INDUSTRIES DU PLOMB
Le décret de 1866 nous permet de réunir dans une même étude la fabrication des divers composés plombiques, que les décrets antérieurs avaient disséminés dans les trois classes. Malgré la puissance toxique des substances plombiques, toutes bénéficient aujourd’hui de la troisième classe. Il est vrai que les vapeurs et les poussières de cet ordre nuisent surtout aux ouvriers, mais on a peut-être trop fermé les yeux sur la possibilité d’une plus grande extension de leur action et surtout celle d’infiltrations extérieures par les eaux de lavage.
Les symptômes de l’intoxication saturnine ayant été énumérés page 89, nous n’avons plus ici qu’à indiquer, à part et successivement, la technique particulière de chacune des industries du genre, en la faisant suivre de la mention des singularités cliniques et prophylactiques présentées par chacune d’elles.
1° Extraction «lu plomb.
Sommaire technique. — Le plomb s’extrait de la galène , minerai formé de plomb, de soufre et d’un peu d’argent. Tantôt on traite ce minerai par la méthode écossaise qui consiste à le mélanger avec le combustible et à chauffer le tout sous le vent d’une tuyère, tantôt par la méthode dite de précipitation, qui consiste à chauffer la galène avec du fer; il se forme du sulfure de fer et il coule du plomb métallique ; tantôt par grillage et réaction.
Le minerai ou galène est d’abord grillé, au contact de l’air. Il se forme de l’oxyde et du sulfate de plomb qui, sous l’inlluence d’un second grillage sans courant d’air, réagissent sur le sulfure de plomb non encore altéré, en le transformant en acide sulfureux et en plomb métallique.
TRAITÉ DTIYGIÈNE INDUSTRIELLE.
Hygiénologie. — L’extraction du plomb ne se trouve pas signalée clans le tableau de Gautier relatif au degré de nocuité des diverses industries saturnines. Mais il y a eu probablement de sa part une simple abstention motivée par une absence de renseignements. Car les industriels reconnaissent eux-mêmes que le procédé écossais, qui laisse toute liberté au dégagement de vapeurs plombiques et d’acide sulfureux, est très insalubre. Il y a donc lieu de le condamner d’une manière absolue. On doit surtout recommander le grillage dans un four à réverbère.
Fig. 99.
Le minerai est introduit par une ouverture T en forme d’enlonnoir et susceptible d’être fermée. On a ainsi les avantages d’une trémie.
L’acide sulfureux qui se dégage en abondance est entraîné dans la cheminée. Mais pendant la première partie de l’opération, comme le contact de l’air est nécessaire on maintient ouvertes les trouées D. D. D. A ce moment les gaz et vapeurs pourraient se répandre dans l’atelier. Cela se produit peu à cause de l’excellent tirage des fours à réverbère. Le plomb fondu qui occupe les couches supérieures de la masse s'écoule de lui-même dans le hassin de réception G. Il importe que ce bassin soit surmonté d’une hotte.
Un errement qui laisse beaucoup à désirer consiste à faire puiser par les ouvriers avec des cuillers de fer dans ce bassin le plomb pour le couler en lingots. Il semble qu’on pourrait facilement charger la pesanteur de réaliser cette coulée.
INDUSTRIES DE TROISIÈME CLASSE
Lorsque le minerai est riche en argent, on cherche naturellement à isoler ce métal. Dans ce but on a imaginé h. Stolberg un procédé qui est excessivement dangereux et contre l’emploi duquel les hygiénistes doivent s’élever (1). On ajoute au plomb argentifère fondu, du zinc auquel l’argent s’allie. Cet alliage, qui monte à la surface et est facilement enlevé, est traité par l’acide chlorhydrique qui donne du chlorure de zinc soluble et un chlorure d’argent insoluble. Or, il se dégage dans ce procédé beaucoup d'hydrogène .arsénié, et tousles ouvriers éprouvent des nausées, des vertiges, de la céphalalgie, de l’abattement, des douleurs abdominales et rénales, de la somnolence profonde, une teinte subictérique, de l’hématurie, une soif ardente. On a même observé à Stolberg trois cas de mort, et à l’autopsie on a constaté de la congestion très intense des méninges, des poumons, des reins et des intestins.
