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INDUSTRIES DU CRIN

Sommaire technique. — Commercialement, on désigne sous le nom de crins des matières premières essentiellement différentes : le tissu pileux de la queue du cheval et du bœuf, la soie du porc et du sanglier, et même plusieurs tissus végétaux. La destination varie aussi : tantôt le crin sert à la confection des matelas, tantôt à faire des brosses, des cordages et même des tissus. Il y a à considérer les opérations de préparation du crin et celles de la confection des objets dontil forme l’élément caractéristique.

Opérations d’apprétage. — Pour les crins d’origine animale, il arrive la plupart du temps que les poils de la peau du ventre et des côtés sont expédiés à la fabrique encore adhérents à des fragments d'épiderme dont il faut commencer par les débarrasser. Dans bien des industries on procède par voie de putréfaction. Les poils sont disposés par couches superposées, on les arrose avec de l’eau et on les couvre de paille. Il s'établit une fermentation putride qui au bout de douze à quinze jours réalise la séparation (1). Celle-ci obtenue, on procède : 4° au friage, qui a pour but de faire des catégories suivant la longueur des poils ; 2° au lavage à grande eau et au séchage à V'étuve ou à l'essoreuse ; 3° au baltage, qui s'applique seulement aux erins courts eta pour but de les débarrasser de la poussière ; ou bien au peignage, qui remplit le même but pour les crins longs ; 4° au dégraissage, par de l’eau chaude; 5° au filage, S'il s’agit de crins longs et d’un usage exigeant un faisceau en corde ; ou au bouillage dans de grandes chaudières d’eau, s'il s’agit d'obtenir ce qu’on appelle du crèn

(1) Henke’s Zeitschrift et Canstadl's Jahresbericht, 1863, t. VII, p. 30.

frisé ; 6° à la teinture, qui s'obtient par une macération de douze heures dans de l’eau de chaux et ensuite par une immersion dans une décoction de bois de campèche et de sulfate de fer; T° au rinçage et au séchage à l’étuve.

Pour le crin végétal, les opérations d’apprètage diffèrent suivant l'espèce végétale employée. Celui qui porte particulièrement le nom de crin végétal d'Afrique provient du palmier nain d'Algérie, Après la récolte, on forme des bottes qu'on soumet au peignage, consistant dans la lacération des feuilles à l’aide d’une carde à main afin de les diviser en filaments. Vient ensuite le séchage qui se fait simplement au soleil. La zostère ou mousse d'Amérique, plante marine qui peut être employée pour la garniture des meubles et la confection des matelas, demande le même genre de manipulation. La caragate musciforme ou mousse espagnole, qui couvre beaucoup d'arbres dans les deux Amériques, nécessite un rowissage dans de l’eau croupissante d’une durée de quinze jours, un séchage et un cardage. L'alfa, qui aujourd’hui fait dans l’industrie agricole africaine une grande concurrence au palmier nain, entraîne cependant une main-d'œuvre peut être plus considérable. Signalons encore, pour compléter cette énumération avec MM. Duchesne et Michel (1), le cren des foréts employé surtout en Allemagne; la pépitre, d’origine exotique; le chanvre de Tampico provenant de l’agave americana ; la fibre de coco ; enfin le varech et l'étoupe. |

Opérations de confection. — Une seule mérite d’être signalée, c’est celle qui a pour but la fabrication des brosses. En général, on complète l’apprètage des soïes et des crins par un lavage au savon vert dans de grandes chaudières, puis par wn soufrage dans un but de blanchiment. On forme des faisceaux de même longueur qu’on appelle des carottes. D'autre part, on prépare des plaques de bois, appelées pattes, qu'on perce de part en part au foret de trous convenablement espacés. Au moment d’agencer ces deux élé-

(1) Annales d'hygiène, 1882, t. VIII, p. 320.

ments différents de la brosse, l’ouvrier délie la carotte, la frotte entre ses mains pour en chasser la poussière, la divise en petits pinceaux ; place successivement ceux-ci en travers sur un trou, et dans une ficelle formant boucle. En tirant celle-ci il engage le faisceau plié en deux dans le trou. La mème ficelle est engagée en boucle dans le trou suivant, ainsi de suite, de telle sorte que tous les faisceaux se trouvent fixés par une seule et même ficelle et en mème temps doublés par le ploiement. On coule par-dessus de la pâte de colle forte. Enfin on coupe avec des ciseaux tous les poils pour les niveler. |

Hygiénologie. — Dans le travail du crin animal, les inconvénients proviennent: pour la salubrité publique, des odeurs putrides, des poussières de l’écoulement des eaux, de macérations et parfoisde l’incinération des déchets ; pour les ouvriers, de toutes les causes précédentes auxquels ils sont exposés d’une manière beaucoup plus directe, du travail musculaire, de la manipulation de la teinture, de la surveillance des étuves et enfin des maladies contagieuses dont le crin peut apporter les germes.

Les ouvriers sont fréquemment atteints de furoncles ét d'anthrax. Il paraît qu’en dehors de tout contage, la poussière du erin peut produire la mort par pure septicémie, Huraid a rapporté le fait d’un homme qui mourut pour s'être servi d’un mouchoir dans lequel il avait conservé longtemps les crins d’une jument, et cela sans présenter les symptômes de la pustule maligne ou de la morve. En tout cas, les poussières de cette industrie ont la propriété de provoquer une toux très fatigante. Ce sont surtout les femmes employées au triage qui éprouvent cet effet. Comme conséquences du mouvement professionnel, on constate aussi chez ces dernières des durillons de la main droite, situés particulièrement à la première et à la deuxième phalange de l’annulaire, à la première phalange du petit doigt et à la ligne de jonction du carpe et du métacarpe.

