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Fig. 149. — Four pour la calcination des vinasses de betteraves.
de vinasse de mélasse, el peut donner une assez forte proportion de potasse. Dans ce but, on commence par détruire l'acidité du liquide résiduaire par l'addition de craie ou de calcaire, puis on soumet à l'évaporation pendant laquelle
la masse doit être remuée par un agitateur à palettes et pendant laquelle il est à noter qu'il se forme un peu de cyanure de potassium dù à l'action de la potasse sur les matières azotées de la vinasse. A l'air ce cyanure se décompose en dégageant de l’ammoniaque qui se répand dans l'atelier. Cette évaporation se fait dans des chaudières en tôle à fond bombé, ou bien encore dans des cuves en bois munies de serpentins en cuivre amenant de la vapeur surchauffée. Lorsque la matière est devenue pâteuse, on la soumet à la ca/cènation, opération qui répand des odeurs excessivement désagréables dues à la décomposition des matières organiques. Elle s'effectue ordinairement dans un four à reverbère du modèle de la figure 149.
Le produit de l’évaporation est amené sans main-d'œuvre dans le bac qui surmonte le four. De là, 1l descend par un conduit vertical traversant la voûte et vient tomber dans un premier compartiment du four où il se concentre et devient pâteux. Un ouvrier le fait passer avec un ringard dans un compartiment plus rapproché du foyer où s’effectue la destruction des matières organiques. Cette partie de l'opération donne lieu à une odeur infecte.
Le salin qui résulte de la calcination est soumis au broyage à l'aide de cylindres cannelés; puis au /essvage dans des cuves où se déposent un grand nombre de substances insolubles ou peu solubles. La dissolution est décantée et évaporée dans des chaudières. C'est là la crestallisaton qui fournit le produit final et cherché.
4° Potasse du suint. — Les eaux qui ont servi au désuintage de la laine des moutons sont recueillies près des éleveurs et des fabricants de drap. Il résulte de là des emmagasinements et des transports de masses liquides infectes sur des points nombreux. Arrivées dans la fabrique de potasse, ces eaux sont évaporées à sec. Le résidu est carbonisé et distillé dans des cornues. Cette distillation dégage des gaz qui sont utilisés comme éclairage. Le résidu charbonneux donne par lessivage une dissolution de carbonate el de sulfate de potasse. |
o° Potasse du feldspath. — Ce minéral est finement pulvérisé, puis soumis à l’action combinée du spath-fluor, de la chaux et de la craie. Il résulte de là une pâte que l’on divise et que l’on moule en briquettes. Celles-ci sont desséchées à l'air, puis calcinées et enfin lessivées à l’eau chaude. La ROATEN renferme de la potasse sique et du carbonate de potasse.
6° Potasse de varechs. — En France, on traite chaque année 30,000 tonnes de varechs secs dont on retire d’une part du brome et de liode, et d'autre part des sels de potasse. On incinère ces plantes. On lessive les cendres. Les lessives sont évaporées et déposent bientôt du chlorure de potassium et du sulfate de potasse. Les eaux mères qui surnagent retiennent le brome et l’iode. Suivent les opérations ayant pour but la transformation des sels de potasse en carbonate.
Somme toute, la potasse brute fournie par la Étant de ces procédés et méthodes est un mélange de carbonate de potasse, de sulfate de potasse et de chlorure de potassium. C’est mème ce dernier sel qui domine la plupart du temps. Lorsqu'on veut en obtenir du carbonate de potasse pur, d’abord, et ensuite de la potasse caustique, on traite par de l'acide sulfurique, d’où du sulfate de potasse qu’on calcine avec de la chaux et du charbon dans des fours à réverbère. Le résultat est du carbonate de potasse facile à séparer par dissolution du sulfate de chaux formé. Il suffit de traiter ce carbonate par de la chaux caustique pour lui enlever son acide carbonique.
Hygiénologie.— Quelle que soit la provenance de la potasse, les ouvriers ont toujours à manipuler ce produit, à subir son action caustique. Les parcelles qui s'engagent dans les voies pulmonaires et digestives peuvent, après avoir exercé leur action irritante sur ces muqueuses, produire par absorption l’affaiblissement et le ralentissement de la contraction cardiaque.
