‹ Traité d'hygiène industrielleChapitre 35 sur 172 · FABRICATION DU PHOSPHORE · texte numérisé non relu

FABRICATION DU PHOSPHORE

Elle précède naturellement celle des allumettes chimiques. On peut mème dire que cette dernière lui donne seule sa raison d’être, car dans l’industrie le phosphore ne sert qu'à fabriquer les allumettes. Néanmoins cette fabrication se fait dans des usines tout à fait indépendantes,

Sommaire technique. — Dans l’industrie on extrait toujours le phosphore des os calcinés, dans lesquels il se trouve à l’état de sel tribasique, de phosphate de chaux et de magnésie.

La première opération consiste donc dans la calcination des os. Comme les os renferment beaucoup de matières organiques, on voit là l’occasion de faire l’économie de tout autre combustible, On enflamme donc la masse d’os elle-même, et le feu est alimenté par sa propre substance organique. L'opération se fait naturellement dans des fours à grille.

Les os calcinés sont ensuite broyés entre des meules, puis traités par l'acide sulfurique. C'est là l'opération de la décomposition. Elle s'effectue dans des baquets en bois contenant chacun 150 kilogrammes d'os. On noie ceux-ci dans l’eau qui doit les couvrir par une couche assez épaisse. On verse peu à peu l'acide sulfurique, en agitant constamment le mélange. Une mousse abondante se produit, elle est due au dégagement de l'acide carbonique du carbonate de chaux. On laisse la réaction se continuer pendant quarante-huit heures, en ayant soin de brasser seulement de temps en temps. Le sulfate de chaux formé se dépose, et Le bain qui surnage est constitué par une dissolution de phosphate acide de chaux. Le dépôt est lavé plusieurs fois pour lui enlever le phosphate de chaux qu'il a pu retenir. Le bain et les lessives sont réunies pour fournir le phosphore.

On procède d’abord à la concentration de la liqueur en l’évaporant dans des chaudières en plomb.

148 © ©ITRAITÉ D'HYGIÈNE INDUSTRIELLE.

On extrait ensuite le phosphore de la liqueur concentrée, en réduisant le phosphate acide par le charbon. De là le nom de réduction donné à cette opération. On ajoute des morceaux de charbon de bois à la liqueur concentrée. On évapore lentement en remuant constamment la masse. Il vient un moment où le liquide mousse, ce qui est dù à un dégagement abondant d'acide Lariiae provenant de la réaction du charbon sur l’acide sulfurique. A ce moment les ouvriers doivent remuer la masse avec une très grande activité pour éviter qu'elle ne s’attache à la chaudière. A la fin de l'opération il ne reste plus qu'un magma formé de phosphate acide de chaux et de charbon.

Ce magma est soumis à la distillation, dans des cornues placées dans un four chauffé par un foyer unique.

La condensation est le complément naturel de la distilla- “tion. Le phosphore volatilisé vientse condenser en traversant

successivement les trois compartiments d’un condensateur rempli d’eau ét muni d’une ouverture destinée à donner ‘Issue aux gaz.

Vient après la purification du phosphore te En effet celui qui se solidifie dans l’eau du condensateur est coloré et spongieux. Il renferme encore de l’arsenic, du charbon et du phosphore rouge. Pour le purifier, on le fait fondre sous l’eau. On ajoute du sable qui permet de le manier sans qu’il s’enflamme. On introduit le tout dans des cornues, on distille de nouveau, et le phosphore est reçu dans des capsules en plomb. Il reste à le famiser à l’état de fusion à travers une peau de mouton chamoisée, et enfin à le mouler en baguettes en l’aspirant dans des hé

Pour transformer le phosphore blanc en phésphose amorphe, il faut le soumettre, dans une marmite parfaitement close, à une ae de. 280° pendant quinze jours, puis le broyer entre des meules siliceuses et le traiter par de la soude caustique bouillante.

