FABRICATION DU SULFURE DE CARBONE
Sommaire technique.— Il s'obtient en faisant passer du soufre en vapeur sur du charbon chauffé au rouge. Dans
l’industrie l'opération est effectuée dans de grandes cornues cylindriques fixées dans la maçonnerie d’un foyer. Chacune d'elles est munie d'un tube en argile pour l'introduction du soufre : dans l’obturateur est pratiqué un trou où s'emmanche un tuyau par lequel on introduit le charbon : un autre trou s'adapte au tuvau de dégagement qui se rend dans un appareil réfrigérant composé de dix-huit vases en tôle réunis par des tubes siphons.
Le produit ainsi condensé n’est point du sulfure pur. Il renferme encore 10 à 15 0/0 de soufre et de l'hydrogène sulfuré, et 1l a besoin d’être épuré. De là la nécessité d’une nouvelle distillation et un traitement soit par une solution alcaline, soit par le chlore, soit par le mercure pur, soit par de la tournure de cuivre.
Hygiénologie. — Il va sans dx e que pendant la préparation et les manipulations ultérieures du produit industriel, les ouvriers et même les voisins sont constamment exposés à l’action si délétère du sulfure de carbone (voir page 82).
Il se dégage des gornues non seulement du sulfure de carbone, mais encore de grandes quantités d'hydrogène sulfuré et d'oxyde dé carbone. Le sulfure de carbone se condense bien en presque totalité, c’est le but et l'intérêt de l'industrie, mais les deux autres gaz continuent leur route et sortent en totalité dans l'atmosphère, à l'extrémité terminale de l'appareil condensateur. De là de graves inconvénients pour les ouvriers et la salubrité publique, en raison du haut degré de nocuité de ces deux gaz (voir pages 80 et 76).
Il y a aussi à craindre des explosions, au moment du nettoyage des cornues. Gelles-ci ont besoin d’être nettoyées assez souvent, parce que le charbon y laisse des cendres qui s'y accumulent très vite en grande quantité. Ce nettoyage exige qu’on enlève les tubes qui mettent les cornues en correspondance avec les appareils condensateurs. Ceux-ci aspirent de l'air qui se mélange aux gaz qui y sont encore contenus. Il suffit d'une étincelle pour que ce mé-
lange détone, et cette étincelle est souvent fournie par les cornues, au moment où l’on replace le tube.
C’est en raison de ces dangers multiples d'incendie, d’explosion, de l'odeur incommode due à la fois au sulfure de carbone et à l'hydrogène sulfuré et surtout de la gravité de J'empoisonnement par ces deux substances, ainsi que par l'oxyde de carbone, que l'Administration à rangé avec ratson cette industrie dans la première classe.
En dehors de l'éloignement inhérent à ce classement, l'Administration exige que les ateliers soient construits en matériaux incombustibles avec combles en fer, qu’on les ventile énergiquement, qu'on les éclaire par la lumière du jour, qu'on n'y pénètre jamais avec une lumière artificielle, que l'atelier de fabrication soit à une distance de 20 à 30 mètres des autres ateliers, que les appareils de distillation soient séparés des appareils de condensation par un mur en maconnerie dépassant le comble; que le sol soit imperméable et incliné avec rigoles pour conduire dans une citerne étanche les liquides répandus accidentellement ; que tous les appareils soient lutés avec le plus grand soin; que les condensateurs soient placés sous l’eau où munis d’obturateurs hydrauliques; qu’on place les ouvertures des foyers en dehors des ateliers ; qu'on conduise les gaz sortant de l'appareil condensateur dans des épurateurs contenant de la chaux hydratée pulvérulente et de là dans une cheminée où leur inflammation peut achever de les détruire ; qu'on surmonte les cornues de distillation de hottes enlevant les vapeurs qui s’en échappent au moment du chargement; que le sulfure de carbone soit transvasé des appareils condensateurs aux ateliers de rectification au moyen d'une pompe fixe et étanche ; que les chaudières de rectification soient dans un atelier éloigné de 30 mètres de tous les autres; qu'elles soient chauffées par de la vapeur provenant d'un générateur éloigné aussi de 30 mètres; que le sulfure condensé par le serpentin soit immédiatement amené en dépôt dans des citernes cimentées où le produit sera toujours surnagé par une couche d’eau d’un mètre
INDUSTRIES APPARTENANT A LA PREMIÈRE CLASSE. 125 d'épaisseur; que le sulfure passe de ces citernes dans les vases métalliques d'exportation à l'aide d'une pompe; que les ouvriers ne soient autorisés à pénétrer dans les chaudières, pour les nettoyer, qu'après y avoir fait une injec- Uüon de vapeur d'eau au moyen d'un second serpentin troué pour chasser la totalité du sulfure; enfin, qu'on obture, au moment du démanchement du tuyau de dégagement des cornues, les appareils condensateurs avec des tampons de linge humide. Cette dernière prescription empêche bien le rfi dans l'atelier des s gaz contenus dans Île condensateur; mais elle n'empèche qu ‘incomplètement l’entrée de l'air et laisse subsister en partie le danger d’explosion dont il a été question. Aussi Hérubel a recommandé d'introduire dans les appareils, avant le démontage, un: gaz inerte dont la pression supérieure à celle -de l'air atmosphérique en empêche l'introduction. Il recommande particulièrement l'emploi de l'acide carbonique.
