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FABRICATION DE LA POTASSE ET DES SELS DE POTASSE

Sommaire technique. — On fabrique la potasse de différentes manières : par l’incinération des plantes, à l’aide des résidus de la distillation du vin; à l’aide des mélasses de betteraves; à l’aide du suint des moutons, enfin par le traitement du feldspath.

1° Potasse des plantes. — La première opération consiste dans Y incinération des végétaux. On emploie presque

toujours des bois et des déchets de bois. Elle se fait dans des fosses. On utilise, en outre, les cendres provenant des foyers de la population. De là un commerce très répandu qui consiste à recueillir ces cendres privées et à les tenir en dépôt.

Vient ensuite le lessivage, qui a pour but de dissoudre les sels solubles des cendres. En France, il se fait simplement dans de vieux tonneaux portant une ouverture au centre du fond. Dans cette ouverture est engagé un tuyau qui est formé de plusieurs pièces se démontant et s’emmanchant facilement et qui traversant le contenu remonte jusqu’au-dessus de la cuve. On brasse les cendres avec l’eau; puis, on laisse les parties insolubles se déposer et on décante la lessive en enlevant successivement les diverses pièces de tuyau, tant que la couche du bain est encore claire.

Les eaux de lessive sont ensuite soumises à Y évaporation dans une série de chaudières. Dans les premières, le

liquide on brunissant de plus en plus laisse déposer d’abord les chlorures et les sulfates. Il retient encore en dissolution le carbonate de potasse en raison de sa plus grande solubilité lorsqu’il arrive dans les dernières chaudières. Là l’évaporation continuant, le sel de potasse se dépose el on poursuit jusqu’à siccité. Dans certaines usines, on coule la pâte sur le sol où la dessiccation s’achève sous l’influence de la chaleur acquise, procédé peu hygiénique.

La matière obtenue ainsi renferme encore de l’eau intime et des matières organiques qui la brunissent. Elle a besoin de subir encore une calcination qui chasse l’eau et incinère les matières organiques. Cette calcination s'effectue dans des fours représentées par la figure 148.

C’esL un four à réverbère à deux foyers latéraux b'b et avec une cheminée d'appel c placée au-dessus et en avant de l'ouverture. La flamme des foyers qui sont situés en arrière, passe sousla voûte pour sortir en avant et monter dans la cheminée. Le sel esL étendu sur la sole a. On agite avec des ringards.

2° Potasse des vinasses. — Dans les dix-neuf départements O à on fabrique beaucoup d’alcool par la distillation du vin.

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OU MIXTE. 309

ce genre d’extraction de la potasse était l’objet d’une industrie assez active pour mériter l’attention des hygiénistes, mais aujourd’hui les vinasses sont plutôt employées à la fabrication de l’acide tartrique. Les vinasses ou résidus de la distillation du vin sont en effet riches en bitartrate de potasse. On commençait par faire égoutter les vinasses dans des chausses de laine. On faisait sécher à l’air et on incinérait sur un sol bien battu entouré de briques posées à sec, on obtenait ainsi une excellente potasse connue dans le commerce sous le nom de cendres r/ravelées. Du reste, leur utilisation pour la fabrication de l’acide tartrique n’a nullement changé les conséquences hygiéniques. Il faut toujours dessécher à l’air et calciner. Le bitartrate obtenu est traité par du carbonate de chaux et du tartrate neutre de potasse. On précipite tout l’acide tartrique par du chlore de calcium, sous forme de tartrate de chaux, et il reste dans la dissolution du chlorure de potassium qui est vendu comme mauvaise potasse.

3° Potasse des mélasses. — Après avoir laissé fermenter les mélasses de betteraves, on les distille pour en extraire l’alcool formé. Le résidu de cette distillation prend le nom

l>'ig. lii). — Four pour la calcination des vinasses de betteraves.

de vinasse de mélasse, et peut donner une assez forte proportion de potasse. Dans ce but, on commence par détruire l’acidité du liquide résiduaire par l’addition de craie ou de calcaire, puis on soumet à l'évaporation pendant laquelle

la masse doit être remuée par un agitateur à palettes et pendant laquelle il est à noter qu’il se forme un peu de cyanure de potassium dû à l’action de la potasse sur les matières azotées de la vinasse. A l’air ce cyanure se décompose en dégageant de l’ammoniaque qui se répand dans l’atelier. Cette évaporation se fait dans des chaudières en tôle à fond bombé, ou bien encore dans des cuves en bois munies de serpentins en cuivre amenant de la vapeur surchauffée. Lorsque la matière est devenue pâteuse, on la soumet à la calcination , opération qui répand des odeurs excessivement désagréables dues à la décomposition des matières organiques. Elle s’effectue ordinairement dans un four à reverbère du modèle de la ligure 149.

