‹ Traité d'hygiène industrielleChapitre 43 sur 172 · FABRIQUES DE BLEU D'OUTREMER · texte numérisé non relu

FABRIQUES DE BLEU D'OUTREMER

Sommaire technique. — En France on prépare le bleu d’outremer à l’aide d’un mélange de kaolin, de carbonate de soude, de soufre et de résine. Toutes ces substances sont d'abord broyées et tamisées à part. Le kaolin, en particulier, a besoin d’être calciné avant d’être pulvérisé. On mélange ces substances ensemble et le mélange est de nouveau broyé et tamisé. Cette poudre estplacée sur la sole d’un four, puis recouverte d’une plaque mobile formée par l'agencement de briques réfractaires. Cette plaque permet de mieux utiliser la combustion du soufre pour contribuer à l'échauffement du four. En effet cette substance vaporisée peu de temps après le début de l'opération traverse les joints de la plaque, s enflamme etagit sur la SION de la masse à travers les briques.

Quand la fusion est complète, on arrète le feu, on laisse

refroidir et on retire la masse qui est devenue de l’outremer brut. Celui-ci est enveloppé d’une crasse grisâtre très soufrée, que les ouvriers doivent détacher à l’aide d’un couteau. Pour épurer le produit et l’amener à l’état d’outremer commercrial, on le broie dans de l’eau, on le lave, le sèche, le broie de nouveau, le tamise et l’agglomère en tablettes.

Les eaux de lavages sont évaporées pour en extraire le sulfate de soude, puis rejetées à l'égout (1).

Hygiénologie. — Ces usines lancent toutes dans l’atmosphère une assez forte quantité d'ecide sulfureux et d'acide sulfhydrique. L'odeur de ce gaz est nettement perçue à plusieurs centaines de mètres, surtout par les temps de brouillards. Cette incommodité est telle que non seulement les voisins formulent constamment des plaintes énergiques, mais qu'elle fait perdre aux propriétés avoisinantes beaucoup de leur valeur. Ces brouillards sulfurés détruisent les plants, pénètrent dans les habitations, attaquent les métaux, décolorent les papiers peints, altèrent les étoffes et compromettent la santé des habitants (2).

Les fabriques de bleu d’outremer ont d'autre part l'inconvénient de lancer dans les égouts et les cours d’eau des eaux de lavage qui renferment beaucoup de sulfate de soude qui, lorsque l’aération n’est pas suffisante, peut être réduit et dégager de l'acide sulfhydrique, et qui de plus change le degré hydrotimétrique des rivières en compromettant la vitalité du poisson. Enfin le nettoyage des puisards de décantation fait rejeter dans Les cours d’eau une boue vaseuse dont on ne peut pas apprécier les effets.

Les ouvriers semblent devoir être encore plus exposés que les’ voisins aux émanations sulfureuses. Cependant, d’après Arnoud, ils ne s’en plaignent point. Lui-même n’a perçu à son entrée qu'une odeur incommode dont il n'a plus eu bientôt conscience. Il n'a éprouvé ni toux ni oppression. Cela tient probablement à ce que les fours

(1) Annales d'hygiène, 3 série, t. XII, p. 406. (2) Revue d'hygiène, 1880, p. 463.

sont généralement disposés sous des hangars où l’air est presque libre et à ce que les gaz du four sont conduits dans la cheminée de fumée, de telle sorte qu'un bien-être relatif est assuré aux ouvriers au détriment du voisinage. Mais il est certain qu'au moment du défournement les ouvriers doivent être tout à coup soumis à des torrents d'acide sulfureux. D'ailleurs, si petite que soit la quantité qu'ils respirent d'une manière permanente, elle n’en doit pas moins à la longue atténuer la puissance ete du sang. |

Un inconvénient incontestable de ‘toutes les opérations qui précèdent et qui suivent la calcination, c’est de maintenir les ouvriers dans les nuages épais de poussières variées de kaolin, de sulfate de soude, de soufre et de bleu d’outremer. Ils en absorbent inévitablement. Ce qui le prouve du reste, c'est qu'ils mouchent bleu et qu'ils crachent bleu, quand ils sont enrhumés. Il est prouvé aussi que ces particules pénètrent dans le tissu pulmonaire, puisque l’analyse des cendres des poumons des animaux placés dans les mèmes conditions permet de constater leur présence. Mais, chose inexplicable, le bleu d’outremer perd sa couleur dans les tissus qu'il à infiltrés. D'après Arnoud et Hirt de Nuremberg, la santé des ouvriers ne paraît souffrir en rien de cette pénétration. Cette innocuité apparente tient probablement à la finesse et à l’onctuosité de la poudre du bleu d’outremer. |

L'administration n'a songé que dans ces derniers cab à protéger la salubrité publique contre les inconvénients de ce genre d'industrie. C’est avec raison qu'Arnoud à attiré l'attention sur cette lacune et qu'il demande son elassement, soit parmi les industries qui doivent être très éloignées des habitations, c'est-à-dire celles. de la première classe, soit dans la seconde, si des mesures sont prises pour absorber l'acide sulfureux. Mais cette dernière latitude ne pourra réellement être accordée que lorsqu'on aura trouvé un Sp d’ absorption suffisant.

Cest ce qu'a compris l'administration qui, le 8 janvier

1879, a inscrit cette industrie exclusivement dans la première classe. |

À Lille, on a placé entre le conduit du four qui amène les vapeurs sulfureuses et la cheminée qui doit les déverser dans l'atmosphère une chambre où elles sont soumises, à la fois, à une douche d’eau froide et une douche en pluie de lait de chaux qui les dissout et les transforme en sulfite de calcium. L'expérience est là pour prouver que le résultat est tout à fait insuffisant, parce que les vapeurs passent trop vite et sont trop abondantes.

Il faut donc chercher une autre voie d’ asset sSemENt. Il y à, en attendant mieux, à essayer le conseil donné par le D' Thibaut, de diriger les vapeurs dans une chambre de plomb pour les transformer en acide sulfurique du commerce. Rien n’a encore été tenté pour neutraliser les eaux et les boues résiduaires. |

Quand un bon procédé d'utilisation des vapeurs sulfureuses aura été trouvé, il y aura aussi grand profit pour les ouvriers, Car on aura intérêt à les aspirer entièrement pour les lancer dans l’appareil d'utilisation. Les suites seront moins permanentes et le défournement sera moins dangereux. |

Quant aux poussières, quoiqu’au cas particulier elles paraissent peu nuisibles, il convient de recommander l’emploi de broyeurs et de bluteurs à enveloppes hermétiques ou tout au moins de ne plus opérer à sec, mais constamment par la voie humide. |

Poincaré. — Hyg. industr. 12

Page 1