FABRIQUES D'ALLUMETTES PHOSPHORIQUES
Sommaire technique. — La première opération a pour but de diviser des petits cubes de bois en petites baguettes ayant les proportions ordinaires des allumettes. On l'appelle le débitage du bois. Autrefois cette division se . faisait à la main, à l’aide d’un couteau. Aujourd’hui elle se fait plus rapidement et avec plus de sécurité à l’aide d’une machine. Du reste, actuellement, le débitage est exécuté en pleine forêt par des scieries particulières, et, les fabriques d’allumettes reçoivent les billes toutes débitées. La seconde opération, dite soufrage, consiste à tremper les extrémités libres des allumettes dans du soufre en fusion. Ce premier enduit est nécessaire pour servir. d’intermédiaire entre la pâte phosphorée et le bois. Sans lui, la pâte qui a pris feu sous l'influence du frottement brüle entièrement sans enflammer le bois. La combustion gagne au contraire facilement du phosphore au soufre et celui-ci, brülant plus lentement, a le temps d’enflammer le bois à son tour. |
La troisième a pour but la préparation de la pâte phosphorée. Deux procédés peuvent être suivis. [ls sont dits à froid ou à chaud. Dans ce dernier procédé, on fait une dissolution aqueuse de gomme que l’on porte à 50 degrés, puis on y projette le phosphore qui y entre immédiatement en fusion. Dans le second on se sert de gélatine comme agelutinatif. On la laisse un peu se gonfler dans l’eau froide, puis on chauffe pour que la dissolution se fasse. Quand celle-ci est un peu refroidie, on y ajoute seulement le phosphore. :
Cette substance n’est que l’élément capital de la pâte, qui peut avoir une composition complexe et variée. Les deux variétés les plus employées sont les suivantes :
1° Phosphore, sulfure d’antimoine, sulfate de potasse, bioxyde de manganèse, bioxyde de plomb, gélatine ou gomme arabique.
2° Phosphore, sulfure de plomb, sable, ocre, gélatine ou amidon.
Quand la pâte a acquis la consistance voulue, on y plonge l'extrémité soufrée des allumettes. C’est ce qu'on appelle le rempage. |
A cette opération succède le séchage, qui consiste à faire séjourner plus ou moins longtemps les allumettes trempées dans des étuves chauffées généralement à la vapeur.
Vient enfin l'empaquetage.
Hygiénologie. — Les habitants qui se trouveraient très rapprochés d’une fabrique d’allumettes chimiques auraient certainement à souffrir des émanations phosphorées et sulfureuses qui se produisent. L'isolement relatif qu’on exige au-jourd’huïetles perfectionnements apportés dans l’aménage- . ment de ces fabriques rendent ce premier genre de danger à peuprès négligeable. Maisil n’en est plus demêème d’un autre danger inhérent à cette industrie. Ces substances si combustibles, qu’on est obligé de soumettre à des températures élevées, peuvent engendrer des incendies avec la plus grande facilité, etle vent peut de son côté propager le sinistre au delà de la limite d'isolement. De toutes les opérations, celle qui expose le plus aux incendies est le déclihoe.
C'est donc avec raison que W. Zettel (1) prescrit de ne jamais faire le séchage à l’aide de foyers directs, mais avec un courant d'air chaud fourni par un foyer éloigné, de construire des étuves petites et isolées, en ciment et voütées, fermées par des portes doubles en fer, recevant l'air chaud par des tuyaux munis de soupapes capables d’arrêter instantanément le courant d'apport, déversant l’air déjà chargé de vapeurs phosphorées dans un foyer éloigné par des tuyaux partant de la voûte et munis aussi de soupapes
(1) Annales d'hygiène, 2° série, t. XLIV, p. 195.
capables d'arrêter instantanément la sortie. Il est nécessaire aussi de ménager une ouverture fermée par une vitre permettant de lire la température intérieure sur un thermomètre; d'établir d'autre part, à la partie inférieure de la porte, une trappe qu'on peut lever dans le cas où la température intérieure ne baisse pas assez vite, malgré la fermeture des registres inférieurs. Si, malgré ce moyen de refroidissement, le feu venait à prendre, la fermeture de toutes les soupapes le forcerait bientôt à s'éteindre faute d'oxygène. | | |
Ce qui peut aussi favoriser la production des incendies, c'est la présence d’une certaine quantité de chlorate de potasse qui provoque l’inflammation du soufre et du phosphore. Rien que pour cette raison, on doit renoncer au phosphore amorphe qui exige son mélange avec beaucoup de chlorate de potasse.
