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ATELIERS DE FLEURS ARTIFICIELLES

L'hygiène pourrait au besoin ne pas se préoccuper du travail individuel en chambre et des petits magasins où l’on recoit les pièces Loutes préparées, et où lof ne s'occupe que de leur montage. I n'en est plus de même des grands ateliers où l’on effectue sur une large échelle toutes les opérations nécessaires pour transformer de simples matières premières en fleurs elen feuillages.

Sommaire technique. — La série des opérations commence par la préparation de la pâte, qui consiste à mélanger la couleur en poudre avec une bouillie d'amidon. Viennent ensuite le tempage, qui consiste à plonger et à malaxer létolfe dans le mélange précédent; le 4rossage, qui

PoINCANE, Hyg. industr, JS

a pour but de répartir uniformément la couleur sur l’étoffe en la frottant avec une brosse; le séchage, pour lequel on tend l’étoffe sur un cadre, en l'y fixant sur des pointes; le découpage, qui consiste à tailler dans l’étofle les divers organes des végétaux et qui s'effectue à l’aide d’emportepièces présentant les contours de ceux-ci, et qui nécessite qu'on plie le tissu en plusieurs doubles, afin d'obtenir plusieurs spécimens du mème coup; le #ontage, qui a pour but d’assembler avec des tiges de laiton les unités obtenues en copiant la nature, pour reproduire des tiges, des branches de fleurs entières, et même des bouquets; enfin, comme opération spéciale et complémentaire, le damantage qui consiste à enduire les feuilles et les fleurs d'une substance gluante, sur laquelle on fait tomber, à l’aide d'un tamis, de la poussière de cristal qui doit réaliser les effets de la rosée > réfléchissant les rayons du soleil.

Hygiénologie. — Les ateliers de fleurs artificielles compromettent peu la salubrité publique. Les poussières nocives sont toujours en trop petite quantité pour étendre leur action en dehors de la fabrique, du moins d’une mamère appréciable. Toutefois, les eaux de lavage peuvent créer de véritables dangers, si elles sont abandonnées sur la voie publique, ou si elles s’écoulent dans des conditions permettant des infiltrations.

Les ouvrières sont non seulement exposées directement aux poussières toxiques et au contact des pâtes vénéneuses, mais encore à de véritables inoculations, par suite des piqüres et des écorchures qu'elles se font, surtout après les pointes qui leur servent à tendre sur dé cadres les toiles trempées dans la matière colorante.

La grande variété de colorations qu'on est obligé de reproduire fait que cette industrie peut engendrer des intoxications de différentes natures : l’intoxication saturnine, parce que les teintes blanches, jaunes et rouges, sont souvent obtenues avec le carbonate de plomb, le chromate de plomb et l’oxyde de plomb; l’intoxication mercurielle.

INDUSTRIES NON CLASSÉES. 995 parce que certains rouges sont réalisés avec le sulfure, le bi-iodure et le chromate de mercure; l’intoxication arsenicale, par l'obtention de teintes jaunes et vertes à l'aide du sulfure d’arsenic et de l’arséniate de cuivre. De là des effets cliniques des plus complexes, des combinaisons en toutes proportions , des symptomatologies dites saturnisme, bydrargyrisme, arsénicisme. Mais lintoxication arsenicale est toujours la note dominante et couvre presque toujours les autres, parce que dans ce genre de confection ce sont toujours les parties vertes qni dominent, (Voir pour les effets du plomb, page 89; pour les effets du mercure, page 83; pour les effets de l’arsenie, page 86.)

On peut dire qu'il n'est aucune des opérations qui ne tendent à imprégner les ouvriers de ces divers poisons. Au moment où ils versent la couleur en poudre dans la soluion d’amidon, ils sont enveloppés d’un nuage de la poussière toxique. Pendant le trempage, leurs mains et leurs avant-bras barbotent dans la pâte. Pendant le brossage, ils sont éclaboussés. Pour le séchage, 1ls s’exposent à des piqüres empoisonnées. Le montage lui-même, en secouant les feuillages et les fleurs, répand de la poussière vénéneuse dans l AIDE de la chambre.