Le procédé classique, qui est basé sur ce fait que l’argent résiste à l’oxydation pendant que le plomb et les autres métaux s’oxydent, est le seul à autoriser. L’oxydation s’effectue dans un fourneau à réverbère sur la sole duquel on construit une petite cuvette ou coupelle , avec un mélange de cendres de fougère et de cendres d’or. On y ménage une échancrure pour que la litharge formée s’écoule au fur et à mesure de sa formation. L’argent brut reste au fond de la coupelle.
2° Industries de confection «lu plomb métallique.
La fonte du plomb est celle des opérations de ce genre qui est la plus répandue, car c’est la grande fusibilité même de ce métal qui le rend propre à une foule d’usages et à se mouler sous toutes les formes. Pendant la fusion il se dégage des vapeurs saturnines qui, d’après Gautier, font moins de victimes que la peinture et la fabrication de la céruse et le polissage des caractères d’imprimerie, mais beau-
(I) Annales cl' hygiène, t. LXIV, 2e .série 1875, p, 218. ;
coup plus que toutes les autres professions mettant le plomb en scène. Il est une circonstance qui apporte une nouvelle cause d’inconvénient, c’est la fusion revivificatrice des vieux plombs provenant de démolitions et d’objets hors d’usage. Ces vieux plombs sont toujours couverts de poussières organiques dont la combustion produit des odeurs très désagréables. Aussi les décrets de 1810 et 1815 montraient-ils plus de prudence en plaçant les fonderies un peu importantes dans la deuxième classe. Dans ces fonderies, il importe, tout au moins, de protéger les ouvriers, non seulement en surmontant d’une botte la chaudière de fusion, mais même en entourant celle-ci d’un tambour en tôle prolongeant jusqu’au sol la hotte, et muni d’une porte pouvant donner en temps et lieu accès jusqu’à la chaudière. Pour la salubrité publique, c’est à tort qu’on pense tout sauvegarder en donnant une grande élévation à la cheminée d’évacuation, car le plomb volatilisé retombe sur les toitures, souvent dans un grand rayon, vient contaminer les eaux de citerne et même les eaux de puits par l’intermédiaire de la pluie qui imbibe le sol. On devrait exiger l’interposition de chambres de condensation où on ferait arriver une pluie d’eau acidulée.
Le laminage du plomb, qui a généralement pour but sa confection en feuilles, ne crée guère de nouveaux dangers en dehors de ceux dus à la fusion dont il a besoin d’être précédé. Les poussières plombiques sont ici peu abondantes, et le voisinage n’a guère à se plaindre que du bruit des laminoirs.
Laconfection du plomb en tuyaux a pris une grande extension, en raison même du grand développement actuel des distributions de gaz et d’eau. Primitivement elle se faisait à la main, occasionnait des pertes de temps, de la fatigue et des poussières, et nuisait surtout par la nécessité d’un soudage. Aujourd’hui elle peut devenir une opération presque innocente grâce à l’appareil représenté par la figure 100.
Dans un massif en acier oo est une chambre centrale a entourée
INDUSTRIES DE TROISIÈME CLASSE
d’un foyer circulaire nn qui entretient la fusion. Un entonnoir 6 permet d'v introduire le plomb préalablement fondu. Dans 1 axe de la
chambre se meut un piston c actionné par une forte presse hydraulique. On ferme l’entonnoir après introduction du plomb et on fait jouer la pierre. Le piston fait fuir le plomb :par une filière qui part du sommet de la chambre. Le métal passe entre les parois du trou et de la tige du piston, et se solidifie aussitôt en formant un cylindre creux qui s’enroule au fur et à mesure sur le tambour cl.
