CLASSE
Le classement annexé aux décrets du 31 décembre 1866, du 31 janvier 1872 et du 7 mai 1878, range, dans la première classe, sans aucune réserve, les industries et établissements suivants :
Les abattoirs.
La fabrication de l'acide sulfurique.
L’affinage des métaux précieux.
La fabrication de l’aldéhyde.
— des allumettes
chimiques.
— des amorces ful-
minantes.
Les dépôts de boues el immondices.
Les boyauderies.
La carbonisation des matières animales.
Les dépôts de débris d’animaux.
Les infirmeries de chiens.
Le traitement des cocons.
Les fabriques de créions.
La combustion des plantes marines.
La fabrication de la colle forte.
— de cuirs vernis.
La fabrication de dégras.
— de feutres.
— du fulminate de
mercure.
Le grillage des minerais sulfureux.
La fabrication d’huile de résine.
Les ménageries.
Les dépôLs d’os.
La fabrication du phosphore.
Le dégraissage des laines par le sulfure de carbone.
La fabrication d’encre d’imprimerie.
— d’engrais.
Ateliers d’équarrissage.
Fabrication de l’éther.
— d’estampilles avec matières explosives.
Los porcheries.
Les fabriques de poudrelle.
— de sabots.
Les fabriques
carbone.
de sulfate d’ammoniaque, de sulfure de
L’exploitation des varechs.
Le rouissage du lin en eau.
L’incinération du tabac.
Oollodion.
Beaucoup d’autres industries y li gu cent encore comme pouvant être rapportées, soit à la première, soit à une autre classe, suivant les dispositions prises par l'industriel ; celles-ci trouveront leur place naturelle daus les industries à classement mixte. Mais, en dehors d’elles, la liste précédente n’en reste pas moins fort longue. Nous serons loin de remplir un pareil programme et heureusement nous n’avons pas à le faire, car il s’agit souvent d’établissements ou de dépôts qui intéressent l’hygiène municipale, mais n’ont rien d’industriel; d’autres fois il s’agit de simples actes industriels qui, dans la réalité, ne s’exécutent pas isolément et qui restent rattachés à diverses industries. Nous nous en tiendrons à ce qui a acquis le caractère d’une individualité dans le monde industriel.
A. — Industries de première classe avec interdiction absolue du travail des enfants.
FABRIQUES DE DYNAMITES , DE POUDRES A BASES DE PICRATE DE POTASSE, DE FULMINATE DE MERCURE ET DE POUDRE A CANON.
Sommaire technique. — Fabrication des dynamites. — Dans l’industrie et le commerce, le mot de dynamite est appliqué à divers mélanges de nitro-glycérine avec des substances solides et poreuses qui ont pour but de fixer physiquement ce liquide et d’en faciliter ainsi le transport, la conservation et l’emploi. Comme on peut varier la composition de cette matière fixante, il en résulte qu’il y a diverses dynamites. Au point de vue des dangers et par conséquent de l’hygiène, on peut les diviser en deux catégories : 1° les dynamites où la matière liante est par
Od
elle-même complètement inerte; 2° les dynamites où cette matière joue elle-même un rôle actif dans l’explosion.
Il résulte de là que la préparation de la dynamite présente toujours deux opérations capitales : la fabrication de la nitroglycérine et sa transformation en dynamite proprement dite.
1° Fabrication l>e la nitroglycérine. — On mélange d'abord un volume d acide azotique concentré (a 50° B.) et deux volumes d'acide sulfurique (à 66° B.). On laisse refroidir le mélange, puis on y verse goutte à goutte de la glycérine du commerce préalablement concentrée à 32°. Pendant cette addition, il faut agiter la masse. Après nouveau refroidissement, on jette le tout dans un vase plein d’eau. La nitroglvcérine se précipite sous forme d'une liuile blanchâtre.
Les appareils employés pour cette fabrication varient dans leur disposition, suivant les usines. La disposition la plus employée consiste en des cuves cylindriques contenant une certaine quantité d’eau froide, dans lesquelles plonge un vase de même forme en grès d’un diamètre plus petit. C’est dans ce dernier qu’on place les substances chimiques et que s’opèrentles réactions. Un agitateur à palettes se meut dans son intérieur. Il est parcouru aussi par un serpentin où circule de l’eau froide. Le refroidissement nécessaire est donc obtenu à la fois au moyen de ce dernier et de l’eau placée dans l’espace qui sépare les deux cylindres emboîtés l’un dans l’autre.
Comme la nitroglycérine ainsi obtenue retient une certaine quantité d’acides libres, il faut la purilier en la laissant un certain temps en contact avec du bicarbonate de soude, delà craie ou du carbonate de baryte.
2° Transformation de la nitroglycérine en dynamite. — Pour faire de la dynamite à base inerte, on la mélange le plus généralement avec une terre siliceuse. Celte terre est d’abord réduite en poudre extrêmement fine, puis étalée sur une plaque en plomb munie de rebords un peu élevés. On verse ensuite sur elle la quantité de nitroglycérine né-
cessaire à la consistance voulue, cl on agite avec une spatule en bois ou en verre.
