‹ Traité d'hygiène industrielleChapitre 110 sur 172 · DISTILLERIES · texte numérisé non relu

DISTILLERIES

Sommaire technique. — Nous avons à considérer à part : lés distilleries de mares de raisins, celles de vin, de bière et de cidre, celles de mélasse, celles de pommes de terre, celles de grains, celles de betteraves et enfin celles d’absinthe et de genièvre.

La distillation des marcs de raisins s'effectue en petit chez un certain nombre de propriétaires de vignes à l’aide d’un alambic ordinaire. Toutefois pour que les résidus puissent servir à la nourriture des animaux, on ne les laisse pas en contact aves la surface de chauffe. Dans ce but on place les marces sur un double fond percé au-dessous duquel est un bain d’eau qui supporte seul l'effort direct du feu. Dans les grandes distilleries industrielles, on emploie des appareils beaucoup plus compliqués, qui ont l’avanlage de fonctionner continuellement et de fournir d’emblée des aleools ayant la force suffisante sans le concours de nouvelles distillations. |

La distillation directe du vin, de la bière et du cidre, s'opère dans des alambics ordinaires.

Il en est de même de la dstéllation des mélasses ; mais elle a besoin d’être précédée de la fermentation alcoolique des matières sucrées. Pour cela on les étend d'un peu d’eau, on les place dans des cuves avec de la levure délayée. On mélange intimement, on ferme les cuves et on maintient

une température de 25°, Il se fait un dégagement d'acide carbonique considérable. Lorsqu'il paraît terminé, on s'empresse de distiller pour ne pas laisser passer le liquide à la fermentation acide.

La distillation de la pulpe de ponunes de terre se complique encore d’une autre opération préalable. Il faut que la fécule soit d’abord transformée en sucre à l’aide de diastase ou d'acide sulfurique. On provoque ensuite la fermentation alcoolique avec de la levure et on distille. Il y a donc en plus la reproduction des procédés de saccharification employée dans la fabrication de la bière.

La distillation des eaux-de-vie de grains comprend de mème la saccharification, la fermentation alcoolique et la distillation proprement dite.

L'alcool de betteraves peut avoir deux provenances, une provenance indirecte et accessoire dans les mélasses des fabriques de sucre de betteraves; une provenance directe et spéciale dans les betteraves elles-mêmes, c'est-à-dire qu'il y a des distilleries où l’on ne fabrique que de l'alcool et où l'on utilise tout le sucre renfermé dans les betteraves. Celles-c1 sont lavées, râpées, puis exprimées à l’aide de presses hydrauliques. Le jus obtenu est conduit d’abord dans des chaudières à déféquer, puis de là dans des cuves de fermentation où l’on ajoute de l’acide sulfurique et de la levure de bière. Enfin on procède à la distillation.

La distillation de l'absinthe s'effectue dans des alambics dont les cucurbites sont chauffées à la fois par de la vapeur creulant dans des tuyaux et par un jet de vapeur venant barboter dans le contenu. On y introduit de l'alcool et un mélange de plantes représentées par de l’absinthe, de l’angélique, du calamus, de la badiane, du dictame de Crète, le tout ayant préalablement macéré pendant huit jours au bain-marie. Après distillation on ajoute de l'essence d'anis et on colore tantôt avec une couleur bleue qu’on obtient en titurant de lindigo avec de l'acide sulfurique, en saturant par de la chaux et dissolvant dans l'alcool; tantôt avec du jaune obtenu par simple macération de la carthame.

Le genièvre se prépare simplement en distillant de l’eaude-vie de grains ou de betteraves dans un alambic où l'on tient suspendu un nœud de toile claire contenant de la graine de genièvre.

Hygiénologie. — Le dernier classement inscrit dans la troisième classe les distilleries d’extraction et dans la deuxième classe, celles où l’on procède à la rectification de l'alcool extrait. Il y a là uné véritable défectuosité, car la rectification est presque toujours un complément indispensable des esprits etles mêmes industriels exécutent les deux opérations. Il est vrai que d’après la réglementation, ils peuvent être tenus de placer leurs ateliers de rectification dans un bâtiment distinct et éloigné. Mais on ferme souvent les yeux sur le rapprochement. D'ailleurs la première distillation crée presque autant d’inconvénients que la recüfication. Celle-ci augmente surtout les chances d’incendie. Il serait certainement plus logique de faire de la fabrication des alcools une industrie, non à classement nuxte, mais à classement constant avec inscription dans la deuxième classe, peut-être même dans la première. Il est vrai qu'on à eu les mains liées par la nécessité de laisser aux agriculteurs le droit de distiller leur récolte chez euxmêmes. Mais 1l serait facile d'imposer la condition aux distilleries en grand.

