‹ Traité d'hygiène industrielle à l'usage des médecins et des membres des conseils d'hygièneChapitre 55 sur 101 · FABRIQUES DE SOUDE · texte numérisé non relu

FABRIQUES DE SOUDE

Sommaire technique. — Deux grandes méthodes sont mises en pratique aujourd’hui; la méthode par X acide sulfurique, dite plus couramment le procédé ancien ou de Leblanc ; la méthode par X ammoniaque dite encore le procédé moderne ou de Solway.

Procédé Leblanc. — La théorie du procédé Leblanc consiste à transformer le chlorure de sodium en sulfate de soude, par l’acide sulfurique ; à transformer ensuite ce sulfate en carbonate, en le calcinant avec un mélange de carbonate de chaux et de charbon. Cette dernière substance est considérée comme n’agissant qu’à titre de matière réductrice.

Dans la pratique, il y a deux séries distinctes d’opérations correspondant aux deux phases de la théorie : 1° la transformation du chlorure de sodium en sulfate de soude; 2° la transformation du sulfate de soucie en carbonate de soude.

La fabrication du sulfate de soude comprend elle-même deux opérations : la préparation de X acide sulfurique et la décomposition du chlorure de sodium.

L’acide sulfurique se prépare en grand par le grillage •des pyrites et oxydation de l’acide sulfureux détenu, au ■moyen de l’acide azotique.

La décomposition du chlorure de sodium nécessite la ■combinaison de deux genres d’appareils : les fours où le ' fuel est soumis à l’action de l’acide sulfurique, qui sont dits d'ours ci sulfate, et des appareils condensateurs pour l’acide Chlorhydrique mis en liberté.

Le four se divise en deux compartiments, la cuvette et la alcine. Dans la cuvette, on introduit d’abord le chlorure

(I) Gubler et Napias. Congrès international d’hygiène de Paris.

de sodium, puis ou fait arriver l’acide sulfurique qui s’empare de la soude eu mettant en liberté l’acide chlorhydrique . Quand, sous l’influence de la chaleur, le mélange a pris une consistance assez ferme, on le fait passer dans la calcine où il est porté jusqu’au rouge. Enfin on fait tomber le sulfate, ainsi formé et débarrassé en grande partie de l’excès d’acide sulfurique, dans une cave voûtée où on le laisse refroidir.

A eslla cuvelte en plomb où s’opère la réaction de l’acide sulfurique sur le sel; la flamme du foyer situé au côté opposé chauffe la voûte du four B, en allant de F en G ; elle redescend en dessous en HI, d’où elle passe ensuite sous la cuvette en KL, et s’échappe enfin parla cheminée M. Les vapeurs chlorhydriques sortent par le tube en grès c.

Il se dégage de l’acide chlorhydrique aussi bien dans la calcine que dans la cuvette ; mais beaucoup plus dans cette dernière. C’est cet acide qu’il importe d’emprisonner relativement en le condensant et le dissolvant dans de l'eau. Dans ce but, la cuvette et la calcine doivent être surmontées de tuyaux de dégagement aboutissant à une série de bonbonnes contenant de l’eau, qui doivent toutes être successivement traversées de bas en haut par la colonne gazeuse.

2° Pour opérer la décomposition du sulfate de soude,

on lo soumet au grillage , après l’avoir mélangé à une certaine quantité de charbon de terre et de carbonate de chaux. Pendant qu’il est dans les fours à griller, ce mélange doit être remué avec des râbles. 11 se produit à chaque instant des jets gazeux, appelés chandelles. Quand la transformation est jugée opérée, l’ouvrier amène la matière au moyen de râteaux, vers la porte de travail, et la fait tomber dans un récipient en bois où elle se moule en blocs et se solidifie. Ces blocs, qui prennent le nom de pains de soude, sont retirés après refroidissement complot et soumis au cassage. Les fragments sont dissous dans des chaudières chauffées à la vapeur. Cette dissolution constitue l’opération du lessivage.

La solution obtenue est ensuite conduite dans des bassins maintenus à 40°. Dans ces bassins, il se forme un dépôt de sulfure de fer, appelé marcs noirs.

On fait passer le liquide qui surnage dans d’autres bassins, dits d 'évaporation, où la liqueur se concentre et où la cristallisation se produit.

Enfin les cristaux sont retirés, séchés sur des plaques de fonte chauffées et emballés dans des tonneaux pour être 'i livrés aux' commerce.

