‹ Traité d'hygiène industrielle à l'usage des médecins et des membres des conseils d'hygièneChapitre 4 sur 101 · FABRIQUES DE VERNIS GRAS · texte numérisé non relu

FABRIQUES DE VERNIS GRAS

Sommaire technique. — Le but industriel des vernis est de procurer aux objets qu’ils enduisent un certain éclat par l'effet combiné de la réflexion et de la réfraction des rayons lumineux. C’est en outre de les protéger contre les agents extérieurs. Ces enduits sont obtenus avec des matières résineuses ou gommo-résincusos dissoutes dans un véhicule qui peut être ou de l'éther, ou de l’alcool, ou de l’essence de térébenthine ou une huile grasse. Le véhicule, quel qu’il soit, finit par s’évaporer plus ou moins complètement, laissant à la surface de l'objet la résine dissoute sous forme d’enduit sec. Il en résulte qu’un vernis est d’autant plus siccatif, c’est-à-dire qu’il se dessèche d’autant plus vite que le véhicule est plus volatil. De là quatre espèces de vernis qui sont, avec des aptitudes siccatives de moins en moins prononcées : 1° les vernis à l’éther ; 2° les vernis à l’alcool; 3° les vernis à l’essence de térébenthine; 4° les vernis aux huiles grasses. Malgré la communauté de but, ces vernis n’intéressent pas au même degré la salubrité publique. On n’a rangé dans la première classe que les vernis gras et les vernis à l’essence. Il ne sera par conséquent question ici que de ces derniers. Il est cependant des maisons qui fabriquent toutes les espèces de vernis, mais il est évident qu’on doit alors leur appliquer la réglementation de la production la plus dangereuse.

Tous les vernis gras sont formés d’un mélange de copal. d’huile de lin et d’essence de térébenthine. Les différences ne portent que sur les proportions relatives. Avant d’être mis en présence, le copal doit être fondu isolément et l’huile de lin portée elle-même, à part et préalablement, à près de 200°. Il faut, en outre que l’un et l’autre ingrédient soient tout d’abord l’objet de manipulations préparatoires ayant pour but d’établir un choix. Pour le copal, il faut assortir ensemble les morceaux de même couleur et de même fusibilité. L’assortiment de couleur ne vise que la beaulé

du vernis, mais celui de la fusibilité a une grande importance technique, car pendant le temps que les morceaux les moins fusibles mettraient à se liquéfier, le copal déjà fondu s’altérerait. Pour faire ce choix l’ouvrier trieur est obligé d’essayer les morceaux sur une barre de fer rougie, ou bien de les faire tremper dans une lessive alcaline qui les ramollit inégalement suivant leur degré do fusibilité, et de les laver ensuite pour les débarrasser de la lessive adhérente.

Pour l’huile de lin il faut s’assurer qu’elle n’est point falsifiée par de l’huile de poisson ou du suif, en la faisant bouillir dans une chaudière avec de lalitharge. Le liquide décanté doit devenir très clair, s’il est pur.

Les matières premières étant reconnues bonnes et assorties, on fait d’une part chauffer l’huile dans une chaudière spéciale jusqu’à ce qu elle ait atteint 150 à 200° : d’autre part on fait fondre le copal dans des malras de cuivre, en ayant soin d’agiter continuellement avec une spatule. Lorsque la fusion est complète, on ajoute l’huile chaude par petites fractions, en agitant le mélange avec beaucoup d’activité. On enlève rapidement le malras pour le porter sous le robinet d’évacuation d’un réservoir renfermant l’essence de térébenthine. On ne tourne toutefois ce robinet que lorsque le contenu du matras est en partie refroidi. On ne fait tomber l’essence que par filet. Au début le mélange mousse et est le siège d’une agitation spontanée et suffisante ; mais lorsque l'effervescence cesse, il faut remuer avec vigueur. Le mélange opéré, on verse le vernis à travers un tamis en laiton, dans un refroidissoir.

Certains vernis sont en outre colorés en jaune par du safran, du rocou, du curcuma ou de la gomme-gutte, en rouge par de la cochenille ou de l’orcanètte, et en vert par de

l’acétate de cuivre.

Les vernis à l’essence sont particulièrement destinés à enduire des tableaux. Leur formule varie un pmi suivant la valeur des objets à enduire. Mais le véhicule principal reste toujours d d’essence de térébenthine. ( )n y ajoute à peu près constamment de la térébenthine de Venise et du camphre.

et d’une manière moins constante du mastic, du galipot, de Ja gomme gulte, < I < * la sandaraque et du verre pilé qui apour but de diviser les résines de façon à en assurer la dissolution par lamulliplication des surfaces. Le mélange s’effectue dans des malras et peut se faire soit à froid, soit à chaud. Dans ce dernier cas il faut tamiser avant refroidissement.