La confection du plomb de chasse est beaucoup plus compromettante, d’autant plus qu’elle met en jeu plusieurs métaux toxiques.
Sommaire technique.
Fig. 1 00. — Moulage des tuyaux de plomb.
— La matière première du plomb de cbasse est en effet un véritable alliage de plomb (comme substance prédominante), d’antimoine et d’arsenic. L’addition de l’arsenic est indispensable pour permettre à la masse de prendre la forme granulée. L’antimoine n’a pas besoin d’être ajouté directement. Il suffit d’employer du plomb de deuxième fusion qui en renferme naturellement 4 à 6 pour 100.
La fusion et Y alliage s’effectuent dans une chaudière. Le plomb étant fondu, on le couvre d’une couche de suif pour empêcher l’oxydation, on ajoute du sulfure d’arsenic par fractions. Il faut brasser continuellement et enlever les
crasses au fur et a mesure de la formation.
Le granulage de l’alliage s’opère dans une tour haute de 30 à 50 mètres pour que le plomb tombant de haut ait le temps de. prendre une forme sphérique sous l’influence de la pression atmosphérique. A la partie supérieure sont disposées des passoires dans lesquelles on met une couche de crasse de la fusion qui sert comme d’un voile transperçable
au-dessus des trous de ces passoires. Le plomb arrive tomber sous forme de grains dans un baquet placé à la partie inférieure et contenant de l’eau légèrement acidulée. Les grains retirés do la cuve sont séchés dans une étuve ou au soleil; puis, pour les rendre brillants, on lessoumetaum/aye et au lustrage dans un tonneau rotateur avec de la plumbagine.
Hygiénologie. — Le mémoire de Gautier ne nous fournit aucune donnée sur la santé des ouvriers employés à la fabrication du plomb de chasse. Il est incontestable cependant qu’ils sont exposés à des vapeurs saturnines et arsenicales pendant la fusion, et à des poussières métalliques. pendant le rodage, le lustrage et l’empaquetage. Toutefois Yernois prétend que les intoxications sont rares, parce qu’on a recours à des appareils qui suppriment toute manipulation directe. Il y a là, je crois, un excès d’optimisme, car la fusion nécessite un brassage actif, et il est difficile d’éviter les poussières au moment où l’on décharge le tonneau de lustrage et pendant l’empaquetage, qui reste une Opération de pure main-d’œuvre. 11 est donc utile d’exiger non seulement une hotte complète avec porte en tôle, mais même un Couvercle hermétique sur la chaudière et l’emploi d’un agitateur mécanique. Dans l’intérêt de la Salubrité publique, on devrait aussi établir des chambres de condensation avant l’évacuation des buées par la cheminée. Pour le granulage, on se sert souvent aujourd’hui d'un procédé différent de celui que nous avons décrit à la technique et mettant en jeu là force centrifuge. Le plomb fondu est versé dans un disque horizontal tournant rapidement sur un axe vertical, et muni d’un rebord percé de trous. Le plomb s’échappe par ces trous sous forme de grains réguliers qui se solidifient avant même d’être recueillis par un écran de toile entourant le disque. Le disque doit être recommandé pour deux raisons. 11 est d’abord plus facile de l’isoler sous une enveloppe hermétique, qu une tour haute de 50 mètres, qui de plus fait cheminée et dirige une douche de vapeurs saturnines sur l’ouvrier chargé de verser
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le plomb fondu. En outre la régularité des plombs obtenus rend inutile le triage que l’ancien procédé impose, en fournissant des produits de diverses grosseurs, triage qui peut engendrer des poussières. Quant au lissage, il ne faut jamais autoriser les errements anglais, qui consistent à ajouter dans le tonneau rotateur du mercure qui donne du brillant aux plombs. C’est cumuler les causes d’intoxication. Il importe aussi de veiller à ce que le tonneau soit bien clos et ne présente aucune fissure, car il se perd 2 p. 100 de plomb sous forme de poussière.