La fabrication de la potasse des plantes donne lieu à un commerce de cendres qui est d'autant plus passible de
PoixcaRÉ. — Iyg. industr. 26
tous les inconvénients des poussières qu'on n’y apporte aucun soin. L'évaporation de la lessive développe des vapeurs qui rendent indispensable lemploi de chaudières surmontées de hottes. Nous avons déjà signalé les inconvénients du traitement des varechs (voir page 170). Ceux du traitement des vinasses ne relèvent plus guère aujourd'hui de Pindustrie de la potasse, L'utilisation du suint pour l'extraction de Ta potasse a le grave inconvénient d'avoir pour matière première des eaux toujours très infectes qui sont récoltées par fractions dans des points nombreux et éloignés les uns des autres, qui sont l'objet d'une série d’emmagasinements jusqu'à centralisation définitive. Il faudrait exiger des caisses de transport et des réservoirs en tôle boulonnée. Les buées au moment de l’évaporation ont au plus haut point le mème inconvénient. Elles auraient besoin d’être conduites sous un foyer spécial. Malgré tous ces inconvénients, il faut reconnaitre qu'il y a là un mode d'utilisation qui sauvegarde les rivières d’une de leur mille causes de contamination.
Quant à la préparation avec les mélasses qui pourrait aussi être très préjudiciable à l'hygiène, 1l est incontestable qu'elle se trouve très assainie par l'outillage indiqué dans le sommaire.
FABRIQUES DE PRUSSIATE,
1° Technique industrielle. — L'industrie moderne a particulièrement fait prendre une grande extension à la fabrication du prussiate jaune de potasse, ou cyanoferrure de potassium. |
Le procédé le plus ancien, qui est encore aujourd'hui le plus répandu, consiste dans la calcination d’un mélange de carbonate de potasse, de fer et de matières organiques azotées. Sous l'influence des sollicitations que l’alcali exerce sur les matières organiques en voie de calcination, une partie du carbone et de l'azote de ces dernières donne naissance à du cyanogène. Le reste de l'azote se trans-
forme en ammoniaque qui se dégage. L’excès de carbone s'appropriant l'oxygène de lalcali met en liberté le potassium qui s’unit au cyanogène. Puis, pendant le refroidissement de la masse, le cyanure de potassium préalablement formé se combine au fer qu'on a ajouté à la masse.
En fait de matières organiques, on n’emploie que des déchets, tels que ongles et sabots de bètes, cornes défectueuses, rognures de cuir, vieilles chaussures, tendons, nerfs et autres détritus d’abattoir, chiffons non acceptés par les papeteries, poils non utilisables autrement, déchets des fabriques de boutons et de peignes.
Il en résulte certainement une grande économie. Les clous des chaussures rendent même souvent. inutile l’addition directe de clous et de rognures de fer-blanc. Mais ce qui profite à l’industrie nuit à l'hygiène. Car l’emmagasinement et le nettoyage de tous ces détritus font naître des causes de putridité et d'irritation. | |
La première opération consiste dans le #iage, qui a pour but de répartir dans des tas de mêmes natures, les divers détritus qui se trouvent pèle-mêle dans les chargements, et qui réclament des procédés de nettoyage différents. Cette manipulation répand déjà dans l’air des poussières et des miasmes.
Vient ensuite le neftoyage, dans lequel on enlève la graisse en raclant les objets avec un couteau, et la poussière à l’aide de brosses. Cette seconde opération multiplie considérablement les inconvénients précédents. Il peut en outre se produire des blessures avec accidents septicémiques et mème charbonneux.
Les matières étant nettoyées, on procède à leur dévesion, qui a pour but de mieux assurer l’action de la potasse sur elles. Pour favoriser cette division on les soumet d’abord à la dessiccation dans une étuve; puis on les sectionne en morceaux à l’aide de couperets. Enfin ces morceaux sont pulvérisés par des meules. Les cornes nécessitent, sous ce rapport. un traitement particulier. On les place dans un
courant de vapeur surchauffée qui dissocie et écaille les diverses couches superposées dont elles sont formées. La dessiccation et le traitement par la vapeur exposent aux dangers des températures élevées et des milieux sursaturés, ainsi que des dégagements de gaz ammoniacaux.
Après ces manipulations préliminaires de la matière animale, commence l'opération fondamentale, la calcination, qui, en langage industriel s'appelle aussi la prépara- “tion du métal. On se sert de fours à coupelles. Le carbonate de potasse est d'abord introduit seul, et ce n'est que lorsqu'il est en fusion qu'on y ajoute la matière organique par pelletées un peu espacées. Or à chacune de ces additions, la masse entre en effervescence. Il se dégage des volumes énormes de gaz et de vapeurs qui donnent lieu à une série de petites explosions, et qui produisent des flammes d'une longueur de deux mètres, avec projection d’éincelles dans toutes les directions.
