‹ Traité d'hygiène industrielleChapitre 24 sur 172 · FABRIQUES DIE VERNIS GHAS · texte numérisé non relu

FABRIQUES DIE VERNIS GHAS

Sommaire technique.— Le but industriel des vernis est de procurer aux objets qu'ils enduisent un certain éclat par l'effet combiné de la réflexion et de la réfraction des rayons lumineux, C'est en outre de les protéger contre les agents extérieurs, Ces enduits sont obtenus avec des mulières résineuses où gommo-résineuses dissoules dans un véhicule qui peut être où de Péther, ou de lalcool, ou de l'essence de térébenthine où une huile grasse, Le vélhicule, quel qu'il soit, finit par s'évaporer plus où moins complètement, laissant à la surface de Pobjel la résine dissoute sous forme d'enduit sec, Ien résulte qu'un vernis est d'autant plus siccahf, c'est-à-dire qu'ilse dessèche dautant plus vite que le véhicule est plus volatil, De là quatre espèces de vernis qui sont, avec des aptitudes siccatives de moins en moins prononcées : 4° les vernis à l'éther; 2° les vernis à l'alcool; 3° les vernis à l'essence de térébenthine; 4° les vernis aux huiles grasses, Malgré la communauté de but, ces vernis n'intéressent pas au mème degré la salubrité publique, On n'a rangé dans la première classe que les vernis gras et les vernis à l'essence, Il ne sera par conséquent question ici que de ces derniers, Il est cependant des maisons qui fabriquent toutes les espèces de vernis, mais 11 est évident qu'on doit alors leur appliquer la réglementation de la production la plusdangereuse,

Tous les vernis gras sont formés d'un mélange de copal, d'huile de fin et d'essence de térébenthine, Les différences ne portent que sur les proportions relatives, Avant d'être mis en présence, le copal doit être fondu isolément et l'huile de lin portée elle-même, à part et préalablement, à près de 200°, 11 faut en outre que l'un et l'autre ingrédient soient tout d'abord l'objet de manipulations préparatoires ayant pour but d'établir un choix, Pour le copal, il faut assortir ensemble les morceaux de mûme couleur et de même fusibilité, L'assortiment de couleur ne vise que la beauté

du vernis, mais celui de la fusibilité a une grande impor tance technique, car pendant le temps que les morceaux les moins fusibles mettraient à se liquéfier, le copal déjà fondu s'altérerait, Pour faire ce choix l’ouvrier trieur est obligé d'essayer les morceaux sur une barre de fer rougie, ou bien de les faire tremper dans une lessive alcaline qui les ramollht inégalement suivant leur degré de fusibilité, et de Les laver ensuite pour les débarrasser de la lessive adhérente.

Pour lhaile de lin il faut s'assurer qu'elle n'est point falsifiée par de Phuile de poisson ou du suif, en la faisant bouillie dans une chaudière avec de la Hitharge, Le liquide décanté doit devenir très clair, s'il est pur,

Les malières premières étant reconnues bonnes et assorlies, on fait d’une part chauffer l'huile dans une chaudière spéciale jusqu'à ce qu'elle ait atteint 450 à 200°: d'autre part on fait fondre le copal dans des matras de cuivre, en ayant soin d'agiter continuellement avec une spatule, Lorsque la fusion est complète, on ajoute l'huile chaude par petites fractions, en agitant le mélange avec beaucoup d'activité, On enlève rapidement le matras pour le porter sous le robinet d'évacuation d'un réservoir renfermant lessence de térébenthine, On ne tourne toutefois ce robinet que lorsque le contenu du matras est en partie refroidi, On ne fait tomber l'essence que par filet, Au début le mélange mousse et est le siège d'une agitation spontanée et suffisante ; mais lorsque leffervescence cesse, il faut remuer avec vigueur, Le mélange opéré, on verse le vernis à travers un tamis on laiton, dans un refroidissoir,

Certains vernis sont en outre colorés en jaune par du safran, du rocou, du curcuma ou de la gomme-gutte, en rouge par de la cochenille où de l'orcanette, et en vert par de l’acétate de cuivre,

Les vernis à l'essence sont particuliërement destinés à enduire des tableaux, Leur formule varie un peu suivant la valeur des objets à enduire, Mais Le véhicule principal reste toujours d'el’essence de térébenthine, On y ajoute à peu près constamment de la térébenthine de Venise et du camphre,

et d'une manière moins constante du mastie, du galipot, de la gomme gutte, de la sandaraque et du verre pilé qui a pour but de diviser lesrésines de facon ten assurer la dissolution par lamultiplication des surfaces, Lomélange s'effectue dans des matras et peut se faire soit à froid, soit chaud, Dans ce dernier cas il faut tumiser avant refroidissement,