On n'a pas prèté une attention suffisante aux dangers que les distilleries d’esprits font courir à la salubrité publique par leurs résidus ou venasses. On admet cependant que les vinasses provenant des mélasses et des graiñs ne peuvent pas nuire, parce qu'elles sont utilisées et non déversées à l'extérieur. Les premières sont en effet employées à la préparation du carbonate de potasse, et les autres à l’alimentation des bestiaux. Mais les vinasses sont toujours noyées dans une certaine quantité de liquide, dont on se débarrasse plus économiquement en la rejetant qu’en l’évaporant. En outre, il est établi que les vaches nourries ainsi sont alcoolisées, produisent un lait et des chairs altérées et détériorent considérablement la santé publique.

Poincaré. — Hyg. industr: 21

Pour les vinasses de betteraves et mème de pommes de terre, on ne les utilise jamais. On les laisse s’écouler dans les cours d’eau, dont le poisson meurt, dont l’eau devient impropre à l'alimentation des bestiaux et qui répandent dans l'atmosphère, au loin, des odeurs insupportables. Celle qui prédomine est celle de l'hydrogène sulfuré, parce qu'on se sert, la plupart du temps, pour saccharifier d'acide sulfurique. De là formation de sulfate de chaux quise transforme en sulfure de chaux, etce dernier engendre de l'hydrogène sulfuré. |

Mais ce qu'il y a de plus grave, c’est la décomposition continue des matières organiques de ces vinasses, d’où résultent des odeurs tout à fait nauséabondes et des miasmes engendrant la fièvre paludéenne et favorisant le développement de toutes les maladies infectieuses.

Pour remédier à ces inconvémients, Wurtz a proposé de ne permettre l'emploi de l'acide sulfurique que quand le cours d’eau a un débit considérable, de substituer, l'acide chlorhydrique à cet acide, de traiter les vinasses par la chaux qui produit un précipité floconneux en entraînant un tiers des matières organiques ; mais l'excès de chaux a le tort de favoriser les fermentations acide et butyrique qui dégagent une odeur repoussante ; il indique aussi d’établir des bassins de dépôt, le dernier étant suivi d’une filtration par le sable; mieux vaut encore l’épuration par irrigation à travers des terrains argileux, ou bien la concentration préalable des vinasses. Mais ce ne sont là que des palliatifs. I faudrait imposer, comme en Angleterre, l'incinération complète.

Il importe aussi d'exécuter, dans les meilleures conditions possibles, la fermentation des matières premières qui vicie tout au moins l'air intérieur par de l'acide carbonique et certaines odeurs.

Pour les betteraves elles doivent être nettoyées dans un laveur mécanique et découpées en rondelles, mécaniquement aussi, à l’aide d'un coupe-racines ; puis plongées de préférence dans la cuve de Leplay.

On y met deux tiers d’eau et un tiers de cossettes. La cuve présente en bas un robinet de vidange. A la partie supérieure arrive un tuyau de vapeur pour réchauffer le bain. Les cossettes sont maintenues immergées par un couvercle à claire-voie.

Pour l'orge et le seigle on recourt à la diastase ; pour le maïs et le r1z à de l’acide, et alors on crée les dangers dont 1l vient d'être question.

Pour les pommes de terre, ïl faut, après les avoir lavées méca- RAUSOn Ie Rite PAF ere Fig. 150. — Cuisson des pommes peur dans l’appareil ci-dessous. de terre à la vapeur.

C'est un cylindre en fonte À dans lequel on introduit la matière par le trou d'homme B. Il est muni d’un faux fond aa. On fait arriver de la vapeur par le tuyau E. Le petit robinetI supérieur sert à l’'échappement de l'air pendant le chargement.

On extrait les pommes de terre cuites par le trou d'homme latéral D.

On les brove entre deux cylindres qu’on arrose d’un filet d'eau. La bouillie est mise dans un cuvier où l’on ajoute du malt, où on la brasse, puis on traite par l’eau froide à laquelle on ajoute de la levure de bière. Il est un autre procédé qui donne de meilleurs résultats industriels et qui consiste à râper la pomme de terre crue et à la jeter ensuite dans l’eau bouillante. L'hygiène n’a rien de particulier à reprocher à ce procédé.

La distillation a besoin aussi d'une surveillance. Pour l'alcool! de vin on peut accepter l’alambic ordinaire, surtout quand il s’agit d’une distillation privée. Elle ne peut que donner une odeur qui entête, mais qui ne s'étend pas au loin et qui n’est produite que pendant quelques jours de l'année. Dans le midi où l’on opère sur une plus large échelle et plus constamment, où il y a une véritable industrie de distillation d’alcoo! vinique, l’intérèt industriel

comme l'intérêt hygiénique exigent un appareil fonction-

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