Hygiénologie. — La fabrication du phosphore est des plus insalubres. Non seulement la fabrique, par la nature même de ‘ses produits, est susceptible de devenir un

foyer d'incendie pour les habitations voisines, mais constamment elle exerce sur les habitants rapprochés, sous une forme amoindrie, quoique appréciable, l’action toxique ou irritante que les ouvriers subissent d’une manière plus intense à l’intérieur, et qui est due aux nombreux gaz et vapeurs qui se dégagent pendant les diverses opérations. Toutefois ce dont les habitants se plaignent le plus, c’est de l’odeur insupportable que la calcination des os engendre par suite de la sortie par la cheminée d’une grande quantité de matières organiques ayant échappé à une combustion complète. |

Quant aux'ouvriers, ils sont exposés au centuple à toutes les conséquences qui précèdent. En outre 1ls ont à souffrir directement du maniement de l'acide sulfurique (77), du , dégagement considérable d’acide carbonique (76) qui se fait pendant la décomposition, du dégagement de l'acide sulfureux (77) pendant la réduction par le charbon, du travail musculaire exagéré qu’ils sont obligés de fournir au moment del’actionde l'acide sulfurique et surtout au moment du mélange avec le charbon, du dégagement d’oxyde de carbone (1) et de vapeurs phosphorées (76) qui se fait par les ouvertures du condensateur ; enfin du maniement du phosphore pendant la purification. Mais on observe rarement chez les ouvriers employés à l'extraction du phosphore certains symptômes caractéristiques de l’empoisonnement par cette substance que nous aurons à constater dans la fabrication des allumettes. Grâce au travail sous l’eau dont il va ètre question, le maniement du produit final n’expose guère qu’à des brûlures marquées par une vive douleur.

Le décret de 1866 a reporté avec raison les fabriques de phosphore de la deuxième à la première classe, et c’est avec non moins de raison qu’il interdit d'y employer des enfants.

Les fabriques de phosphore doivent être éloignées des habitations, tant au point de vue des incendies que des dégagements. Malgré l'éloignement, l'inconvénient de l'odeur due à la calcination des os se fait encore sentir au loin. Pour l'amoindrir autant que possible, Payen.a conseillé'de

se servir de fours à flamme renversée. Dans ces conditions, la flamme devient descendante au lieu d’être ascendante ; et la couche d’os incandescent est celle qui repose sur Ja grille. Par conséquent les gaz qui se dégagent des 08, déjà chauffés, mais non encore incandescents, sont obligés pour gagner la cheminée de traverser la couche de ceux en ignition ainsi que la flamme, qui les réduit avant qu'ils ne puissent gagner la cheminée.

Toutefois on a recours plutôt aujourd’hui au fourneau de Flecke, qui détruit les gaz par un foyer particulier et a

g 9 NVIIVIIIIN e Nr = EU ER RKÇÇTIR Se NN re 3 so - ee = À

KR ee SE SES

. NULS RS XX RSR LR SNS RURK

ne SSS ÈS KNS NS SN conti Il TS

S Ii l à Hi SI (| me |

Lu fl NS MNT) nn RS

IR ( RSS

DLL AD

Qu | A M NS 1 |à ÈS

SSSE | | EG vs C NN DARK KR SE 1 ue Pa 2 SLA NAT

l ANK LG NE RAA NN NE RQ) ANA ANS No AA

Fig. 61. — Appareil de Flecke.

À, Four recevant les os par la porte b. — ce, ce", Carneaux pour l'introduction de l'air, — d, Carneau pour la sortie des gaz. — e, Petit foyer chargé de coke incandescent pour brûler ces gaz avant la cheminée f. — g, g', g", Chaudières d'évaporatiou.

l'avantage d'utiliser le calorique qui en résulte pour le chauffage des chaudières d’évaporation des solutions de phosphate acide de chaux.

Il ne serait pas bien difficile de remplacer la maind'œuvre par des agitateurs mécaniques dans la deuxième et la quatrième opérations. On éviterait ainsi aux ouvriers une fatigue musculaire excessive et des inhalations trop directes d’acide sulfurique, d’acide Fonoe et d'acide sulfureux.

Les appareils des deuxième, troisième et quatrième opé-

rations doivent être placés sous des hottes ventilées par la cheminée.

Pour là distillation on emploie en France le fourneau à alandiers représenté par la figure 68.

Des cornues en grès CC sont chauffées par un foyer commun dont les flammes, après avoir séché la voûte CG, s'échappent par la cheminée I. Les cols de ces cornues aboutissent à la partie inférieure des récipients en cuivre AA plongés dans des bassins d'eau froide BB, offrant deux tubulures, l’une f servant de trop-plein, l'autre e, pour

"KNNNENR

RNRRK& LAVE [SX Sy

Page 1