FABRICATION DU SULFATE DF QUININE
Sommaire technique. — 1° Pulvérisation du quinquina, qui sc fait généralement à l'aide tic rouleaux mus par la vapeur.
2° Mélange. — La poudre de quinquina est mêlée avec de la chaux éteinte, dans la proportion d’une partie de chaux sur trois de quinquina.
3° Traitement par le pétrole. — Le mélange de chaux et de quinquina est délayé dans de l’huile lourde de pétrole et laissé en macération pondant une demi-heure, puis filtré.
4° Traitement par T acide sulfurique. — L’huile qui a traversé le filtre est placée dans une cuve avec de l'acide sulfurique et de l'eau.
o° Décantation . — Il s’établit au bout d’un certain temps clans la cuve deux couches, l'une supérieure formée de pétrole et de diverses substances non utilisables; l’autre inférieure formée par de l’eau tenant en suspension le sulfate de quinine formé. Un sépare par décantation celle dernière couche et on lui fait traverser une toile sur laquelle le sulfate de quinine reste.
Gn Epuration. — C’est une opération complexe dans laquelle le produit est à plusieurs reprises traité par du sous-
carbonate de soude cl de I acide sulfurique, épuisé par des presses, et lave à grande eau sur une toile.
7° Dessiccation. — Opération terminait? qui se fait dans une éluve à 35°.
Hygiénologie. — Celte industrie a une véritable caractéristique pathologique. Elle consiste dans la production d'une éruption de vésicules confluentes dont les unes se dessèchent en formant des croûtes, tandis qu'un certain nombre d’autres s’exulcèrent. Parfois elles laissent a leur suite de vastes surfaces rouges privées d’épiderme. Souvent on voit apparaître çà et là, au milieu de ces vésicules, de véritables bulles de pemphigus. Cette éruption quinique a toujours une marche aiguë et rapide. En quelques jours, elle a atteint son summum. Elle siège plus particulièrement aux bras, à la face interne des cuisses, sur le scrotum et à la face. Dans ce dernier cas les paupières s’œdématicnt, les yeux sont larmoyants cl injectés, la peau de la face est partout rouge et tuméfiée.
Les ouvriers lymphatiques sont plus facilement atteints. 11 semble y avoir du reste une certaine susceptibilité personnelle et l'on peut poser comme une loi, qu’après une première atteinte, on devient de plus en plus exposé à des récidives (1). Dans sa thèse, le docteur Ackermann (2) se prononce du reste d'une façon tout à fait formelle, dans ce dernier sens. Pour lui les éruptions qui revêtent la forme eczémateuse ne sont nullement professionnelles, mais dues à une prédisposition individuelle. La fabrication du sulfate de quinine joue tout au plus le ryle de cause provocatrice. Quant ii la lièvre quinique, il prétend qu'on ne l’a admise que par erreur de diagnostic.
Si l’on en juge par le genre d’occupation de la plupart des ouvriers atteints, ce qu’il y a surtout à craindre, ce sont les poussières développées par la pulvérisation du quinquina et les vapeurs dégagées pendant la purification
(J) Eruptions quiniques, par Bcrgeron et Proust. Annales d'hygiène, mai 1 876.
(2) Thèses de Taris, 1 1>80.
INDUSTRIES NON CLASSÉES. RDI
du sulfate de quinine. C'esl donc contre ces poussières et ces vapeurs qu'il faut prendre des dispositions.
Le quinquina doit être broyé par des meules entre lesquelles on fait arriver de l'eau pulvérisée; une fois broyées les écorces doivent tomber d’elles-mèmes dans une caisse où une chaîne à godets vient les prendre pour les déverser dans un blutoir à enveloppe hermétique et déversant directement la poudre dans l’atelier où fonctionnent les appareils d’extraction. En Angleterre certains industriels exigent même en outre que les ouvriers portent des respirateurs formés d'une couche de chanvre enfermée entre deux toiles.
Pour la purification, les cuves à évaporer doivent être disposées dans un atelier spécial sous une hotte munie d'une cheminée d’appel puissante. Tous les appareils doivent être parfaitement lutés.