Hygiénologie.—1l y a d'abord un danger permanent d'incendie, puisqu'on est obligé de soumettre au feu des mu lières éminemment combustibles, Fest done indispensable non seulement d'éloigner ces fabriques de toute habitation, mais même de séparer le bâtiment où s'effectuent les opérn. tions à chaud de tous les autres, surtout des magasins, [neo serait même pas excessif de placer louverture d'entretien des foyers à l'extérieur de Patelier, sion ne peut pas arriver remplacer le charbon par le chauffage à la vapeur, Loin de là, dans toutes les fabriques on se contente de placer les matras de fusion sur une grille chargée de charbons dont on active la combustion par plusieurs tuyaux de lirage disposés autour du foyer, La moindre fêlure du matras, le moindre déborde. ment de son contenu peut allumer un incendie considérable el occasionner des brûlures graves chez les ouvriers, Les chaudières devraient être surmontées de couverelos pouvant être abaissés rapidement par une chaîne el une poulie, de façon à étoufler le contenu enflammé et être anquées d'un récipient de trop-plein où s'écoulera le liquide débordant sous l'influence de l'ébullition, est évident qu'il faut en outre appliquer les règles générales indiquées à la page 47, c'est-à-dire exiger un éclairage avec des lanternes dorman: tes, un approvisionnement de malitres premières on rap port avec les besoins de la production, un revétementen plâtre sur tout ce qui est bois dans la construction, la prés sence d'une pompe à incendie et de las de sable, ete,

Le voisinage des fabriques de vernis est jugé surtout insupportable à cause des odeurs à la fois écœurantes et irritantes qu'elles répandent par le fait de la fusion du copal, de la cuisson de lhuile de in et de la vaporisation de l'es sonce de térébenthine, C'est à tort que les crrements admis

nistratifs autorisent différentes industries à fabriquer ellesmêmes les vernis dont elles ont besoin dans quelques-unes de leurs opérations sous prétexte que cette fabrication se fait sur une petite échelle, On devrait toujours forcer ces industriels à acheter leurs vernis tout faits dans les fabriques spéciales qui, elles, seraient toujours maintenues éloignées,

Les ouvriers que les incendies menacent d’une manière plus directe, qui sont continuellement exposés à des brülures sérieuses, qui absorbent des vapeurs plombiques par le fait de la vérification de l'huile de lin, subissent en outre, d'une facon beaucoup plus sérieuse que les voisins, les vapeurs de résine, d'huile en ébullition et d'essence de térébenthine, dont les effets ont été indiqués page 83. Pour eux, plus encore que pour satisfaire la salubrité publique, il importe de paralyser l’action de toutes ces émanations. Le moyen le plus élémentaire est de capter ces vapeurs là où elles se produisent et de les amener dans le foyer. En France, on se contente, pour la fusion du copal, d'amener les vapeurs dans un petit vase réfrigérantet.

En Angleterre, on s'est montré plus pratique encore en utilisant les vapeurs comme produit accessoire. Les chaudières sont hermétiquement fermées et ne présentent qu'une seule ouverture pour le passage de l'instrument agitateur, Les vapeurs trouvent au point de jonction du couvercle et de la chaudière un débouché qui les fait passer dans un réfrigérant formé par une série de tubes disposés en jeu d'orgue. Le premier des tubes est en connexion avec un ventilateur à palettes qui aspire les vapeurs. Celles-ei se condensent dans les points déclives des tubes sous forme d'un liquide noir qui, après certaines manipulations, devient une matière commerciale (4). Malheureusement le secret de ces manipulations est resté inconnu. Mais on peut négliger le profit et employer le procédé de condensation dans un but exclusivement hygiénique. On arriverait aussi à une équivalence hygiénique en appliquant le procédé im-

(1) Freyeinet, loco citato, p. ?

venté dans l'usine Desguiraud, de Nantes, qui permet de fabriquer les vernis à froid. L’assainissement est si parfait que le Conseil d'hygiène de la Loire-[nférieure n’a pas hésité à ne pas proscrire cet établissement d’un centre habité. Il est malheureux que le respect de la propriété industrielle ne permette pas de forcer l’inventeur à faire connaître son procédé.

On peut dire que la fabrication des vernis à essence est

A gitateur pra d'orgue

condensateur ||

Ventilateur

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beaucoup moins dangereuse que la précédente au point de vue des incendies ; qu’elle n’expose guère que les ouvriers aux vapeurs d'essence de térébenthine. Elle aurait done des droits à être placée dans la deuxième classe, tout comme celle des vernis à l'alcool. Du reste, ici le classement reste à peu près illusoire, vu que la fabrication se fait surtout sur une petite échelle et est généralement tolérée dans les centres de population. Mais il vaudrait mieux de grandes fabriques exclusives préparant en grand toutes les espèces de vernis et toujours soumises aux conditions de la première classe.

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