Pendant toute la durée de l’opération, l’ouvrier est tenu d'agiter de temps en temps le contenu du creuset à l’aide d’un r#ngard. Le maniement de cet instrument peut être cause d'accidents. Lorsqu'on le retire, il reste forcément encroûté d'une certaine épaisseur de potasse qui absorbe bien vite l'humidité de l'atmosphère. De là formation d'une grande quantité de vapeurs au moment où on le replonge dans la masse en fusion, et des explosions assez considérables pour projeter hors du creuset une partie de la matière.
Après deux heures et demie de calcination, la matière est coulée, à l’aide d'une cuiller en fer, dans des moules où elle prend par refroidissement la forme de pains. C’est là la coulée. Ces pains ont un aspect poreux, une coloration noirâtre tirant légèrement sur le vert, et dégagent des vapeurs d'ammoniaque et d’acide prussique.
En se refroidissant, ces pains deviennent le siège de la combinaison spontanée du fer et du cyanure de potassium. Ils sont ensuite soumis au broyage, et le gravier qui en résulte est livré à Ta riviation. Dans ce but il est projeté
dans une cuve en fer contenant de l'eau froide ; puis on élève la température à 80 degrés. Dans ces conditions, l’eau dissout le prussiate jaune formé. [se dégage toujours une assez forte quantité d'ammoniaque pendant cette opération.
La lessive est ensuite transvasée dans des chaudières de concentration que l'on chauffe avec les gaz qui s’échap pent des foyers de calcination. Quand le liquide a atteint une densité de 1,22, on l'abandonne à la crestallisation dans une série de cristallisoirs, où le prussiate brut primitivement obtenu se dépouille de plus en plus des impuretés qui masquaient complètement sa couleur. jaune naturelle. Dans le dernier cristallisoir on suspend des ficelles qui servent de noyaux d'attraction à des cristaux plus volumineux.
Dans quelques fabriques, particulièrement en Angleterre, on se sert du procédé dit Gauthier-Bouchard. Celui-ci emprunte le cyanogène, non plus à des matières animales calcinées, mais aux résidus de l’épuration du gaz d'éclairage. Les composés cyanogénés, qui polluent le gaz avant son épuration, sont fixés par l'hydrate ferrique qui entre dans la composition du mélange épurateur employé par beaucoup de compagnies, notamment par la Compagnie parisienne.
Le mélange saturé par le fait même de son fonctionnement, et additionné de chaux, est soumis à des lixiviations, d'où résulte une liqueur chargée de prussiate de chaux, du sulfocyanate de fer et des sels ammoniacaux. On concentre la lessive pour obtenir des cristaux de prussiate de chaux. Ceux-ci sont placés dans un noüveau bain où l'addition de carbonate de potasse substitue cette dernière base à la chaux. En France ce procédé est appliqué dans l'usine d’Aubervilliers.
Plusieurs autres procédés ont été proposés et réalisés dans les laboratoires, mais ïls n’ont pu fournir encore des résultats très satisfaisants sur le terrain industriel.
Aussi convient-1il de ne leur accorder ici qu'une simple mention. Tels sont:
Celui de M. Brunnquell, qui consiste à transformer le gaz
ammoniac en gaz des marais et en cyanhydrate d'ammoniaque, en le faisant passer sur du charbon chauffé au rouge, et en traitant le eyanhydrate d’ammoniaque obtenu successivement par du sulfate ferreux et par du carbonate de potasse. Au point de vue de lhygiène, la caractéristique de ce procédé résiderait dans le dégagement de gaz des marais.
Celui de MM. Possoz et Boissière, qui produirait du cyanogène aux dépens de l'azote de l'air, en le faisant passer à une température rouge, sur un mélange de charbon et de carbonate de potasse. |
Celui de M. Gélis qui, par le mélange à froid du sulfure de carbone et du sulfure ammonique, engendre d'abord du sulfo-carbonate d’ammoniaque qui, chauffé à 100 degrés avec du sulfure de potassium, donne du sulfo-cyanate potassique. Ce dernier est ensuite calciné avec du fer. Relativement à l'hygiène, la caractéristique se trouve dans le maniement toujours dangereux du sulfure de carbone, et dans le dégagement d'acide sulfhydrique et de sulfhydrate d’ammoniaque.