Pour faire de la dynamite à base active, on ajoute à la nitroglycérine une substance très combustible, comme le charbon, et une substance très comburante, c’es-à-dire cédant facilement une grande quantité d’oxygène, comme le chlorate de potasse. En un mot, on ajoute aux propriétés de la nitroglycérine les propriétés de la poudre ordinaire. Comme il existe beaucoup de substances dans ces deux espèces de conditions, il en résulte qu’il peut exister dans le commerce de nombreuses espèces de dynamites à base active. Il y a, entre autres, la dynamite noire, dont le sable est additionné de coke, qui fournit une explosion moins instantanée, mais qui engendre plus de calorique. Le lithofracteur, qui renferme probablement du salpêtre, du soufre et du charbon ; les dynamites grises , qui sont moins explosibles, la diiaiine, qui consiste en un mélange de nitroglycérine et de sciure de bois traitée par l’acide azotique et transformée en paroxvline; enfin la dynamite au coton-poudre , qui peut être conservée sous l’eau sans s’altérer.
Fabrication des picrates. — Elle suppose tout d’abord la préparation de l’acide picrique, qui s’obtient en faisant réagir à chaud de l’acide azotique sur de l’acide pliénique. Par le refroidissement, l’acide picrique se prend sous forme d’une pâte d’un jaune foncé. On le purifie par cristallisation.
Le picrate de potasse s’obtient en mélangeant du carbonate de potasse chaud avec une dissolution bouillante d’acide picrique.
Le picrate et chlorate de potasse s’obtient en mélangeant à parties égales ces deux sels. C’est une combinaison explosive excessivement violente. Le picrate et azotate de potasse renferme en outre- du charbon. Ses ell'ets sont bien moins puissants. Le picrate, d! ammoniaque s’obtient en saturant directement l’acide picrique par de l'ammoniaque cl ne détonne ni au contact d’une Humilie ni sous l'inlluencc d’un choc.
La poudre dite picrique est un mélange de picrate d'ammoniaque et d’azotate de potasse qui 11e détonne que sous 1 influence d'un choc très violent et qui ne le fait que dans le point directement touché.
Fabrication du fulminate de mercure. — On dissout une partie de mercure dans dix parties d’acide azotique. On chauffe à 54°, puis on verse un filet d alcool et on continue à chauffer dans une cornue en verre. Au bout d un quart d’heure, il se forme une mousse d’où s’échappe une vapeur rouge, qui se condense en grande partie en traversant un mélange réfrigérant et dont le surplus s échappe ensuite à l’air libre. Pendant ce temps, il se forme au fond de la masse liquide restée dans la cornue un dépôt de poudre cristalline qui 11’est autre que du fulminate de mercure, qu’il suffit ensuite de laver à plusieurs reprises.
Cette substance est particulièrement employée à la fabrication des capsules. Toutefois, comme son explosion est excessivement rapide, au point qu’elle fait éclater l'arme sans lancer le projectile et qu’elle se termine avant d’avoir eu le temps d’enflammer la poudre mise en contact avec elle, il est indispensable de mélanger le fulminate de mercure avec des substances capables de ralentir l’explosion. On emploie généralement, soit du salpêtre, soit du salpêtre et du soufre, soit delà poudre ordinaire. Le mélange opéré, on le fait sécher et on le grène avec un tamis en crin. On l’introduit dans des capsules faites avec la meilleure tôle de cuivre, on couvre la petite masse introduite avec une petite feuille de cuivre, ou bien on la fixe avec un vernis composé de gomme et d’huile de térébenthine. Nous devons encore, dans le même ordre de substances, signaler la panclastite de Turpin, qui est un mélange d’acide hypoazotique, de sulfure de carbone, de pétrole léger, etc.
Fabrication de la poudre de guerre. — La poudre de guerre est un mélange de salpêtre, de soufre et de charbon. Ces trois matières ont besoin d’être dans un grand état de pureté. La fabrication et le raffinage du salpêtre constituent une industrie distincte, appartenant à la Poincahé. — llyg. industr. 7
troisième classe. Mais c’est dans les poudreries mêmes, qu’on prépare le soufre et le charbon. Pour le soufre, on l’achète distillé en grande masse et, en fait d’opérations préliminaires, on se contente de le soumettre à la pulvérisation et au blutage. Mais, pour le charbon, on le fabrique complètement sur place avec des bois légers, tels que le bourdaine, le peuplier, le saule, l’aune, le tilleul. Ces bois sont carbonisés, soit par combustion libre dans des fosses à parois de briques, soit par distillation dans des cornues, soit enfin par l’action de la vapeur d’eau. Viennent ensuite les opérations de confection. C’est d’abord le mélange par malaxation, dans des mortiers, des trois substances qu’on humecte de temps en temps. 11 en résulte des gâteaux irréguliers appelés galettes. On les sèche par essorage. On procède ensuite au grenage, qui s’effectue à l’aide de cribles animés d’un mouvement de va-et-vient. Les galettes se pulvérisent mutuellement, et la poudre produite sort par les trous. La poudre de chasse subit une opération supplémentaire : c’est le lissage, qui s’effectue dans des tonneaux en rotation par frottement des grains entre eux et contre les parois.
