INDUSTRIES DU CAOUTCHOUC
Sommaire technique. — Le caoutchouc est constitué, comme matière première, par le suce laiteux d’un grand nombre de plantes botaniquement différentes qui n’ont de commun que d’être exotiques.
L'extraction se fait par des incisions verticalement pratiquées sur leur écorce. Le suc obtenu est soumis ensuite à l’évaporahion, qui se pratique, soit en y plongeant des pelles en bois préalablement chauflées, soit en le laissant exposé à l'air libre dans des moules. Arrivé en Europe, le caoutchouc subit la fabrication proprement dite. On le ramollit d’abord en le plongeant dans de l’eau chaude, puis on le met sous presse pour régulariser son épaisseur, puis, suivant les destinations, on le confectionne soit en fils, soit en feuilles, lesquelles peuvent être ensuite façonnées pour réaliser les objets les plus variés. Pour les fils on procède par des sections appropriées que l’on pratique sur le caoutchouc sortant de la presse. Les feuilles demandent un trai-
tement spécial. Le caoutchouc brut a besoin d’être débarrassé des impuretés calcaires et végétales, ainsi que de l’eau qu'il renferme. Il est ensuite séché à l’étuve, divisé en petits morceaux, puis pétri en une masse homogène qu’on divise en blocs ou qu'on étale en lames. Blocs et lames peuvent servir à confectionner les objets les plus variés, soit par soufflage, soit par soudage, soit par moulage. Le caoutchouc a besoin d’être soumis à la vulcanisation qui le rend à la fois plus souple, plus malléable ; elle peut être obtenue soit par immersion des feuilles dans un bain de soufre fondu, soit par un bain de persulfure de potassium ou de sodium, soit par un bain de sulfure de carbone et de protochlorure de soufre.
Lorsqu'on veut recouvrir un tissu d’un enduit de caoutchouce, celui-ci à besoin d’être préalablement dissous dans de la benzine. ÉEn
Hygiénologie. — Le lamimage, le découpage, Le bronzage, le pétrissage, autrement dit tout ce qui concerne le travail mécanique de la pâte ou matière première, expose certainement à des accidents variés de nature traumatique ; mais le véritable danger réside dans le traitement chimique qui soumet les ouvriers aux effets de l'acide sulfureux, de l'alcool, de la benzine et du sulfure de carbone. De tous ces effets, les plus redoutables sont ceux que détermine le sulfure de carbone. Parmi les diverses industries qui se servent de cette substance, c’est celle de la vulcanisation du caoutchouc qui engendre surtout ce cortège symptomatique que nous avons décrit (page 82). C'est là seulement que Delpech (1) a pu rencontrer ces hommes qui, après avoir présenté toutes les manifestations d'une excessive exaltation du système nerveux, tombent au bout de quelques années de travail dans une affreuse cachexie et dans un état de déchéance morale et physique qui les rend incapables de continuer à gagner leur existence. Il y a un danger d'autant plus redoutable qu'aujourd'hui Ja
(1) Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXI, p. 350.
confection des objets de caoutchouc prend des proportions de plus en plus grandes et que cette confection tend à devenir une industrie de chambre, c’est-à-dire qu’un grand nombre d'ouvriers travaillent chez eux, sans soins et sans outillage convenable. Il est triste de penser que rien que la branche si inutile des petits ballons de caoutchouc compromet l'existence de milliers d'ouvriers et les ressources d’autant de familles.
