EXTRACTION DU CHLORURE DE SODIUM OÙ SEL DE CUISINE
Sommaire technique. — L'industrie et le commerce puisent ce sel à deux sources différentes, dans l’eau de la mer et dans certains gisements de la croûte terrestre. Dans le premier cas, le produit est dit se/ marin, etdans le second sel qemme.
Extraction du sel marin. — Elle se fait par évaporation, qui est généralement confiée à l'air et aux rayons solaires, mais qu’en Angleterre on termine par une évaporation en chaudière. L’évaporation naturelle se fait dans des bassins qui prennent le nom de marais salants et qu'on a soin de placer à l'extrémité rentrante d’une anse qui, par son indépendance relative du mouvement de la mer, constitue un véritable bassin préparatoire, où l’eau se clarifie déjà par le dépôt des détritus insolubles qu’elle charrie. On la fait de là s’écouler dans une première série de bassins creusés à mains d'hommes, où elle dépose ses sels de chaux et de fer ; elle est ensuite conduite dans une deuxième série, où
l’évaporation amène la solution saline au degré de saturation; enfin dans une troisième série, où l’évaporation continuant, fait cristalliser le chlorure de sodium. Les premiers sont creusés plus profondément que les seconds et ceux-ci plus que les troisièmes. Des ouvertures avec des portesécluses, permettent cette circulation intermittente et, d’autre part, l'écoulement des eaux mères, après critallisation. Ils sont séparés entre eux par des digues qui servent de chemins aux ouvriers. La disposition générale varieun peuavec les contrées. |
Dans le Nord de la France, l'extraction du sel marin se fait souvent par des /averies suivies d’une évaporation arti-
ficrelle. On agit non plus sur l’eau de mer elle-même, mais sur les sables de la plage qui ont été mouillés par elle et à la surface desquels le sel est venu s’effleurir. On lessive le sable par de l’eau de mer qui se trouve par le fait saturée avant évaporation, puis on évapore dans des chaudières. Le procédé est plus rapide et a son intérêt hygiénique.
Dans le sud de la Russie, on extrait le sel sur le delta des fleuves, près de leur embouchure. Le reflux de la mer sale les eaux fluviales etle sable en ce point. La chaleur de l'été forme sur le lit, en partie desséché, des dépôts de sel parfois assez considérables. Les ouvriers enlèvent ce sel à la pelle et le déposent en tas sur les bords, opération dangereuse, cemme nous le verrons. |
Extraction du sel gemme. — 11 y a deux grandes méthodes d'extraction : dans l’une on exploite le gisement, comme la plupart des autres minerais, à l’état solide en le fragmentant et le dissociant par des mines de poudre ou de dynamite. Les morceaux du minerai sel gemme sont ensuite amenés à l'extérieur par le monte-charges. Dans l’autre, on dissout le sel sur place en faisant arriver dans les galeries souterraines de l’eau qui, au bout d’un certain temps, est retirée par des pompes. Onéconomise ainsi de Ja main-d'œuvre et de la poudre; en outre cette extraction par dissolution sur place avance les opérations, puisque l’état d'impureté du minerai qu'on retire à l’état solide, nécessite qu'on commence par le dissoudre dans de l’eau avant de le soumettre aux opérations qui doivent amener son épuration définitive. :
L'eau salée provenant de la dissolution opérée soit dans la mine elle-mème, soit en dehors après avoir été mise en réserve plus ou moins longtemps dans d’immenses bassins, est soumise à l'opération dite de la graduation. C’est une évaporation à l’air qui a pour but de concen-
trer la dissolution sans dépense de combustible.
Le bâtiment de graduation consiste en un grand échafaudage présentant un réservoir supérieur d’où la dissolution s'écoule goutte à goutte: un réservoir inférieur des-
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tiné à recueillir ces gouttes et un monceau de fagots placé entre les deux, à travers lequel le liquide filtre avec une grande multiplication de surface de contact avec l’air. Pendant la graduation non seulement la dissolution se concentre, mais elle se débarrasse de ses carbonates de chaux, de fer et de magnésie. En effet son acide carbonique qui tenait ces sels en dissolution se dégage. L'industrie moderne tend à supprimer la graduation. En
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traitant le gisement par des sondes qu’on fait pénétrer profondément, on obtient une dissolution assez concentrée pour pouvoir être soumise aux chaudières après clarification par simple repos dans un bassin.
Quel que soit le procédé employé, la dissolution saturée doit être concentrée par la chaleur pour provoquer la cristallisation du chlorure de sodium. On doit employer des chaudières d’une forme spéciale offrant en mème temps une grande surface de chauffe et une grande ouverture
pour le dégagement des vapeurs. Ce sont généralement d'immenses bacs plats qui favorisent la cristallisation par leur peu de hauteur et qui facilitent l’enlèvement des dépôts. Le sel retiré des bacs est soumis à l’égouttage pour le débarrasser de l’eau-mère qu'il retient, et enfinà la dessiccation dans des étuves.
Hygiénologie. — Il est reconnu par des observations faites sur le bord de la mer, que le sel marin tenu en suspension dans l'air, soit en poussière, soit en dissolution dans l’eau atmosphérique est absorbé en assez grande quantité par la muqueuse pulmonaire. Cette absorption se fait évidemment aussi dans l'exploitation des gisements, où la dynamite et les coups de pioche développent à chaque instant des nuages de sel pulvérulent et où l'atmosphère “humide des galeries se charge aussi d’une dissolution vésiculaire de cette substance. Il est évident qu'après cette introduction dans l’économie, le sel doit y déterminer les modifications physiologiques qui ontété constatées aprèsl'ingestion stomacale, c’est-à-dire une augmentation des combustions respiratoires et une stimulation des fonctions digestives. On sait aussi que le chlorure de sodium absorbé en grande quantité et pendant longtemps, peut engendrer le scorbut. Mais je n’ai point trouvé de documents permettant d'avancer que cet effet pathologique puisse se produire dans l'exploitation des salines. On peut en outre assurer que les affections des poumons sont très rares chez les ouvriers des salines et que ceux mêmes qui travaillent dans les bâtiments de graduation ont une moyenne de vie de T#*ans.
On n’admet pas l'absorption du sel par la peau; mais il exerce sur le tégument une action locale incontestable. Il produit des rougeurs, des excoriations et des furoneles.
L'hygiène des ouvriers s’accommoderait très bien d’une exploitation, constante et générale, du sel gemme par dissolution souterraine. Mais ce procédé offre pour la sécurité publique des dangers sur lesquels on n’a pas assez attiré l'attention. L’extraction de l’eau salée laisse d'immenses vides qui entrainent des effondrements du sol, d’où peuvent
résulter de grandes catastrophes, surtout si une voie ferrée se trouve compromise. D'autre part des étangs voisins de ces exploitations ont été en partie vidés el trnsformés en de véritables marais, Une mesure préventive très ralionnelle est d'injecter toujours autant d'eau qu'on en extrait, Mais la dissémination de l'eau dans les couches terrestres laisse toujours subsister des éventualités imprévues,
Quant à l'exploitation du sel de mer par bassins ou marais salants, elle devrait être condamnée d'une manière absolue, car c'est elle qui à autrefois fait de toutes les côtes françaises des foyers désastreux d'intoxication paludéenne, Au fur et à mesure qu'on à supprimé les marais salants en France, la malaria y est devenue de plus en plus rare et de plus en plus bénigne.
Le travail des enfants n'est interdit que dans les galeries de sel gemme, el encore pour le travail demineur, ne peuvent Ôtre employés au lriage et au chargement des w agonnets.