Au point de vue de l'éventualité d’incendies soit dans les fabriques, soit même chez les consommateurs, comme au point de vue de l'hygiène des ouvriers, il importe de limiter la quantité de phosphore à introduire dans les pâtes. Les pâtes à 60 p. 100 de phosphore sont suffisantes. Dans ces conditions les allumettes s’enflamment et se conservent bien. [l serait même facile d'établir à ce sujet une certaine surveillance, car on peut reconnaître à l’inspection des allumettes si elles renferment beaucoup ou peu de phosphore. Plus 11 y a de cette substance, plus le bout est mat et non brillant, moins elle fait de bruit, plus sa flamme est jaune, plus le bout se gonfle en laissant un résidu noir qui dans l'obscurité présente des” points bril- Jants. |
Quelles que soient les dispositions adoptées et les précautions prises à l’intérieur, la première mesure à prendre est l'éloignement de la fabrique des lieux habités. On limite : ainsi l'incendie et les dangers des vapeurs phosphorées: à l'usine même. Il faut surtout défendre, sous les peines les plus rigoureuses, la fabriëation en chambre.
Pour mieux sauvegarder la salubrité publique et pour
réserver le droit de supprimer des fabriques qui ultérieurement auraient été reconnues la compromettre, la loi de 1852 ne permettait de donner des autorisations que pour cinq ans. Depuis, la durée des autorisations a été portée à dix ans, afin de ne point entraver l’industrie. Du reste, l'adoption actuelle du monopole rend cette mesure inutile.
La fabrication des allumettes phosphoriques a le triste privilège d’engendrer une maladie tout à fait caractéristique et grave, c’est la nécrose des maxillaires. Cette nécrose envahit beaucoup plus souvent le maxillaire inférieur que le supérieur. Elle s’annonce par le gonflement et l'irritation des gencives. Plus tard il s'établit un engorgement phlegmoneux qui peut s'étendre au cou et même à la partie supérieure du thorax. Des fusées purulentes s’établissent, et bientôt une ou plusieurs ouvertures viennent donner issue à un pus ichoreux. L’engorgement périphérique se restreint peu à peu, mais la région maxillaire reste tuméfiée. Les dents s’ébranlent et tombent, puis, après un temps toujours long, le séquestre est rejeté, souvent d’une façon brusque par un mouvement de la langue. A dater de ce moment, les choses semblent rentrer relativement dans l’ordre, sauf la perte des dents et la déformation acquise. Parfois même l’os se régénère, mais ce travail de réparation n’a jamais été observé dans les cas de nécrose du maxillaire supérieur. Il va sans dire que par contre la mort peut survenir par épuisement ou infection purulente.
On n’est pas encore complètement d'accord sur le mécanisme de cette nécrose. On admet généralement aujourd'hui que les vapeurs phosphorées donnant naissance à de l'acide phosphorique enflamment les gencives et le périoste, que la suppuration qui s'établit ensuite décolle celui-ci, et que l’os ayant perdu sa membrane nutritive est frappé de mort. Quelques-uns cependant placent le point de départ du processus dans les dents elles-mêmes et non dans les gencives. On avait pensé autrefois que le phos-
phore altérait chimiquement l'émail et l’ivoire. Mais aujourd’hui on ne fait agir les dents que par leur carie préalable, qui permettrait l'introduction du phosphore solide dans l’alvéole elle-même.
Une conséquence pathologique plus lente à se produire, plus insidieuse mais plus fréquente, est la production chez les ouvriers d’une cachexie particulière. Elle se traduit par un amaigrissement progressif, la teinte jaune de la peau, de l’asthme, de la bronchite catarrhale, de la céphalalgie, un affaiblissement des facultés intellectuelles, de l’engourdissement des membres, de la dyspepsie, des coliques, et chez la femme par une certaine tendance à l’avortement.