Quant à la salubrité publique, elle est surtout mise en cause par les odeurs qui franchissent toujours les limites des ateliers ou de la chambre de l’ouvrier et par les dangers d'incendie que crée le maniement de substances aussi combustibles. | M |
Le découpage en lanières pour la fabrication des fils de
caoutchouc peut et doit se Couteau faire à l’aide d'une ma-
\r=s # # chine (fig. 85) qui su pee prime la fatigue et les am-
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poules et rend même les blessures assez rares. Un couteau circulaire vertical, mis en mouvement par une transmission, opère les sections. La pla- Fig. 85. — Découpeuse de caoutchouc. que de caoutchouc Tépose
sur un chariot qui la pousse contre le couteau au fur et à mesure que la section avance. Le support de la plaque lui communique en mème temps un mouvement circulaire qui lui fait présenter de nouveaux points, au fur et à mesure que les sections sont effectuées. Les lanières obtenues peuvent être divisées en filaments à l’aide d’une machine analogue aux fenderies des laminoirs. Les fils ronds peuvent être obtenus aussi sans main-d'œuvre à l’aide d’une presse analogue à celle qu'emploient les fabricants de vermicelle. Elle force le caoutchouc, préalablement amené à l’état de pâte molle,
à s'engager dans une multitude de petites filières, et à
passer ainsi Comme à travers une écumoire qui le moule en fils. Malheureusement la pâte ne peut être réalisée que par le malaxage avec de l'alcool et du sulfure de carbone qui S'évapore et se répand dans l'atelier, à mesure que les fils se solidifient à l'air. Aussi il serait à désirer que l’appareil ainsi que la table ou toile sans fin sur laquelle les fils restent étalés sur toute leur longueur soient dans un espace clos indépendant de la partie où séjournent les ouvriers, et soumis à une puissante aspiration ou à une cheminée ou à un ventilateur. |
Le nettoyage du caoutchouc brut pour la fabrication des feuilles ne doit plus être, comme autrefois, obtenu parune division et un brossage effectués à la main, dans un bain chaud, à l’aide d’instruments tranchants et de brosses; mais à l’aide de la machine Gérard, qui est composée de cylindres dont les uns, rugueux, dilacèrent et réduisent le caoutchouc en grains tout en en faisant tomber les corps étrangers, tandis que d’autres, lisses, laminent ces grains et les agglomèrent en une nappe continue. Le pétrissage de ces nappes doit être de mème effectué mécaniquement à l’aide d’une machine appelée loup ou diable. Elle consiste en un cylindre creux dont une portion peut se lever comme un couvercle et dans lequel tourne un cylindre plein et armé de dents.
Si on adopte la vulcanisation au soufre en fusion, il ne faut point permettre l'immersion directe des pièces dans une chaudière ouverte et exiger le procédé Goodgear, qui introduit le caoutchouc et la fleur de soufre dans un cylindre parfaitement clos où l’on fait énsuite arriver de la vapeur. Du reste on préfère généralement aujourd’hui la vulcanisation par le sulfure dé carbone, parce qu'elle se fait à froid. Mais il est indispensable qu’elle s'exécute dans des cages vitrées avec aspiration ; qu'on établisse l'alternance parmi les ouvriers; que ceux-@1 observent une bonne hygiène g'énérale; qu'ils s’abstiennent dé boissons alcooliques, eux qui sont déjà si exposés aux excitations cérébrales: Le:travail en chambre ne-‘devrait pas être toléré 445 uses
Poincaré. — Hyg. industr. 14
210 ul TRAITÉ D'HYGIÈNE INDUSTRIELLE.
Le mieux serait encore de condamner d’une manière rigoureuse la vulcanisation par le sulfure de carbone et d'adopter le mode suivant qui a déjà été mis en pratique et qui donne même de meilleurs résultats industriels. On saupoudre avec un mélange de 4 parties de soufre et 50 de chaux hydratée pour 100 de caoutchouc et on maintient ensuite la pièce pendant une heure et demie dans un bain d’eau à 40°.
Non seulement l’ouvrier n’a pour ainsi dire pas à souffrir, mais le caoutchouc s’altère moins spontanément par la suite et ne dégage plus d'acide sulfhydrique, ce qui incommode moins le consommateur.
Le travail des enfants n’est interdit d’une facon formelle que pour l'emploi du sulfure de carbone et des huiles essentielles. |