3° Fabrication des oxydes de plomb.
Sommaire technique. — Généralement cette fabrication constitue une annexe des fabriques de céruse. On y produit, pour les divers besoins du commerce, dclalitharge, du massicot, du minium et de la mine orange.
La litharge n’est autre que du protoxyde de plomb obtenu par l’oxydation du métal à l’air et à une haute température. La fusion du métal est effectuée dans un fourneau à réverbère dont la sole est concave. La litharge produite coule hors du fourneau par des rainures, et il reste, comme résidu, l’argent que renferme toujours le plomh et qui se trouve ainsi isolé par coupellation. De là une double source de profit.
Le massicot est un protoxyde obtenu par la fusion du métal à l’air aussi, mais à une température peu élevée. Il sert seulement de matière première à la fabrication du mimum, A cet effet on purifie d’abord le plomb, en le faisant fondre, le coulant dans des cylindres où on le brasse avec des bâtons. Par le repos, les métaux étrangers se massent à la partie supérieure que l’on sépare par décantation. Le reste est ensuite oxydé dans un four à réverbère où il doit être constamment agité avec un râteau en fer. La température doit rester au-dessous de 400°. Le massicot obtenu est broyé dans des moulins, tamisé, lavé et desséché dans une étuve; tout se pratiquant ainsi comme pour la céruse.
Le minium est une cumbinaison cle protoxyde de plomb avec du bioxyde ou acide plombique, le premier des facteurs dominant sur le second. Pour l’obtenir, on dispose le massicot dans des caisses de fer battu qu’on place dans des fours où l’on n’entretient qu’un feu modéré, en laissant accès à l’air. On retire deux ou trois fois les caisses pour brasser le mélange et on les renfourne.
La mine orange , qui sert en peinture, est un minium obtenu en oxydant à l’air et par la chaleur du carbonate de plomb.
Hygiénologie. — La préparation des oxydes de plomb partage avec la fabrication de la céruse le plus haut degré de nocuité, Il y a même un écart très considérable entre le nombre des victimes de ces fabrications et le chiffre des saturnins fournis même par toutes les autres industries du plomb réunies. Cela tient d’abord à ce que ces oxydes ont besoin, comme la céruse, avant d’être livrés au commerce, d’être broyés et pulvérisés ; en outre à ce que la fusion oxydante donne lieu à d’abondantes vapeurs plombiques. Sous ce rapport la préparation du massicot et du minium est plus dangereuse que celle de la litharge, à cause du brassage qu’on est obligé de pratiquer à plusieurs reprises. Il importe donc de prendre certaines dispositions pour les fours à minium.
Le brassage se fait la plupart du temps à mains d’homme avec des ringards. Il faut exiger que ces fours soient placés à l’air libre, qu’ils soient munis d’agitateurs mécaniques, enfin qu’ils aient deux portes opposées, l’une pour introduire le plomb, l’autre pour retirer le massicot ou le minium, afin que l’ouvrier puisse opérer cette extraction en poussant devant lui la matière toxique, au lieu de la ramener vers lui.
Quant au broyage et au blutage, on doit leur appliquer les appareils hermétiques que nous indiquons pour la céruse.
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4° Fabrication «le la Céruse.
Sommaire technique. — Il y a quatre méthodes principales qui sont désignées par les noms des contrées où elles ont été imaginées et où elles sont plus particulièrement employées.
1° La méthode hollandaise est basée sur la possibilité de transformer le plomb métallique en carbonate en le soumettant simultanément à l’oxygène de l’air qui l’oxyde, aux vapeurs de vinaigre qui transforment l’oxyde en acétate et à de l’acide carbonique qui prend l’oxyde à l’acide acétique. Pour ce faire, les lamelles de plomb sont placées dans des pots contenant un mélange de vinaigre et de bière et entassés par couches régulières qu’entoure et sépare du fumier de cheval, le tout étant disposé dans une fosse maçonnée.