Enfin, ils sont exposés à des brülures que le phosphore, rend très douloureuses et sérieuses.
L'objectif principal, sinon unique, doit être d'éviter aux ouvriers l’action si fâcheuse des vapeurs phosphorées. On peut déjà travailler efficacement dans ce sens en adoptant certaines dispositions dans l'aménagement de la fabrique. Il faut d’abord des bâtiments séparés, et même assez éloignés les uns des autres, pour l’'emmagasinage des matières premières, le souirage, la préparation de la pâte phosphorée, le trempage, le séchage, la mise en boîtes et l'expédition du produit. La ventilation doit y être assurée par une grande cheminée centrale de 36 mètres de hauteur, dans laquelle le tirage doit être établi par un foyer spécial. Autour de chaque bâtiment doit être construit un carneau souterrain débouchant dans cette cheminée. Des ventouses conduisant à ce carneau doivent être établies intérieurement au niveau de tous les points où il peut particulièrement se produire des vapeurs phosphorées. Un petit chemin de fer à embranchements nombreux doit permettre de transporter partout dans des wagonnets en fer les matières et les produits.
Jettet, qui est de ceux qui pensent que le phosphore ne peut arriver à engendrer une nécrose que chez ceux qui ont déjà des caries dentaires, demande que les dents de tous
lesouvriers soient examinées non seulement à leur entrée, mais encore d’une manière périodique. Mème en n’admettant pas ce genre de genèse, on ne peut qu’approuver cette mesure qui apportera toujours un certain concours à la prévention. Magitot (1) appuie aussi sur la nécessité de ces inspections, et il demande que tout ouvrier atteint d’une carie dentaire pénétrante ne soit plus admis dans l'atelier qu'après l’ablation ou l’obturation de la dent malade.
Une mesure préventive, toute personnelle, qui a été imaginée par Letheby, de Londres, et qui est loin d’être insignifiante, consiste à suspendre au cou de chaque ouvrier une petite boîte en fer-blanc, contenant de l’essence de térébenthine. Même à faible dose, cette substance empêche,
Pâte phos. Eau rer
Fig. 73. — Machine à tremper.
en effet, la combustion spontanée du phosphore. Il est même probable qu’elle neutralise l’action des vapeurs déjà formées. |
Eulenberg et Vohl proposent l'emploi permanent d’un respirateur rempli de charbon (2).
Comme l’opération qui expose le plus aux vapeurs phosphorées est le trempage, 1l faut conseiller, sinon exiger l'emploi de la machine à tremper de MM. Bell et Higgins. Tout le système est enfermé dans une cage qui ne présente qu'une petite ouverture à ses deux extrémités. À l’une d’elles un ouvrier dispose les cadres de bois d’allumettes non encore trempées ; à l’autre, un second ouvrier
(1) Comptes rendus de l’Académie des sciences, 26 octobre 1875. (2) Viertel Jahrsch. f. ger u. ojf. Med. Nouv. sér., t. XIII, n° 1.
recueille les cadres de bois d’allumettes déjà empatées. Deux chaines sans fin enroulées sur des poulies aux extrémités de la machine font mouvoir la série de cadres horizontalement sur des galets, de la porte d'entrée à la porte de sortie. A la partie moyenne, un récipient à double paroi renferme de la pâte maintenue hquide par un bain d’eau chaude contenu entre les deux parois. Un cylindre cannelé tourne en plongeant légèrement dans la pâte et se couvre incessamment de celle-ci. Au moment où un cadre arrive au-dessus du cylindre cannelé, il est saisi par un cadre vertical qui, par une pression exercée de haut en bas, .implante les extrémités des allumettes dans les can- Pr es.
Il me semble qu'il serait facile aussi d’assainir r l'opéra | tion de la pâte. Elle se fait ordinairement dans un simple vase plongé dans un bain-marie muni, il est vrai, d'un couvercle, mais qui n’a rien d'hermétique.
Ne pourrait-on pas disposer le tout dans une hotte vitrée et arriver à introduire le phosphore et à agiter le mélange sans avoir à retirer le vase ?
