‹ Traité d'hygiène industrielle à l'usage des médecins et des membres des conseils d'hygièneChapitre 58 sur 101 · INDUSTRIE DU CELLULOÏD · texte numérisé non relu

INDUSTRIE DU CELLULOÏD

Sommaire technique. — Celte matière est chimiquement constituée par un mélange de pyroxiline et de camphre. Son nom lui vient de ce que la matière première qui sert à préparer la pyroxiline est un tissu végétal quelconque. 11 n’existe encore en France que deux ou trois fabriques de celluloïd; mais ce genre d’industrie est destiné à prendre un très grand développement, car cette matière commence à être employée dans la confection des objets usuels les plus variés. Non seulement elle peut être coupée, sciée et tournée, comme le bois, mais elle peut être soudée à elle-même et elle devient parfaitement malléable sous l'influence d’une chaleur de 80°. Elle est susceptible de prendre toutes les formes, de devenir une masse très résistante, ou de s’étaler en nappe mince et souple, et de plus elle se nclloie sous l’influence d’un simple lavage. C’est elle qui sert déjà à faire le linge dit américain, des dentiers et divers appareils de prothèse, des peignes, des porte-cigares, des porte-monnaies, des tables, des objets de ménage et même des statuettes. Aussi est-elle appelée à jouer un rôle industriel des plus considérables.

Il y a dans la fabrication de ce produit trois grandes phases, parfaitement distinctes : 1° la production de la pyroxyline ; 2° le mélange de celle-ci avec le camphre 3° rbomogénéificalion et la dessiccation.

1° Pour obtenir la pyroxyline, on se sert soit du coton, soit du papier ordinaire, soit du papier à cigarettes. On traite cette cellulose végétale par un 'mélange d’acide azotique à 40° et d’acide sulfurique très concentré. On brasse le mélange pendant quelques minutes ; on retire le papier qui se trouve déjà transformé en pyroxyline et on le plonge dans un bain d’eau pour le débarrasser de l’excès d’acide qu’il renferme encore. On le triture dans une pile à papier pour en faire une pâte homogène qu’on blanchit ensuite en l’agitant dans une dissolution de permanganate

do potasse et on le soumettant ensuite à l'acide sulfureux qui a le double avantage de contribuer au blanchiment et d’enlever l’excès d’oxyde de manganèse .

2° Pour opérer le mélange avec le camphre, on broie ensemble les deux matières dans un moulin à meules métalliques. Quand le celluloïd est destiné à la confection d’objets colorés, comme par exemple d’imitations de corail, la substance colorante est ajoutée et incorporée on même temps que le camphre. Dans certaines fabriques, on fait aussi intervenir l’alcool méthyliquo.

3° Pour dessécher le produit obtenu, on l’enveloppe dans plusieurs feuilles de papier buvard et dans une toile, puis on le soumet à l’action d’une presse hydraulique. On recommence l’opération tant que le papier buvard ne reste pas sec.

Sous le nom d’homogénéification on comprend une série d’opérations qui ont pour but de souder et de fusionner ensemble sous forme de feuilles et de blocs, les fragments irréguliers en présence desquels on se trouve à la suite de la dessiccation.

On commence même par rendre ces fragments plus nombreux et plus petits en les brisant à l’aide de cylindres armés de dents. Celte fragmentation , qui est suivie d’une macération dans de l’alcool, a précisément pour but d’assurer l’action ramollissante de cette substance. Au sortir de la macération, la matière est soumise au laminage entre deux cylindres chauffés à 80°. On obtient ainsi des feuilles parfaitement homogènes qu’on peut fusionner entre elles en plus ou moins grand nombre pour former des blocs. Il suffît de les superposer sur le plateau d’une machine hydraulique, dans une boite à double paroi chauffée par une active circulation d’eau chaude.

La transformation en objets ouvrés constitue, à vrai dire, une industrie distincte, quoique annexée, souvent, à celle do la production ; car les blocs et les feuilles peuvent être livrés à d’autres industriels, connue le fer et les planches sont livrés, par les fonderies et les scieries, aux for-

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OU MIXTE

gérons, aux menuisiers, aux sculpteurs sur bois, etc.