2° La méthode allemande met en pratique la même théorie chimique, mais par des moyens différents. Elle remplace la fosse à fumier par des chambres où elle fait arriver de l’air, de la vapeur d’eau, du vinaigre et de l’acide carbonique et dans lesquelles de grandes plaques de plomb sontétagées sur des lattes.
Dans ces deux méthodes, il est nécessaire, pour récolter la céruse formée, de soumettre ensuite les plaques à Y épluchage, par lequel l’ouvrier détache les grandes écailles de céruse en secouant les lamelles et en les tortillant dans tous les sens; puis au décapage , qui consiste à frapper avec un bâton des plaques disposées en piles pour faire tomber la céruse pulvérulente qui y adhère encore.
3° La méthode anglaise oxyde d’abord du plomb fondu de façon à obtenir de la litharge. Celle-ci est ensuite délayée avec une solution d’acétate neutre de plomb dans des auges où l’on fait arriver un courant d’acide carbonique obtenu par la combustion de coke dans un four à réverbère. La combinaison de l’acide carbonique avec l’oxyde a besoin d’être assurée par un brassage énergique.
4U La méthode française consiste à dissoudre de la litliarge dans du . vinaigre de bois rectifié, ce qui donne de l’extrait de saturne ou de l’acétate tribasique de plomb, et à diriger ensuite dans cette dissolution un courant d’acide carbonique. Deux molécules d’oxyde de plomb sont précipitées sous forme de céruse, et il reste dans le liquide de l’acétate neutre qui est mis ensuite en présence d’une nouvelle quantité de litharge.
Ces deux dernières méthodes suppriment l’épluchage et le décapage mais nécessitent comme les deux premières les mêmes opérations subséquentes : le broyaçje , par lequel la céruse, après avoir été humectée est écrasée entre des meules : la dessiccation dans une étuve de la pâte résultant du broyage ; la pulvérisation de la pâte desséchée ; le blutage de la poudre et X embarillage.
Hygiénologie. — La fabrication de la céruse est incontestablement l’industrie qui, autrefois, a fait le plus de victimes dans la classe ouvrière. De toutes les opérations que supposent, dans leur ensemble, les quatre méthodes indiquées au sommaire, la plus dangereuse est l’épluchage des écailles de plomb ; car en l’exécutant les ouvriers sont littéralement plongés dans un nuage épais de céruse qui pénètre à la fois par les voies pulmonaires et digestives. Leurs vêtements, leurs téguments mêmes, restent constamment couverts d’une couche épaisse de cette substance. Viennent ensuite, par ordre de décroissance de l’action toxique, la pulvérisation et le blutage, le raclage des pots où la pâte a été soumise à la dessiccation, le séjour dans les étuves et les séchoirs, la manipulation de la pâte pour la mettre en pains, l’embarillage, le travail des fosses et l’extraction des plaques de plomb des pots enfouis dans ces fosses. Ce classement des opérations, au point de vue de la nocuité, va nous guider pour le choix de la méthode que l’hygiène a intérêt à conseiller.
Comme les fabriques de céruse préparent elles-mêmes soit lès plaques de plomb, soit la litharge qu’elles emploient comme matière première, il s’ensuit que les quatre
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méthodes comportent une opération initiale commune, c’est la fusion du plomb soit pour le couler en plaques, soit pour l’oxyder. Sous ce rapport, les quatre méthodes se valent et il y a lieu d’appliquer à toutes les fabriques les mesures que nous avons indiquées pour la fonte du plomb et la préparation de ses oxydes.