A ces opérations principales, il est d’usage dans la plupart des usines, d’enjoindre d’autres qui ont pour but de fixer et d’utiliser l’acide chlorhydrique contenu dans l’appareil de condensation. On le transforme en chlorure de : calcium. Dans ce but, cet acide est d’abord soumis à l’action du peroxyde de manganèse qui, en s’emparant de son hydrogène, le transforme en chlore. Celui-ci est conduit par des tuyaux en plomb dans des chambres où il y a de 1 la chaux blanche pulvérisée. Pendant toutes les phases ’ de cette opération, un dégagement de chlore et d’acide I chlorhydrique tend à se produire dans l’atmosphère de l’atelier.

Procédé pa'r V ammoniaque . — Dans ce procédé la lliéo- I rie consiste a mettre en présence du chlorure de sodium I et du bicarbonate d’ammoniaque, de façon à obtenir par

Poincaré. — Hyg. inclusif 2o

double décomposition du bicarbonate de soude et du chlorhydrate d’ammoniaque. Le bicarbonate de soude obtenu est ensuite isolé et transformé en carbonate par la chaleur qui fait dégager un des deux équivalents d’acide carbonique.

En pratique, le problème industriel consiste surtout à faire resservir indéfiniment la première quantité d’ammoniaque mise en jeu, en la faisant revenir sans cesse de l’état de chlorhydrate à celui de bicarbonate, opération chimique qu’on exprime par les mots de revivifie a lion de l’ammoniaque. En outre, il faut utiliser l’équivalent d’acide carbonique qu’on enlève par la chaleur au bicarbonate de soude pour concourir à la recarbonisation de l’ammoniaque. Sans ce stratagème industriel, le procédé deviendrait trop onéreux cl ne serait plus praticable. Dans ce problème industriel, il y a aussi à tenir grand compte de la difficulté qu’on éprouve à obtenir d’une manière précise, régulière et rapide la carbonisation de l’ammoniaque. Aussi cette méthode, malgré la simplicité de sa formule chimique, vient-elle dans l’application se heurter contre une série d’obstacles qui rendent très difficile d’obtenir avec elle de bons produits à bon marché. Jusqu’à présent, c’est M. Solway qui parait avoir trouvé la meilleure solution pratique, mais il Lient son procédé secret, et tout ce qu’on peut en dire, c’est qu’il doit probablement sa supériorité sur ses aînés à l’admirable disposition de scs appareils, et à l’intervention d’une haute pression. Nous serons donc obligé de nous en tenir à la description sommaire d’un procédé antérieur déjà entré dans le domaine public, celui de Schloesing.

Ce procédé comprend les cinq opérations suivantes :

1° L 'absorption qui a pour but la formation du bicarnale d’ammoniaque et la double décomposition entre ce sel et le chlorure de sodium. Au lieu de préparer à l’avancé du bicarbonate d’ammoniaque, on le fait naître sur place en présence du chlorure de sodium qu’il est appelé a décomposer, et cela en faisant arriver simultanément dans

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OU MIXTE

le même contenant l’ammoniaque, le chlorure de sodium et de l’acide carbonique. Ce dernier est emprunté a la fois à deux sources différentes : à l’appareil de calcination où

le bicarbonate de soude déjà formé cède, sous 1 influence de la chaleur, un équivalent de cet acide qu’il était économique d’utiliser; à un four à chaux qui remédie à 1 insuffisance de la première source. Le chlorure de sodium est introduit à l’état de dissolution aqueuse.

Les appareils absorbeurs dans lesquels s effectue cette première opération consistent en une série de cylindres horizontaux communiquant ensemble, afin de prolonger l’action, et disposés en cascades pour assurer la circulation du contenu. Ainsi que l'indique le schéma à coupe transversale, quatre tuyaux distincts amè-nent l’un l’eau salée, le second l'ammoniaque, le troisième l’acide carbonique des fours à chaux et le quatrième celui provenant de la calcination. Dans l’intérieur tourne un agitateur à palettes en bois. Au-dessus et le long de chaque cylindre règne une rigolo en bois déversant de l’eau froide en nappe pour refroidir à l’extérieur l’absorbeur.

Dans le système Solway, les absorbeurs sont verticaux, présentent une très grande élévation et une série de paires de diaphragmes. Chaque paire comprend un diaphragme horizontal présentant un trou central et un diaphragme curviligne criblé de petits trous.