Une mesure beaucoup plus radicale serait certainement la suppression du phosphore dans la confection des allumettes chimiques. On avait espéré arriver à un résultat équivalent en se contentant de substituer le phosphore amorphe rouge au phosphore blane., En effet, Le premier s’enflamme beaucoup moins facilement, ce qui atténue déjà un peu les dangers d'incendie. En outre il n'émet pas de vapeurs à la température ordinaire. Néanmoins l'observation a montré qu'il n'était pas complètement innocent pour les ouvriers et qu'il ne, faisait que rendre l’intoxication moins fréquente et moins intense, De plus, comme il est peu inflammable, on est obligé d'ajouter à la pâte beaucoup de chlorate de potasse, ce qui fait que ces allumettes détonent beaucoup.et projettent de tous côtés des parcelles incandescentes. M. Coignet de Lyon a cru aussi perfectionner l'idée première, en ne faisant pas entrer le phosphore amorphe dans la pâte elle-mème et en le
POINCARÉ. — Hyg. industr. 11
fixant seulement avec de la colle forte sur le papier sur lequel l’allumette doit être exclusivement portée pour s’enflammer. La préparation du papier phosphoré ne changeait pas beaucoup les conditions des ouvriers. De plus le lambeau de papier collé sur la boîte est en général déchiré ou rendu inefficace par l'humidité, avant que la boîte soit entièrement employée. Aussi les consommateurs se sontils bientôtéloignés de ce produit. Somme toute, le phosphore amorphe n’a pas été un succès industriel et il ne saurait avoir la prétention d’être le dernier mot, au point de vue de Phygiène. Il n'y aura réellement de solution parfaite et définitive que dans la découverte et l’emploi obligatoire d’une pâte sans phosphore, sous aucune forme. Des tentatives déjà assez heureuses ont été faites dans ce sens, et il est du devoir des hygiénistes de peser sur les industriels pour qu'ils s'engagent dans la même voie. Voici la formule d’une pâte qui semble s'approcher beaucoup du but :
Sulfure d’antimoine, sulfure de fer, soufre, cyano-ferrure de potassium, chlorate de potasse, bichromate de potasse, nitrate de plomb, minium, bioxyde de plomb, nitro-mannite, sable, verre pulvérisé, gomme adragante et dextrine.
Je ferai remarquer toutefois qu'on n'aura au fond éliminé ainsi que la possibilité de la nécrose et de la cachexie phosphorées, et que plusieurs des substances inscrites dans cette formule, pouvant produire des intoxications d’un autre genre, mais graves, il sera toujours utile de maintenir toutes les dispositions et précautions indiquées plus haut, même celles prises en vue des incendies que le nouveau mélange ne ferait que rendre moins imminentes.
Qu'il y ait phosphore, ou non, dans la méthode suivie, il y a encore deux dangers moins importants, il est vrai, mais qu'il ne faudrait pas négliger : ce sont les émanations sulfureuses produites par le soufrage et les poussières de bois développées au moment du maniement des billes de bois expédiées par les scieries. Si on ne peut pas toujours exiger un appareil analogue à celui du trempage dans la pâte phosphorée, on doit toujours prescrire l’usage d'une
hotte vitrée en communication avec la cheminée d'appel. Il faut aussi exiger que les billes passent par des vanneuses mécaniques avant d'être livrées aux ouvriers.
Pour les enfants, la loi se contente de défendre de les laisser travailler là où on fond la pâte et où on fait le trempage. On peut les employer pendant six heures dans les autres ateliers
TRIPERIES ET BOYAUDERIES
Sommaire technique. — Les boyauderies ont pour but de fournir à certaines préparations comestibles une enveloppe résistante à l’aide de boyaux débarrassés de leur muqueuse et de leur tunique péritonéale, réduits par conséquent à leur tunique musculeuse. Elles fournissent aussi la matière première de la fabrication des cordes de boyaux pour les instruments de musique et divers anse es objets.
La préparation des boyaux nécessite une longue série d'opérations, dont la première, appelée dégraissage, a pour but de les FACE de la masse adipeuse qui y adhère. L’ouvrier enlève simplement la graisse à l’aide d’un couteau ; l'intestin étant sorti au fur et à mesure d’une cuve d'eau, cette immersion pr éalable rend le détachement plus facile. |
Après le dégraissage vient le refournage, qui se fait uniquement avec les doigts et qui a pour but di invaginer l'intestin de facon à ce que la muqueuse deviennt extérieure. Pour faciliter le glissement, l'opération doit s'exécuter dans un baquet rempli à moitié d’eau. On provoque ensuite la fermentation putride en suspendant dans un tonneau défoncé une masse de boyaux encore mouillés d’eau.