Toutes aussi comportent comme opérations de parachèvement la dessiccation, la pulvérisation, le blutage etl’embarillag'e que nous venons de reconnaître comme très pernicieux. Pour éviter les poussières, la céruse brute obtenue par l’un des quatre procédés doit être immédiatement humectée si elle ne l’est pas déjà, puis transportée mécaniquement aux meules de broyage par une chaîne à godets. La dessiccation ne paraît susceptible d’aucun correctif sérieux. On ne peut que diminuer la durée du temps d’étuvage et l’humidité de l’étuve, en débarrassant d’abord la pâte delà plus grande partie de son eau par une essoreuse. Les meules de pulvérisation doivent être emprisonnées sous des enveloppes en bois ou en tôle. La même précaution est indispensable autour des tamis où se fait le blutage, et ceux-ci doivent abandonner la poudre à des trémies dont les coiffes sont serrées sur les barils d’expédition. Malgré ces précautions, il se répand encore des poussières plombiques dans les salles. Aussi faut-il recommander particulièrement l’appareil Bruzon qui, dit-on, est parfaitement clos, opère le chargement, la pulvérisation, le tamisage, l’embarillage et ne nécessite la présence que d’un seul surveillant. Il est muni en outre d’un système d’aspiration très puissant qui permet d’ouvrir les regards de la boîte, sans que la moindre poussière se répande dans l’atelier luimême.
Néanmoins, j’estime qu’il faut avant tout suivre le conseil de Gautier, qui est d’exécuter dans la fabrique même coque la routine industrielle et commerciale charge encore les peintres d’exécuter chacun pour son propre compte, c’està-dire de mélanger la céruse avec de l’huile et de la livrer au commerce en cet état. Après l’essorage, alors qu’elle
TRAITÉ D’IIYGIÈNE INDUSTRIELLE.
n’esL pas encore capable de dégager beaucoup de poussières, on la mélangerait avec de l’huile dans des malaxeurs mécaniques. On supprimerait ainsi l’opération de l’étuvage ; on rendrait de suite la céruse presque complètement innocente pour toutes les opérations et manipulations subséquentes ; car l’huile retient la poussière beaucoup mieux encore que l’eau. En outre, on sauvegarderait la santé des peintres qui, vu leur grand nombre, donnent d’une manière absolue beaucoup plus de saturnins que toutes les autres professions où le plomb intervient. Du reste on assainirait aussi bien d’autres professions d’application ; car en réalité la forme pulvérulente n’est nécessaire que pour l’émaillage et la fabrication des couleurs d’aquarelle. Il n’y aurait donc que pour une très faible part delà production que le danger des poussières persisterait. Pour opérer le mélange il y a lieu de se servir du cylindre à empâter représenté ci-dessous.
Fig. 101. — Cylindre à empâter la ceruse.
C’est un cylindre traversé par un axe carré a qui est armé de palettes b.
C’est pour les opérations fondamentales et intermédiaires aux précédentes, c’est-à-dire pour la partie, chimique de la fabrication, que les quatre procédés présentent réellement des conditions différentes, et c’est en vue d’elles seules qu’il y a lieu de faire un choix.
La méthode française est certainement la meilleure, car non seulement elle supprime, comme la méthode anglaise, le travail des fosses et le décapage, mais en même temps elle réalise une véritable voie humide qui développe beaucoup moins de poussières.
INDUSTRIES DE TROISIÈME CLASSE
En outre, d’après Ozouf, la céruse obtenue parle procédé hollandais ne serait si dangereuse que parce qu’elle renferme beaucoup d’acétate de plomb soluble et absorbable. Or, avec la méthode française la céruse se précipite seule et laisse l’acétate dissous dans le bain.
Pour son application, il convient de reproduire la disposition adoptée actuellement à Clicliy et représentée par le schéma.
Fig. 102. — Fabrication de la céruse à Clichy.