Hygiénologie.— Les documents cliniques sont malheureusement très rares en Ce qui concerne ce genre d’industrie, ce qui tient, avant tout, à ce que peu de médecins d'usines prennent la peine de tenir un registre de maladies, et à ce que les directeurs croient à tort devoir observer une certaine réserve à ce sujet. Mais les connaissances usuelles suffisent déjà pour permettre d'apprécier la nature et l’étendue du danger. Dans cette appréciation il sera presque exclusivement question du procédé par les détritus de maüère animale, non seulement parce qu'il est le plus répandu, mais encore parce qu'il est le plus nuisible.
Ces usines peuvent nuire à l'hygiène publique de trois manières : 4° infecter l'air ambiant par les émanations des matières animales en dépôt; 2répandre dans l'atmosphère, suivant un rayon plus ou moins étendu, des vapeurs d’ammoniaque et d'acide prussique ; 3° altérer le sol, les puits et les cours d’eau par des résidus.
Le second de ces modes d'action ne mérite certainement pas d’être pris en très grande considération. La plupart du temps la diffusion dans l'atmosphère est telle que, pour des dégagements aussi peu abondants, 1l ne saurait y avoir de danger véritable pour le voisinage. Il ne peut y avoir qu'un peu d'incommodité causée par l'odeur d'ammoniaque, et encore très accidentellement, lorsque le vent rabat les vapeurs dans des points restreints. |
Le troisième n'est pas plus sérieux ; car aujourd'hui les résidus sont presque complètement utilisés. Ils consistent
en des eaux mères appelées potasse bleue, et en un dépôt boueux appelé le nor. Les eaux mères sont évaporées, et donnent un magma solide qui est formé de carbonate de potasse, de silicate de potasse, de sulfure de potassium et de chlorure de potassium. On utilise la polasse qu'il renferme, en le rejetant dans les cornues de caleinalion.,
Le noir qui renferme du charbon, de la potasse, de la chaux, de la magnésie, du sesquioxyde de fer, de l'alumine, du manganèse, du cuivre, de la silice, de l'acide sulfurique, de l’acide phosphorique, peut être utilisé pour fabriquer de l’alun. Mais on s’en sert plus généralement comme engrais.
Rien n'est donc déversé dans les cours d'eau. Les résidus seraient-1ls abandonnés à des ruisseaux ou à laction entraînante des pluies, que leur composition les laisserait à peu près innocents. Les industriels ont trop d'intérèt à s’en servir, peur ne pas le faire. Il ne faudrait pas toutefois, dans le cas où le fait contraire se produirait, le regarder comme indifférent. Car Bernard et Schlagdenhauflen, ont montré que les cyanures doubles peuvent devenir toxiques quand on renouvelle chaque jour leur introduction,
On doit se montrer beaucoup moins indulgent pour le premier mode, L'accumulation de matières organiques en voie de putréfaction peut répandre au loin des odeurs insupportables et écœurantes. Il y a mème plus qu'une question d’incommodité d'après ce que lon sait de linfluence des milieux putrides sur les maladies miasmati-
ques. Gette raison est suffisante pour justifier l'isolement des usines. b |
C'est plus particulièrement pour les ouvriers que la fabrication des prussiates paraît pouvoir présenter des dangers. Non seulement ils sont continuellement en rapport direct avec les foyers d'infection, mais dans les diverses manipulations de ces matières, 1ls sont exposés à toutes les” conséquences des piqüres anatomiques, lymphites, infection purulente et même infection charbonneuse. Le brossage ies soumet à des inhalations de poussières de toutes natures, organiques et minérales. De là la possibilité de blépharites, de conjonctivites, de bronchites catarrhales, de pneumonies interstitielles et mème de pneumonies 1niectieuses. Ceux qui pénètrent dans les étuves subissent les conséquences des températures élevées et d’une atmosphère sursaturée de vapeur d’eau surchauffée.