Hygiénologie. — Les dangers extérieurs dépendent presque exclusivement des explosions dontles effets peuvent se faire sentir jusque dans le voisinage de l’usine. De toutes les substances explosives, la plus dangereuse est certainement la nitro-glycérine, ce qui tient à ce qu’elle renferme elle-même beaucoup plus d’oxygène qu’il n’en faut pour brûler tous les autres éléments. Dès les premières applications, elle détermina des accidents si nombreux et si graves, qu’on renonça pendant bien des années à l’employer. Kopp ayant montré que les accidents se produisaient rarement pendant son emploi dans les mines, mais le plus souvent, pendant son emmagasinement et son transport, conseilla de la fabriquer sur place dans les exploitations minières elles-mêmes, et en très petite quantité dans une série de petites cabanes distantes. On procéda ainsi avec un certain succès pour les carrières de Saverne. Mais il y eut
pou d'imitateurs jusqu’au jour où on découvrit que la nitroglycérine mêlée à une poudre inerte devenait beaucoup moins dangereuse, sans perdre de sa puissance mécanique, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’on ait découvert la dynamite.
Mais il n’en reste pas moins nécessaire de fabriquer de la nitro-glycérine pour préparer la dynamite, et si on a diminué les dangers d’emmagasinement, de transport et d’exploitation, les fabriques de dynamite n’en restent pas moins dangereuses pour les ouvriers et le voisinage.
Après la nitro-glycérine, c’est le fulminate de mercure qui expose le plus les usines à sauter. Ce sel se décompose avec une violente explosion et en dégageant de l’azote et de l’acide carbonique, lorsqu'on le soumet à un eboe ou qu’on le porte à 186°. Il faut toutefois que le choc soit produit par un corps d’une certaine dureté. Ainsi le bois frappant sur le bois ne détermine pas l’explosion. Mais un simple frottement entre deux baguettes de bois la produit. Cela n’a pas lieu, au contraire, par le frottement entre deux baguettes de marbre. L’étincelle électrique, l’acide sulfurique la produit instantanément (1).
Le picrate de potasse détone aussi sous l’influence d’un choc, mais sous l’influence de la chaleur il ne le fait qu’à 300°. Toutefois sa fabrication crée des dangers considérables, parce qu’elle doit être précédée de celle de l’acide picrique, qui détone aussi avec une extrême violence. D’autre part, le mélange de picrate de potasse et de chlorate de potasse fait explosion, en dégageant une grande quantité de calorique et une forte pression gazeuse. Aussi ses effets mécaniques sont-ils considérables. Le mélange de picrate et d’azotate est encore plus dangereux. Mais heureusement on a renoncé à son emploi dans la confection des torpilles. Par contre, le picrate d’ammoniaque détone difficilement et on est obligé de le mêler à un corps oxydant; en dosant celui-ci d'une manière convenable, on est maître de donner à la force explosible une puissance déter-
(1) Knapp, Chimie industrielle, t. II, p. 2/i6.
minée. La poudre picrique ou mélange de picrate d'ammoniaque et d’azotalc de potasse est d’un maniement peu dangereux, car il lui faut un choc très violent pour détoner et il n’y a que la partie directement touchée qui le fait.
La dynamite, grâce à la poudre inerte qui corrige la nitro-glycérine, n’éclate jamais sous l’influence de la chaleur ni indirecte ni directe. On peut jeter dans le feu une cartouche de dynamite pure, on peut la faire brûler lentement sur sa main, sans qu’il se produise d’explosion. Mais c’est à condition qu’elle ne soit pas fortement tassée dans un contenant à parois très résistantes. La lumière ne produit rien non plus. On peut concentrer sur elle les rayons solaires avec une lentille, sans inconvénients. Toutefois, à. la longue, le soleil peut décomposer une partie, d’où production de gaz qui, s’ils sont enfermés, peuvent faire éclater le contenant. La dynamite enfermée détone sous l’influence d’un choc notable. À l'air libre elle ne le fait qu’à la condition d’être pressée entre deux corps très durs. Le choc du fer sur le fer produit toujours l’explosion; celui du for sur la pierre la détermine quelquefois. Jamais elle n’a lieu sous le choc du fer sur le bois. Malheureusement la dynamite peut, comme la nitro-glycérine, se décomposer spontanément, du moins sans cause appréciable, et éclate au moment où on s’y attend le moins. Mais ce qui est fréquent pour la nitro-glycérine est très rare pour la dynamite, parce que la silice lui donne de la fixité ; quant aux dynamites à base active, elles sont incontestablement beaucoup plus dangereuses. La dualine l’est aussi, à cause de la combustibilité de la sciure de bois et de son faible pouvoir absorbant. La dynamite au fulmi-eoton est moins dangereuse que la nitro-glycérine tout en ayant une puissance presque aussi grande; mais elle nécessite la formation préalable du fulmi-eoton ou pyroxyle qui est sujet à de fréquentes explosions spontanées.
La salubrité publique peut aussi être compromise, mais à un faible degré, par le dégagement de vapeurs nitreuses, et l’écoulement des résidus liquides.
Los ouvriers sont naturellement les premières victimes des explosions, les plus fréquemment et les plus gravement atteints. En outre ils sont particulièrement exposés à des influences toxiques. Dans la fabrication du fulminate de mercure, ils sont soumis à des vapeurs mercurielles qui peuvent produire de la salivation, à l’éther cyanhydrique qui peut engendrer des syncopes et des troubles pulmonaires et cérébraux. La préparation du fulmi-coton expose les ouvriers à des vapeurs nitreuses qui irritent les conjonctives, la pituitaire, la gorge, les bronches et engendrent même des crachements de sang. (Voir Généralités, p. 78.)