La dissolution de la litharge dans l’acide acétique s’effectue dans une cuve plus élevée, A, que le reste de l’appareil et munie d’un agitateur mécanique. Un robinet permet de faire arriver ensuite directement la dissolution dans une seconde cuve B située plus bas, dans laquelle les parties insolubles se déposent par le repos. De là, la partie liquide passe d'elle-même dans une grande cuve, située plus bas encore, dans laquelle s’opère la transformation en carbonate à l’aide d'un courant d’acide carbonique qui y est distribué d’une manière égale par une série de tubes immergés ab. Cet acide est fourni par un petit four F, à cuve, où brûle du coke avec de la craie et passe avant dans un laveur E. Un robinet permet, après la précipitation de la céruse, de faire tomber l’acide acétique devenu libre dans un réservoir inférieur, d’où un monte-jus II le reporte dans la première cuve.
Néanmoins, comme la méthode hollandaise est encore fréquemment employée en France, il convient d’indiquer les dispositions palliatives qu’on peut lui appliquer.
Pour les fosses, il faut employer du fumier de cheval et non du fumier de carnivores, parce que les excréments de ces derniers dégagent beaucoup plus d’hydrogène sul- Poincahé. — Ilyg. industr. 18
TRAITÉ D’IIYGIÈNE INDUSTRIELLE.
fur'é sous l’influence tle la fermenlation, non seulement pour empêcher la cérusc de prendre une teinte grise, mais surtout pour diminuer les causes d’incommodité pour le voisinage. Il vaut encore mieux remplacer le fumier par du tan, ainsi que cela se fait en Angleterre, ou des matières sucrées en fermentation, comme en Autriche.
Pour diminuer les poussières au moment du démontage des fosses, du dépotage des plaques, de leur transport au décapage et à l’épluchage, il convient qu’un chemin de fer permette d’amener près de la fosse des vagonnets contenant de l’eau dans laquelle les plaques seront immédiatement plongées en sortant des pots. 11 est mieux encore, comme on le fait à Lille (1), d’arroser le tas de fumier avec de l’eau froide quelques instants avant le démontage. L’eau vient abaisser la température du tas qui marque généralement 70 à 75°, et en raison de la différence de coefficient de dilatation du métal et de son carbonate, il se produit une rétraction qui fendille la couche de céruse et qui permet aux ouvriers de la détacher par une simple torsion.
D’après Gautier, ces deux modes d’intervention de l’eau suffiraient pour atténuer les dangers de l’épluchage et du décapage. On possède aussi aujourd’hui plusieurs machines qui réalisent le décapage et l’épluchage sans intervention de la main de l’homme. Telles sont : 1° la machine à pistons, qui consiste en des marteaux mus par la vapeur ou un moteur hydraulique et frappant les plaques sur une table, machine qu’il est facile d’isoler par une cage hermétique.
2° La machine de MM. Walkers et Parker s, qui consiste dans, des rouleaux ou cylindres cannelés en bois tournant dans une caisse contenant de l’eau, de telle sorte que la céruse se détache dans une atmosphère aqueuse qui 'prévient sa diffusion dans l’air de l’atelier.
3° La machine de MM. Levainville et Rambaud, qui opère à sec, mais en vase clos à l’intérieur d’une construction en
(1) Arnould, Congrès de Paris.
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planches n’ofîrànt qu’une petite porte pour l’introduction des feuilles.
Fig. 103. — Machines Levainville et Rambaud.
Une toile sans fin ggg évoluant sur des rouleaux c, c, c conduit ces feuilles enlre une première paire de rouleaux cannelés II où elles éprouvent un premier écrasement. Le plan incliné dd les fait passer entre une seconde paire de rouleaux cannelés K K, d’où elles s’engagent dans un blutoir incliné A, qui est en rotation continue. La céruse détachée et en partie pulvérisée par les rouleaux traverse le grillage du blutoir, tombe dans un réservoir inférieur, pendant que les feuilles continuant leur roule vont tomber dans un autre réservoir situé en avant du précédent.