Le produit de l’évaporation est amené sans main-d’œuvre dans le bac qui surmonte le four. De là, il descend par un conduit vertical traversant la voûte et vient tomber dans un premicr^compartiment du four où il se concentre et devient pâteux. Un ouvrier le fait passer avec un ringard dans un compartiment plus rapproché du foyer où s’effectue la destruction des matières organiques. Cette partie de l’opération donne lieu à une odeur infecte.

Le salin qui résulte de la calcination est soumis au broyage à l’aide de cylindres cannelés; puis au lessivage dans des cuves où se déposent un grand nombre de substances insolubles ou peu solubles. La dissolution est décantée et évaporée dans des chaudières. C’est là la cristallisation qui fournit le produit final et cherché.

4° Potasse du suint. — Les eaux qui ont servi au désuintage de la laine des moutons sont recueillies près des éleveurs et des fabricants de drap. Il résulte do là des ernmagasinements et des transports de masses liquides infectes sur des points nombreux. Arrivées dans la fabrique de potasse, ces eaux sont évaporées à sec. Le résidu est carbonisé et distillé dans des cornues. Cette distillation dégage des gaz qui sont utilisés comme éclairage. Le résidu charbonneux donne par lessivage une dissolution de carbonate et de sulfate de potasse.

0° Potasse du feldspath. — Ce minéral est finement pulvérisé, puis soumis à l’action combinée du spath-fluor , de la chaux et de la craie. Il résulte de là une pâte que l’on divise et que l’on moule en briquettes. Celles-ci sont desséchées à l'air, puis calcinées et enfin lessivées a 1 eau chaude. La dissolution renferme de la potasse caustique et du carbonate de potasse.

G0 Potasse de varechs. — Eu France, on traite chaque année 30,000 tonnes de varechs secs dont on retire d’une part du brome et de l’iode, et d’autre part des sels de potasse. On incinère ces plantes. On lessive les cendres. Les lessives sont évaporées et déposent bientôt du chlorure de potassium et du sulfate de potasse. Les eaux mères qui surnagent retiennent le brome et l’iode. Suivent les opérations ayant pour but la transformation des sels de potasse en carbonate.

Somme toute, la potasse brute fournie par la plupart de ces procédés et méthodes est un mélange de carbonate de potasse, de sulfate de potasse et de chlorure de potassium. C’est même ce dernier sel qui domine la plupart du temps. Lorsqu’on veut en obtenir du carbonate de potasse pur, d’abord, et ensuite de la potasse caustique, on traite par de l’acide sulfurique, d’où du sulfate de potasse qu’on calcine avec de la cbaux et du charbon dans des fours à réverbère. Le résultat est du carbonate de potasse facile à séparer par dissolution du sulfate de chaux formé. Il suffit de traiter ce carbonate par de la chaux caustique pour ui enlever son acide carbonique.

Hygiénologie. — Quelle que soit la provenance de la potasse, les ouvriers ont toujours à manipuler ce produit, <i subir son action caustique. Les parcelles qui s’engagent flans les voies pulmonaires et digestives peuvent, après avoir exercé leur action irritante sur ces muqueuses, produire par absorption l'affaiblissement et le ralentissement de la contraction cardiaque.

La fabrication de la potasse des plantes donne lieu à un commerce de cendres qui esL d’autant plus passible de Poincaré. — Hyg. industr. 26

tous les inconvénients des poussières qu’on n’y apporte aucun soiu. L’évaporation de la lessive développe des vapeurs qui rendent indispensable l’emploi de chaudières surmontées de hottes. Nous avons déjà signalé les inconvénients du traitement des varechs (voir page 170). Ceux du traitement des vinasses ne relèvent plus guère aujourd’hui de l’industrie de la potasse. L’utilisation du suint pour l’extraction de la potasse a le grave inconvénient d’avoir pour matière première des eaux toujours très infectes qui sont récoltées par fractions dans des points nombreux et éloignés les uns des autres, qui sont l’objet d’une série d’emmagasinements jusqu’à centralisation définitive. Il faudrait exiger des caisses de transport et des réservoirs en tôle boulonnée. Les buées au moment de l’évaporation ont au plus haut point le même inconvénient. Elles auraient besoin d’être conduites sous un foyer spécial. Malgré tous ces inconvénients, il faut reconnaître qu’il y a là un mode d’utilisation qui sauvegarde les rivières d’une de leur mille causes de contamination.

Quant à la préparation avec les mélasses qui pourrait aussi être très préjudiciable à l'hygiène, il est incontestable qu’elle se trouve très assainie par l’outillage indiqué dans le sommaire.

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