Hygiénologie. — Ce que l'on doit le plus redouter dans le voisinage de ces usines, ce sont les incendies et les explosions, puisqu’on y prépare une substance qui s’en- (lamme et brûle à la manière d’un papier nitré, au contact d’un corps incandescent ou chauffé à l’air, à une haute température et qui détone sous l’influence d’une forte pression. L’éventualité de la propagation de l’incendie aux maisons voisines se complique d’une infection de l'atmosphère commune, car le celluloïd brûle en dégageant des vapeurs très intenses dues à la combustion du camphre. Les docteurs Duchesne et Michel (1) avaient exprimé la pensée que les incendies ne pouvaient être que très rares. Mais au moment même où ils l’exprimaient, l’usine de Stains disparaissait sous les flammes.

Les ouvriers peuvent être naturellement les premières victimes des explosions et des incendies. D’ailleurs, si l’incendie d’une usine ou de l’un de ses bâtiments est chose rare et pouvant être arrêtée dès son origine, à chaque instant une fraction de la masse que l’on est en train de manipuler peut prendre feu et occasionner à l’ouvrier des brûlures graves. Il est en outre exposé à des brûlures d’eau bouillante et à des brûlures par le contact des acides nitrique et sulfureux. Aussi presque tous les ouvriers ont-ils sur les mains et les avant-bras et la partie inférieure des bras, des brûlures de teinte jaunâtre, irrégulières, plus ou moins étendues et ne dépassant pas, en général, le troisième degré. Enfin l’atmosphère qu'ils respirent est constamment chargée de vapeurs nitreuses.

La pyroxyline est d’autant moins inflammable qu’elle renferme plus d’eau d’hydratation. Or elle ne peut bien se mélanger avec le camphre qu’autant qu’elle renferme 40 p. 100 d’eau. Il y a donc là une condition industrielle qui crée un élément de sécurité contre les incendies.

C’est au moment où le mélange de pyroxyline et de

(I) Revue d’hygiène, 1882, p. 1012.

camphre est soumis à l’action de Ja presse hydraulique, c’est-à-dire au moment delà dessiccation, que le danger des explosions est le plus grand, parce qu’alors la substance détonnante a perdu son eau d’hydratation. Aussi, faut-il, lorsque la dessiccation parait suffisante, s’empresser de diminuer la pression et de faire passer un courant d’eau froide à la place du courant d’eau chaude entre les deux parois de la hoitc. A Stains, on a adopté, en outre, une disposition qui théoriquement semblerait devoir donner une grande sécurité. On a placé au-dessus de la presse un avertisseur électrique qui est mis en mouvement par un thermomètre dès que celui-ci marque 65". En outre, on a disposé un réservoir d’eau qui peut déverser automatiquement des torrents d’eau, dès que des flammes naissantes viennent brûler une corde qui tient la soupape fermée et qui est directement exposée à l’action de la matière inflammable. Quoique ces précautions n’aient pas empêché l’incendie signalé plus haut, elles n’en doivent pas moins être vivement conseillées.

Le danger des vapeurs nitreuses n’est peut être pas aussi considérable qu'on pourrait le croire, parce que les acides agissent à froid. Néanmoins il est encore indispensable de surmonter chaque cuve d’une hotte dont l’auvent descende au-dessous du niveau de la bouche des ouvriers. Dans le même but ceux-ci doivent se tenir sur une plateforme élevée régnant le long des cuves.

Pour enlever le papier et le retirer de la cuve, les ouvriers devraient être toujours porteurs de gants en cuir.

Pour que les ouvriers soient moins exposés au contact des acides, il faut pour la transformation que la cellulose soit amenée mécaniquement dans le bassin en verre où doit se faire la réaction. C’est encore mécaniquement que le produit de cette réaction doit être amené dans l’appareil du pilage qui sera une pile à papier ordinaire. Pour le lavage il faut des agitateurs mécaniques et des essoreuses pour la dessiccation. Le broyage sera exécuté dans des moulins à noix, le laminage avec une machine ayant pour

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organe essentiel des cylindres lamineurs; et il est facile do chauffer ceux-ci par une circulation de vapeur pour que la cuisson se fasse en même temps.

Au point de vue hygiénique, l’intervention de 1 alcool méthylique est fâcheuse. Il faut donc préférer le procédé primitif, dit procédé Stains.

Pour le travail des enfants , les tableaux d’interdiction ne signalent point les fabriques de celluloïd ; mais comme ce travail est défendu pour le collodion, il est évident qu’elles doivent être passibles de la même réglementation.

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