‹ Traité d'hygiène industrielle à l'usage des médecins et des membres des conseils d'hygièneChapitre 51 sur 101 · SALPÊTRE · texte numérisé non relu

SALPÊTRE

Sommaire technique. — Pour se procurer du salpêtre on met à profit la tendance naturelle qu’a, dans certaines conditions, l’azote de l’air de se transformer en acide nitrique pour se combiner avec la potasse du sol et des murs et donner naissance à du salpêtre. C’est là un phénomène qu'on appelle nitrification directe par l azote de l’air. C’est ainsi qu’on recueille le salpêtre qui blanchit les murs des endroits humides et malpropres, celui qui se

produit abondamment dans certaines excavations rocheuses

(1) Cnsper’s Viertel jahreschv/t 1863, t. XXIII, p. 136-17?.

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des bords de la Seine, sur le sol des étables en Suisse, etc. Mais Là où cette nitrification naturelle n’est pas suffisante pour être utilisée, on la provoque dans ce qu’on appelle des nitrières artificielles. On élève en plein air des p\iamides de terre mélangée à toutes sortes de détritus organiques qu’on arrose fréquemment avec de l’urine.

Depuis 1832 on produit, en France particulièrement, le salpêtre par une réaction simple. On traite 1 azotate de soude , dont il existe de forts gisements dans le Chili et que le commerce reçoit à bas prix, par du chlorure de potassium, d’où résulte une double décomposition. On fait évaporer dans des bassins rectangulaires.

Le chlorure de sodium se dépose le premier et on l’enlève avec une écumoire.

Quelle que soit son origine, la matière salpètrée a besoin d’être tout d’abord soumise à un lessivage ayant pour but de la débarrasser de ses parties terreuses. L'eau dissout le salpêtre; mais comme cette dissolution se trouve renfermer en outre de l’azotate de potasse cl des azotates d’autres bases, on y verse de la potasse qui prend la place de celles-ci. On évapore, et la masse qui cristallise constitue le salpêtre brut qu’il faut encore épurer par le raffinage.

Le salpêtre brut est dissous dans de l’eau échauffée dans de vastes chaudières en cuivre. On clarifie la dissolution en y versant de la colle de gélatine. On enlève l’écume, puis on transporte avec des poches la dissolution clarifiée, dans des cristallisoirs. Les cristaux sont lavés par arrosage,

S puis séchés.

Hygiénologie. — Le tableau de 18G6 garde complètement le silence sur le salpêtre, et il faut remonter au décret du 14 janvier 1815 pour trouver un classement à sa fabrication; ce décret la place dans la troisième classe.

11 est impossible de manier du salpêtre sans en absorber un peu par les voies pulmonaires et même par les voies digestives. Or, l’observation et l’expérimentation montrent que celte substance, après avoir déterminé une courte période de stimulation, agit d’une manière plus marquée,

comme les hyposthéniants; qu’elle fai L baisser la température animale; qu’à la dose de 60 grammes elle produit de l’angoisse, des frissons, fie la faiblesse générale, des nausées, des vomissements, de vive douleurs de l’appareil digestif, de l’irrégularité du cœur, du refroidissement des extrémités et même la mort.

D’autre part, la récolte du salpêtre dans les lieux humides et couverts de moisissures peut produire des vertiges, de la céphalalgie, des nausées, des vomissements, connue cela a été vu dans certains bâtiments dont les poutres étaient envahies par le Merullms lacrymans. La nitrification artificielle à l’aide de las de débris organiques qu'on arrose

à chaque instant, crée de véritables fumiers à émanations malsaines. Le raffinage, de son coté, n’est pas sans quelques dangers, en dehors même de l’action spéciale du salpêtre. Le travail des chaudières est excessivement pénible. Les ouvriers sont obligés de brasser avec énergie au milieu des buées intenses qui se dégagent. Le transport de la solution dans les cristallisons esL fatigant et expose à l’humidité , à des maculations et accidentellement à des brûlures. L’arrosage des cristaux avec des arrosoirs est pénible et mouille les ouvriers. Le séchage peut nécessiter le séjour des hommes dans une atmosphère sursaturée de vapeur et de particules salines. L’outillage adopté dans la raffinerie de Lille fait disparaître une partie de ces inconvénients et pourrait être facilement perfectionne.

La dissolution à chaud du salpêtre brut se fait dans une chaudière représentée par la figure 136.

Lue pompe a permet de faire passer la solution dans les

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cristallisoirs sans transport à main d’homme. Malheureusement le brassage est encore fait par les ouvriers. 11 serait facile de le rendre mécanique.

L’arrosage des cristaux, au lieu d’être exécuté par des arrosoirs, se fait sans intervention des ouvriers, grâce à l’appareil représenté par la figure 137.

Le séchage se fait rapidement et avec diminution de la main-d’œuvre à l’aide du séchoir représenté par la figure 138.

Le salpêtre est d’abord amené par des vagonnets. Le

Fig. 138.

salpêtre sèche sur une sole en cuivre chauffée par un foyer. Un cylindre en bois l’écrase mécaniquement sur la sole même. Comme main-d’œuvre, il ne reste plus qu’à casser les gros cristaux avec un maillet et à ratisser de temps en temps la couche de salpêtre en voie de dessiccation.

Dans les raffineries on cherche à tirer un certain parti des eaux mères. Celles-ci renferment du sel marin, du salpêtre et du carbonate de soude. On neutralise d’abord Poincaré. — Hyg. industr. 24

avec l’aciclc chlorhydrique, de là un maniement qui n’est pas sans inconvénient. Le liquide neutralisé est évaporé dans une grande chaudière.

Un mécanisme de poulies permet de la retirer de temps en temps pour extraire le chlorure de sodium qui cristallise le premier. La dissolution débarrassée du chlorure de sodium est mise dans des cristallisoirs et donne un regain de salpêtre. Tout ce que nous devons voir dans ce procédé d’utilisation, c’est qu’on évite aux cours d’eau des résidus qui pourraient les contaminer.

Il est à noter que les besoins industriels récents tendent à substituer l’azotate de soude à l’azotate de potasse.

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