11 faut enfin recommander à tous les ouvriers une grande propreté personnelle, de prendre des bains fréquents. On doit les examiner souvent, éloigner momentanément de l’usine les ouvriers qui commencent à être atteints et renvoyer d’une manière définitive ceux qui ont déjà eu des récidives.
FABRICATION DES EXTRAITS TANMQüES.
Sommaire technique. — Ces extraits sont destinés à remplacer le tan ordinaire dans le tannage de cuir, h agir plus rapidement et avec une matière moins encombrante. Les bois généralement employés pour leur préparation sont le chêne et le châtaignier. Les opérations sont les suivantes :
1° Le découpage du bois. — 11 se fait au moyen d’une machine très puissante dite varlope , qui se compose essentiellement d’un porte-couteaux ayant la forme de deux troncs de cône réunis par leur petite hase et armé de douze lames tranchantes, d'un bâtis formant caisson dans lequel les huches de bois sont placées, et d'un chariot
poussant progressivement les bûches vers les couteaux;
2° Le lessivage , qui a pour but d’enlever aux copeaux le tannin sous forme de dissolution aqueuse. Il s’opère dans un jeu de cinq cuves. Une combinaison de pompes et de tuyaux permet de faire passer a volonté le jeu do chaque cuve dans 1 une ou 1 autre des quatre autres cuves. Le lessivage se fait au moyen d’un jet de vapeur qui arrive au centre du fond de la cuve. Ce jet fait remonter les jus dans un tube placé au-dessus et percé de trous à sa partie inférieure. Le jus retombe à la surface de la masse de copeaux, redescend peu à peu en la traversant par les trous dans le tube pour être lancé de nouveau. Il se fait donc ainsi un courant continu qui charge de plus en plus la lessive de tannin. Les copeaux sont amenés de la salle des varlopes par une chaîne qui les déverse dans une cuve renfermant un panier en treillis de cuivre. Un pont Voulant enlève le panier plein et le transporte dans la cuve à lessivage ;
3° La décoloration , qui consiste à abaisser d’abord la température du jus, à le traiter par une très petite quantité d’acide sulfurique pour précipiter les sels de chaux; puis par du sang de bœuf qu’on fait coaguler en élevant la température ;
4° La concentration , qui s’effectue dans la machine à triple effet employée dans les sucreries.
Hygiénologie. — Cette industrie a eu la bonne fortune de naître à une époque où la mécanique industrielle a déjà atteint un très haut degré de perfection. Elle a profité immédiatement des bienfaits de l’expérience du passé. Elle s’est trouvée, dès son origine, douée d’un outillage la plaçant dans de bonnes conditions hygiéniques. Tout est l’œuvre de machines et d’appareils fonctionnant automatiquement. L’ouvrier n’a plus à fournir que de la surveillance ou une certaine main-d’œuvre pour servir les machines. Ils n'ont plus à souffrir que des alternatives de froid cl de chaud et parfois de quelques buées dans certaines parties des ateliers. Depuis cinq ans, je n ai eu a
INDU STH 1 ES NON CLASSEES.
bua
observer dans l’usine do M. Luc, do Nancy, que dos accidents de machines, quelques fièvres typhoïdes et deux pneumonies.
Pour la salubrité publique, il y a deux dangers. L'un n’a encore qu’une valeur théorique et est relatif au déverse-
sulfuriquc. Sous ce rapport, aucune plainte n’a encore été formulée. 11 est probable du reste que cet acide est en grande partie annihilé par son action même sur les copeaux. Le second est plus sérieux et a provoqué à Nancy des plaintes nombreuses. L industriel se trouve encombré des masses considérables de copeaux épuisés, et il est tout naturel qu’il les emploie comme unique combustible. Mais ces copeaux, loul imprégnés d’eau acide, engendrent en grande abondance une fumée épaisse et irritante ayant peu de tendance à se diffuser dans l'atmosphère, et venant incommoder considérablement les habitants dans un grand rayon. 11 esl donc indispensable d’exiger l’emploi de puissants moyens fumivores. Dans l’usine Luc, on a obtenu d’assez bons résultats avec des fours où la grille à gradins se trouve combinée avec une distribution méthodique, réalisée à l'aide d’une vis sans lin.
