’on doit employer pour la cuite.

En matière d’hygiène industrielle, il n’y a point de petit détail. Pendant la cuite, l’ouvrier est forcé de s’assurer de temps en temps du degré de consistance obtenue. Suivant ses prédilections personnelles, il apprécie, soit en saisissant de la liqueur entre le pouce et l’index qu'il écarte ensuite pour étirer un filament qui se rompt plus ou moins tôt suivant son adhésion , soit en soufflant sur une cuiller chargée du sirop, ce qui pulvérise ce dernier plus ou moins suivant sa consistance. Il en résulte pour lui dans ce dernier cas un éclaboussement sur la figure, qui doit faire préférer la première méthode.

Après la cuite, on procède à la séparation du sucre cristallisablo du sirop ou sucre incristallisable. Autrefois on réalisait cette séparation en faisant égoutter le sucre dans des formes coniques et en faisant filtrer à travers la masse cristalline restant dans la forme, une bouillie d’argile destinée à déplacer le sirop resté dans les lacunes. On s’est servi ensuite de caisses en tôle munies d’un tube d’égouttage. Mais aujourd’hui on chasse le liquide incristallisable par la force centrifuge, c’est-à-dire à l’aide d’une turbine. Cette innovation est un progrès hygiénique, puisque cela supprime des manipulations exposant les ouvriers à une maculation surabondante par le sucre.

La partie liquide dont on a dépouillé le sucre proprement dit constitue la mélasse. On utilise celle-ci, tantôt en la distillant pour en extraire de l’alcool et fabriquer de la potasse avec le résidu de la distillation, tantôt en l’employant à la nourriture du bétail, tantôt en la vendant aux brasseries. Comme le premier traitement appartient à un autre genre d’industrie, nous n’avons pas à nous en occuper ici. Mais dans beaucoup de sucreries, on s’efforce d’en extraire encore tout le sucre cristallisable qu’elle peut retenir soit par la baryte, soit par diffusion, soit par de l’alcool acidulé avec de l’acide sulfurique. De là des manipulations dont les inconvénients sont signalés dans les industries particulières de ces substances.

Une précaution générale importante à prendre, pour di-

jqmjsi.

Fig. 93. — Formes d’égouttage.

minuer à la fois la fatigue et les causes de maculation est l’emploi des monte-jus pour les divers transvasements des sucs et sirops. Enfin il faut des lavages fréquents des salles, une propreté minutieuse de la part des ouvriers, une alimentation très azotée et l’usage de boissons alcalines.

Dans une analyse qui a pour but de disséquer, pour ainsi dire, la partie technique au point de vue de l’hygiène, il est inutile de développer l’énoncé des opérations de raffinerie, comme nous venons de le faire pour celles des sucreries, puisqu elles sont à peu près analogues, créent les mêmes dangers et exigent les mêmes précautions opératoires. Du reste, aujourd’hui on tend à faire le raffinage en fabrique,

c’est-à-dire à fusionner les deux industries dans un seul et même établissement. Contentons-nous de donner la représentation du filtre Taylor et des formes employées dans les raffineries pour la filtration et l’égouttage du sucre. Disons seulement que comme l’emploi du noir fin et du sang pour la clarification est toujours une condition malsaine, il est bon de recommander le procédé Lagrange, qui clarifie le sirop par la baryte et le phosphate d’ammonium.

Quelle que soit la destination des mélasses, elles sont forcément appelées à séjourner plus ou moins longtemps dans les sucreries. On doit les mettre en réserve dans des

Fig. 94. — Filtre Taylor.

citernes parfaitement construites et surmontées d’une cheminée d’appel pour écouler dans les parties élevées de l’atmosphère l’hydrogène carboné, au fur et à mesure de sa production. Du reste, il est préférable de les enfermer le plus tôt possible dans les tonneaux étanches qui sont indispensables pour leur transport. Pour les eaux résiduaires, c’est-à-dire les eaux de lavage, les sucs considérés comme épuisés, etc., on a le tort d’autoriser les industriels à s en débarrasser, soit à l’aide de puits perdus dans de la craie, comme à Douai, soit dans un cours d’eau, sous la condition de ne faire ce transport que la nuit. 11 serait à désirer qu on pût imposer une concentration préalable et leur adjonction

INDUSTRIES APPARTENANT A LA DEUXIÈME CLASSE. 229 aux vinasses pour la distillation et la fabrication de la potasse.

Industries du fer.

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