L'opération demande trois jours en été et de six à huit jours en hiver. Elle à pour but de rendre plus friable la muqueuse qui est beaucoup plus putrescible que la musculeuse. Mais il ne faut pas laisser celle-ci se compromettre elle-mème, et on doit arrêter la putréfaction, sitôt que des
bulles de gaz fétide apparaissent dans les parois, cela en continuant ensuite le traitement ultérieur des boyaux, ou, si cela ne peut se faire, en arrosant ceux-ci de vinaigre.
L'opération subséquente, le ratissage, consiste à enlever, par un simple frottement des doigts, la muqueuse transformée en une véritable pulpe par la putréfaction. Ici encore tout cela se fait au-dessus d’un baquet d’eau dans lequel la masse reste immergée. De là, les boyaux passent au lavage qui se fait dans des cuves dont on renouvelle l’eau deux fois par jour, et on les agite à chaque instant. Cela dure trois jours. Puis on soumet les boyaux à Vensuf lation.
Après avoir lié une cs extr émités, l'ouvrier souffle de l'air vigoureusement à l’aide d'un tube en roseau introduit dans l’autre extrémité. Quand la distension est suffisante, il applique une ligature sur ce dernier bout et jette le boyau dans un baquet d’eau. Il le retire bientôt pour le porter au séchage qui se fait en plein air, ou sous des hangars, par la simple suspension à à des, cor des tendues sur dés ÉCRes et qui exige environ cinq jours. Après le séchage vient la désinsufflation, qui s'obtient dans une pièce humide, en perçant le boyau et en l'aplatissant entre les doigts; puis l’'aunage ou mise en paquets de 15 à 20 mètres ; le soufrage, qui a le triple but de blanchir les boyaux, de détruire l'odeur et de les préserver des mites, et qui s'effectue dans des étuves ‘calfeutrées où on brûle de la fleur de soufre. La dernière opération est dite ployage. Ce n’est qu'une mise en paquet avec aspersion de poudre de camphre et de poivre.
Dans certaines boy auderies, à coté des boyaux à destination alimentaire on prépare aussi la baudruche, des cordes à musique et des poches à tabac. La baudruche est formés avec la membrane péritonéale du cœcum du bœuf. On la détache, on la trempe dans une solution de potasse, on la ratisse, on la fait sécher en la tendant sur un châssis, on la lave sur ce dernier avec une solution d’alun; on l’enduit, après nouvelle dessiccation, ayec un mélange de vin blane,
de colle de poisson et de principes âcres et aromatiques, enfin on la couvre d’une couche de blanc d'œuf (4).
Pour les cordes, il suffit de diviser le boyau dépouillé de sa muqueuse en quatre lanières à l’aide de quatre lames agencées en croix. On file ces lanières sur un métier et les cordes ainsi obtenues sont portées au sou/frotr. Après dessiecation, on complète la torsion sur le métier, puis on soumet à l’éfrichage qui consiste à les frotter avec-un archet en crin imprégné d'une solution alcaline. Enfin on les enduit d'huile d'olives, Dans certains cas, on les coloré avant, soit en bleu avec le tournesol de Hollande, soit en rouge avec du marc de cochenille.
Quoique les poches à tabac se préparent rarement dans les locaux mêmes des boyauderies, leur fabrication n'en resté pas moins une annexe inséparable de cette industrie. On se sert pour celà tantôt de vessies de cochon, tantôt de panses de moutons. Quand la confection doit s'effectuer dans des ateliers éloignés, les panses sont expédiées dans des tonneaux contenant une solution de sel de morue. A leur arrivée, ces tonneaux sont défoncés au-dessus ‘de cuves remplies d’eau; à cétte eau vient se mêler leur contenu. Les pansés sont lavées, écharnées, puis mises dans un bain de chaux, ét rincées dans une solution de sel ammoniacal.