Le filage de son côté produit dans la main gauche du fileur des durillons nombreux et une usure de l'extrémité

des doigts médiaux. Le peignage à la main détermine à la main autour de laquelle Le crin est enroulé une bande rouge et du gonflement. Le genre de station nécessité par cette opération engendre de l’œdème des jambes, surtout de la gauche.

Mais le danger le plus grand est celui de la transmission de la pustule maligne. Rousseau a donné une observation qui donne à penser que la morve peut être aussi contractée par le travail du crin. asAiss 2)

Enfin on a rencontré parmi les ouvriers plusieurs cas d'intoxication saturnine parce que, pour le crin de cheval, on emploie souvent, au lieu de la teinture dont nous avons donné la composition, de la litharge (1).

La première condition pour atténuer l'odeur et les effets pathologiques de la putréfaction est de ne plus tolérer la séparation des fragments d'épiderme par la voie humide, c'est-à-dire par la fermentation, et d'exiger que le résultat soit obtenu par l’action de la vapeur d’eau en vase couvert et par un battage mécanique avec enveloppe hermétique. Rien que cette amélioration suffit pour sauver, de ce côté, la salubrité publique, car cette fermentation développe, seule, des émanations ammoniacales et infectes capables de se propager au loin.

Les eaux de bouillage et de teinture dégagent aussi des odeurs putrides, surtout pendant qu'elles sont chaudes. L'hygiène intérieure exige qu’on en débarrasse l’usine le plus tôt possible; mais leur déversement ne doit être permis que par des canaux souterrains. L’incinération des déchets est aussi une grande cause d'infection extérieure. Quoique accidentelle, elle ne devrait être permise qu'avec des fours fumivores et une cheminée très élevée. Dans ces conditions, elle est certainement préférable à l’inhumation qui reproduit les inconvénients des puisards.

L'indication la plus pressante pour l'hygiène des ouvriers est de diminuer les chances de pustule maligne. On peut

(1) Hitzig, Studien über blewer Giftung in Annales d'hygiène.

déjà y arriver par un bon choix de provenance des matières premières. Ainsi les provenances d'Allemagne et de Russie exposent beaucoup plus que celles d'Amérique et celles de France. L'industrie a besoin, il est vrai, d’une grande latitude pour ses achats. Mais on devrait exiger, tout au moins pour les crins de Russie et d'Allemagne, un lavage préalable et même une désinfection à l’étuve. D'autre part pour ce danger comme pour tous les autres, 1l y a avantage à diminuer de plus en plus la main-d'œuvre.

Rien ne serait plus facile que d'appliquer aux crins avant même le triage, les batteries que nous décrirons pour le nettoyage de la laine. On diminuerait ainsi largement l’action pernicieuse des poussières. Maintenant qu'il existe une machine à peigner, on peut aussi la doter d’une ventilation partielle et aspiratrice. Pour les buées des chaudières, on peut disposer celles-ci sous des hottes vitrées. Quant aux lésions dues au mouvement professionnel, les trieuses pourraient éviter les ampoules et les durillons en mettant des gants, les fileurs en s’armant de manicles et de doigtiers. Mais le meilleur remède est la substitution des machines à la main d'homme. C’est déja fait pour le peignage. Espérons qu'on arrivera aussi à rendre le filage mécanique.

Dans la confection des brosses, 1l serait facile de déshabituer les ouvriers de frotter les carottes dans leurs mains pour les débarrasser de la nouvelle poussière acquise. Ce nettoyage serait bien plus sûrement obtenu par une nouvelle mise en batteuse. Dans la confection des tissus de crins, le mécanisme reste le même que pour tout tissage; il faut seulement l'intervention d’une pince particulière sans intérêt hygiénique.

En ce qui concerne la préparation du crin végétal, le peignage, qui a surtout pour but de dilacérer les feuilles du palmier en filaments, est très fatigant et expose aussi à des poussières quand il est fait avec une simple carde à main. Aussi tend-on à se servir de plus en plus d’un tambour tournant rapidement sur son axe et hérissé de pointes: malheureusement ce peignage mécanique donne lieu à de

fréquents accidents traumatiques. L’ouvrier obligé de présenter les bottes de feuilles à la bouche du tambour, se laisse souvent prendre les doigts. La barre dite garde-main qu'on a annexée au tambour ne protège pas suffisamment. Il vaudrait mieux que les bottes fussent présentées à l’aide d'une pince. Viry conseille aussi de prendre certaines précautions pour empêcher les oscillations du tambour et de donner beaucoup de temps de repos, afin que l'attention de l’ouvrier ne soit pas usée par la fatigue.

Enfin je ne puis que m'associer aux vœux exprimés par -Drouineau et par Vallin, pour que le cardage des matelas des particuliers ne soit plus toléré ni dans les rues ni dans les cours des habitations, et qu'on exige que l'opération soit toujours confiée à des industriels spéciaux traitant le erin à la vapeur. |

Le travail des enfants est interdit dans les locaux où il y a des poussières. |

C. — Industries à classement mixte dans lesquelles le travail des enfants est complètement autorisé.

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