EXPLOITATION DES VARECHS
Sommaire technique. — Cette exploitation constitue une industrie assez importante sur les bords de l’Atlantique, en France et en Angleterre. Les cendres de ces plantes, improprement appelées soudes de varechs, n'ont
d'abord été employées qu’à la fabrication de verres communs ; mais aujourd'hui elles servent à l'extraction de la soude, de la potasse et de PR PAR de brome et d'iode. |
Un grand nombre d habitants des côtes sont employés à la récolte des varechs. Elle porte à la fois sur les petites espèces de fucus qui croissent sur les roches sous-marines et sur les gros fucus qui se développent dans les eaux profondes de la haute mer, et que la violence des flots détache et rejette sur les grèves. On les fait d’abord sécher au soleil, puis on les réunit en tas qu’on abandonne à l’action de l'air, depuis le printemps jusqu’au mois d'août. On procède alors à l’incinération. Elle se fait le plus souvent dans des fosses creusées dans le sable et tapissées de pierres ou de briques. On met une première couche. qu'on enflamme de suite, et on ajoute de nouvelles masses de varechs au fur et à mesure que la combustion s’effectue. Bientôt la masse calcinée prend un aspect pâteux. Un ouvrier l’agite avec un ringard en fer de manière à renouveler les surfaces ét à ramener au contact de l'air les matières organiques qui ne sont pas encore brülées. Lorsque la masse s’est durcie par le refroidissement, on la casse en blocs qui sont expédiés sans le moindre emballage. L’extraction des substänces que les blocs ou cendres de varechs peuvent fournir au commerce s’effectue dans l’intérieur d'usines spéciales. Elles y sont d’abord soumises au lessivage qui ne se fait pas de la même façon en France et en Angleterre. En France on décompose méthodiquement l’opération de façon à obtenir séparément les diverses espèces du sel. On soutire la première eau dès qu’elle est arrivée à marquer 15° à 18° B. à l’aréomètre. À ce moment elle renferme presque exclusivement les chlorures, bromures et 1odures alcalins. Il suffit donc d’évaporer à part pour les obtenir. Un second bain est versé sur le résidu et on le soutire quand l'aréomètre marque 8. Celui-ci n'en-
lève guère que des sulfates qu’ on réalise par l’évaporation de cette seconde lessive.
Les eaux mères qui restent après la cristallisation des chlorures dans les bassins d'évaporation servent à l'extraction de liode et du brome, ainsi que des odures et des bromures.
Pour l'extrachion de l'iode, on commence par traiter les eaux mères avec de l'acide sulfurique qui les purifie en décomposant les sulfures, les sulfites et les hyposullites. Cette opération, qui dégage une assez grande quantité d'acides sulfhydrique et sulfureux, est à tort généralement effectuée dans dé grandes cuves ouvertes. Après la séparation du soufre qui s’est déposé sous l'influence de la réaction, il reste un liquide clair qu'en France on répartit dans de grandes” touries en grès munies chacune de trois tubulures. L'une d’elles recoit un tube correspondant à un : appareil générateur de chlore. Une autre sert à la sortie du chlore non absorbé. La troisième, plus large que les deux premières, sert à introduire un instrument pour brasser le contenu. Sous l'influence du chlôre, l’iodure de potassium que renferment naturellement les eaux mères se transforme en iode et en chlorure de potassium. L’iode se dépose dans la tourie sous forme d’une poudre noire qu'on retire de temps en temps, à l’aide de palettes en bois. En Angleterre on procède par Hd On introduit dans une cornue le liquide éclairei par l'acide sulfurique, en même temps que du bioxyde de manganèse et de l'acide sulfurique et on chauffe. L'iode sublimé vient se solidifier dans uné série de récipients sphériques.
Pour l'extraction du brome, on peut employer les eaux mères qui ont fourni du chlorure de magnésie, ou même celles dans lesquelles le chlore vient de précipiter l'iode. On concentre ces eaux mères; puis on les distille sur de l’acide sulfurique et du bioxyde de manganèse. Le brome sé volatilise et vient se condenser dans ün récipient qui contient de l'acide sulfurique et qui est constamment refroidi par un courant d’eau froide.
Dans les mêmes usines on prépare aussi généralement de l'iodure et du bromure de potassium, en faisant agir di-
rectement de l’iode ou du brome sur de Ja potasse caustique. La liqueur est ensuite évaporée à siccité, puis le résidu solide est calciné au rouge pour transformer en iodure l’iodate qui s’y trouve mélangé à de l’iodure de potassium ; on dissout et on évapore dans une chaudière où le sel cherché se cristallise.
Hygiénologie. — C’est avec raison que l’administration a placé dans la première classe l’exploitation des varechs, d'autant plus que, sur les côtes de France, elle est pratiquée d’une manière tout à fait primitive et grossière. Il se passe toujours entre le moment de la récolte et celui de l’incinération un certain temps pendant lequel ces matières végétales si putrescibles, et humectées d’une eau chargée elle-mème de détritus organiques, restent accumulées au soleil et trouvent ainsi toutes les conditions favorables à une active fermentation.
L'incinération, se faisant à ciel ouvert pour permettre le renouvellement de la surface, charge l'atmosphère d'une fumée âcre, irritante et nauséabonde dans une assez grande étendue. Il est certain qu'il y a un grand intérêt à opérer cette incinération sur place. On évite ainsi des frais de transport considérables et, en outre, de colporter des matières organiques en putréfaction dans des lieux plus habités et plus éloignés. Mais on devrait exiger que cette opération se fit sur place dans des fours portatifs. Cette amélioration a déjà été introduite par l'initiative de quelques exploitants. Avec ces fours la situation des ouvriers se trouve considérablement amendée. Ils ne sont plus obligés de se tenir aussi penchés sur le foyer de combustion pour agiter la masse avec leurs ringards. Ceux-ci peuvent même ètre manœuvrés à travers un trou ménagé dans la porte du four. | se)
Quant à l'exploitation industrielle des soudes de varechs, 1l est évident qu'elle expose les ouvriers, et jusqu'à un certain point les habitants du voisinage, aux inconvénients du chlore (voir page 79), de l'acide sulfhydrique (voir page 79), de l'acide sulfureux (voir page 80),
et spécialement à ceux des vapeurs d’iode et de brome, D’après Hirt, ces vapeurs irritent la conjonctive et la pituitaire et déterminent une véritable fièvre iodique ou bromique, mais l’'empoisonnement général serait très rare et presque jamais mortel. En tout cas, 1l convient de faire adopter partout en France la méthode par sublimation pour l'extraction de l’iode et de conseiller l'emploi de l’appareil suivant déjà adopté dans plusieurs maisons françaises :
Des cornues en grès C, G, sont rangées des deux côtés d'une grande chaudière en fonte B remplie de sable et placée sur un fourneau. Les
- A | TEEN I ill
[IQ [TON
TT à TT TT TT | HIT en =