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EXTRACTION ET RAFFINAGE DU SOUFRE

Sommaire technique. — Le soufre peut ètre extrait, suivant les ressources géologiques des contrées, de minerai où il se trouve à l'état natif, de minerai où il se trouve à l'état de sulfure, c'est-à-dire de pyrites.

Le soufre se trouve à l’état natif dans les terrains volcaniques de la Sicile, de l'Italie, de l'Islande, de la Nouvelle- Zélande, dans des terrains tertiaires de la Croatie, de la Silésie, de la Pologne, de l'Espagne, de la Mésopotamie, de l'Égypte, de la Tunisie, de la Chine, du Japon. Le soufre natif est extrait par trois procédés différents : par simple fusion, par distillation et par dssolution.

La fusion consiste, comme pour le minerai de fer, à faire fondre par la chaleur le soufre qui sous cette forme liquide peut s'écouler et se séparer de sa gangue non fusible, C'est le soufre qui se sert à lui-mème de combustible, ce qui diminue considérablement le rendement. La fusion se fait sans fours et par le système des meules. C'est incontestablement un grave inconvénient pour la salubrité publique, Les frais d'installation sont peu considérables. On creuse simplement une excavation circulaire, qu'on ne maconne que jusqu'à la hauteur de 5 mètres. Le sol est incliné pour faciliter l'écoulement du soufre fondu, vers une ouverture conduisant à un compartiment maçonné où doit s'accumuler le produit, Le minerai est disposé en une masse qui s'élève bien au-dessus des murs et de la terre et qui prend en haut la forme d’un dôme. On ménage de distance en distance des puits dans lesquels on projette du combustible incandescent destiné à enflammer le soufre. On couvre le tout d'un peu de terre, à travers laquelle les vapeurs se dégagent dans l'atmosphère.

La déstillation exige plus de chaleur, puisque le soufre doit devenir non seulement liquide, mais gazeux; mais

elle utilise tout le soufre contenu dans le minerai. On dispose dans un fourneau en briques des pots en terre réfractaire, qu'on ferme à leur partie supérieure après les avoir remplis de minerai. Immédiatement au-dessous de leur col part un tuyau aboutissant à un réservoir extérieur où, par l’abaissement de la température, la vapeur de soufre se liquélie, et un robinet inférieur permet de retirer le soufre liquide qu'un nouveau refroidissement solidifie.

La dissolution s'obtient en plaçant le minerai dans des cylindres en fonte qu'on fait traverser par du sulfure de carbone, qui sort saturé de soufre dissous par lui. Mais ce procédé est rarement employé.

L'extraction du soufre des pyrites n'est qu'une conséquence accessoire mais utilisée de l'extraction des métaux de ces sulfures. Le soufre entre en fusion beaucoup plus tôt que le fer ou le cuivre dont l'obtention est le but principal de l’industrie, de sorte que pour séparer le premier des autres, 1l suffit que le traitement par la chaleur se fasse en deux temps. Dans un premier temps, qui prend le nom de gréllage des pyrites, le minerai est grillé à l'air hibre à une température qui fond le soufre, mais ne peut pas encore fondre les métaux. Bien que ce grillage se fasse au contact de l'air, tout le soufre n’est pas brülé, une partie reste à l’état liquide et se dépose sur la sole du gril, eton peut le retirer comme sous-produit. Le minerai débarrassé du soufre passe aux fours, où une température plus élevée fond le métal. 4

Tous ces procédés d'extraction ne donnent que ce qu’on nomme le soufre brut, qui renferme encore beaucoup de parties terreuses le rendant impropre à la plupart des usages industriels. Le raffinage a pour but de le purifier en le débarrassant de ces particules étrangères.

L'opération s'obtient par une simple distillation du soufre brut, celui-ci est placé dans des cylindres que lèche la flamme d’un foyer. Les vapeurs produites sont conduites dans une chambre de condensation, munie à sa partie su-

476 TRAITÉ D'HYGIÈNE INDUSTRIELLE, périeure d’une soupape de süreté, et à sa partie inférieure d'une ouverture d'écoulement.

Les habitudes commerciales exigent que le soufre raffiné soit moulé sous forme de petits cylindres, connus sous le nom de soufre en canons. Il suffit de couler le soufre lquéfié dans des moules multiples, c’est-à-dire dans une rangée de creux cylindriques ménagés dans une pièce de bois s’ouvrant en deux valves.

Dans bien des circonstances le soufre a besoin d’être employé sous forme de poudre, et il y a dans le commerce deux espèces de poudre : celle qui a pris naturellement cette forme, sous l'influence de la sublimation, et celle qui a été obtenue par trituration de morceaux de soufre dans des moulins.

