FONDERIES DE SUIF
Sommaire technique. — Les fonderies de suif ont pour but d'extraire la graisse des animaux, des mailles conjonctives et des cellules adipeuses qui les renferment, c'est certainement l'industrie la plus répandue, parce que partout où il y a un abattoir et même une simple tuerie, on cherche à tirer parti des tissus non comestibles, et parce que la graisse animale trouve un grand nombre d’applications industrielles et commerciales. Le moyen principal d'isoler la graisse de son contenant, le seul qui aujourd'hui encore soit employé dans les petites localités, mème sans le moindre correctif, est la fusion par la chaleur à 100 degrés. Sous l'influence de cette température, la graisse se liquéfie, se dilate, fait éclater les cellules, et conquiert ainsi sa liberté. Il en résulte d’abord la production d’un liquide
laiteux, puis, l’eau s'évaporant, la masse liquide devient plus claire. On continue à chaufler jusqu’à ce que les membranes aient perdu leur eau, se racornissent et ne donnent plus de graisse. On laisse un peu refroidir et on coule à travers des tamis dans des moules. Les résidus membraneux sont employés comme engrais.
Quand le suif est destiné à la fabrication des chandelles, il est nécessaire qu'il soit préalablement durci. Dans les petites fonderies on se contente de le plonger dans de Purime putréfiée. Dans les usines d’une certaine importance, on le soumet à l’action de l'acide sulfurique ou du sucrate de plomb. |
Hygiénologie. — Les fonderies répandent une odeur excessivement nauséabonde et pénible à supporter. Il est probable aussi qu'il ne s’agit pas seulement d’une simple incommodité et que les effets pathologiques de ces émanations, quoique peu connus et peu intenses, n’en sont pas moins réels. L’acroléine, entre autres parties constituantes de ces émanations, irrite vivement les muqueuses conjonctive, pituitaire, pharyngienne et pulmonaire. IL est des personnes qui ne peuvent passer dans le voisinage d’une fonderie en activité, sans être prises de larmoïiement et d’un accès de toux quinteuse. L'éloignement des fonderies ne sauvegarde évidemment que la salubrité publique, et encore incomplètement, car certains vents peuvent faire retentir leurs effets au loin. Quant aux ouvriers, il est évident que le véritable but est d'arriver à supprimer les émanations elles-mêmes. Non seulement on aura ainsi assaini les fonderies, mais on aura rendu possible leur installation à proximité des lieux habités.
On a d’abord songé à broyer les tissus entre des meules avant de les plonger dans la chaudière. On permet ainsi à l'opération de la fusion d’être moins longue et de s’effectuer à une température moins élevée. Mais en pratique on a constaté que les émanations n'étaient point atténuées d’une manière bien sensible.
On a conseillé de remplacer le chauffage à feu nu par le
chauffage à la vapeur, soit en faisant circuler cette dernière à l'extérieur de la chaudière, soit en la faisant arriver dans la masse. Mais on y gagne seulement de ne pas exposer la matière en fusion à s’enflammer. On n’en doit pas moins prescrire ce mode de chauffage, au point de vue du danger d'incendie. Son adoption suffit mème pour faire passer les fonderies de la première dans la deuxième classe.
Une certaine amélioration se trouve réalisée par l'emploi de la méthode dite de d’Arcet. Elle consiste à combiner l’action de l’acide sulfurique avec celle de la chaleur. L’acide produit à la fois une décomposition chimique et une désagrégation des cellules. Le mélange de graisse, d'acide sulfurique et d'eau, a encore besoin d’être soumis à une ébullition de deux heures et demie.
On peut mettre sur le même rang la néthode Lefébure, qui a toutefois sur la précédente l’avantage de ne pas donner lieu à un fort dégagement d'acide pendant la fusion. Les matières animales sont macérées à froid pendant trois jours, dans de l'acide sulfurique, de l’acide azotique ou de l'acide chlorhydrique. Les matières sont ensuite retirées pour être fondues dans les chaudières uniquement avec de l’eau pure.
M. Evrard a indiqué un procédé qui a été considéré, par beaucoup de chimistes et d’industriels, comme très heureux, Il consiste à remplacer l'acide sulfurique par des alcalins qui ramollissent et dissolvent mème les tissus conjonctifs. Les chaudières ne donneraient alors qu'une légère odeur comparable à celle du bouillon de viande chaud.
Ces trois procédés donnent déjà de bons résultats, même avec des chaudières découvertes et chauflées à feu nu. Mais l’atténuation des odeurs est encore plus considérable si on se’ sert de chaudières fermées et chauffées à la vapeur. Il convient donc de recommander de compléter la méthode de d’Arcet par l'emploi de la chaudière close dite appareil de Fouché. |
C’est une chaudière dont le couvercle équilibré peut être fixé solidement par des écrous et est muni d’une soupape
de süreté, ainsi que d’un trou d'homme, permettant au besoin d'opérer le brassage de l'extérieur. Sur le fond de la chaudière repose un serpentin concentrique où circule de la vapeur. Dans le voisinage de la soupape de sureté, un tuyau part du couvercle et est destiné à conduire les émanations dans un condensateur. De Îa Pa per partie supérieure de Fig. 171. —- Appareil de Fouché. celui-ci part un autre tuyau qui conduit à la
cheminée les gaz qui n’ont pas cédé à la condensation. Dans ces conditions d'installation et de fonctionnement, les fonderies de suif sont déjà parfaitement acceptables. Mais les odeurs sont encore loin d’être supprimées. Aussi les hygiénistes doivent-ils suivre avec le plus grand intérèt les efforts qui sont tentés pour obtenir une atténuation plus complète et se tenir prêts à en vulgariser l'application. Ces tentatives ont surtout porté sur des dispositifs permettant de bruler les émanations ayant échappé à la condensation, ou même de remplacer celle-e1 par une combustion totale. Le dispositif qui donne les meilleurs résultats est certainement celui établi par Foucou. Les vapeurs qui s'accumulent entre le couvercle de la chaudière et la masse en fusion, trouvent une issue dans une ouverture qui leur donne accès dans un conduit ou carneau aboutissant à une cheminée d'appel qui non seulement les attire, mais les force à traverser un foyer spécial où elles sont brülées. Il est un autre procédé installé par M. Price, à Londres, qu’on peut aussi imiter, Au milieu du couvercle de la chaudière existe une ouverture quadrangulaire, pourvue d’une fermeture à eau et permettant le service de la cuve. D'un autre point du couvercle part un tube en U dont une branche traverse
le sol de l'atelier et débouche dans une conduite aboutis-
sant à la Tamise. Un peu au-dessus du point d’abouchement est branché
un tuyau amenant une pluie d’eau froide lancée par une pompe foulante.
Cette pluie réalise une condensation parfaite (1).
Un nouveau
Tuyau de dégagement
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