A'L'ELI liHS 1)E KL EL' K S AllTJElCIELLES.
L’hygiène pourrait au besoin ne pas se préoccuper du travail individuel en chambre et des petits magasins où l’on reçoit les pièces toutes préparées, et où l’on ne s’occupe que de leur montage. Il n’en est plus de même des grands ateliers où l’on effectue sur une large échelle toutes les opérations nécessaires pour transformer de simples matières premières en fleurs et en feuillages.
Sommaire technique. — La série des opérations commence par la prépara lion de la pair, qui consiste à mélanger la couleur en poudre avec une bouillie d’amidon Viennent ensuite le trempage, qui consiste à plonger et à malaxer l’étoffe dans le mélange précédent ; le brossage, qui
59 i- TRAITE D’HYGIÈNE INDUSTRIELLE.
a pour Lui du réparlir uniformémenl la couleur sur J’étoffe eu la frottant avec une brosse; le séchage, pour lequel on tend l’étoffe sur un cadre, en l’y fixant sur des pointes; le découpage, qui consiste à tailler dans l’étoffe les divers organes des végétaux et qui s’effectue à l’aide d’cmporlepièces présentant les contours de ceux-ci, et qui nécessite qu’on plie le tissu en plusieurs doubles, afin d’obtenir plusieurs spécimens du même coup ; le montage , qui a pour but d’assembler avec des tiges de laiton les unités obtenues en copiant la nature, pour reproduire des liges, des branches de fleurs entières, et même des bouquets; enfin, comme opération spéciale et complémentaire, le diamantage qui consiste à enduire les feuilles et les fleurs d’une substance gluante, sur laquelle on fait tomber, à l’aide d’un tamis, de la poussière de cristal qui doit réaliser les effets de la rosée réfléchissant les rayons du
soleil.
Hygiénologie. — Les ateliers de fleurs artificielles compromettent peu la salubrité publique. Les poussières nocives sont toujours en Irop petite quantité pour étendre leur action en dehors de la fabrique, du moins d’une manière appréciable. Toutefois, les eaux de lavage peuvent créer de véritables dangers, si elles sont abandonnées sur la voie publique, ou si elles s’écoulent dans des conditions permettant des infiltrations.
Les ouvrières sont non seulement exposées directement aux poussières toxiques et au contact des pâtes vénéneuses, mais encore à de véritables inoculations, par suite des piqûres et des écorchures qu’elles se font, surtout après les pointes qui leur servent à tendre sur des cadres les toiles trempées dans la matière colorante.
La grande variété de colorations qu’on est obligé de reproduire fait que cette industrie peut engendrer des intoxications de différentes natures : l’intoxication saturnine, parce que les teintes blanches, jaunes et rouges, sont souvent obtenues avec le carbonate de plomb, le chromate de plomb et l’oxyde de plomb; l’intoxication mercurielle.
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parce que certains rouges sont réalisés avec le sulfure, le bi-iodure et le cliromate de mercure; l'intoxication arsenicale, par l’obtention de teintes jaunes et vertes a 1 aide du sulfure d’arsenic et de l’arséniate de cuivre. De là des effets cliniques des plus complexes, des combinaisons en toutes proportions, des symptomatologies dites saturnisme, hydrargyrisme, arsénicisme. Mais l’intoxication arsenicale est toujours la note dominante et couvre presque toujours les autres, parce que dans ce genre de confection ce sont toujours les parties vertes qui dominent. (Voir pour les effets du plomb, page 89; poulies effets du mercure, page 83; pour les effets de l’arsenic, page 86.)
On peut dire qu’il n’est aucune des opérations qui ne tendent à imprégner les ouvriers de ces divers poisons. Au moment où ils versent la couleur en poudre dans la solution d’amidon, ils sont enveloppés d’un nuage de la poussière toxique. Pendant le trempage, leurs mains et leurs avant-bras barbotent dans la pâte. Pendant le brossage, ils sont éclaboussés. Pour le séchage, ils s’exposent à des piqûres empoisonnées. Le montage lui-même, en secouant les feuillages et les fleurs, répand de la poussière vénéneuse dans l’atmosphère de la chambre.
