LAVOIRS OU BUANDERIES
Sommaire technique. — Pour approprier le linge, on commence par le lavage proprement dit, qui consiste à le tremper dans l’eau, à le battre et à le frotter. De là il passe Poincaré. — Hyg. induslr. > 22
au lessivage qui, dans sa forme primitive , consiste à chauffer dans une chaudière de l’eau avec des cendres ou de la potasse et à verser celle lessive dans une cuve où le linge est empilé et qui présente à sa partie inférieure une petite ouverture. Le liquide Jillro à travers le linge et s’écoule au fur et à mesure par cette ouverture. Le séchage s’effectue ensuite, soit à l’air libre, soit dans une étuve à air chaud ou à circulation de vapeur.
Hygiénologie. — Sous cette forme primitive, les lavoirs créent des inconvénients sérieux pour la salubrité publique et surtout pour les femmes qui y sont généralement employées. Beaucoup de ces établissements sont relativement éloignés de la rivière et les eaux résiduaires sont obligées de gagner celle-ci par un canal qui, le plus souvent, reste à ciel ouvert. Or, ces eaux savonneuses, déjà nauséabondes par elles-mêmes, le deviennent d’autant plus qu’elles ont enlevé au linge des matières fécales, des matières grasses et des -particules azotées en voie de putréfaction. Mais ce qui fait surtout de ces eaux un foyer mobile d’infection pathologique, c’est que le linge des malades les charge continuellement des microbes ou des miasmes spécifiques de la fièvre typhoïde, de la rougeole, de la variole, etc. C’est ainsi qu’une buanderie peut jouer un rôle considérable dans la production et l’extension des épidémies. En présence de pareilles conditions, c’est déjà quelque chose de défendre l’accumulation des eaux de lavage dans les lavoirs; de n’autoriser ces établissements que quand ils ont assez d’eau pour renouveler souvent leurs bassins, d’exiger des canaux de déversement couverts, maçonnés et cimentés sur tout leur trajet. Personnellement, je n’ai aucune confiance dans l’addition d’acide phénique qui ne tue nullement les microbes et qui ne donne, souvent à grands frais, que la satisfaction morale de remplacer une odeur désagréable par une autre qui est presque aussi désagréable. Mais il me semble que quand une ville touche à une rivière, on devrait imposer à ces établissements de se fixer sur le cours même et en aval de la ville, afin que les
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impuretés soient au moins diluées le plus rapidement possible et qu’elles n’aient point à traverser des quartiers habités, même dans un canal souterrain.
Les eaux d’alimentation cle la Rochelle ont été infectées par les infiltrations des eaux résiduaires de buanderies dans le sol traversé par les sources de la ville. Ce fait a été pour M. Drouineau l’occasion de demander instamment devant la Société de médecine publique (1) la révision de notre législation industrielle. On doit reconnaître avec lui qu’elle laisse considérablement à désirer.
Les ouvrières des buanderies ont naturellement à souffrir les premières de ces causes d’infection et de contagion. Je les ai vues fréquemment suivre de quelques jours les premières victimes des épidémies de fièvre typhoïde et de variole. On a recommandé, pour les linges de provenance suspecte, de les plonger avant toute manipulation dans l’eau phéniquée. Ma conviction n’est pas faite à ce sujet, je viens de le dire. J’aimerais encore mieux le passage à l’étuve là où la chose sera possible, ou un traitement immédiat par un jet de vapeur.
Heureusement, il est plus facile de remédier aux autres conséquences professionnelles. D’une manière générale, ce qui nuit le plus aux laveuses, c’est qu’elles sont continuellement humectées d’eau froide sur la presque totalité de leur corps. Leurs mains et leurs avant-bras y restent constamment plongés. Le battage les éclabousse de tous côtés;
Set elles restent à genoux sur des planches humides. Cela a lieu souvent en pleine rivière, par les plus grands froids, sans abri réel. De là une espèce de cyanose des mains et des avant-bras, leur engourdissement et leur insensibilité, do l’entérite catarrhale, delà néphrite albumineuse, des angines et même un enrouement chronique, des bronchites catarrhales avec emphysème et hypertrophie du cœur. Il y a aussi à tenir compte d’une circonstance qu’on n’a jamais relevée. Ces femmes, pour parer au froid, ont toujours près
(1) Revue d'hygiène 1879, p. 647.
