DORURE ET ARGENTURE
Sommaire technique. — Au point de vue industriel, comme au point de vue hygiénique, il y a lieu d’établir une grande distinction entre la dorure sur métaux et la dorure sur bois.
Pour la dorure sur métaux, il existe quatre procédés.
1° La dorure au mercure, qui comprend d’abord: a)la préparation de l’amalqame pour laquelle les ouvriers font fondre dans un creusetrougides feuilles d’or, ajoutent ensuite peu à peu le mercure en agitant avec une baguette de fer, passent le produit à travers une peau de chamois et le conserventsous l’eau ; )le décapage, qui consiste à tremper l’objet métallique dans de l'acide sulfurique faible, à le laver, le sécher et à le frotter avec de la sciure de bois ; c) l'applhcation de l'amalgame, qui comprend la friction de la pièce avec une dissolution de nitrate de mercure, l’application avec une brosse de la poudre d’amalgame ; /) la volatili-
sation du mercure qui s'obtient en tournant la pièce audessus de charbons ardents et après laquelle il ne reste plus que l'or sur l’objet; e) la mise en bréllant qui donne la véritable couleur de l'or à l’enduit et qui consiste à recouvrir l’objet de sel de nitre et d’alun, le chauffer, le laver à l’eau chaude et le frotter. :
2° La dorure à la feuille et au bouchon, qui comprend ellemême deux manières de procéder. Tantôt, après avoir décapé l'objet, on applique des feuilles d’or qu’on fixe avec le brunissoir. Tantôt on prépare une poudre d’or en brülant de vieux chiffons de linge imbibés d’une dissolution d’or ; on frotte l’objet avec un bouchon trempé dans cette poudre.
3° La dorure au trempé, procédé qui consiste à dissoudré l'or dans de l’eau régale, à évaporer la dissolution au bainmarie pour chasser l'acide superflu, à dissoudre le chlorure d’or dans 130 fois son poids d’eau, à ajouter à cette solution du bicarbonate de soude, à la faire entrer en ébullition, et enfin à y plonger les pièces pendant quelques minutes.
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Fig. 108. — Appareil pour la dorure et l’argenture galvaniques.
4° La dorure galvanique, qui est une ‘application de la galvanoplastie dont nous n'avons pas à rappeler ici la théorie. Après le décapage, on plonge la pièce dans un bain
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alcalin assez riche en cyanure de potassium pour pouvoir dissoudre les sels d’or ou d'argent. Ceux-ci se déposent peu à peu en couche continue sur l’objet.
Chez M. Christofle l'opération s’effectue dans la cuve représentée par la figure 108.
Des lames d’or AA sont suspendues dans la dissolution de la cuve ce et communiquent avec le pôle positif d’une pile. En face des lames d’or sont des tringles {ét qui sont en communication avec le pôle négatif et auxquelles on suspend les objets à dorer.
Pour la dorure sur bois, on étend d’abord sur la pièce un vernis formé de litharge et de céruse délayées dans de l'essence de térébenthine, puis on applique au brunissoir des feuilles d’or.
Hygiénologie. — Quel que soit le procédé employé, le décapage préalable des pièces est indispensable. Presque toujours les ouvriers, faute de précautions, plongent leurs mains dans la solution acide. De là des crevasses, le gonflement de l’épiderme et l’altération de la sensibilité des mains et des avant-bras. Si l’on emploie l’acide nitrique, il se dégage des torrents de vapeurs nitreuses dont les effets irritants sont si intenses que les ouvriers devront porter des gants pour cette opération et se laver fréquemment les mains. Ils devraient même toujours décaper sous des hottes vitrées avec tuyau d'aspiration. Des quatre procédés, le plus dangereux estincontestablement la dorure au mercure. Les ouvriers préparent d’abord généralement eux-mêmes le nitrate acide de mercure dont ils doivent enduire l’objet et cela en faisant chauffer un mélange d’acide azotique et de mercure. De là des vapeurs nitreuses dont on doit atténuer les effets en opérant sous des hottes vitrées. Mais ce qui leur nuit le plus, c’est l'absorption du mercure qui se fait à la fois pendant la préparation du nitrate acide, pendant celle de l’amalgame, pendant l'application de celui-ci, et surtout pendant la volatilisation. Aussi les ouvriers sont-ils hàves, chétifs, essoufflés, avec des dents déchaussées et des tremblements qui, bientôt, rendent tous
les mouvements imefficaces. Leur mémoire et leurs autres facultés intellectuelles baissent rapidement.
M. Bonin a espéré conjurer ces accidents en plaçant le fourneau à vaporiser sous une hotte vitrée surmontée d’une cheminée de dégagement puissante. Mais, en pratique, il arrive souvent que la cheminée n’a pas un tirage suffisant et que par suite des remous de l'air de l'atelier, dus à l'ouverture et à la fermeture incessante des portes, les vapeurs mercurielles refluent au contraire par la porte de la hotte vers le visage de l’ouvrier.
Le procédé de Dufresne est déjà plus heureux puisqu'il rend innocentes les premières opérations de la dorure au mercure et atténue les dangers de la volatilisation. I] fait intervenir l'électricité pour faire faire l’amalgame sur la pièce elle-mème. Pour ce, 1l compose un bain de sel de mercure basique. Il y plonge les pièces qu’un courant vient recouvrir d’une première couche de mercure. Il les plonge ensuite dans un bain d’or ou d'argent et les fait passer de nouveau dans le bain mercuriel. Enfin, la volatilisation du mercure s'effectue sous un châssis complètement fermé.
La mesure réellement radicale, la véritable mesure hygiénique, est la suppression de la dorure au mercure et l'emploi constant de la dorure galvanique. Il est vrai que celle-ci fait naître un autre danger. Elle dégage un mélange d'hydrogène et d'acide hydrocyanique, mais il est facile d'y remédier en plaçant, comme chez M. Christofle, les appareils électriques en dehors de l'atelier et dans des cages vitrées ventilées par une haute cheminée.
La loi du 44 mai 1875 interdit avec raison le travail des enfants dans les ateliers de dorure. Celle du 29 octobre 1846 est aussi dans le vrai en exigeant que la provision de cyanure de potassium soit tenue enfermée sous clef et que le patron en surveille la distribution et l'emploi, mais l’administration ferait une bonne œuvre en interdisant la dorure en chambre et en n’autorisant que les grandes industries qui, seules, peuvent avoir un outillage hygiénique. Elle devrait enfin, dans sa sphère d'action, travailler à la sup-
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pression de la dorure au mercure. Les eaux résiduaires des ateliers de dorure sont assez toxiques pour exiger une canalisation parfaitement étanche.
Quant à la dorure sur bois, elle expose à l’intoxication saturnine. Il est probable que, si on voulait bien chercher, on trouverait moyen d'employer un enduit non plombique.
Enfin, les callosités et les bourses séreuses déterminées par le brunissage sont inévitables, mais heureusement sans conséquence sérieuse.
B. — Industries dans lesquelles le travail des enfants est permis sous certaines conditions.