Hygiénologie. — Les dangers extérieurs sont de trois espèces, le danger d'incendie, le danger d’explosion et celui de la diffusion du gaz acide sulfureux dans l’atmosphère ambiante de l'usine. Grâce à la combustibilité du soufre, cette industrie peut engendrer des incendies violents qu'il n’est pas toujours possible de limiter aux bâtiments d’exploitation. Les chambres de condensation pour le raffinage du soufre brut peuvent de leur côté devenir le centre d’une explosion dont les débris sont parfois lancés à de grandes distances. Les émanations sulfureuses que les meules déchar gent en toute liberté dans l'atmosphère, celles mêmes que répandent les usines mal outillées et mal soignées, nuisent considérablement à la végétation et peuvent provoquer, sous une moindre échelle, chez les voisins, des symptômes identiques à ceux que nous constaterons chez les ouvriers. Non seulement les ouvriers sont les premières victimes des incendies et des explosions, mais ils sont constamment et directement exposés à l’action de l'acide sulfureux et des poussières de soufre. On observe chez eux une perte de l’appétit, des douleurs d'estomac et d’intestin, de la céphalalgie, des conjonctivites, de l'oppression, de la toux quinteuse, des maux de gorge, du catarrhe pulmonaire et des pneumonies, En dehors des symptômes qui précèdent, Pécho-

INDUSTRIES A CLASSEMENT VARIABLE OÙ MIXTE. 477 lier (1) a signalé chez les ouvriers employés à triturer le soufre une rougeur uniforme et une sécheresse particuhère de la peau, surtout sur les parties habituellement découvertes, de l'insomnie et une excitation générale. C'est particulièrement chez eux que se produisent des ophthalmies analogues à celles signalées par Bouisson chez les vignerons pendant le soufrage de la vigne.

On a l'habitude de prescrire officiellement:

1° Contre l'incendie, de construire les ateliers en matériaux incombustibles, de disposer les foyers en dehors des ateliers, d’éloigner l'atelier des machines du magasin des matières premières, d'éclairer les ateliers à laide d’un verre dormant, enfin de faire déboucher dans l’atelier un tuyau de vapeur dont on puisse manœuvrer le robinet de l'extérieur, afin d’être armé pour lancer un jet capable d'’éteindre un incendie naissant ;

2° Contre les explosions, de munir de soupapes de süreté les chambres de condensation : |

3° Contre les émanations sulfureuses, de ventiler énergiquement l'atelier, de chasser le gaz acide sulfureux des chambres de condensation à l'aide d’un ventilateur spécial et puissant avant d'y laisser pénétrer les ouvriers, de. placer les chaudières de fusion sous des hottes très larges, d'élever la cheminée de 40 mètres, de fermer les ouvertures sur la voie publique, d'employer des appareils dits par décantation, afin d'opérer la pulvérisation et le blutage du soufre dans des appareils clos.

À côté de ces prescriptions indispensables, il faut, pour la condensation du soufre raffiné, recommander de veiller avec le ‘plus grand soin à la marche des opérations, afin de maintenir une production de vapeur de soufre constante, et de laisser le dépôt s'effectuer complètement avant d'ouvrir aucun orifice. Il est bon aussi de purger l'air des chambres, avant d'y pénétrer, en y faisant brüler du charbon. Enfin, il n’est nullement secondaire de surmonter les

(1) Annales d'hygiène, 1864, 2e série, & XXII, p. 448:

soupapes des chambres d'un tuyau muni d’un ventilateur lançant les vapeurs dans un appareil de condensation. L'hygiéniste doit même porter son attention sur le choix de l'appareil distillatoire pour le raffinage. Il ne faut plus tolérer aujourd’hui les anciennes chaudières connues sous le nom d'appareil Michel, car ces chaudières sont bientôt en partie remplies par les matières terreuses que le soufre abandonne en se sublimant et ont besoin d’être nettoyées fréquemment, opération qui expose les ouvriers à un abondant dégagement d'acide sulfureux. Il faut que la distillation se fasse dans des cornues parfaitement closes, que leur fonctionnement soit précédé de celui d’un réchaufeur, c’est-à-dire d’un récipient où le soufre fond pour couler ensuite dans les cornues de sublimation, après avoir laissé dans le premier les matières terreuses, et enfin qu’un registre permette de fermer à volonté toute communication entre la chambre de sublimation et l'appareil distillatoire. On doit mème, pour réaliser ces conditions, aussi bien que possible, conseiller l'appareil Déjardin que l’État impose à ses raffineries de Marseille. Cet appareil est aussi appelé appareil Michel perfectionné.

Il se compose de deux cylindres en fonte A, fermés à une de leurs extrémités par un obturateur amovible. A l'autre extrémité, le cylindre se continue avec un autre cylindre courbé. Sous chaque cylindre il y a un foyer P. La flamme et la fumée avant de se rendre dans Ja grande cheminée d'évacuation circule par. les carneaux D autour de la chaudière C. Celle-ci contient du soufre brut. La fusion se prépare el le soufre commence déjà à s’y épurer. Elle est munie d'un robinet b, de sorte que le soufre fondu peut passer de la chaudière dans la cornue. Par son prolongement incurvé la cornue communique avec une chambre voütée R en briques. Un registre, tenu par une lige articulée, permet d'ouvrir ou de fermer l'embouchure du cylindre. A l’un des bouts de la chambre est une porte pour l'entrée de l’ouvrier. Dans le bas est une petite embrasure G close par une plaque en fonte, percée d'un trou obstrué à volonté par une tige. On fait sortir par ce trou le soufre liquide qui s'écoule dans une chaudière E posée sur un foyer. je

Pour le nettoyage de la cornue on ferme par la valve la communi-

cation avec la chambre, on dévisse l’opereule et on fait tomber les résidus dans la citerne.

Avec cet appareil, on peut obtenir à volonté soit du soufre en canons, soit du soufre sublimé, Dans le premier cas il faut une plus forte température. Près de la chaudière E est un baquet tournant I divisé par des cloisons en huit cases et contenant au milieu de l’eau des moules M. Un enfant retire d'avance un des moules, vide l’eau, et

corne Pa)

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