Hygiénologie. — Dans les boyauderies l'air est constamment sursaturé d'humidité et d’émanations putrides. Aussi les ouvriers sont-ils souvent atteints de diarrhée, de dyspepsie, de bronchites catarrhales, d'hydroémie, d'œdème des jambes. [ls sont parfois pales et languissants. L’odeur qui y règne est nauséabonde et écœurante au point de troubler complètement les fonctions digestives; mais, heureusement, l'accoutumance s'établit assez vite sous ce rapport. | |
Toutefois le soufflage reste toujours, même pour les ouvriers les plus anciéèns, une opération pernicieuse à plu-
(1) Extrait de l'Hygiène industrielle, de Vernois.
sieurs titres. En reprenant sa respiration, l'ouvrier se trouve aspirer un air tout à fait infect qui 1rrite ses voies buccales et pulmonair es, qui dépose dans les vésicules des miasmes prédisposant aux pneumonies infectieuses. Souvent les lèvres se tuméfient et s'ulcèrent. L'acte mécanique de l’insufflation est lui-mème très fatigant pour l'appareil respiratoire et produit à la longue de l’emphysème. Le contact continuel des mains avec une eau de macération qui est très alcaline, macère l’épiderme, l’use par places, produit des crevasses douloureuses surtout dans les intervalles digitaux. Les mains et les avant-bras deviennent le siège d’un engourdissement qui peut devenir une véritable anesthésie. D'autre part le soufrage expose aux inconvénients de l'acide sulfureux. |
La salubrité publique est mise en cause à la fois par la dispersion de l’air intérieur et par l'écoulement des eaux résiduaires. Par les temps chauds et sous l'influence de certains vents, les odeurs infectes des boyauderies vont se faire sentir au loin. |
Les fabriques de poches à tabac présentent ce genre d’incommodité au plus haut degré, Au moment où l’on défonce les tonneaux de transport, il se produit une véritable trombe d’'émanations infectes qui non seulement sont difficilement supportées par les ouvriers, mais qui vont à une très grande portée. Ces émanations ont en outre le grave inconvénient d’être fortement chargées d'alcool amylique. Quant aux eaux résiduaires qui entraînent souvent avec elles des débris animaux volumineux, elles vont semer sur tout leur trajet des foyers de putréfaction contaminant les puits et les cours, d’eau. | F'
La législation ne condamne que l'emploi dès enfants pour le soufrage. La réglementation administrative se borne en général à éloigner cette industrie des habitations, à exiger une large alimentation d’eau, l'impér- MN nu du sol, des lavages fréquents, le transport des eaux résiduaires par des canaux souterrains et l'enlèvement journalier des débris. Enfin elle défend la
réception d’intestins contenant encore des matières fécales. Mais dorénavant les conseils d'hygiène doivent se montrer plus exigants. On doit remplacer la putréfaction par un traitement chimique dans une dissolution de chlorure de soude. |
Il importe de faire comprendre aux boyauderies qu’à côté du bénéfice hygiénique, il y a un avantage industriel comme durée de l'opération et comme valeur du produit. Il suffit de quelques heures au lieu de plusieurs jours, et la tunique musculeuse reste plus résistante qu'après l'emploi de la putréfaction. Du reste l'administration a eu raison d'encourager l'emploi de ce procédé en accordant le bénéfice de la deuxième classe aux industriels qui y ont recours. On doit aussi défendre le soufflage par la bouche et l’exé- , cuter au moyen de gros soufflets mus avec le pied à l'instar des meules de rémouleurs. Il est bon encore de faire silicater les murs à une certaine hauteur, pour éviter d'en faire des éponges à miasmes ; d'exiger une grande ventilaton des ateliers et des greniers, l'emploi. de matériaux incombustibles et de portes de fer pour la construction des étuves à soufrage. Il faut reconimander aux ouvriers de porter des surtouts en toile cirée, des tabliers de cuir et des sabots; de ne pénétrer dans les salles de soufrage qu'après les avoir aérées. Enfin, dans les ateliers destinés à la fabrication des poches à tabac, il est facile d’éviter la douche odorante, en opérant le défoncement en pleine eau de la cuve et non plus au-dessus de cette dernière.
C. — Industries de première classe avec autorisation complète du travail des enfants.