Les lois, ordonnances et décrets visent la fabrication, la conservation, le transport et les modes d’emploi des matières explosibles.
Pour la fabrication on exige que l’usine soit complètement isolée de toute habitation et même éloignée des routes et des chemins; que les divers ateliers soient isolés les uns des autres ; que le sol en soit recouvert d’une lame de plomb ou de plâtre ; que la pierre siliceuse soit exclue des matériaux de construction ; qu’on ne fasse jamais de feu dans les ateliers ; qu’on n’y travaille jamais à la lumière artificielle; que les murs des séchoirs soient garnis de tablettes en bois blanc qu’on puisse toujours atteindre sans être obligé de monter sur une chaise ou sur un banc ; que les tamis ne soient point en fils métalliques et qu’ils soient munis à leurs bords inférieurs d’une lame de plomb ; qu’on n’apporte à la fois dans l’atelier de charge que la dixième partie au plus de la matière qui doit être manipulée dans la journée; que le directeur ait seul la clef de l’atelier où s’opèrent les transvasements; que la matière préparée soit enfermée dans des bouteilles à chemise de paille et dans des caisses tapissées de cuir, de laine ou de crin; qu’il soit rigoureusement interdit de fumer dans tous les points de l’usine; que 1 atelier spécialement affecté à la fabrication du fulminate soit très éloigné de la poudrerie et du dépôt des esprits (Ordonnance du 30 octobre 1836).
Pour l’emmagasineinent, on exige que les boîtes ou paquets de matières fulminantes ne soient pas indistinctement placés dans les diverses parties d’un magasin, mais qu’elles soient réunies dans une caisse bien assemblée, garnie de roulettes et de poignées, alin de pouvoir les transporter facilement dehors en cas d’incendie; que le couvercle de la caisse soit fixé avec des lanières en cuir et fermé par le moyen d’une courroie ; que la caisse soit garnie par une peau de basane, non fixée afin qu’on puisse facilement l’enlever pour retirer la poudre qui pourrait y être tombée (Ordonnance 21 mai 1838).
Pour le transport, l’emploi des chemins de fer est complètement interdit pour la nitro-glycérine, même en train de marchandises. La dynamite, les picrates, le cotonpoudre, les fulminates, peuvent être admis dans les trains de marchandises, mais jamais dans les trains de voyageurs. Les wagons contenant ces matières doivent être séparés de la locomotive par deux ou trois wagons chargés de marchandises non inflammables (Arrêté ministériel, 1er décembre 1874).
Les bateaux chargés de matières explosibles doivent arborer un pavillon rouge très en évidence. Les chargements et déchargements ne doivent s’effectuer que sur des quais désignés par l’autorité après autorisation écrite par un agent de la navigation, et avec la plus grande célérité, de façon à ce qu’aucun ballot dangereux ne reste sur le quai pendant la nuit. Les marchandises dangereuses doivent être arrimées dans des compartiments isolés du reste de la cargaison, à l’abri du soleil et recouvertes d’une couebe de sable humide de 20 centimètres. Dans les ports, les bateaux doivent se tenir à une distance de 50 mètres de tous les autres bateaux (Décret du 31 juillet 1875).
Tout en prenant pour base indispensable cette règlementation officielle, les conseils d’hygiène doivent s’efforcer d’introduire certaines améliorations en rapport avec les connaissances plus modernes.
Ainsi, là où les bois elles planches auront besoin d’être
réunis par clos clous ou des crampons, il faudra employer le cuivre au lieu du fer. En tout cas il faudra toujours noyer la tète des clous dans le bois et les recouvrir de mastic, ou bien coller dessus plusieurs bandes de papier. Les planchers d oivent être arrosés et balayés fréquemment, surtout en été. Pendant cette saison, on doit aussi rafraîchir les bâtiments â l’extérieur par un large arrosage. Il faut des rideaux à toutes les fenêtres ; on doit multiplier les bâtiments autant que possible, en leur donnant à tous de très petites proportions et les formant avec des matériaux très légers ; les séparer entre eux non seulement par un espace suffisant, mais par des fortifications en terre gazonnée, de plusieurs mètres d’épaisseur et assez élevées pour masquer les autres bâtiments. Dans chaque bâtiment, il faut même diviser la matière par fractions très petites, afin que l’explosion accidentelle soit au moins successive, au lieu d’être instantanée.
foutes les fois que la chose est possible, on doit travailler la matière à l’état de pâte ou même sous l’eau. Les ouvriers seront forcés de mettre des sandales avant d’entrer dans les ateliers. On leur recommandera de marcher sans traîner les pieds et sans les frapper sur le sol ; de prendre et de déposer les objets sans les faire rouler ni glisser. Il leur sera interdit de porter des allumettes, des couteaux et des boucles en acier.
Dans la préparation de l’acide picrique, pour que la réaction entre l’acide azotique et l’acide pbénique ne soit pas trop violente et ne détermine pas d’accidents, ainsi que poui éviter les etlets des torrents d’acide carbonique et do bioxyde d’azote qui se dégagent pendant la réaction, on doit adopter 1 appareil ci-dessous (fig. 44).