2° La filtration . — Le précipité de bicarbonate de soude fourni par cette première opération est ensuite filtré et lavé. La filtration s’exécute au moyen de centrifuges analogues aux turbines des sucreries. 11 résulte de celle opération un liquide qui s’écoule [et qui servira à la régénéra-

Rigole déversant de l'eau froide

Ammoniaque

Acide cra.bonVue'

de la calcination^

! Acide carbon

ides fours à chaux

Fig. 143. — Absorbera' Schloesing.

Sortie des

lion de l’ammoniaque et une masse solide qui reste sur le diaphragme, qui n’est autre chose que le bicarbonate de soude.

3° Torréfaction. — Le bicarbonate de soude recueilli est

calciné pour obtenir du carbonate neutre et de l’acide carbonique qui retourne au fur et à mesure, par le tuyau indiqué aux absorbeurs. L’appareil torréfacteur consiste en un cylindre fixe, horizontal, à l’intérieur duquel se meuvent des lames hélicoïdales chargées de retourner le bicarbonate de soude qu’on introduit à l’une des extrémités.

4° Distillation. — Cette opération, qui s'exécute sur le liquide fourni par la filtration, a pour but d’en extraire l’ammoniaque, après l’avoir débarrassée de l’acide chlorhydrique avec lequel elle s’est combinée dans les absorbeurs. On opère cette distillation suide la chaux dont le rôle est de s’approprier l’acide chlorhydrique du chlorhydrate d’ammoniaque. Cette chaux est fournie par les fours, qui servent par le fait à procurer en même temps de l’acide carbonique aux absorbeurs.

Comme le liquide de filtration a une composition complexe, que c’est un mélange de sel marin non décomposé, de chlorhydrate et de bicarbonate d’ammoniaque, il en résulte que la distillation ne saurait être franche et qu'il sc dégage à la fois de l’ammoniaque cl de l’acide carbonique. Pour celle raison, on a recours à une série de distillations sc faisant à des températures différentes et dans une série de distillateurs différents. Le premier de ces appareils donne de l’acide carbonique pur; le second un mélange d’ammoniaque et d’acide carbonique, le troisième, qui renferme de la chaux, donne de f ammoniaque

Ouverture d évacuation!

Fig. 144. — Absorbeur Solway.

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OU MIXTE, pure qu'on fait arriver clans un réfrigèrent pour la condenser.

5° Préparation de la chaux. — Elle se trouve déjà indiquée par anticipation. Il s’agit de fours à chaux ordinaires, ou mieux, continus, dont nous avons vu utiliser aussi le dégagement d’acide carbonique.

Hygiénologie. — Les dangers intérieurs ne sont pas les mêmes pour les deux procédés.

Avec le procédé Leblanc et dans l’enfance de l’industrie de la soude, les ateliers étaient pour ainsi dire saturés d’acide chlorhydrique qui, non seulement déterminait des inflammations aiguës et chroniques des voies respiratoires, mais encore altérait profondément les dents. Le Dr Olivier a placé des animaux dans des milieux représentant les conditions de l’atmosphère des anciens ateliers de calcination, et il a constaté chez eux la production d’une toux parfois violente et spasmodique, de dypsnée, de pneumonie interstitielle et souvent de noyaux de pneumonie aiguë.

Pendant la transformation du sulfate de soucie en carbonate de soucie, les ouvriers sont exposés aux poussières de charbon, d’où possibilité d’anthracosis, de bronchites, d’emphysème, de pneumonie avec sclérose. Pendant le cassage de la soude brute, ils sont couverts de poussières de ce sel qu’ils inhalent et avalent même. Cette matière caustique cause des irritations très vives des muqueuses, engendre des furoncles et des exulcérations de la peau. Du reste, le maniement du chlorure de sodium expose déjà à ces derniers accidents qu’on rencontre aussi clans les salines. Pendant la préparation du chlorure de chaux, il se dégage clu chlore et de l’acide chlorhydrique. De là une nouvelle cause d’irritation clés bronches, qui peut même aller jusqu’à produire des crachements cle sang. Enfin l’exploitation des résidus soumet les ouvriers au gaz acide sulfhydriquo qui à des impressions désagréables joint son action à la fois irritante et stupéfiante.

