‹ Traité d'hygiène industrielle à l'usage des médecins et des membres des conseils d'hygièneChapitre 31 sur 101 · INDUSTRIE DU ZINC · texte numérisé non relu

INDUSTRIE DU ZINC

Sommaire technique. — Comme hygiéniste nous avons à examiner deux branches de cette industrie, l’extraction du métal zinc et la fabrication du blanc de zinc, particulièrement destiné à la peinture.

Extraction. — Si le minerai est de la calamine , on commence parle calciner pour en chasser l’eau et l’acide carbonique, puis on le divise avec des bocards. Si c’est de la blende ou du sulfure, on le grille dans un four à réverbère pour chasser le soufre et oxyder le zinc. L’un et l’autre sont ensuite réduits dans des fours après les avoir mélangés avec de la bouille ou du coke. Le zinc métallique se vaporise et est recueilli par condensation. Le zinc ainsi obtenu renferme encore du carbone, de l’arsenic, du fer, du manganèse et parfois de l’étain, du cuivre, du plomb, du cadmium. On ne cherche guère aie purifier par distillation que dans les laboratoires.

Fabrication du blanc de zinc. — Il s’obtient le plus souvent en brûlant de la vapeur de zinc. Il est toutefois un procédé, dit de Sorel, qui consiste à oxyder directement le zinc en simple fusion.

Hygiénologie. — La manipulation du blanc de zinc est relativement beaucoup moins dangereuse que celle du blanc de plomb. C’est pourquoi tous les hygiénistes s’accordent à demander la substitution du premier au second dans la peinture. Mais cette manipulation est loin d’être tout à fait innocente. BouchuL et Landouzy ont signalé, sous son

influence, la production d’angines, d’irritation des bronches, des stomatites avec exsudation des gencives, de la fétidité de l’haleine, de la salivation, de coliques, de diarrhée et de diverses éruptions cutanées. Il est vrai qu’il y a lieu de tenir un grand compte de l’action purement mécanique de ces poussières et de leur contamination constante par de l’arsenic, du cuivre, etc. Mais peu importe, quelque soit l’agent de cette poudre complexe qui produise ces eflets, ceux-ci n’en sont pas moins toujours à subir par les ouvriers.

En tout cas l’action nocive des vapeurs de zinc, qui sont plus pénétrantes, est incontestable. Or, si l’on est exposé surtout à ces vapeurs métalliques pendant la fonte, et l’extraction du métal, on l’est aussi, mais à un moindre degré, pendant la fabrication du blanc. Il importe donc de bien préciser ces effets; suivant Schlockow (1), les ouvriers employés au traitement du minerai peuvent rarement travailler au delà de quarante-cinq ans. Ils présentent une exagération de la sensibilité des extrémités inférieures, un affaiblissement de la sensibilité tactile, en même temps qu’une augmentation de l’irritabilité réflexe, une diminution du sens musculaire, des douleurs en ceinture, des contractions spasmodiques, des tremblements, un défaut de coordination, et plus tard une paresse musculaire des membres abdominaux. Cet ensemble symptomatique fait supposer à l’auteur l’existence d’une myélite de la partie inférieure de la moelle, peut-être localisée dans les cordons antéro-latéraux et due à un dépôt de zinc.

D’après Greenhow (2), il se produirait parfois, surtout les jours de grandes fontes, un empoisonnement aigu caractérisé par de la perte d’appétit, de la lourdeur d’estomac, des nausées, de l’oppression, de la toux, de la céphalalgie, des bourdonnements d’oreilles, de la faiblesse générale, des douleurs contuses dans les membres, des frissons, des tremblements, des sueurs froides, une lièvre ardente. Après une nuit de sommeil, il ne reste plus que

(1) Revue d'hygiène, 1870, p. G87.

(2) Annules d’hygiène, 18G3, t. XX, p. 4G8.

de la courbature. Blandet a signalé les mêmes faits sous le nom de fièvre de zinc , mais il était tenté de l’attribuer au cuivre du zinc.

Quant à la salubrité publique, les vapeurs ne l’intéressent que dans un très court rayon, et encore on peut l’éviter. Elle est surtout compromise par l’écoulement des eaux de lixiviation.

Le plus grand danger résidant dans les vapeurs de zinc, il convient avant tout d’éviter leur propagation, par un bon choix d’appareils. Trois méthodes sont employées pour l’extraction, et ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients hygiéniques.

