FABRICATION DES EXTRAITS TANNIQUES
Sommaire technique. — Ces extraits sont destinés à remplacer le tan ordinaire dans le tannage de cuir, à agir plus rapidement et avec une matière moins éncombrante. Les bois généralement employés pour leur préparation sont le ‘chêne et le châtaignier. Les opérations sont les suivantes :
1° Le découpage du bois. — A se fait au moyen d'une machine très puissante dite varlope, qui se compose essentiellement d'un porfe-couteaur ayant la forme de deux troncs de cône réunis par leur petite base et armé de douze lames tranchantes, d'un bâtis formant caisson dans lequel les büches de bois sont placées, et d'un chariot
D92 TRAITÉ D'HYGIENE INDUSTRIELLE. | poussant progressivement les büches vers les couteaux ;
2° Le lessivage, qui a pour but d'enlever aux copeaux le Lannin sous forme de dissolution aqueuse. Il s'opère dans un jeu de cinq cuves. Une combinaison de pompes et de tuyaux permet de faire passer à volonté le jeu de chaque cuve dans l’une ou l’autre des quatre autres cuves. Le lessivage se fait au moyen d’un jet de vapeur qui arrive au centre du fond de la cuve. Ce jet fait remonter les jus dans un tube placé au-dessus et percé de trous à sa partie inférieure. Le jus retombe à la surface de la masse de copeaux, redescend peu à peu en la traversant par les trous dans le tube pour être lancé de nouveau. Il se fait donc ainsi un courant continu qui charge de plus en plus la lessive de tannin. Les copeaux sont amenés de la salle des varlopes par une chaîne qui les déverse dans une cuve renfermant un panier en treillis de cuivre. Un pont roulant enlève Le panier plein et le transporte dans la cuve à lessivage;
3° La décoloration, qui consiste à abaisser d’abord la température du jus, à le traiter par une très petite quantité d'acide sulfurique pour précipiter les sels de chaux; puis par du sang de bœuf qu'on fait coaguler en élevant la température ;
4° La concentration, qui s'effectue dans la machine à triple effet employée dans les sucreries.
Hygiénologie. — Cette industrie a eu la bonne fortune de naître à une époque où la mécanique industrielle a déjà atteint un très haut degré de perfection. Elle a profité immédiatement des bienfaits de l'expérience du passé. Elle s'est trouvée, dès son origine, douée d’un outillage la placant dans de bonnes conditions hygiéniques: Tout est l'œuvre de machines et d'appareils fonctionnant automaüquement. L'ouvrier n’a plus à fournir que de la surveillance ou une certaine main-d'œuvre pour servir les machines. Ils n’ont plus à souffrir que des alternatives de froid et de chaud et parfois de quelques buées dans cerlaïnes parties des ateliérs, Depuis cinq ans, je n'ai eu à
INDUSTRIES NON CLASSÉES. 508 observer dans l'usine de M. Luc, de Nancy, que des accidents de machines, quelques lièvres typhoïdes el deux pneumonles. |
Pour la salubrité publique, il y a deux dangers. L'un n'a encore qu'une valeur théorique el est relatif au déversement dans les rivières d'eaux résiduaires chargées d'acide sulfurique. Sous ce rapport, aucune plainte n'a encore été formulée. Il est probable du reste que cet acide est en grande partie annihilé par son action mème sur les copeaux. Le second ést plus sérieux et a provoqué à Nancy des plaintes nombreuses. L'industriel se trouve encombré des masses considérables de copeaux épuisés, et il est tout naturel qu'il les emploie comme unique combustible. Mais ces copeaux, tout imprégnés d'eau acide, engendrent en grande abondance une fumée épaisse el irritante ayant peu de tendance à se diffuser dans l'atmosphère, et venant incommoder considérablement les habitants dans un grand rayon, Il est done indispensable d'exiger lemploi de puissants moyens fumivores. Dans l'usine Lue, on a obtenu d'assez bons résultats avec des fours où la grille à gradins se trouve combinée avec une distribution méthodique, réalisée à Faide d’une vis sans fin,