COUTELLERIE
Sommaire technique. — Elle comprend trois ordres d'opération : le travail de la forge, le travail de l’aiguisage et le travail du montage.
Le travail de la forge comprend : 1° le corroyage qui a pour but de rendre le métal homogène doux et serré et qui consiste en un véritable malaxage par martelage au rouge; 2° le damasquinage qui donne à la lame de l'élasticité, de la sohdité et plus de tranchant; 3° la trempe qui consiste à refroidir brusquement l'acier, ce qui le rend plus dur et plus tenace. |
Le #ravail d'aiguisage comprend : 1° l'émoulage qui se
fait sur des meules de grès avec un enduit d’eau et de suif; 2° l’affilage qui se fait avec des pierres à aiguiser; 3° le polissage qui, suivant les qualités des lames, se fait soit sur une roue en bois recouverte de cuir enduit de potée d'étain ou d'un mélange d’eau-de-vie, de potée d'étain et de poussière d'acier, soit en fixant la lame dans un étau et la frottant avec un morceau de bois recouvert d'émeri, soit sur une roue garnie de brosses imbibées de bouillie d'émert, de potée et de ronge.
Le travail du montage qui comprend : 1° le /mage qui a pour but de donner la forme voulue; 2° la préparation des manches; 3° l'ajustage qui fixe la lame sur le manche.
Hygiénologie. — Dans toutes les industries où il faut : user et aiguiser sur des meules des instruments en acier, la grande préoccupation doit ètre de diminuer, sinon de supprimer à la fois les poussières siliceuses des meules et les poussières métalliques des objets en confection. On peut déjà diminuer les premières en se servant de meules artificielles en émeri et gomme laque. Mais ces meules ont l'inconvénient d’éclater fréquemment, et leurs avantages sont presque contrebalancés par les accidents traumatiques qu'elles peuvent produire. Une mesure qui diminue incontestablement à la fois les deux espèces de poussière, en les fixant, est d'employer la voie humide, c'est-à-dire de mouiller constamment les meules. Le seul inconvénient industriel de cette méthode est d’être moins rapide et de fournir par conséquent un moindre rendement. Mais l'intérêt hygiénique doit ici primer lintérèt commercial et la valeur du salaire. Il faut dire à l'honneur de la France que la voie humide y est seule admise et que la voie sèche n’est guère adoptée qu'en Angleterre. Toutefois cette mesure, quoique fondamentale, n’est pas encore suffisante. L'eau ne fixe pas toutes les poussières, et leur état d'humidité ne les empèche pas complètement d'irriter les muqueuses et de pénétrer dans les tissus. Du reste les meules ont à chaque instant besoin d'être soumises au retaillage, et cette opération s'effectue forcément à sec. Aussi faut-il en outre que Îles
meules soient enfermées dans une boîte ne présentant qu'une fenètre pour permettre Le travail de l’ouvrier sur la meule et que cette boîte communique du côté opposé avec un canal où un ventilateur exerce une aspiration puissante.
On doit d'autre part empêcher les ouvriers de se coucher, la poitrine appuyant de tout le poids du corps sur l’objet et la meule. Ce sera une diminution de gain pour ceux qui travaillent à la pièce, car ce procédé augmente le rendement, mais peu importe, car il vaut encore mieux ne pas s’exposer aux déformations du thorax et aux hernies qu'il peut déterminer. Il reste à trouver le moyen d’atténuer les inconvénients de lhumidité et de la boue dont la voie humide entoure et couvre les ouvriers.