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FABRIQUES DE PAPIERS PEINTS

Renseignements techniques. — Une opération préliminaire, qui est désignée sous le double nom de broyage et de délayage, à pour but de préparer le mélange de la couleur. Autrefois la pulvérisation de la matière colorante se faisait à l'usine même. Aujourd'hui les fabriques de ces matières premières livrent celles-ci à l’état de poudre, et l’ouvrier, où délayeur, ne fait plus que brasser la poudre colorante dans de l’eau additionnée de colle et de tale. Ce mélange pourrait être fait avec des agitateurs mécaniques, mais la variété des couleurs exigerait un trop erand nombre d'appareils. Aussi lopération se fait-elle dans des cuves à l’aide de spatules et même souvent à l'aide des mains.

La seconde opération, dite fonçage, a pour but d'étendre sur le papier la couleur générale qu'il doit présenter sur tous ses points, celle qui doit exister seule dans les papiers dits unis, ou mieux unicolores, mais qui doit servir simplement de fond pour les papiers à dessin, où multicolores, dits encore 2mprimés. Autrefois celte opération se faisait toujours à mains d'homme, et il en est encore ainsi dans beaucoup de fabriques. Dans ce cas, elle nécessite le concours de deux sortes d'ouvriers, les fonceurs, proprement dits, qui étalent la première couche à l’aide

de grandes brosses rondes; les #reurs qui, armés de brosses du même genre, égalisent la couleur que les premiers n'ont fait qu'appliquer irrégulièrement.

Qu'ils doivent être imprimés ou non, les papiers, une fois foncés, ont besoin d’être séchés. Des femmes, des enfants, la plupart du temps, mettent les feuilles à cheval sur une barre transversale fixée à l’extrémité d’une longue perche, les transportent et les déposent, dans la même situation, sur de longues rangées de barres fixées au plafond, où la ventilation chaude des ateliers produit une dessiccation plus ou moins rapide.

L'impression est l'opération qui consiste à appliquer sur le papier, déjà foncé, des dessins d’une autre teinte. On obtient ceux-ci par l’apposition de planches de bois sculpté et dont les reliefs sont enduits de la couleur. Cette application peut se faire avec des presses à main ou par des presses mécaniques.

Il est certains papiers à marbrures grossières. Des ouvrières trempent une éponge dans le liquide colorant et n’ont qu'à l’appliquer successivement sur tous les points du fond. Elles ont forcément les mains immergées dans ce bain, et en outre elles éclaboussent continuellement sur toute leur personne.

Depuis un certain nombre d'années on emploie un moyen très ingénieux pour fabriquer des papiers, à marbrures gracieuses et multicolores qui sont destinés à la reliure des livres. Une cuve plate renferme un bain fixateur de nature gommeuse. L'ouvrier est entouré de pots contenant des couleurs distinctes et munis chacun d’un pinceau. Il prend ces pinceaux les uns après les autres, les secoue et asperge de gouttelettes la surface du bain. Il y a toujours des éclaboussures nombreuses dans toutes les directions, sur les murs et les personnes. Quand la surface se trouve être ainsi criblée de gouttes de toutes les couleurs, qui restent insolubles et immiscibles à ce liquide, l'ouvrier promène des peignes qui SAR les couleurs en bandes hachées, d’un aspect gracieux, qu'on peut varier à l'infini. Il suffit

d'appliquer une feuille de papier sur la surface du bain. En quelques secondes le dessin est obtenu.

Tous ces mouvements s’exécutent avec une grande rapidité et l’ouvrier peut imprimer un grand nombre de feuilles dans sa journée. Mais il ne peut appliquer les feuilles qu'en chargeant ses doigts de couleurs qui s’éternisent sous les ongles. p. à

L'impression a naturellement besoin d’être suivie d’une dessiccation. On procède ensuite au satinage, qui consiste à rendre le papier lisse et brillant par simple frottement, à l’aide de brosses dures.

Vient enfin le découpage, qui divise les feuilles dans les proportions voulues et qui rogne les zones défectueuses., Presque partout, ilse fait aujourd’hui à l’aide de machines découpeuses.

Il est des papiers qui nécessitent des procédés particuliers, entre autres le papier dit velouté. On étend sur le papier déjà peint, une solution gommeuse puis on saupoudre avec du drap pulvérisé mêlé à la matière colorante et à de l’arsenic intervenant à titre de mordant. L’ouvrier est forcément enveloppé d’un nuage de cette poussière.

Hygiénologie. — Cette industrie est considérée comme pouvant nuire : 1° par le mouvement professionnel qu’elle exige; 2 par la haute température des ateliers; 3° par l’action toxique de couleurs employées.

Les deux premiers modes n'intéressent que les ouvriers. Les fonceurs chargés d'appliquer et d'étendre la couleur générale sont soumis à une assez forte dépensé musculaire. Les enfants qui transportent le papier et élèvent les bras pour placer les feuilles sur les étendoirs éprouvent une fatigue incompatible avec leur âge. Les satineurs sont sujets à une crampe professionnelle. Les rogneurs ont des ampoules, des callosités, des crampes dans les mains. La chaleur de l'atelier de séchage, sans être excessive, n’en est pas moins très énervante et débilitante.