Fig. 128. — Cuve à circulation.
Au centre est une chaudière en fonte A. De chaque côlé deux cuviers BC. Cuviers et chaudières doivent être exactement de même hauteur. La chaudière est réunie aux deux cuviers par des tuyaux supérieurs ce, et par des tuyaux inférieurs clf. La lessive en chauffant va vers les cuviers par les tuyaux supérieurs. Elle se refroidit en traversant le linge, et fait, par les tubes inférieurs, retour à la partie inférieure de la chaudière. C’est le mécanisme du siphon.
Qu’il y ait encore des laveuses dans les petites localités, c’est inévitable. Du reste, elles font rarement un travail continuel. Mais dans aucune localité importante on ne devrait plus laisser cette industrie aussi libre. Il devrait y
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d’elles un couveau rempli de braise dégageant des Ilots d’oxyde de carbone.
A la longue, la main qui tient le battoir peut être le siège d’une rétraction de l’aponévrose palmaire. Les jambes, dont la circulation est gênée par la station et par le froid, deviennent variqueuses et s’ulcèrent.
Les laveuses ont aussi souvent des furoncles dus aux matières étrangères qui s’introduisent dans les glandes sébacées. Elles ont aussi des panaris provoqués par des piqûres d’épingles laissées dans le linge sale.
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avoir centralisation obligatoire de la buanderie de toute la cité dans un ou deux établissements tenus de substituer les moyens mécaniques à la main-d’œuvre. Ainsi le lavage sera exécuté à l’aide du laveur mécanique (voir Généralités , page 50 et figure 24).
La torsion du linge qui asperge d’eau les laveuses, qui leur détermine des synovites du poignet et qui exige des efforts contribuant largement à la production de l’emphysème et de l’hypertrophie du cœur, doit être remplacée par un dégorgeage mécanique à l’aide des cylindres compresseurs représentés aux Généralités , page 56, figure 32. Le dégorgement sera complété parla mise en hydro-extracteur (voir Généralités, page 54, figure 30).
AA', chaudières -à lessiver à double fond; BB, tuyaux de prise de vapeur ; CC', tuyaux de communication, conduisant la lessive d’une chaudière dans l’autre ; EE, tuyau d’ascension pour renvoyer la lessive dans le réservoir K; FF, tuyaux de purge ; GG, tuyaux de purge de vapeur dans le réservoir; HH, robinets indiquant le niveau d’eau; L, tuyaux de communication du réservoir aux cuves; M, robinet indiquant le niveau dans le réservoir.
Dans les buanderies ordinaires, on fait, d’une part, chauffer la lessive, c’est-à-dire les cendres et l’eau, dans
une chaudière à'fcu nu et ouverte. La plupart du temps elle n’est même pas placée sous une hotte. De là les huées qui remplissent l’atelier. Dans cette atmosphère chaude et suffocante, les femmes puisent avec des pelles la lessive et la versent peu à peu sur le cuvier où le linge est entassé, la lessive s’écoulant par le bas au fur et à mesure après avoir traversé la pile de linge. Leurs mains, leurs vêtements sont maculés par le liquide alcalin qui ramollit l’épiderme, produit des gerçures et des crevasses. Elles ont même souvent des douleurs névralgiques des bras qui deviennent surtout intenses pendant la nuit. Cette méthode primitive
doit être abandonnée. Avec les grands établissements, on pourra toujours recourir à un des appareils suivants.
Le plus simple est la cuve à circulation (fig. 128).
Si l’industrie est considérable, on a intérêt à adopter le lessivage à haute pression (fig. 129).
Le linge est entassé dans deux chaudières qui communiquent entre elles et qui s’envoient réciproquement et alternativement le bain alcalin, au moyen d’un jet de vapeur.
Pour le séchage définitif après lavage, lessivage et rinçage, il doit, pour le linge, être obtenu dans un séchoir a, air chaud représenté par la figure 130.
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FÉCULERIES.