L’acide azotique est réparti dans huit grands ballons de verre B, plongés dans le bain de sable A A et disposés sur le fourneau F F; sur une tablette supérieure, sont placés des réservoirs en bois H II qui contiennent l’acide pbénique. Cet acide arrive goutte à goutte dans 63 ^îlon* I)ar 1 entonnoir e et le large tube t. D’autres tubes amènent 1 acide carbonique et le bioxyde d’azote dans un réservoir d’eau
Dans la fabrication du fulminate de mercure ; on peut déjà, pour le traitement du mercure par l’acide nitrique, diminuer les vapeurs nitreuses, en abouchant les cols des cornues où s’opère la réaction dans la cheminée. Mais il faut toujours désemmancher les cornues après l’opération et, à ce moment, l’ouvrier est encore très exposé. Aussi vaut-il mieux faire adopter la disposition indiquée par M. Chandelou, parce qu’elle rend les opérations continues. Deux ballons en verre, à épaisses parois (1), reçoivent les matières premières. Le col de chacun d’eux porto à sa partie supérieure un collier en bois, recouvert d’une feuille de plomb. Dans ce collier s’adapte à frottement un tuyau conduisant les vapeurs au condensateur. Celui-ci se compose d’une série de touries en grès dont les colliers des joints sont, munis d’une rainure faisant fermeture hv-
commun G qui est soutenu par le support en métal D. Ce qui échappe a la condensation peut s’échapper par une cheminée qui n’a pas été reproduite dans la figure.
Fig. 44.
(1) Freycinet, Traité d’assainissement industriel. Paris, 1370, p. 101.
industries appartenant a la PREMIÈRE CLASSE. IOo
clraulique. On verso dans cette rainure de l’eau froide à mesure que celle-ci s’égoutte dans 1 interieui des tonnes. La dernière donne naissance à un tuyau qui conduit les vapeurs non condensées dans la chemmec, chacune des touries porte à sa partie inférieure' un robinet permettant de déverser les liquides de condensation dans un canal souterrain aboutissant au bac à saturer en plein air. Un seul des ballons fonctionne à la fois, puis quand l’opération est terminée, on désarticule le tuyau d’amenée au condensateur, on bouclie hermétiquement le premier ballon et on adapte le tuyau au second ballon qui va entrer en fonction
Fig. 45. — Appareil pour la pyéparatioa du fulminate de mercure.
à son tour. Ce changement peut se faire très rapidement sans que les vapeurs se répandent dans l’atelier.
Dans la confection des amorces ordinaires le chargement peut et devrait être fait d’une manière mécanique, à l’aide d’un appareil consistant en une boîte à trois fonds percés de trous. Les trous du premier et du troisième fond correspondent mathématiquement entre eux; les trous du fond moyen alternent au contraire avec les trous des deux autres; mais comme cette plaque est à glissement, on peut, à volonté, ramener les ouvertures au parallélisme avec les autres. Los capsules vides sont disposées dans les trous du fond inférieur; on met de la poudre sur le fond
supérieur, puis, par une légère secousse, on fait à la fois glisser le fond moyen et tomber la poudre dans les capsules. On retire à l’aide d’une poignée le fond inférieur avec les capsules chargées, et on tasse la poudre dans toutes à la fois à l’aide d’une presse portant des dents correspondant exactement à l’agencement des capsules. Pendant tout ce temps, l’ouvrier reste abrité derrière un bouclier en tôle qui le sépare de l’appareil.
Une autre méthode duc au même auteur, M. Gaupillat, est applicable à la confection des capsules au fulminate de plomb, qui sont encore plus dangereuses que les capsules au fulminate de mercure, mais qui sont beaucoup plus économiques. Il est indispensable de manier cette substance toujours à l’état de pâte et de l’appliquer dans un état d’humidité rendant son explosion impossible. Il faut
Fig. 46. — Chargement des capsules.
aussi partager la masse générale en une foule de petites masses. Pour obtenir une pâte, il suffit de délayer la matière dans une solution de gomme adragante. Ce liant permet aussi de ne pas recourir à la presse pour tasser le contenu des capsules. 11 suffi t de recouvrir d’un vernis et de faire sécher. Enfin en se servant de plaques de cuivre percées de trous et de chariots servant les uns à distribuer la pâte, les autres à transporter les plaques dans le séchoir, l’ouvrier se trouve dispensé de toucher aucune capsule, il n’a qu’à manier les plaques à l’aide de la poignée dont chacune d’elles est munie. De plus, chaque plaque doit être séparée de sa voisine par une cloison en tôle. De cette façon l’explosion accidentelle de l’une n’entraîne pas celle des autres, et l’ouvrier qui tient la poignée n’est même pas blessé (1). U va sans dire que celte mé-
(I) Freycinet, loco citnto, p. 104.
thode pourra désormais être appliquée aussi à la fabrication des capsules de fulminate de mercure.
Depuis un certain nombre d’années, on fabrique en outre des capsules proprement dites dont le contenant consiste en de petits godets en cuivre, des amorces sur papier. C’est un mélange de gomme de phosphore et de chlorate dépotasse qu’on dépose par petites gouttes sur du papier. Après dessiccation, on coupe autour des gouttes et on obtient ainsi des petites plaques de la grosseur d’une lentille. Chevalier (1) fait observer que le danger est dans le découpage de ces feuilles; qu’il devrait toujours se faire sur les feuilles encore humides, sur une seule feuille à la fois, à l’aide d’une machine découpeuse et non avec des ciseaux à la main.