Hygiénologie. — Il y a d’abord un danger permanent d’incendie, puisqu’on est obligé de soumettre au feu des matières éminemment combustibles. Il est donc indispensable non seulement d’éloigner ce s fabriques de toute habitation, mais même de séparer le bâtiment où s’effectuent les opéralions à chaud de tous les autres, surtout des magasins. Il ne serait même pas excessif de placer l’ouverture d’entretien des foyers à l’extérieur de l’atelier, si on 11e peut pas arriver à remplacer le charbon par le chauffage à la vapeur. Loin de là, dans toutes les fabriques on se contente de placer les matras de fusion sur une grille chargée de charbons dont on active la combustion par plusieurs tuyaux de tirage disposés autour du foyer. La moindre fêlure du matras, le moindre débordement de son contenu peut allumer un incendie considérable et occasionner des brûlures graves chez les ouvriers. Los chaudières devraient être surmontées de couvercles pouvant être abaissés rapidement par une chaîne et une poulie, de façon à étouffer le contenu enflammé et être flanquées d'un récipient de trop-plein où s’écoulera le liquide débordant sous l’influence de l’ébullition. 11 est évident qu’il faut en outre appliquer les règles générales indiquées à la page 17, c’est-à-dire exiger un éclairage avec des lanternes dormantes, un approvisionnement de matières premières en rapport avec les besoins de la production, un revêtement en plâtre sur tout ce qui est bois dans la construction, la présence d’une pompe à incendie et de tas de sable, etc.

Le voisinage des fabriques de vernis est jugé surtout insupportable à cause des odeurs à la fois écœurantes et irritantes qu’elles répandent par le fait de la fusion du copal, de la cuisson de l’huile de lin et de la vaporisation do l’essence de térébenthine. C’est à tort que les errements admi-

ni si rat ifs autorisent différentes industries à fabriquer ellesmêmes les vernis dont elles ont besoin dans quelques-unes de leurs opérations sous prétexte que cette fabrication se fait sur une petite échelle. On devrait toujours forcer ces industriels à acheter leurs vernis tout faits dans les fabriques spéciales qui, elles, seraient toujours maintenues éloignées.

Les ouvriers que les incendies menacent d'une manière plus directe, qui sont continuellement exposés à des brûlures sérieuses, qui absorbent des vapeurs plombiques par le fait de la vérification de l’huile de lin, subissent en outre, d’une façon beaucoup plus sérieuse que les voisins, les vapeurs de résine, d’huile en ébullition et d’essence de térébenthine, dont les effets ont été indiqués page 83. Pour eux, plus encore que pour satisfaire la salubrité publique, il importe de paralyser l’action de toutes ces émanations. L(> moyen le plus élémentaire est de capter ces vapeurs là où elles se produisent et de les amener dans le foyer. En France, on se contente, pour la fusion du copal, d'amener les vapeurs dans un petit vase réfrigérantet.

En Angleterre, on s’est montré plus pratique encore en utilisant les vapeurs comme produit accessoire. Les chaudières sont hermétiquement fermées et no présentent qu’une seule ouverture pour le passage de l'instrument agitateur. Les vapeurs trouvent au point de jonction du couvercle et de la chaudière un débouché qui les fait passer dans un réfrigérant formé par une série de tubes disposés enjeu d’orgue. Le premier des tubes est en connexion avec un ventilateur à palettes qui aspire les vapeurs. Celles-ci se condensent dans les points déclives des tubes sous forme d’un liquide noir qui, après certaines manipulations, devient une matière commerciale (1). Malheureusement le secret de ces manipulations est resté inconnu. Mais on peut négliger le profit et employer le procédé de condensation dans un but exclusivement hygiénique. On arriverait aussi à une équivalence hygiénique en appliquant le procédé in-

(1) Freycinet, Inno citât o, p. 27R.

venté clans l’usine Desguiraud, de Nantes, qui permet do fabriquer les vernis à froid. L’assainissement est si parfait que le Conseil d’hygiène de la Loire-Inférieure n’a pas hésité à ne pas proscrire cet établissement d’un centre habité. Il est malheureux que le respect de la propriété industrielle ne permette pas de forcer l’inventeur à faire connaître son procédé.

On peut dire que la fabrication des vernis à essence est

beaucoup moins dangereuse que la précédente au point de vue des incendies ; qu’elle n'expose guère que les ouvriers aux vapeurs d’essence de térébenthine. Elle aurait donc des droits à être placée dans la deuxième classe, toul comme celle des vernis à l’alcool. Du reste, ici le classement reste à peu près illusoire, vu que la fabrication se fait surtout sur une petite échelle et est généralement tolérée dans les centres de population. .Mais il vaudrait mieux de grandes fabriques exclusives préparant en grand toutes les espèces de vernis et toujours soumises aux conditions de la première classe.

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