En dehors du plomb qui entre dans la AR du cristal, le diamantage crée de nouveaux dangers par le fait de cette poussière 1rritante et pénétrante qui s'engage dans les profondeurs des voies pulmonaires. De là des amygdalites, des angines et des bronchites, voire mème des pneumonies caséeuses.

Depuis quelques années, les découvertes des belles couleurs d’aniline ont offert un champ nouveau et fertile. à l'industrie des fleurs artificielles. On obtient ainsi des nuances bien plus suaves et plus variées qu'avec les couleurs minérales et végétales ordinaires. Il y a là aussi, bien certainement, un progrès hygiénique, puisqu'on peut espérer que les couleurs arsenicales, mercurielles, plombiques, etc., finiront par être abandonnées. Mais Napias a

fait voir (1) que ces nouvelles couleurs causaient aussi certains accidents chez les fleuristes. Ainsi, celles qui manient la couleur dite géranium, laquelle est à base d’éosine, se plaignent d'avoir des coliques eten même temps des plaques rouges douloureuses sur la peau. Ce sont surtout celles qui manient la toile teinte sèche. Du reste, l'air de l'atelier est notoirement chargé de poussières rouges. La mème poussière couvre le visage et les cheveux des ouvrières. l'est d’autres variétés d’éosnfe qui font éternuer violemment, en raison de la grande quantité de brome qu'elles renferment; tels sont particulièrement le rouge extra monnet, le rose bengale, le rouge multiple ou vésuve. Enfin certains érythèmes prurigineux sont dus à l'emploi de couleurs fournies par des dérivés azoïques.

L'intérêt de la salubrité publique demanderait qu'on exerçât une certaine surveillance sur les eaux de lavage, et surtout sur les balayures d'ateliers, qui sont parfois versées simplement sur les tas des rues.

Pour l'hygiène des ouvriers, il faut prendre en considération les mesures de propreté personnelle et les dispositifs adoptés par le patron pour l’exécution du travail.

Les ouvriers auront des vètements d'atelier; 1ls ne prendront aucun repas dans ce dernier, et au moment de Île quitter, ils devront se lotionner avec une solution à 10 p. 100 d'acide chlorhydrique. Avant de travailler, ils se frotteront les mains avec de la poudre de tale.

Les patrons devront adopter pour la préparation de la pète des vases clos dent le couvercie n'aura que l'ouverture nécessaire pour livrer passage à la spatule-agitateur. Pour le vert arsenical en particulier, ils feront même bien de ne l'acheter que broyé et mélangé à de l'huile de lin. Il est vrai que le danger sera ainsi reporté sur une autre industrie et un autre groupe d'ouvriers; mais il s'agira d'usines où le travail, se faisant en grand, pourra ètre exécuté dans de meilleures conditions d'outillage, et par des hommes

(1) Revue d'hygiène, 1884, p. 1014,

qui sont moins impressionnables aux intoxications. On a conseillé aussi, non sans raison, d'incorporer le vert arsenical à un collodion spécial. Le mieux est encore la suppression de ce moyen de coloration. Malheureusement, on ne peut pas encore recourir à un vert d'aniline, vu que la nuance convenable se décolore très vite au soleil: mais on peut, en attendant, employer une combinaison de chromate de potasse et de cyanure de fer.

Les inconvénients de l’éosine et des composés. azoïques sont très atténués par l'usage d'un masque en gaze légère, d'un bonnet de toile serré sur la tête ; 1l importe aussi de n’accepter que de l’éosine à base d’alumine et de refuser celle à base de plomb.

La pâte, quelle que soit sa composition, doit être étendue à l’aide d’une brosse munie d’un manche, il faut mème armer la main d’un gant de cuir. Pour battre les étoffes peintes, il faut le faire à travers une couverture épaisse. Les pointes des cadres doivent être assez espacées pour éviter les piqüres des doigts. L'étoffe sera toujours roulée au lieu d’être pliée, pour éviter les cassures pulvérulentes,.

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