La poudre à canon expose aussi incontestablement aux explosions, aux brûlures et aux incendies, mais à un moindre degré que les autres substances explosives d’origine plus moderne, d’autant plus qu’ici un choc ou un simple frottement ne suffisent plus pour provoquer la conflagration qui nécessite l’intervention d’un corps en ignition. Cependant, par une anomalie que le point de vue fiscal peut seul expliquer, c’est la seule fabrication du genre dont l’Etat se soit réservé le monopole. En dehors de ces dangers accidentels, cette fabrication a l’inconvénient d’exposer les ouvriers aux poussières de soufre, de charbon et de salpêtre, ainsi qu’aux produits de la combustion du bois.
Toutes les précautions indiquées plus haut pour prévenir les dangers d’explosion et d’incendie restent applicables à la poudre. Mais il y a lieu de tenir compte des appareils et machines employés qui, eux, peuvent atténuer à la fois la fatigue musculaire et les effets des poussières et des produits de combustion.
Cour la pulvérisation du soufre, il faut se servir de l’appareil représenté par la figure 47.
(1) Annales d’hygiène , 2« série, t. XLVIII, 1875, p. 330.
I os TRAITÉ D’HYGIÉNE INDUSTRIELLE.
Ce sonL des tonnes en bois A mises en mouvement par l'axe en fer RB, garnies intérieurement de tasseaux demi-cylindriques ttt et munies d’une porte rtécdpour l’introduction des matières. Quand la pul-
vérisation paraît être suffisante, on enlève la porte et on la remplace par un cadre en bois muni d’une toile métallique1. On fait tourner plus lentement, et la poussière fine tombe dans une maie C.
Pour la carbonisation il ne faut plus tolérer les fosses, qui répandent de la fumée, il faut tout au moins l’appareil de distillation représenté par la figure 48.
Fig. 48.
11 consiste en des cylindres AA dont un des tonds est fermé parun obturateur en fonte B B, percé de quatre ouvertures circulaires dans lesquelles on engage des tubes en tôle tt; trois sont destinés à recevoir des baguettes du bois à calciner qu’on retire de temps en temps pour juger des progrès fie la calcination. Au quatrième tube oo, on
INDUSTRIES APPARTENANT A LA PREMIÈRE CLASSE. KlO
atlaple un tube de cuivre recourbé p, qui sert audégagement des gaz et des vapeurs qui se déversent dans le conduit fermé C, aboutissant lui-mème à la cheminée.
On peut aussi sc servir de l'appareil ViolelLe qui agit par la vapeur d’eau (lige i9).
11 est constitué avant tout par trois cylindres emboîtés. Le plus cen li ai A renferme le bois et est percé de trous. L’intermédiaire b b' pré-
Fig. VJ.
seule à une de ses extrémités, un tube g, pour le dégagement des gaz, de la distillation et la sortie de la vapeur' ayant servi. L’extérieur a a sert d’enveloppe aux deux autres. Au-dessous des cylindres est un serpentin en spirale dont l’extrémité d communique avec une chaudière a vapeur et l’autre G avec l’extrémité du cylindre a a. Le foyer F sert à réchauffer la vapeur dans le serpentin.
La malaxation s’opérera avec l’appareil de la ligure dû.
Ce sont des mortiers a a de forme sphérique creusés dans la pièce de bois b b cl renfoncés au fond par les tampons do bols plus dur cc.
Le mélange est frappé par les pilons dd mis en mouvement par une roue hydraulique.
Fig. 50.
Le lissage se fera dans l’appareil de la ligure 51.
Des lonnes À B montées sur l’axe CD mis en mouvement par une roue hydraulique. Ces lonnes présentent, à l’intérieur, des côtes en
bois et sont divisées par des fonds intermédiaires en cinq compartiments ayant chacun une porte p p. On fait tomber la poudre lissée dans la caisse EF, d’où elle s’engage dans les tuyaux en cuiro, o, o, pour tomber dans les tonneaux RR.
Sommaire technique. — Lus opérations industrielles comprennent :
1° L' exploitation des gisements. — Lorsque le gisement a une situation très profonde et lorsque la matière première a assez de pression pour pouvoir s élever d ellemême, on procède comme pour les puits artésiens, par simple sondage. Lorsqu il est superficiel ou sans pression, on creuse des puits et on extrait la matière avec une pompe.
2° Distillation. — Elle se fait graduellement. On chauffe d’abord de 45° à 70° pour ne mettre en liberté que les produits les plus légers, lesquels sont très inflammables et forment avec l’air des mélanges explosibles dangereux. Ces produits recueillis constituent Y éther de pétrole. On recueille ensuite à part ce qui passe de 75° à 120° et on a ainsi ce qu’on appelle essence de pétrole ou essence minérale ou naphte. Ce produit est inflammable à la température ordinaire. De 120° à 180°, il passe ce qu’on appelle du kérosène ou photogène et qui constitue l’huile d’éclairage. Au-dessus de cette température et jusqu’à 400° on recueille les huiles lourdes qu’on utilise pour lubréfier les machines et pour le chauffage. C’est aussi à cette haute température que passe la paraffine. Il reste finalement dans les cornues un coke plus dense que le coke de houille et qui brûle bien sur les grilles.