Avec le procédé par l’ammoniaque, c’est ce gaz qui

TRAITlt D’HYGIÈNE INDUSTRIELLE.

tend à se répandre dans les salles on s’effectue l’absorption. Quoique Ritter n’en ait rencontré qu’une petite quantité dans l’atmosphère de l’usine de Solway à Dombasle il est certain que l’odeur est toujours très appréciable aux approches des appareils et surtout quand on est obligé d’ouvrir certains regards. Le visiteur éprouve du larmoiement, de la rougeur des conjonctives, une sécrétion abondante du mucus nasal et buccal, parfois même de l’enrouement, de la toux, de la suffocation, des vertiges, de la fréquence et de la petitesse du pouls et plus exceptionnellement des angines pultacées. L’examen des billets de maladie des ouvriers de cette usine m’a fait constater la prédominance des affections inflammatoires, bronchites, angines, des embarras gastriques, des lumbagos. Ils ont, de même qu’avec le procédé Leblanc, des furoncles et des ulcérations de la peau. J’ai pu observer chez un grand nombre de sujets un phénomène très remarquable, c’est la coloration rousse que prennent les cheveux et les barbes les plus noires.

Avant l’emploi de bons appareils condensateurs, le procédé Leblanc répandait, dans un assez grand rayon autour de l’usine, de l’acide chlorhydrique en quantité assez appréciable pour nuire à la fois aux habitants, à la végétation et aux matériaux de construction des maisons. Les effets étaient d’autant plus marqués qu’il y avait de l 'humidité dans l’air, parce que la présence de la vapeur d’eau limite la diffusion et fait de suite retomber l’acide chlorhydrique en pluie.

Déjà à plusieurs kilomètres avant Dieuze, on trouvait l’herbe brûlée, le jardinage mal venu, les arbres dépéris. Aux approches de la ville, on éprouvait de l’irritation de la gorge, des quintes de toux. Dans l’intérieur de Dieuze, c’était parfois intolérable pour les étrangers, et pour les habitants eux-mêmes, la tolérance était longue à s’établir.

Les parties métalliques des constructions étaient détériorées et perforées. D'autre part, quand les résidus sul-

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furcux étaient accumulés en plein air et lavés constamment par les pluies, les eaux de lavage rencontrant dans la rivière des carbonates alcalins, il se produisait un dégagement d’acide sulfhydrique excessivement pénible. Les monceaux en dégageaient assez par eux-mêmes pour noircir les peintures au carbonate de plomb des habitations.

Avec le procédé par l’ammoniaque, l’atmosphère des environs de l’usine n’est point altérée. La végétation n’éprouve aucune modification. Le véritable inconvénient extérieur provient de l’écoulement dans les rivières des eaux qui sortent des bassins où l’on a accumulé le résidu constitué par le chlorure de calcium. Il est h remarquer que les mêmes eaux en s’infiltrant dans le sol peuvent aller contaminer les puits voisins. Eulonberg prétend que l’eau sortant des bassins peut donner de la diarrhée et des troubles digestifs. Olivier a observé sur lui des effets analogues à ceux des purgatifs salins. On a aussi accusé ces eaux de tuer le poisson. Le fait est que des grenouilles plongées dans l’eau même de ces bassins y meurent. Mais dans les cours d’eau, il s’établit aussitôt une dilution suffisante pour ne pas amener ce résultat.

Au point de vue de l’hygiène publique et professionnelle, il est incontestable que le procédé par l’ammoniaque a beaucoup moins d’inconvénients que le procédé Leblanc.

Ce qui précède montre que la somme des inconvénients créés par le procédé Leblanc l’emporte sur la somme de ceux du procédé par l’ammoniaque. L’hygiène a donc le plus grand intérêt à ce que ce dernier arrive à être substitué complètement au premier. Mais les conditions actuelles de l’industrie de la soude exigent que le procédé Leblanc soit encore toléré, et l’hygiène doit se préoccuper des moyens d’atténuer ce que les deux procédés peuvent présenter de nuisible.

Dans la fabrication de la soude, il y a à se préoccuper beaucoup plus des dangers extérieurs que des dangers encourus par les ouvriers. En effet, comme nous venons de le voir, ce genre d’industrie donne lieu à des masses

considérables de résidus nuisibles. L’objeclif principal de l’industrie et do l'hygiène doit donc être de les rendre inoffensifs et même de les faire disparaître en les utilisant.