Aux fâcheux effets du travail autour des foyers ardents, l'opération de la calcination joint limminence des brûlures toujours graves et douloureuses que produisent les liqueurs caustiques et bouillantes, en raison des projections qu’ensendrent l’addition intermittente des matières organiques et l’immersion du ringard. Les dégagements d’ammoniaque et d'acide cyanhydrique peuvent à certains moments, exercer une influence notable sur les personnes qui séjournent dans les ateliers eux-mêmes. Le seul renseignement non intéressé que j'ai pu recueillir relativement à une fabrique de prussiate des environs de Nancy, est celui du maire de la commune où logent la plupart des ouvriers, Il a été frappé de la pâleur constante de ces hommes, du petit nombre d’entre eux qui atteignent un âge avancé, de la fréquence parmi eux des affections cardiaques et pulmonaires. [l est vrai que ce maire faisait observer, en même temps, que ces ouvriers se livraient à fa boisson beaucoup plus que les manœuvres des champs. Quoi qu’il en soit, il est évident que c'est à tort qu'on ne s’est préoccupé jusqu'à présent que de l'attente à l'hygiène publique.
Les mesures déjà imposées par l'Administration sont :
Relativement à la salubrité publique, le classement de cette industrie dans la première classe, en accordant toutefois la deuxième classe lorsque la calcination a lieu d’une manière préalable et en vases clos; la construction de cheminées de 20 à 30 mètres ; l'enlèvement journalier des résidus des lessivages ; l’imperméabilisation du sol des ateliers.
Sous le rapport de l'intérêt des ouvriers, la législation actuelle se borne à interdire le travail des enfants.
Les mesures que les conseils d'hygiène doivent s’efforcer d'obtenir pour la salubrité intérieure sont : 4° L'emmagasinement des matières animales dans des locaux, largement ventilés et même surmontés d’une cheminée d'appel; |
2° Le triage à l’air libre dans des cours intérieures:
3 La substitution du brossage mécanique au brossage à la main. Il n'existe pas encore de machine appropriée, mais elle serait d’une réalisation facile. En tout cas, cette opération devrait se faire sous des hangars et non dans des réduits presque confinés, comme cela a lieu dans beaucoup de fabriques
4° La division des os longs à l’aide de couperets à main peut aussi facilement être obtenue par des machines ;
5 C’est encore la vapeur qui doit mouvoir les meules chargées du broyage et de plus elles doivent être disposées dans une enveloppe hermétique qui s'oppose à la dispersion des poussières organiques. Cette disposition existe, du reste, dans la plupart des fabriques ;
6° Rien ne paraît capable de diminuer les inconvénients des salles où les cornes sont soumises à l’action dissociante de la vapeur d’eau. Mais les ouvriers ne devraient y pénétrer qu'après la cessation des jets de vapeur et l’établissement d’un courant d’air ;
1° Dans les usines où la calcination se fait encore dans des chaudières, celles-ci doivent être surmontées de hottes. Mais le système des cornues enclavées dans de la maconnerie, ou celui des fours à CONDERES sont de beaucoup préférables ;
8 Le danger des explosions produites par l'immersion du ringard peut être en grande partie évité en maintenant celui-ci, à l’aide d’une chaîne, dans l’atmosphère desséchante du foyer. Mais 1l est beaucoup mieux encore de remplacer le ringard par des agitateurs mécaniques se mouvant constamment dans la masse en fusion ;
9 Pour la coulée, au lieu de la faire dans des moules à l’aide d’une cuiller, ce qui expose les ouvriers à des douches de vapeurs fortement chargées d’ammoniaque et d'acide prussique, il serait facile d'établir à la partie inférieure des chaudières ou des cornues, un robinet d’écoulement permettant de faire tomber 1 matière en fusion dans un wagonnet introduit dans un petit tunnel ménagé au-dessous du foyer;
10° Les chaudières de concentration doivent être munies de hottes ; |
Fi ba Borne toujours, on doit recommander aux ouvriers une excessive propreté et de ne jamais prendre leurs repas dans l'usine. | tir
Telles sont les conditions qui s'imposent aux fabriques qui préparent le prussiäte avec les matières animales. Mais comme ce sont les émanations de ces dernières, qui jouent le plus grand rôle dans la nocuité de cette industrie, j'estime que l'hygiène doit faire une campagne pour l’adoption de la fabrication, soit à l’aide des résidus de l’épuration du gaz, soit à l’aide de l’azote de l'air, quand on sera arrivé à rendre ce dernier procédé plus pratique. Mais elle doit rejeter la fabrication par le sulfure de carbone, en raison de l’action toxique de ce produit.