3° Le raffinage de l’huile d’éclairage, qui est le vrai pétrole pour lampes, consiste à traiter ce produit successivement par l’acide sulfurique et par de la soude caustique. Ce pétrole chauffé à 35° ne doit pas émettre de vapeurs inflammables.
Hygiénologie. — Les hygiénistes se sont à peu près exclusivement préoccupés des dangers d’incendies et de brûlures (pie créent la fabrication, la manipulation et la mise eri dépôt du pétrole. C’est qu’en effet les accidents
Ji2 traité d'iiygiène industrielle.
<le ce genre sont excessivement fréquents et terribles flans leurs conséquences. Pour pouvoir dicter à cet egard des précautions rationnelles et efficaces, il faut d abord bien préciser quelles sont les véritables conditions dans lesquelles le pétrole brut est susceptible de s’enllammer. Il est incapable de s'enflammer spontanément au contact de l’air. Il ne s’enflamme même pas au contact d’une allumette enflammée s’il est froid, il ne le fait que lorsqu’il a été préalablement un peu chauffé, ce qui revient à dire qu’en réalité ce sont les vapeurs qu’il dégage qui s’enilamment et non sa partie liquide, et qu’il faut une certaine température pour que ces vapeurs prennent naissance. En outre, l’observation montre que le pétrole brut s’évapore beaucoup plus vite et avec plus d’intensité que le pétrole rectifié, de telle sorte que ce dernier est beaucoup moins dangereux que le premier. Il est encore une autre condition dont il faut tenir compte, c’est que les vapeurs cessent d’être inflammables si elles sont trop diffusées dans l'air. Le danger est donc d’autant plus grand que l’air est plus confiné et que l’évaporation est plus active. En raison du degré de tension de ses vapeurs, le pétrole rectifié n’est pas plus dangereux que l’esprit-de-vin et l’est moins que l’essence de térébenthine, l’éther et le sulfure de carbone.
En ce qui concerne la fabrication, on doit d’abord exiger les diverses précautions générales applicables à tous les produits très combustibles, savoir : l’éloignement de toute habitation, une enceinte en matériaux incombustibles autour de la fabrique, la séparation de divers ateliers pour qu’on puisse faire ta part du feu, le rejet de tous les matériaux combustibles pour la construction des ateliers ; leur fermeture à l’aide de portes en tôle, un éclairage derrière des verres dormants, la présence d’amas de terre et de sable pour étouffer le feu, des fourneaux avec ouvertures à l’extérieur des ateliers. En outre, la distillation devra s’effectuer dans des cornues en fonte hermétiquement obturées et très résistantes. On devra même les protéger contre le feu nu par une enveloppe lé-
gère de pierres réfractaires. Il serait beaucoup mieux encore cle remplacer la flamme par le chauffage à la vapeur, comme cela se pratique dans certaines distilleries, en particulier dans celle de Pittsbourg’. Les serpentins et les réfrigérants doivent être très longs à cause de la grande chaleur qu’apportent les produits volatilisés.
L’appareil disl illatoirc figure ci-dessous ne présente peut-être pas ces conditions d une façon suffisante.
Dans le massif sonL enfouis presque complètement des chaudières cylindriques en fonte. De leur partie supérieure part un tube conique
aa muni d’un entonnoir et d’un robinet pour l’introduction du pétrole. A côté de ce tube, se trouve un trou d’homme pour les nettoyages. Les vapeurs se dégagent par le tube l, entouré d’un manchon hh, dans lequel passe un courant d’eau froide; elles arrivent dans un serpentin plongé dans le réfrigérant bb. Le liquide condensé se rend par les tubes ee, dans les récipients c, c,c, d’où il s’écoule dans les burettes d, d, d. Les tubes f, f,f sont destinés à laisser échapper les gaz qui pourraient faire éclater les appareils. Ces gaz se réunissent dans le manchon g pour être conduits à l’extérieur.
Pour rendre le raffinage aussi hygiénique que possible, faut se servir de l’appareil représenté par la figure îh‘L Poincaré. — Hyg. industr. b
TIIAITE D’HYGIENE INDUSTRIELLE.
Ce sont deux cuves rectangulaires superposées. L’une, a, renferme l'acide sulfurique; l’autre, b, la lessive alcaline. Dans chacune d’elles se meut un arbre horizontal armé de palettes.
Fig. b-\.