Gautier se prononce nettement pour la voie humide, et à ce compte le second système devrait avoir la préférence. Il estime que les machines qui opèrent à sec laissent toujours passer de la poussière, même quand elles sont hermétiquement closes.*
Quel que soit le mode d’épluchage, la céruse doit ensuite passer au broyage, pour lequel il convient d’exiger l’écrascur représenté par la figure 104.
Les écailles de céruse fournies par l’épluchage sont versées dans la trémie 1\ (et elles peuvent y être transportées mécaniquement depuis le réservoir de l’appareil précédent. Le conduit B O qui est muni d’un babillard les transmet à une seconde trémie Q, d’où elles tombent
Fig. 104. — Machine à écraser la céruse.
compartiment particulier ofi elles peuvent être reprises. Un au (h plan incliné conduit dans un autre compartiment la céruse grossière qui n’a pu traverser aucun tamis.
A côté de ces mesures relatives au choix des méthodes et au manuel opératoire, il ne faut pas en négliger d auli es, plus indirectes, qui. s’appliquent également aux différentes
entre une série de jeux de cylindres cannelés C U E F. Entre chacun de ces jeux, des plans inclinés formant entonnoirs les maintiennent dans la bonne direction A. Au-dessous de chaque jeu un tamis ne laisse passer que la céruse suffisamment divisée, II I J K. Le premier tamis élimine les parcelles de plomb encore adhérentes à la céruse. Elles glissent le long du plan incliné G pour s’accumuler dans un
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branches de l’industrie clu plomb. Les ouvriers doivent être astreints de la façon la plus rigoureuse à des lavages avant leur sortie. On a recommandé de faire ces lavages avec des dissolutions de sulfures alcalins. Mais alors on fixe du sulfure de plomb dans les glandes sébacées et sudoripares. 11 vaut mieux des lavages à grande eau sous des robinets qui viennent ajouter l’action mécanique de la douche. On a aussi conseillé de faire un lavage final avec du pétrole qui a la propriété de bien entraîner les particules plombiques. Mais il laisse sur le corps une odeur persistante et désagréable qui trouble même l’appétence de l'ouvrier. Des bains fréquents doivent compléter les soins de propreté, mais je ne sais si on est dans le vrai en indiquant des bains de Barèges, car le sulfure de plomb trouve dans la matière sébacée des moyens subséquents d’absorption. Le point important est, au contraire, de pratiquer des frictions dans le bain, pour détacher mécaniquement ce que l’eau ne peut pas dissoudre. Los vêtements d’atelier sont ici tout à fait indispensables. Les ouvriers devraient être soumis à des visites médicales hebdomadaires, et le médecin renverrait immédiatement tout sujet présentant les prodromes de l’intoxication.
C’est à tort qu’on a conseillé comme moyen prophylactique de boire du lait pendant le travail, car non seulement il n’est pas un véritable antidote et ne servirait au fond que d’aliment; mais par son séjour à l’usine, il deviendrait un véhicule actif du poison. L’iodurc de potassium jouit incontestablement de la propriété d’éliminer le plomb par les urines, mais son administration continue finirait pan nuire à l’économie et, en outre, son effet éliminatoire s’épuise très vite.
Enfin, comme les murs des ateliers se couvrent rapidement de poussières que la trépidation des machines fait constamment voltiger dans l’atmosphère, ils doivent être arrosés vigoureusement toutes les semaines avec des pompes à incendie.
Il y aurait, en ce qui concerne la céruse, une mesure
beaucoup plus radicale que toutes celles que nous avons pu indiquer, ce serait de substituer à la céruse, dans la peinture, un succédané non plombique. Les peintres sont, au point de vue de l’art, intéressés eux-mèmes à cette substitution, puisque le blanc de plomb noircit sous l’influence de l’acide sulfhydrique des fosses d’aisances. Deux substances donnent de bons résultats, l’oxyde de zinc, dont l’emploi se répand de plus en plus, et le sulfure de zinc qui est riche de promesses.