Le troisième genre de danger est au contraire excessivement grave, non seulement au point de vue des ouvriers

qui, ‘eux, sont constamment exposés à une absorption se faisant à la fois par la voie pulmonaire pour les poussières toxiques, par la voie cutanée, la peau étant toujours maculée malgré tous les soins de propreté, par la voie buccale, les doigts pouvant être portés à la bouche et les vêtements pouvant déposer de l'agent toxique sur les matières alimentaires; mais encore au point de vue des personnes étrangères à l’usine, par le fait de la pollution des cours d’eau et des puits.

De part et d'autre, la nature des accidents dépend naturellement de celle des substances colorantes. On fabrique surtout sur une large échelle les papiers à fond blanc et ceux à fond vert. Or, les premiers sont le plus souvent obtenus avec la céruse et les seconds avec des verts arsenicaux. Pour les teintes rouges on emploie généralement la laque et le carmin, mais on est obligé d'y ajouter de l’arsenic, pour donner au papier plus d'éclat et de durée. On se sert aussi d’arséniate d’alumine et surtout de minium ou sesquioxyde de plomb. Quant aux couleurs jaunes, on les obtient avec des sels de plomb, chromate, oxyde, oxychlorure, iodure de plomb. Beaucoup d’usines réalisent aujourd’hui la plupart des teintes avec le grand groupe des couleurs dites d’aniline. Comme celles-e1 sont surtout entachées d’arsenic, on peut dire que les fabriques de papiers peints produisent avant tout des accidents d’empoisonnement par le plomb et l’arsenic. Duchesne et Michel (1) font observer avec raison que la mode actuelle a des conséquences favorables à l'hygiène, vu qu'elle tend à préférer les papiers à tons anciens aux papiers à tons brillants. De cette façon l’emploi des couleurs de plomb et d'arsenic devient exceptionnel.

On appliquera dans les ateliers des affiches instructions enjoignant aux ouvriers de laver fréquemment leurs mains et leur visage, surtout au moment de prendre leur repas; de prendre deux bains par semaine, de porter pendant le

(1) Revue d'hygiène 1882, p. 398.

travail des vètements spéciaux qu’on quittera avant de sortir de l'atelier, de travailler avecdes gants; enfin de saupoudrer avec du calomel les ulcérations produites, après les avoir lavées avec de l’eau salée.

Dans les usines non munies des machines modernes, les patrons devront munir les brosses de manches longs, tenant le visage du fonceur et du tireur à distance de la surface d'application de la couleur. Ils devront surtout organiser des brigades d’alternance, afin que les mêmes ouvriers ne soient pas constamment employés aux opérations qui exposent le plus à l’absorption des poussières toxiques, telles que le satinage et le veloutage. Pour l'impression à la planche, il faut tout au moins en atténuer les inconvénients en mettant à la disposition de l’ouvrier un levier brisé por-

Cylindre enrouleur

Cylindre …

fournisseurf

Fig. 193. — Machine générale pour papiers peints.

tant des poids et glissant le long d’une tige de fer. L’imprimeur soulève une partie du levier, l’amène sur la planche, le laisse retomber, et la pression se trouve suffisante, sans qu’il soit nécessaire d'appuyer. Pour le veloutage, on évite les inconvénients des tontisses en opérant dans des cadres munis de couvercles. QUE.

En dehors de ces prescriptions devenues banales, les conseils d'hygiène doivent se donner la mission morale de généraliser l'emploi de machines qui ont le double avantage

de rendre presque nul le mouvement professionnel et d’atténuer beaucoup les dangers d'intoxication.

Aujourd’hui, dans les grandes fabriques on a installé une machine qui réalise, sans intervention directe de l’homme, le fonçage, le transport régulier avec dessiccation concomitante et même la mise en rouleau.

Le papier auquel on a donné une longueur aussi considérable que possible, est déroulé, lentement et régulièrement par le mouvement de l’axe cylindrique autour duquel il a été préalablement enroulé. Au fur et à mesure qu'il est ainsi déroulé, le papier reçoit une quantité convenable et constante de couleur fournie par le cylindre plongeur dans le bain coloré. De là 1l passe sur un autre cylindre qui le frotte contre des barres armées de brosses. Attiré par un cylindre enrouleur quise trouve à l’autre extrémité de l’appareil, 1l passe sur une barre cylindrique, descend dans une étendue de plusieurs mètres pour remonter vers une autre barre qui a précédé. Un système de chaînes et poulies fait avancer lentement l’ensemble des barres portant les replis de la tenture. Chaque barre arrive ainsi peu à peu à l’extrémité, tombe et abandonne son repli au cylindre en rouleau, pendant qu'une nouvelle portion de tenture, livrée par le cylindre brosseur, s'empare de l’autre côté d’une nouvelle barre. Dans ce long trajet, les replis offrent une grande surface à l’évaporation et arrivent s’enrouler sur le cylindre récepteur dans un état satisfaisant de siccité.

Il existe aussi des satineuses mécaniques qui font passer le papier sous des rouleaux en coton comprimé. On est en général obligé de faire passer la même feuille deux ou trois fois. Mais il y a encore économie de temps et d'argent.

Enfin l’impression à la planche doit être remplacée par l'impression au cylindre grayeur mû mécaniquement.

Le travail des enfants est interdit pour les- opérations portant des substances toxiques.

C. — Industries dans lesquelles le travail des enfants est autorisé sans restrictions.

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