Dans la méthode liégeoise , employée par la Société de la Vieille-Montagne, on se sert de fours dans lesquels sont étagées des cornues ressemblant à de gros tuyaux. Ces cornues sont prolongées par des tuyaux inclinés en bas et ayant leur ouverture extérieure complètement libre.

Dans la première période du chauffage, il se dégage une grande quantité d’hydrogène carboné qui’ vient brûlera l’orifice des tuyaux avec une flamme jaune rougeâtre. Dans une seconde période, c’est de l’oxyde de carbone qui sort en brûlant avec une flamme bleue. Dans la troisième, alors que la réduction est en pleine activité, il se mélange des vapeurs de zinc à l’oxyde de carbone, et la flamme devient d’un blanc verdâtre. A ce moment on emmanche sur les tuyaux en fonte des allonges en tôle zinguée, dans lesquelles la vapeur de zinc est supposée se condenser. Au bout de deux heures on enlève ces allonges, et on les secoue au-dessus d’un récipient pour recueillir la poussière de zinc. L’ouvrier nettoie ensuite l’orifice des cornues avec une râcloirc afin d’enlever la poussière qui les obstrue, et il fait couler le zinc resté à l’état de simple fusion dans les cornues.

Il résulte de là que l’atelier est exposé à se charger successivement d’hydrogène carboné, d’oxyde de carbone et de vapeurs de zinc. Il est vrai qu’on enflamme ces produits pour les détruire au fur et à mesure ; mais, outre que tout

ne subit pas l’oxydation, celle-ci donne encore naissance à de l’acide carbonique et à de l’oxyde de zinc. L ouvrier est en outre directement compromis aux moments où il secoue •les allonges, où il racle les cornues et où il les vide. Ce procédé devrait être condamné, et il est à regretter qu une

compagnie aussi puissante que celle de la Vieille-Montagne n’y ait pas encore renoncé.

En Silésie, on emploie des fours où les cornues sont remplacées par des moufles en terre réfractaire, et où le zinc vient se condenser dans un récipient. C’est déjà un grand progrès, mais le dégagement des gaz se fait encore en

grande partie dans l’atelier, et tous les visiteurs sont très péniblement impressionnés en y pénétrant.

Les fours anglais (fig. 105) sont de beaucoup préférables, parce qu’une cheminée élevée entraîne ces gaz dans les couches élevées de l’atmosphère.

Le minerai est placé dans les creusets I I qui sont percés à leur Partie inférieure d’un trou dans lequel s’adapte un tube en fer h h. Ce tube donne issue aux vapeurs de zinc, les condense et les fait tomber, goulte à goutte, dans un récipient en tôle gg. Ici encore les vapeurs restent jusqu’à un certain point emprisonnées; mais comme la solidification du zinc obstrue bien vite les tubes h, on est obligé d’y passer de lemps en temps une tige de fer rougie.

La fabrication du blanc de zinc se fait aujourd’hui dans d’assez bonnes conditions par le procédé Lcclaire.

Fig. 106. — Fabrication du blanc de zinc.

Le métal est chauffé dans des cornues ce qui s’ouvrent dans la guérite G. Celle-ci communique par le tuyau ABE avec une longue série de chambres de condensation M et N aboutissant à une haute cheminée d’appel qui exerce un forte aspiration dans ces chambres en même lemps qu’elle entraîne l’oxyde de zinc non condensé. A la partie inférieure de la guérite se trouve un plancher métallique mobile a; la porte b qui donne accès à la guérite pour aller charger les cornues est pour les nettoyer. Un système de grattage mécanique de’ ces cornues et organisé. Dans les chambres il y a des cloisons garnies de toile de coton pelucheux. Le plancher présente des trémies TT.

INDUSTRIES DE TROISIÈME CLASSE

Un baril placé au-dessous et relié par une toile serrée reçoit l’oxyde de zinc condensé.

Il est fâcheux qu’on soit obligé de secouer de temps en temps les châssis, car en dehors de cela l’appel vigoureux et l’organisation des chambres donnent réellement satisfaction à l’hygiène, et celle-ci n’a pas à encourager le procédé plus récent de Sorcl, qui oxyde directement le zinc fondu en l’enflammant par un fort courant d’air. Il paraît qu’il économise le combustible, mais ilnécessite qu’on agite constamment le métal en fusion avec un râteau.

Il est indispensable d’empêcher le déversement des eaux d’épuration sur la voie publique.

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