Sommaire technique. — Les pommes de terre ont besoin d’être d’abord mises en trempage dans des cuves ou bassins d’eau, pour détremper par macération la terre dure qui les entoure. Elles passent de là au lavage dans un cylindre à claire-voie qui plonge, en partie et d’une manière inclinée, dans un réservoir d’eau, et qui par sa rotation fait frotter les tubercules les uns contre les autres. Le râpage est ensuite effectué par un cylindre armé de lames de dents de scie qui est constamment débarrassé de la pulpe adhérente par la chute d’un fdet d’eau. Un mécanisme de chaînes sans fin transporte automatiquement la pulpe du râpage au tamisage et la fait passer par une série de tamis de plus en plus serrés et recevant des jets d’eau continus. Du récipient placé en-dessous de la colonne de tamis, l'eau chargée de fécule est enlevée par une danaïde dans une cuve où est pratiqué le dessablage , qui consiste à agiter le liquide et à profiter de ce que le sable se dépose plus vite que la fécule, pour décanter celle-ci avec l’eau superposée à la couche de sable. Par un repos prolongé, cette eau laisse déposer la fécule tenue en suspension. On racle la surface de ce dépôt qui est grisâtre. C’est là ce qu’on appelle l’ épuration. La fécule épurée est placée dans des bachots suspendus, pour Y égouttage, qui est complété par le renversement de la pâte sur des plateaux de plâtre destinés à absorber l’eau qui n’a pas obéi à la pesanteur. La dessiccation est achevée par un double séchage, l’un à l’air libre, l’autre à l’étuve. Enfin viennent Y écrasage , exécuté par des cylindres broyeurs, le blutage et Y emmagasinage .
Hygiénologie. — Comme le blé est beaucoup plus riche en matière azotée que la pomme de terre, et comme, par suite, sa putréfaction peut donner lieu à des odeurs pénibles et à des miasmes dangereux, les amidonneries sont rapportées à la première ou à la deuxième classes, suivant que l’amidon de blé est préparé par fermentation
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ou par simple séparation du gluten. Les féculeries, elles, au contraire, appartiennent toujours de droit à la troisième classe, non seulement en raison de la composition chimique de la pulpe de pomme de terre, mais parce qu’elles sont supposées extraire la fécule par des moyens purement mécaniques. C’est trop fermer les yeux sur la fièvre d’innovations qui caractérise l’industrie moderne. Volker est l’inventeur d’un procédé qu’il ne faut pas tolérer dans les lieux habités, qui consiste à dégager la fécule par la mise enpourriture des pommes de terre etdont l’emploi pourrait bien se multiplier, parce qu’il procure un meilleur rendement. Les tubercules sont découpés en tranches, mis en tas et abandonnés à la putréfaction pendant huit jours à une température de 30 à 42°. La trame celluleuse se trouve alors assez désagrégée pour rendre facile l’énucléation de la fécule.
Mais, même avec une extraction purement mécanique, les féculeries sont loin d’être innocentes pour la salubrité publique, parce que les eaux de lixiviation et de macération éprouvent au dehors cette putréfection qu’on a évitée dans l’intérieur de l’usine. Au contact de certains éléments du sol, les détritus végétaux qu’elles charrient dégagent de l’acide sulfhydrique. On se contente de défendre le déversement dans des puisards, l’écoulement à ciel ouvert, et d’exiger le transport souterrain vers les égouts et les cours d’eau par des canaux bien construits. Du reste, sous ce rapport, les centres de population offrent de plus grandes facilités pour une canalisation souterraine.
Il est sous ce rapport une condition heureuse : c’est que, pour le rendement, l’industriel a intérêt à pratiquer l’extraction dans le délai le plus rapproché de la récolte, ce qui fait que les féculeries fonctionnent surtout pendant l’hiver. Les inconvénients d’une putréfaction accidentelle sont, par le fait, moins k craindre. Dans le même but, si on est obligé de rentrer les pommes de terre par la pluie, il importe de ne pas aggraver la situation en laissant les ouvriers remplir de boue avec leurs sabots le silo où
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s’effectue le dépôt. Ils doivent toujours laisser leurs chaussures à la porte. Pour éviter la fermentation, il faut aussi fermer et calfeutrer les fenêtres, et remuer la masse de temps en temps.