Dans quelques fabriques, on produit aussi du prussiate rouge, en soumettant le prussiate jaune à un courant de chlore qui enlève à ce dernier une partie de sa potasse. Il est préférable, au point de vue hygiénique, d'employer la voie humide, c’est-à-dire de dissoudre ie prussiate jaune dans un bain d’eau traversé par un courant de chlore.
INDUSTRIE DU CELLULOID.
Sommaire technique. — Cette matière est chimiquement constituée par un mélange de pyroxiline et de camphre. Son nom lui vient de ce que la matière première qui sert à préparer la pyroxiline est un tissu végétal quelconque. Îl n’existe encore en France que deux ou trois fabriques de celluloïd ; mais ce genre d'industrie est destiné à prendre un très grand développement, car cette matière commence à être employée dans la confection des objets usuels les plus variés. Non seulement elle peut être coupée, sciée et tournée, comme le bois, mais elle peut être soudée à elle-même et elle devient parfaitement malléable sous l'influenee d’une chaleur de 80°. Elle est susceptible de prendre toutes les formes, de devenir une masse très résistante, ou de s’étaler en nappe mince et souple, et de plus elle se nettoie sous l'influence d’un simple lavage. C'est elle qui sert déjà à faire le linge dit américain, des dentiers et divers appareils de prothèse, dés peignes, des porte-cigares, des porte-monnaies, des tables, des objets dé ménage et mème des statuettes. Aussi est-elle appelée à jouer un rôle industriel des plus considérables.
Il y a dans la fabrication de ce produit trois grandes phases, parfaitement distinctes : 4° la production de la pyroxyline ; 2° le mélange de celle-e1 avec le camphre 3° l'homogénéification et la dessiceation.
1° Pour obtenir la pyroxyline, on se sert soit du coton, soit du papier ordinaire, soit du papier à cigarettes. On traite cette cellulose végétale par un mélange d’acide azotique à 40° et d'acide sulfurique très concentré. On brasse le mélange pendant quelques minutes; on retire le papier qui se trouve déjà transformé en pyroxyline et on le plonge dans un bain d’eau pour le débarrasser de l’excès d'acide qu’il renferme encore. On le triture dans une pile à papier pour en faire une pâte homogène qu'on blanchit ensuite en l’agitant dans une dissolution de permanganate
de potasse et en le soumettant ensuite à l'acide sulfureux qui a le double avantage de contribuer au blanchiment et d'enlever l'excès d'oxyde de manganèse .
2 Pour opérer le mélange avec le camphre, on broie ensemble les deux matières dans un moulin à meules métalliques. Quand le celluloïd est destiné à la confection d'objets colorés, comme par exemple d’imitations de corail, la substance colorante est ajoutée et incorporée en même temps que le camphre. Dans certaines fabriques, on fait aussi intervenir l'alcool méthylique.
3° Pour dessécher le produit obtenu, on l'enveloppe dans plusieurs feuilles de papier buvard et dans une toile, puis on le soumet à l’action d'une presse hydraulique. On recommence l'opération tant que le papier buvard ne reste pas sec. |
Sous le nom d'homogénéification on comprend une série d'opérations qui ont pour but de souder et de fusionner ensemble sous forme de feuilles et de blocs, les fragments irréguliers en présence desquels on se trouve à la suite de la dessiccation. | |
On commence même par rendre ces fragments plus nombreux et plus petits en les brisant à l’aide de cylindres armés de dents. Cette fragmentation, qui est suivie d’une macération dans de l'alcool, a précisément pour but d’assurer l’action ramollissante de cette substance. Au sortir de la macération, la matière est soumise au /aminage entre deux cylindres chauffés à 80°. On obtient ainsi des feuilles parfaitement homogènes qu’on peut fusionner entre elles en plus ou moins grand nombre pour former des blocs. Il suffit de les superposer sur le plateau d’une machine hydraulique, dans une boîte à double paroi chauffée par une active circulation d’eau chaude.
La transformation en objets ouvrés constitue, à vrai dire, une industrie distincte, quoique annexée, souvent, à celle de la production; car les blocs et les feuilles peuvent être livrés à d’autres industriels, comme le fer et les planches sont livrés, par les fonderies et les scieries, aux for-
gerons, aux menuisiers, aux sculpteurs sur bois, ete.