En dehors du plomb qui entre dans la composition du cristal, le diamantage crée de nouveaux dangers par le fait de celte poussière irritante et pénétrante qui s’engage dans les profondeurs des voies pulmonaires. De là des amygdalites, des angines et des bronchites, voire même des pneumonies caséeuses.
Depuis quelques années, les découvertes des belles couleurs d’aniline ont offert un champ nouveau et fertile à l’industrie des fleurs artificielles. On obtient ainsi des nuances bien plus suaves et plus variées qu’avec les couleurs minérales et végétales ordinaires. 11 y a là aussi, bien certainement, un progrès hygiénique, puisqu’on peut espérer que les couleurs arsenicales, mercurielles, plombiques, etc., finiront par être abandonnées. Mais Napias a
596 TRAITÉ b’IlYGlENE INDUSTRIELLE.
fait voiV (1) que cos nouvelles couleurs causaient aussi certains accidents chez les fleuristes. Ainsi, celles qui manient la couleur dite géranium, laquelle est à hase d’éosine, se plaignent d’avoir des coliques et en même temps des plaques rouges douloureuses sur la peau. Ce sont surtout celles qui manient la toile teinte sèche. Du reste, l’air de 1 atelier est notoirement chargé de poussières rouges. La même poussière couvre le visage et les cheveux des ouvrières. 11 est d’autres variétés d’éosine qui font éternuer violemment, en raison de la grande quantité de hrome qu’elles renferment; tels sont particulièrement le rouge extra momie t, le rose bengale, le rouge multiple ou vésuve. Enfin certains érythèmes prurigineux sont dus à l’emploi de couleurs fournies par des dérivés azoïques.
L’intérêt de la salubrité publique demanderait qu'on exerçât une certaine surveillance sur les eaux de lavage, et surtout sur les balayures d’ateliers, qui sont parfois versées simplement sur les tas des rues.
Pour l’hygiène des ouvriers, il faut prendre en considération les mesures de propreté personnelle et les dispositifs adoptés par le patron pour l’exécution du travail.
Les ouvriers auront des vêtements d'atelier ; ils ne prendront aucun repas dans ce dernier, et au moment de le quitter, ils devront se lotionner avec une solution à 10 p. 100 d’acide chlorhydrique. Avant de travailler,, ils se frotteront les mains avec de la poudre de talc.
Les patrons devront adopter pour la préparation de la pâte des vases clos dont le couvercle n’aura que l'ouverture nécessaire pour livrer passage à la spatule-agitateur. Pour le vert arsenical en particulier, ils feront même bien de ne l’acheter que broyé et mélangé à de l'huile de lin. Il est vrai que le danger sera ainsi reporté sur une autre industrie et un autre groupe d’ouvriers; mais il s'agira d'usines où le travail, se faisant en grand, pourra être exécuté dans de meilleures conditions d’oui i liage, et par des hommes
(lj lie vue <C Inji/icne, I S S i , p. 101 i,
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qui sont moins impressionnables aux intoxications. On a conseillé aussi, non sans raison, d’incorporer le vert arsenical à un colloclion spécial. Le mieux est encore la suppression de ce moyen de coloration. Malheureusement, on ne peut pas encore recourir à un vert d’aniline, vu que la nuance convenable se décolore très vite au soleil; mais on peut, en attendant, employer une combinaison de chromate de potasse el de cyanure de fer.
Les inconvénients de l’éosine et des composés azoïques sont très atténués par l’usage d’un masque en gaze légère, d’un bonnet de toile serré sur la tête; il importe aussi de n’accepter que de l’éosine à base d’alumine et de refuser celle à base de plomb.
La pâte, quelle que soit sa composition, doit être étendue à l’aide d’une brosse munie d’un manche, il faut même armer la main d’un gant de cuir. Pour battre les étoffes peintes, il faut le faire à travers une couverture épaisse. Les pointes des cadres doivent être assez espacées pour éviter les piqûres des doigts. L’étoffe sera toujours roulée au lieu d’être pliée, pour éviter les cassures pulvérulentes.