INDUSTRIE DU CUIVRE
Sommaire technique. — Il y a à distinguer: X extraction clu cuivre et le façonnage de ce métal extrait.
L’extraction peut porter sur des minerais non sulfurés, tels que : cuivre natif, cuivre oxydulé, cuivre carbonaté. Dans ce cas il suffit de chauffer dans un four à réverbère, en présence du charbon de bois ou du coke.
Elle est beaucoup plus difficile lorsqu’elle porte sur des pyrites de cuivre. On commence par griller le minerai dans un grand fourneau à réverbère. Une grande portion du soufre disparaît, partie en vapeurs, partie à l’état de gaz acide sulfureux. Le résidu se compose d’oxyde de fer et de cuivre mélangés de sulfates et de sulfures échappés au grillage. On y ajoute du quartz pour convertir l’oxyde de fer en silicate, on chauffe ce mélange dans un nouveau four à manche, c’est-à-dire un four à cuve de petite section et coudé à sa partie inférieure.
Il se forme de nouvelles scories renfermant laplusgrande partie du fer de la pyrite. Au-dessus de ces scories s’amasse un produit brun et fragile appelé motte. On la concasse et on la soumet à une série de grillages et de fusions en présence du quartz. On finit par avoir le cuivre noir , qui renferme 90 p. 100 de cuivre.
On procède à l’affinage de ce métal impur en le tenant en fusion longtemps sur la sole A, d’un four à réverbère spécial dont la figure 107 représente une coupe horizontale.
Fig. 107. — Coupe horizontale du four à affiner !e cuivre noir.
Sous le vent de deux forts soufflets tt, le soufre brûle, le fer et autres métaux plus oxydables que le cuivre s’oxydent et passent dans les scories qu’on enlève au fur et à mesure; quand la masse est devenue rouge on la fait couler dans des bassins de réception BB. On verse de l’eau froide pour hâter le refroidissement. 11 se forme une croûte solide. On l’enlève avec un ringard et il reste une plaque dite rosette. — Pour débarrasser larosetle du protoxyde qu’elle renferme, on la maintient fondue et on la brasse avec une grosse perche en bois vert.
Los opérations de façonnage sont ici ce qu’elles sont pour les autres métaux ; c’est-à-dire que le fondeur et mouleur en cuivre doit soumettre le métal à plusieurs fusions entrecoupées du transport sous le marteau pudleur; qu’il doit ensuite mélanger et tamiser la terre et le sable destinés à former le moule ; puis construire ce moule ; transporter rapidement et couler le métal ; enfin, polir le métal moulé.
Il est une industrie toute particulière, c’est celle de la fabrication du verdet. Des plaques de cuivre sont soumises à l’action de l’acide acétique par un séjour prolongé dans du moût de vin. Les ouvriers sont obligés de racler l’acétate de cuivre formé pour le détacher, de le pulvériser plus fin et de le tamiser.
INDUSTRIES DE TROISIÈME CLASSE
Hygiénologie. — Un danger commun à toutes les industries du cuivre semble évidemment être l’empoisonnement par celte substance. Elle peut être absorbée à l’état de vapeurs au moment de la fusion, du pudlage et du moulage ; à l’état de poussière pendant le maniement des pyrites, le polissage des matières moulées, et pendant la fabrication du verdet. Il semblerait donc qu’il doit se produire souvent l’empoisonnement appelé coliques cle cuivre , c’est-à-dire des douleurs abdominales excessivement violentes, une vive irritation de la muqueuse intestinale et une grande diarrhée. Mais cela ne s’observe guère que dans les empoisonnements aigus et accidentels. J’ai interrogé beaucoup d’ouvriers depuis un certain nombre d’années, et je crois qu’aucun n’a jamais eu de véritables coliques de cuivre. Ce n’est pas que l’absorption ne se fasse pas. On peut le démontrer chimiquement dans toutes les excrétions ; et cela tient sans doute à ce qu’elle se fait à doses fdées. D’après Pécholieret Saint-Pierre (l),la santé des ouvriers en verdet est excellente ; ils n’ont jamais eu de coliques de cuivre; ce genre de travail guérirait la chlorose ou l’empêcherait de s’établir. Introduit chez les animaux à petites doses répétées, le verdet les engraisserait et leur donnerait une plus belle apparence de santé. D’autre part, d’après Houles (2), dans le département du Tarn, tous les habitants sont chaudronniers, ils ont les cheveux, la barbe, la peau
!des avant-bras d’une couleur verdâtre ; leur squelette est très coloré en vert, mais l’état sanitaire général est très bon, sauf quelques nausées chez les apprentis ou chez ceux qui se mettent à jeun au travail. Il n’a point observé l’embonpoint signalé par Pécliolier. Néanmoins, il est certain qu’on doit s’attacher à diminuer de plus en plus les chances de cette absorption par la bonne ventilation des ateliers, par l’emploi d’établis ventilés pour le polissage, et de moyens mécaniques pour la pulvérisation et le blutage du verdet.
(1) Annales d'hygiène, 1804, 2° série, t. XX.
■ (2) Journal d'hygiène , 10 avril 187!), p. 170.
Il y a à tenir compte aussi, naturellement, des chances de brûlures pendant le transport du métal en fusion; de la grande fatigue musculaire et des courbatures au moment des coulées ; des chaleurs excessives et des sueurs profuscs; des alternatives de froid et de chaud; de Faction sur les yeux du métal incandescent; des poussières développées pendant la formation des moules. — Les ouvriers doivent se servir de gants, de longues manches et de longues pinces pour le transport des creusets. Ils devraient porter des conserves. Pour éviter l’action si irritante suites voies pulmonaires du poussier de charbon, généralement employé pour la formation des moules, on devrait lui substituer de la fécule. 11 faut défendre d’employer les cendres, car il se forme du carbonate de cuivre qu’absorbent ensuite les ouvriers limeurs. L’extraction expose beaucoup plus aux dangers de l’acide sulfureux qu’à ceux du cuivre. La meilleure mesure est d’utiliser l’acide sulfureux et d’associer la fabrication du cuivre avec celle de l’acide sulfurique.