La mise en dépôt du pé troll devra Aire interdite dans l’intérieur des ateliers de fabrication, et les magasins seront cà 20 mètres au moins de ces derniers. Les barriques de pétrole seront enterrées dès leur arrivée, pour être exhumées, une par une, au fur et à mesure des besoins. Il faut même conseiller le système d’emmagasinage de M. Cbiandi. Il consiste en une fosse en maçonnerie dans laquelle est fixée une cloche de tôle qui diffère de celle d’un gazomètre par son immobilisation et en ce qu’elle reste toujours complètement noyée. A sa partie inférieure, elle présente une couronne de trous destinés à permettre la libre circulation des liquides. A sa partie supérieure elle s’ouvre par trois tubulures confluentes. La médiane donne issue à l’air. Des deux latérales, l’une scrl à l’introduction du pétrole, l’autre à son extraction. L’une et l'autre peuvent être fermées ou ouvertes par des robinets qu’on manœuvre de l’extérieur. Lorsqu’on veut introduire du pétrole, le tonneau est placé de façon à ce que son contenu coule de lui-même dans le conduit d'introduction dont on a ouvert le robinet, celui du conduit d’extraction étant au contraire fermé. Le pétrole déplace une quantité corres-
1 la
pondante cl’eau, d’où un trop-plein qui sort par un tuyau ménagé en haut de la paroi latérale de la citerne. Veut-on extraire du pétrole ? on ferme le conduit d introduction et on ouvre celui de sortie. La pression de l'eau suffit pour faire jaillir le pétrole, qui est reçu directement dans le tonneau à charger. Un tube plongeant jusqu’au bas de la cloche, et remontant au-dessus du réservoir, sert ai ndiqucr le niveau de l’huile. Dans ces conditions, le pétrole se trouve maintenu sous une fermeture hydraulique; jamais
il n’est en contact avec l'air ; enfin, il n’est exposé à aucune perte, soit par l’évaporation, soit parle coulage. Des expériences ont démontré qu’ainsi il échappait à toute cause d’incendie. On a versé du pétrole sur plusieurs mètres carrés autour du réservoir. On a enflammé cette nappe qui a pu brûler complètement en développant des flammes intenses, et le contenu de la cloche est resté intact. On a même ouvert le tube servant à l’introduction de l’huile : le pétrole erdlammé s’y est engagé, mais il s’est éteint à 20 centimètres, faute d’air (1).
(I) Freycinet, loco cilalo, p. 27a.
Quoiqu’il n’y ait point de prescriptions relatives à la conservation et à la manipulation du pétrole dans les débits, il importe de vulgariser certaines disposions, d'autant plus que c’est dans le petit commerce qu’on rencontre
les accidents, sinon les plus graves, du moins les plus fréquents.
Pour le débit, il faudrait généraliser l’emploi de vases déjà très répandus, qui sont en tôle, présentent en haut une ouverture avec couvercle vissé pour l’introduction du pétrole, et s’ouvrent en bas dans un litre en verre gradué d’où le li-
Kig. 55. - Réservoir de pétrole pour (ïuide P0uL s’écouler par un le débit. robinet dans le ilacon de
l’acheteur, après avoir été mesuré en vase clos. On évite ainsi les inconvénients du voisinage direct d’une lumière. Un petit tuyau accolé au récipient permet à l’air du litre de se réfugier vers sa partie supérieure.
Les effets toxiques des vapeurs de pétrole méritent d'attirer l’attention beaucoup plus qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent. J’ai pu constater sur des chiens et des cobayes que la respiration prolongée d’un air chargé de vapeurs de pétrole détermine de la congestion pulmonaire avec raptus sanguin et hyperplasie des cellules épithéliales des vésicules et de la congestion des reins. Mais Chevallier (1) a observé chez les ouvriers eux-mêmes des faits qui ont beaucoup plus de valeur, tels que : atténuation du sens génésique, violentes migraines chezles femmes et les personnes nerveuses. Dans une fabrique (2), le distillateur et quelques autres ouvriers furent atteints d’une éruption pem-
(1) Annale* il'hygiân'e , 187-, t. XXXY1II, 2e série.
2) l/.L, 1871, t.' XXXVI, 2° série.
pliyg'oïclo à bulles transparentes, de la grosseur d’une noisette, s'accompagnant de démangeaisons. Enfin Allen (1) a observé, chez plusieurs ouvriers employés à la rectification du pétrole américain, une éruption générale de petites papules rougeâtres se transformant en pustules phlyzaciées présentant au sommet un petit point noir et laissant une cicatrice analogue à celle de la variole. L'intérêt hygiénique, d'accord avec l’intérêt industriel, commande donc d'éviter tout dégagement dans l’atmosphère des ateliers, par l’installation de bons appareils distillateurs et par la condensation ou la combustion des produits gazeux qui ont échappé à l’action du réfrigérant et qui s’échappent «à l’extrémité du serpentin. Différents procédés peuvent être employés isolément ou combinés entre eux : 1° utiliser pour l’éclairage le gaz sortant du serpentin; 2° lui faire traverser plusieurs caisses d’eau froide; 3° diriger dans les foyers ce qui n’aura pas été condensé; 4° diriger les parties non condensables dans les couches élevées de l'atmosphère par un tuyau s’élevant au-dessus du toit. En tout cas, les ateliers doivent être munis d’une cheminée d’appel. Il y a lieu d’interdire la distillation des huiles de pétrole du Canada, car elles donnent lieu à des produits infects. Enfin, on doit encore prendre des précautions contre l'imprégnation du sol par les eaux résiduaires et de lavage, par le bétonnage do toute la surface de l'usine. Si le décret de 1866 impose la première classe à toutes les distilleries et k tous les grands dépôts de pétrole, elle accorde la deuxième classe aux dépôts qui portent sur moins de 10,500 litres. En tout cas, l’emploi des enfants reste interdit. Ajoutons en terminant qu’on peut rendre le pé trole d’une odeur moins désagréable à l’aide du procédé Green. On le place dans un récipient où l’on fait le vide par une pompe, en même temps qu’on chauffe par un serpentin de vapeur et qu’on agite.
(1) Annales d’hygiène, 1 803, t. XIX, 2° série.