Pour obvier aux dégagements continus qui se font à l'extrémité de l'appareil condensateur pendant le fonctionnement, on y a disposé des lits de paille imprégnés d’eau de chaux. Mais le résultat a été tout à fait insuffisant. Il est préférable d’'enflammer les gaz à leur sortie pour les détruire. Mais cette combustion peut provoquer des explosions en propageant l’inflammation jusque dans l'intérieur de l'appareil. Aussi convient-il de les faire conduire par un tube d'un long trajet dans une cheminée où ils peuvent s’enflammer loin de l’appareil.
Comme choix d'appareil de fabrication, cglui de Gérard est à recommander, parce qu’il permet de faire, sans danger, le chargement de charbon et de soufre pendant la marche mème de l'opération, ce qui lui procure un rendement plus considérable, et parce que le condensateur se trouve sous l’eau et par suite avec fermeture hydraulique.
Il consiste en un four vertical emprisonnant complètement une cornue cylindrique en fonte A, qui recoit à sa parlie inférieure un tuyau oblique GC, servant à introduire le soufre et qui se prolonge en haut
par un tuyau a servant à introduire le charbon. Cette dernière introduction s'opère à l’aide de l’entonnoir g, après qu'on a placé sur le tuyau le dôme f qui force les vapeurs de sulfure de carbone à continuer quand même à s'engager dans le vérilable tube de dégagement b, c. Ce tube de dégagement se rend au réservoir en fonte B, où le sulfure de carbone dépose, tout en continuant son trajet, les parcelles de soufre qu’il '’a entraînées. A ce réservoir fait suite le tube de prolongement d qui conduit le sulfure dans le récipient inférieur E. Les vapeurs non condensées dans ce récipient vont le faire dans les récipients D et G situés au-dessus. Ges trois vases condensateurs sont plongés dans le bain d’eau V. Le récipient supérieur est surmonté d’un tube de dégagement pour les gaz non condensés (h).
Pour satisfaire aux prescriptions réglementaires 1l reste
SRE LLVEE
) de :
à élever un mur de séparation sur le trajet de la partie de l'appareil comprise entre le four et le condensateur, à placer l’ouverture du foyer à l’extérieur et à prolonger le tube 2 jusqu'à une cheminée à fover spécial.
Quant à l'alambie de rectification, 1l ne prète à aucune
observation au point de vue hygénique.
Il importe, dans les fabriques comme dans tous les commerces où l’on est obligé de conserver du sulfure de carbone, d'employer le vase représenté dans la figure 58, car cette substance est douée d’une tension énorme, ce qui fait qu'elle s’enflamme facilement, même quand le corps en ignition est très éloigné et parce qu'il peut pro- Fig. 58 — Réservoir pour duire ses effets toxiques s’il a la NN NN re EN hberté de l'atmosphère. |
C'est un récipient cylindrique en zinc, offrant en b un robinet à air, et en c un tube descendant Jusqu'au fond du vase. On remplit par ce tube, en ayant soin d'ouvrir au moment le robinet pour la sortie de l’air chassé. On maintient, en outre, une couche d’eau qui surnage toujours le sulfure et l'emprisonne sous une fermeture hydraulique. On retire le sulfure dont on a besoin, en introduisant dans le tube un siphon préalablement amorcé.