INDUSTRIE DE LA NACRE
Sommaire technique. — La nacre est une substance sécrétée dans l’intérieur des coquilles de certains mollusques. Ces coquilles sont recueillies par des plongeurs au fond de la mer. Avant de l’expédier en Europe, on la débarrasse des parties non nacrées.
Les opérations industrielles sont : 1° le sciage des coquilles, qui se fait aujourd'hui à l’aide de scies circulaires ; 2° le décapage qui consiste à plonger les coquilles dans un bain chaud d'acide chlorhydrique; 3° l’émeulage ou usure des coquilles sur une meule; 4° le ponçage, qui est un polissage obtenu avec du tripoli mouillé d’acide sulfurique ;
(1) Du Mesnil, Annales d'hygiène, 9% série, t. XLI, 1874, p. 332.
»° le détourage, et ajourage, qui ont pour but de déchiqueter la nacre avec une petite scie, suivant les contours d'un dessin préalablement tracé; 6° la gravure, qui se fait au burin ; T'le découpage, qui enlève sur les déchets les parlies utilisables avec un emporte-pièce; 8° la pulvérisation, qui a pour but d'obtenir de la poudre de nacre servant à brillanter les fleurs et qui consiste à cuire les coquilles pour les écailler, à les pulvériser avec un broyeur et enfin à tamiser; ® l'ercartonnage ou la mise en carton pour lexpédition. |
Hygiénologie. — Les scieurs sont obligés non seulement de rester constamment debout, mais en outre ils doivent se tenir la tête penchée sur la scie. A la fatigue vient done s'ajouter l'absorption forcée d’une grande quantité de poussières à arêtes dures et tranchantes susceptibles par conséquent de s’insinuer dans l'intimité des tissus. Aussi Mahier et Chevalier (1), ainsi que Layet, ont-ils pu dire avec toutes les apparences de la vérité que les nacriers étaient sujets à une toux opiniâtre, des bronchorrhées, des hémoptysies, de l'emphysème, de la phthisie, des ophthalmies chroniques. Duchesne et Michel (2) estiment que ces auteurs ont exagéré le tableau. Mais 1l est probable que la différence d'appréciation provient de ce que ces derniers ont surtout observé dans les usines où les scies étaient munies dé boîtes ventilatrices. C'est là une disposition qui devra être obligatoire, d'autant plus que la voie humide doit être condamnée. Contrairement à ce qui se passe pour les autres poussières, celle de nacre nuit plus quand elle est humectée que lorsqu'elle est sèche; sans doute parce qu'étant alors moins légère, elle est moins entraînée par les courants d'air et qu'elle n’est pas cependant assez lourde pour être rabattue.
Toutes ces précautions sont d'autant plus nécessaires qu'il y a probablement à tenir compte de l'influence des particules organiques en putréfaction et de la composition
(1) Annales d'hygiène, 1'e série, t, XLVTIT. 1852. (2) Revue d'hygiène, 1882, p. 657,
de la partie minérale. En tout cas Jelinck (1) vient de signaler un état pathologique qu'il nomme ostéo-myélite des tourneurs de nacre. L'affection débute par des symptômes rappelant ceux du rhumatisme. Mais au bout de deux ou trois semaines on voit apparaître des tuméfactions douloureuses à la pression, au niveau de l'extrémité des diaphyses des os longs et n’occupant jamais ni la partie moyenne du corps de l'os ni les épiphyses. Les os les plus ordinairement attaqués sont le maxillaire inférieur, le sternum et l’omoplate, surtout dans les points non masqués par des muscles. La terminaison par suppuration est excessivement rare. Jelinck a trouvé des processus emboliques dans la moelle des os. Il a retrouvé dans celle-ci la poussière de nacre.
Pour la confection des boutons de nacre, le sciage est. remplacé par le découpage à la fraise cylindrique. Ce procédénécessite encore plus l'adaptation d'une ventilation, car l'ouvrier est obligé de se pencher davantage sur son travail.
Le décapage expose à la fois à des émanations putrides et à des vapeurs d'acide chlorhydrique. Pour enlever la matière gluante des algues qui adhère aux coquilles, il faut en effet d’abord les plonger pendant un mois dans un bain de chaux. Mais ense servant de bains bouillants, le résultat peut être obtenu en 5 ou 6 heures. Les vapeurs d'acide chlorhydrique du bain qui succède au précédent sont tellement caustiques que parfois Les vêtements des ouvriers tombent en lambeaux. Aussi est-il indispensable de surmonter les cuves de hottes avec foyers en activité. De temps en temps l’ouvrier est obligé de retirer les coquilles pour s'assurer que l'opération est suffisante. Il la fait souventavecses mains. On doit exiger l’emploide pinces enbois.
L'émeulage est fatigant parce que l’ouvrier est obligé de presser énergiquement la coquille contre la meule. Il est aussi l’occasion d’émanations putrides fournies par le bain dans lequel la meule plonge partiellement et où s’ac-
(1) Semaine médicale, 1884, p. 500
cumulent toutes les poussières. C'est surtout pendant l’hiver que cette odeur devient insupportable parce que pour éviter le froid les ouvriers se servent d’eau chaude. Ce bain dont leurs mains sont continuellement imprégnées a des propriétés excessivement irritantes. Il produit dans les mains une démangeaisou insupportable qui, toutefois, ne ne se fait sentir qu'en dehors du travail et qui se calme par l'immersion dans l’eau. En outre il se forme une érosion débutant par la matrice de l’ongle, et qui finit par s'étendre jusqu'à l’espace interdigital. Duchesne et Michel attribuent cet effet à la chaux des coquilles. En tout cas on peut éviter l'odeur et l'érosion en ayant soin de renouveler fréquemment l’eau des baquets, ou mieux encore, en établissant un courant continu, à l’aide d’un trou percé au fond” du baquet et d’un tuyau amenant un filet d'eau.
Ïl est une opération intermittente qui paraît particulièrement dangereuse. Les meules neuves ne sont jamais exactement cylindriques et on est obligé de les y rendre en enlevant par usure jusqu'à 1 ou 2 centimètres de leur épaisseur. Ce travail quise fait avec une tige d’acier,et à see, dégage tellement de poussières dangereuses que les ouvriers mettent d'eux-mêmes des mouchoirs devant leur bouche, et qu'ils aiment mieux souvent payer un camarade pour qu'il exécute l'ouvrage. Si ce redressement ne peut réellement ètre fait qu'à sec, il devrait tout au moins être exécuté dans des conditions de ventilation partielle. La même disposition doit être prise pour le polissage, pour le détourage, l'ajourage, la gravure, le découpage; ils exigent aussi des établis à ventilation. Pour le tamisage il faut enfermer le tamis dans un sac.