Quant aux ouvriers, ils se trouvent nécessairement exposés à l’humidité et à des poussières et, par suite, à des douleurs rhumatismales, de la diarrhée, des blépharites, des conjonctivites, des angines glanduleuses. Mais, vu la mollesse et la rapidité de saccharification des poussières, ils présentent rarement de la phtisie ou même des altérations quelconques du tissu pulmonaire. En tout cas ils se plaignent tous de sécheresse de la bouche et du gosier, et ils expectorent des crachats gommeux. Us ont fréquemment une éruption herpétigineuse, particulièrement à la commissure des lèvres et sur le pavillon de l’oreille, les spores de champignons trouvant un terrain très nutritif dans cette fécule transformée en pâte par la sueur.
Pour éviter tous ces inconvénients, il convient de diminuer le plus possible la main-d’œuvre et de bien diriger le travail, au point de vue des conditions d’exécution.
Pour les déplacements de la matière en exploitation, la main d’œuvre se trouve déjà diminuée par les dispositions que nous avons indiquées dans le sommaire, c’est-à-dire par le transport du râpage au tamisage à l’aide de chaînes sans fin, par l’élévation à l’aide d’une pompe du liquide de la cuve de tamisage dans la cuve de dessablage. Mais il est encore à désirer qu’on emploie un dragueur transportant les pommes de terre du silo dans le laveur et même que le déchargement des sacs dans le silo ne se fasse plus à dos d’homme.
Pour mieux nettoyer les pommes de terre, on a souvent l’habitude de les plonger dans de l’eau avant qu’elles ne soient emportées par le dragueur sur lequel les ouvriers sont obligés de les jeter, après les avoir retirées du bain préalable avec des pelles. Il vaut mieux avoir deux laveurs qui, en répétant mécaniquement la même action de l’eau, assurent un nettoyage suffisant.
Fig. 131. — Appareilpour l’extraction de la fécule.
A est une première râpe composée d’un cylindre armé de petites lames de scies. Un filet d’eau coule constamment à sa surface. La pulpe tombe dans le récipient B à plan incliné.
Une pompe aspirante P la monte par le tube C dans un premier tamis DE où les jets d’eau des tubes tt' la délayent et la font tomber sur un plan incliné FG pour se rendre dans la seconde râpe H. La pulpe passe de là dans un second tamis IK muni des jets d’eau ff . La pulpe, dès lors épuisée, passe dans un réservoir extérieur.
Quant à l'eau chargée de fécule provenant des deux premiers tamis, elle s’écoule par le récepteur LM dans un premier tamis épurateur NO, se dirige de là vers le récipient Q où une deuxième pompe P’ la remonte par le tube recourbe Z dans un second tamis épurateur TU. L’eau féculente est entraînée par l'eau sur le récepteur VXY qui la dirige vers les cuves de dépôt et de décantation.
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Du second laveur les pommes tombent naturellement dans le râpeur qu’on a soin de disposer au-dessous. Il est toutefois un travail manuel intermédiaire qui, toujours, se trouve confié à un enfant. Une grille placée entre le laveur et le râpeur permet à celui-ci de retenir les cailloux qui pourraient endommager la râpe. Il faut en outre, qu’il pousse à la main les pommes de terre pour leur faire continuer leur chute interrompue. Il est enfin tenu de désembraver la courroie de transmission du râpeur quand il s’aperçoit qu’un caillou a échappé à sa surveillance.
Quant au tamisage, l’appareil qui satisfait le mieux l’industrie et l’hygiène est celui représenté par la figure 131.
Le tamisage y est combiné avec le râpage. Par les grands froids, la fécule gèle souvent pendant l’égouttage. On est obligé alors de l’écraser à mains d’homme sur une aire en plâtre avec des rouleaux. De là des poussières dont on pourrait probablement atténuer les effets par l’emploi de moyens mécaniques.
L’étuvage compromet à la fois la salubrité publique et les ouvriers. Il y a en effet de grands dangers d’incendie et même d’explosion par expansion des gaz de combustion avec une température de 70° et de la fécule que sa sécheresse rend très combustible. D’autre part, au milieu de chaque opération les ouvriers sont obligés de pénétrer dans l’étuve pour aller remuer la fécule à l’aide de raclettes. L’installation d’agitateurs mécaniques ne me paraît pas impossible.