FABRIQUES DE SAVON
Sommaire technique. — Comme matière première on se sert surtout de suif de mouton; mais on emploie aussi les, graisses de bœuf, de cheval, de chèvre, de pore, des huiles de poisson et des huiles végétales.
La première opération est la préparation des lessives alcalines. Comme il est nécessaire d'agir sur les graisses avec de la potasse ou de la soude caustique, et comme dans le, commerce on ne trouve ces bases qu’à l’état de carbonates, il est nécessaire de les débarrasser d’abord de leur acide carbonique. C’est là le but de la première opération. I suffit pour cela de les traiter par la chaux, qui s'empare de l'acide carbonique et qui cède son eau d’hydratation aux alcalis. La réaction peut être obtenue soit à chaud, soit à froid. Mais dans ce dernier cas 1l faut mettre beaucoup plus de chaux. Aussi le procédé à chaud est-il plus souvent mis en usage. On opère alors dans une grande chaudière chauffée soit à feu nu, soit à la vapeur. Pour éviter l'introduction de petites pierres qui se trouvent toujours dans la potasse du commerce et qui viendraient former des dépôts sur le fond de la chaudière, on a recours à un moyentrès simple : on jette cette substance dans une caisse percée de trous qui plonge presque entièrement dans la lessive. On fait bouillir pendant une heure, en ayant soin de brasser le mélange pendant tout le temps. Par le refroidissement, le carbonate de chaux se dépose; on soutire la solution alcaline avec une pompe, et on la fait chauffer avec les graisses pour obtenir la saponification. Quand on juge celle-ci réalisée, on coule la masse dans des réservoirs en bois ou en maçonnerie qui doivent être toujours bien étanches. Par le repos et le refroidissement, le savon se solidifie. On procède ensuite au découpage du bloc, à l'aide soit d’un couteau, soit d’un
simple fil de cuivre. Le savon découpé est enfin soumis à la . dessiccation. Dans les petites fabriques, on se contente de séchoirs à air libre. Dans d’autres on établit un simple fourneau à coke et en mème temps une cheminée d'appel. Enfin dans les grandes fabriques, les séchoirs sont chauffés à la vapeur et munis de ventilateurs.
Il est à côté de cela un certain nombre d'opérations secondaires ayant pour but de colorer ou de parfumer le Savon.
Les marbrures s’obtiennent en disséminant dans le savon blanc des savons d’albumine et de fer. C’est là l'opération qu'on appelle le madrage.
Les diverses colorations s’obtiennent par l'addition au savon encore liquide de bleu d'outre-mer, de vermillon, de rouge d’aniline, de jaune de chrome. Pour la couleur verte, on se sert souvent d’un mélange dangereux de bleu de Prusse et de jaune de chrome.
En général, c’est dans la fabrique elle-même qu’on prépare les parfums, et suivant leurs natures, onles extrait soit par pression, soit par distillation, soit par macération dans de l'huile.
Quand le parfum n’est pas très volatil on l’ajoute à chaud, c'est-à-dire lorsque le savon n’est pas encore solidifié. Dans le cas contraire, l'application se fait à froid. Pour cela il est nécessaire de découper le savon en copeaux, à la main; on arrose ces copeaux avec le parfum et on les fusionne entre eux dans des moules. |
Hygiénologie. — Quoique la fusion des matières grasses en présence des alcalis donne toujours lieu à des odeurs nauséabondes et irritantes, on peut dire cependant que les fabriques de savon noms dent peu, de ce chef, les voisins. Mais la plupart des savonneries infectent des quartiers entiers par le fait mème des impuretés des soudes qu'elles emploient.Cela tient à ce que les savonniers achètent des soudes brutes encore imprégnées de leurs marcs et veulent se charger eux-mêmes de les débarrasser des matières étrangères qu’elles renferment. En cet état, la soude,
rendant son emmagasinement et son transport, dégage une grande quantité d'acide sulfhydrique. Cette odeur dégagée par les amas de soude brute est difficile à éviter. On a proposé d’emmaganiser cette matière dans des locaux fermés en communication avec le cendrier des foyers. Mais l'odeur qui se produit au moment du chargement et du transport existerait toujours. Le mélange de la soude avec des poussières inertes et désinfectantes coûterait trop cher. Il serait plus radical de ne permettre aux savonner ies que l'emploi de soudes nettoyées.
Les chances d'incendie peuvent être ue, 1C1 COMME partout où l’on soumet des graisses à la coction, en substituant le chauffage à la vapeur au chauffage à feu nu. On peut même réaliser du même #oup un autre avantage hygiénique, en se servant d’un serpentin mobile qui en exécutant une rotation continuelle brasse mécaniquement le mélange et dispense du brassage à bras si fatigant pour les ouvriers. L'emploi de la vapeur sera désormais d'autant plus facilement accepté par les industriels, qu'il procure de grands avantages pour la production. En effet, l’ébullition se produit plus vite et plus régulièrement. On n’a plus à redouter les dépôts de chaux sur la chaudière.
Le découpage à la main peut facilement être exécuté par des machines. Le coupage des blocs en copeaux doit être remplacé par un éroyage mécanique qui, du reste, répartit mieux le parfum.
La coloration n'offre que le danger commuüa à tous les emplois de couleurs toxiques. On possède assez de couleurs non nocives pour ne pas faire courir mème l'apparence d’un danger aux ouvriers et aux consommateurs. Pourquoi entre autres donner la coloration verte en mélangeant le bleu de Prusse avec le jaune de chrome, quand il est si facile d’emplover le vert de chrome qui est innocent. La distillation des huiles essentielles destinées à parfumer les savons, qui peut parfois engendrer de la céphalalgie, des vertiges, doit être pratiquée de manière
à donner le moins de pertes possible. C’est, du reste, l'intérêt de l'industriel. Pour les parfums délicats, 11 convient de supprimer la distillation et d'emprunter directement le parfum aux fleurs ellesmêmes à l’aide, de l’appareil ci-contre.
On imbibe d'huile d'olives des draps de laine qui sont étendus sur des cadres garnis de fils de fer. On recouvre d’une couche de fleurs B. On empile ces cadres les uns sur les autres À. — On renouvelle
Fig. 124. — Chàssis pour l’enfleurage. les fleurs de douze heures
en douze heures. Puis quand l'huile s'est bien chargée du parfum, on soumet à une forte presse hydraulique. F
La glycérine qui, longtemps, n’a été qu’un résidu utilisé de la fabrication des bougies est aujourd'hui extraite surtout des résidus des savonneries. Elle se trouve, presque sans altération, dans les lessives salées sur lesquelles surnage le savon. On sature les alcalis libres par les acides sulfurique ou chlorhydrique. Il se dégage beaucoup d'acide carbonique et d'acide sulfureux. On filtre et on évapore. Cette évaporation peut s'effectuer dans de bonnes conditions hygiéniques à l’aide du cylindre de Dron qui permet d'agir à une basse température. C’estun cylindre rotatif dans lequel circule de la vapeur et qui plonge à moitié dans la glycérine. En tournant, le cylindre l’amène en nappe au contact de l'air.