Le procédé Leblanc donne lieu à trois espèces de résidus : 1° à de l’acide chlorhydrique résultant de la décomposition du chlorure de sodium par l’acide sulfurique ; 2° à des liqueurs acides résultant de la préparation du chlore avec l’acide chlorhydrique, qui sont connues sous le nom de chlorure acide de manganèse ; 3° aux eaux de lessivage de la soude brute qui sont connues sous le nom de marcs de soude ou charré es.

1° Pour l’acide chlorhydrique, on est arrivé aujourd'hui à le condenser presque entièrement , et on n’observe plus guère de ces émanations abondantes qui, franchissant les murs de l’usine, allaient détériorer la végétation dans un grand rayon. Dans les ateliers euxmêmes, les vapeurs de cet acide sont devenues supportables. Mais pour obtenir ce résultat satisfaisant, il faut absolument la combinaison d’un grand nombre de bonbonnes avec une colonne verticale d’absorption, d’où résulte un appareil de condensation représenté par la figure 145.

Fig. 145. — Tour de condensation pour l’acide chlorhydrique.

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Le tuyau de dégagement qui résulte de la réunion de ceux du four et de la calcine, aboutit a une seiic de 80 bonbonnes , dans lesquelles de l’eau , obéissant au mécanisme d'un siphon, circule de la dernière a la première, c’est-à-dire de la tour vers le tuyau de dégagement de la calcine et dans lesquelles le gaz circule au contraire de la première à la dernière; grâce à ces deux courants se faisant en sens inverse, le gaz se trouve forcé de traverser des masses d’eau sans cesse renouvelées, et il s’y dissout en grande partie. La tour qui fait suite est destinée à dépouiller complètement le courant gazeux de l’acide chlorhydrique qu’il peut encore contenir. Elle est remplie de coke qui, par le nombre et l’irrégularité de scs fragments, multiplie considérablement les surfaces de contact. De la partie supérieure tombe incessamment de l’eau qui humecte le coke et filtre ainsi de haut en bas. Le gaz qui, après avoir traversé la série de bonbonnes, filtre au contraire de bas en haut à travers le coke, abandonne son acide chlorhydrique à l’eau qui descend.

Le système employé en Angleterre est peut-être préférable encore. ¥ië- - Tour anglaise d’absorption.

Il comprend six tours indépendantes ABC formant un massif unique. Elles sont reliées entre elles par une charpente extérieure. Entre les 3 tours antérieures et les 3 postérieures se trouve un escalier c, conduisant à la chambre commune D, qui est destinée à surveiller la

394 traité D’Hygiène industrielle.

marche de la condensation. Les gaz non condensés s'échappent par les tuyaux de tirage eee. Les tuyaux cinq sont destinés à l’intro-

duclion des vapeurs venant des fours à sulfate ; K sont des pilotis; Hun

massif de béton et G un support en maçonnerie.

Cet appareil est complété par l’annexe représenté par la figure 147.

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ss ssm «s ?»

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Fig. 147. — Auges de concentration.

D représente la partie inférieure d’une des tours ; ee les grilles sur lesquelles repose le coke; C un espace où se rend l’eau ayant dissous de l’acide chlorhydrique. Celle-ci s’écoule par le tube i dans deux grandes auges en grès ub. Les vapeurs des fours à sulfate traversent en sens inverse ces mêmes auges avant de gagner la tour.

Los bonbonnes et les tours fournissent donc ainsi de l’eau saturée d’acide chlorhydrique ; et, par le fait, celuici, au lieu d’obéir à la force d’expansion qu’il possède à l’état gazeux, se trouve emprisonné dans de l’eau. Mais si l’on supprime ainsi des émanations dangereuses, il fut un temps, où l’on se trouvait créer une masse encombrante d’un liquide acide qu'on ne pouvait pas abandonner aux rivières. Car on ne trouvait pas à livrer au commerce tout l’acide chlorhydrique ainsi condensé. Il a donc fallu chercher à neutraliser ou à utiliser d’une autre manière le surplus. Après l’avoir neutralisé par du calcaire, ou peut, en

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effet, le déverser sans grands inconvénients dans les cours d’eau voisins. Mais c’est coûteux, et il est plus facile d’obtenir des industriels une utilisation quelconque. Presque toutes les usines fabriquent du chlorure de chaux à l’aide du peroxyde de manganèse et de la chaux. On peut aussi se servir de l’acide chlorhydrique, pour décomposer le carbonate de chaux et utiliser l’acide carbonique produit pour fabriquer les carbonates alcalins.