Hygiénologie. — Ce que l’on doit le plus redouter dans le voisinage de ces usines, ce sont les incendies et les explosions, puisqu'on y prépare une substance qui s'enflamme et brûle à la manière d’un papier nitré, au contact d'un corps incandescent ou chauffé à l'air, à une haute température et qui détone sous l'influence d’une forte pression. L'éventualité de Ia propagation de l'incendie aux maisons voisines se.complique d’une infection de l’atmos- phère commune, car le celluloïd brûle en dégageant des vapeurs très intenses dues à la combustion du camphre. Les docteurs Duchesne et Michel (1) avaient exprimé la pensée que les incendies ne pouvaient ètre que très rares. Mais au moment mème où ils l’exprimaient, l'usine de Stains disparaissait sous les flammes.
Les ouvriers peuvent être naturellement les premières victimes des explosions et des incendies. D'ailleurs, si l'incendie d’une usine ou de l’un de ses bâtiments est chose rare et pouvant être arrètée dès son origine, à chaque instant une fraction de la masse que l’on est en train de manipuler peut prendre feu et occasionner à l’ouvrier des brülures graves. Il est en outre exposé à des brülures d’eau bouillante et à des brülures par le contact des acides nitrique et sulfureux. Aussi presque tous les ouvriers ont-ils sur les mains et les avant-bras et la partie inférieure des bras, des brülures de teinte jaunâtre, irrégulières, plus ou moins étendues et ne dépassant pas, en général, le troisième degré. Enfin l'atmosphère qu'ils respirent est constamment chargée de vapeurs nitreuses.
La pyroxyline est d'autant moins inflammable qu'elle renferme plus d’eau d’hydratation. Or elle ne peut bien se mélanger avec le camphre qu'autant qu'elle renferme 40 p. 100 d’eau. Il y a donc là une condition industrielle qui crée un élément de sécurité contre les incendies.
C'est au moment où le mélange de pyroxyline et de
(1) Revue d'hygiène, 1882, p. 1912.
camphre est soumis à l’action de la presse hydraulique, c’est-à-dire au moment de la dessiceation, que le danger des explosions est le plus grand, parce qu’alors la substance détonnante a perdu son eau d'hydratation. Aussi, faut-il, lorsque la dessiccation parait suflisante, s’'empresser de diminuer la pression et de faire passer un courant d’eau froide à la place du courant d’eau chaude entre les deux parois de la boîte. À Stains, on a adopté, en outre, une disposition qui théoriquement semblerait devoir donner une grande sécurité. On a placé au-dessus de la presse un avertisseur électrique qui est mis en mouvement par un thermomètre dès que celui-ci marque 65°. En outre, on a disposé un réservoir d’eau qui peut déverser automatiquement des torrents d’eau, dès que des flammes naissantes viennent brüler une corde qui tient la soupape fermée et qui est directement exposée à l’action de la matière inflammable. Quoique ces précautions n'aient pas empèché lincendie signalé plus haut, elles n’en doivent Je moins être vivement conseillées |
Le danger des x nitreuses n'est peut être pas aussi considérable qu'on pourrait le croire, parce que les acides agissent à froid. Néanmoins il est encore indispensable de surmonter chaque cuve d’une hotte dont l’auvent descende au-dessous du niveau de la bouche des ouvriers. Dans le même but ceux-ci doivent se tenir sur une plateforme élevée régnant le long des cuves.
Pour enlever le papier et le retirer de la cuve, les ouvriers devraient être toujours porteurs de gants en cuir.
Pour que les ouvriers soient moins exposés au contact des acides, 1l faut pour la transformation que la cellulose soit amenée mécaniquement dans le bassin en verre où doit se faire la réaction. C’est encore mécaniquement que le produit de cette réaction doit être amené dans l'appareil du pilage qui sera une pile à papier ordinaire. Pour le lavage il faut des agitateurs mécaniques et des essoreuses pour la dessiccation. Le broyage sera exécuté dans des moulins à noix, le lamimage avec une machine ayant pour
organe essentiel des cylindres lamineurs; et il est facile de chauffer ceux-e1 par une circulation de vapeur pour que la cuisson se fasse en mème temps.
Au point de vue hygiénique, l’interventien de l'alcool méthylique est fâcheuse. Il faut donc préférer le. procédé primitif, dit procédé Stains.
Pour le travail des enfants, les tableaux d'interdiction ne signalent point les fabriques de celluloïd ; mais comme ce travail est défendu pour le collodion, il est évident qu’elles doivent être passibles de la même réglementation.