2° Le chlorure acide de manganèse peut être utilisé sur place, aussi de différente manières. Il peut servir à saturer les eaux ammoniacales du gaz d’éclairage, et fournir ainsi un muriate d’ammoniaque susceptible d’être employé comme engrais. En le faisant couler sur des lits de craie, on obtient du chlorure de calcium qui peut être livré en grande partie au commerce, après purification et servir, d’autre part, pour transformer du sulfate de baryte en chlorure de barium. Il peut, d’autre part, rentrer dans la fabrication. Dans ce but, on régénère le bioxyde en traitant le chlorure par de la chaux et insufflant de l’air dans la masse. Il peut être employé encore à l’extraction de la gélatine des os; à la saturation des eaux de lavage de laines brutes, à la désinfection des matières de vidanges, dont il aurait l’avantage d’augmenter les qualités comme engrais.

Enfin, neutralisé préalablement par un excès de calcaire, il fournit de l’oxyde de manganèse dont l’addition peut améliorer le fer puddlé. Mais, au point de vue exclusif de l’hygiène, il vaut encore mieux l’employer h rendre les marcs do soude inoffensifs, ainsi qu’il va être indiqué cidessus, à propos du traitement des marcs de soude.

Disons, toutefois, que tous ces procédés ingénieux ont perdu aujourd’hui presque tout leur intérêt, parce que le procédé Leblanc est de plus en plus abandonné, de sorte que l’acide chlorhydrique fourni par les fabriques de soude ne suffit plus aux besoins commerciaux, et qu’on sera bientôt obligé de le préparer exprès.

3° Il ne faut plus permettre de se débarrasser des marcs de soude en les enfouissant dans le sol, ou en les accumu-

lanl en remblais, lors môme que l’industriel s’engage à les pilonner fortement, au fur et à mesure de l’entassement, et à les recouvrir d’une couche d’argile bien battue. Quoique ces précautions ralentissent l’oxydation et réduisent l’égouttage, en interceptant beaucoup l’accès de l’air et de la pluie, les amas de marcs n’en donnent pas moins lieu à de fortes odeurs sulfureuses, et à des suintements d’eaux infectes. L’emploi des marcs pour engrais ne fait qu’atténuer l’inconvénient en l’étalant. D’ailleurs, il n’est applicable qu’à certaines terres. Désormais, il faut imposer les procédés de dénaturation découverts par MM. Kopp, Buquet et Hoffmann de Dieuze, d’autant plus qu’ils se trouvent conjurer du même coup les inconvénients des marcs et ceux du chlorure acide de manganèse. Ils consistent, en effet, à neutraliser ces deux espèces de résidus l’un par l’autre. Les sulfures métalliques de l’un activent considérablement l’oxydation de l’autre, et cette oxydation, qui doit rendre ces détritus innocents, s’effectue sans dégagement d’acide sulfhydrique et d’acide sulfureux, à la condition toutefois de fractionner l’opération avec intelligence.

Il faut reconnaître que ces données générales sous-entendent des réactions chimiques nombreuses et complexes qui ne sont même pas bien connues, ainsi que des détails opératoires qui exigent des soins minutieux et une bonne direction. Donner une description détaillée de ceux-ci serait dépasser les bornes de cet ouvrage. D'ailleurs, le rôle des conseils et des médecins est d’indiquer la direction qu’il faut prendre, et non d’apprendre aux industriels à exécuter les choses. C’est à eux de faire leur instruction industrielle par la lecture de mémoires spéciaux et des études pratiques dans les usines dont le perfectionnement répond aux desiderata de l’hygiène.

Ajoutons toutefois que cette méthode de dénaturation a, à côté de l’avantage hygiénique, un avantage industriel. Car elle donne du soufre à peu près pur et du sulfure de manganèse qui servent à la fabrication de 1 acide sulfu-

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE ÜU MIXTE, rique. Le dernier produit peut, en outre, être vendu aux verreries.

La condensation de l’acide chlorhydrique par les tours est déjà une condition capitale pour l’hygiène intérieure. D’autre part, pour éviter aux ouvriers pendant le grillage du sulfate de soude , la fatigue due au maniement des sables, et le danger des jets gazeux, il faut conseiller l’emploi de fours tournants, ce qui se fait déjà, du reste, dans plusieurs usines. Voir Généralités, p. 49.

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