III. RÉSULTATS PRATIQUES DE l'eXAMEN DES FÈCES
Si nous appliquons ces différentes données à l'étude des selles normales ou pathologiques des nourrissons, voici les résultats que ces examens nous donneront.
(1) Dans cet exposé nous ropro(liiisons,p()iir la ])liis tcraiulo partio.lcs rtiquiMtos ('\|)lii'ativos ilo nos moulages de garde- robes de nourrissons, que nous avons fait cxi'H'ulor sons la direclion do notre maître, M. le D' Variot, dans son beau s irvice des lOnfants-Assislés, par l'habile artiste qu'est .luinelin et qu'édit(> la maison Tratnond l{ou|)pert sous le nom di; ('ollertion coprolo-^iqitc, du ])■■ René (ïaultier. — Des moulages analogues existent également à l'étranger; nous citerons entre autres ceux du D' Rœder.
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a) Selles de méconium du nouveau-né. — Le nombre de ces selles est de un, deux ou trois; leur aspect visqueux, gluant; leur consistance épaisse et cohérente; leur couleur vert brun, sauf à l'extrémité de la première où l'on constate habituellement un bouchon muqueux de coloration grisâtre ; leur odeur est presque nulle; leur réaction acide; et leur quantité de 80 grammes environ pendant les deux ou trois premiers jours, par selle de 5, 15 et 30 grammes. L'analyse microscopique montre que ces selles sont composées de cellules cornées, provenant du vernis caséeux recouvrant la peau du nouveau-né, de cellules épithéliales de l'intestin, de gouttelettes de graisses, de nombreux cristaux de cholestérine et de bilirubine plus ou moins formés, h' analyse bactériologique montre, suivant trois phases, une flore bactérienne totalement différente; tout d'abord phase aseptique : aucun microbe n'existe dans la première selle de méconium; puis phase d'infection croissante : apparaissent de petits cocci, des coccobacilles, des bacillus coli communis, des bacillus perfringens, des bacilles III de Rodella, des bacillus lactis aerogenes, etc. ; alors la flore se transforme et le bacillus bifidus, faisant son apparition, chasse toutes les formes précédentes.
b) Selles normales du nourrisson au sein. — Leur Tiomère est de une à trois par jour. Leur aspect homogène, leur consistance demi-molle, leur couleur jaune d'or, jaune de genêt; leur odeur aigrelette, nullement fécaloïde, de petit-lait ou de savon; leur réaction acide; leur quantité pendant le premier mois, de 15grammes de selles humides; dans les mois suivants leur quantité va augmentant jusqu'à 80 grammes environ; l'utilisation du lait de femme étant la suivante 96 %, leur analyse microscopique fait reconnaître quelques globules de graisses neutres, quelques cristaux d'acides gras et quelques savons en plaques. Uanalyse chimique donne comme composition : eau, 85,18 %; graisses et acides gras 15.9 %; peu de substances albuminoïdes, par suite pas de produits de putréfaction des albuminoïdes (indol, phénol, scatol) ; peu ou pas de leucine ou tyrosine;des traces de sucre, d'acide lactique, butyrique et valérique. Enfin l'analyse bactériologique montre la présence du bacillus bifidus à l'exclusion de toute autre variété microbienne. Les déductions diététiques à tirer de ces notions sont les suivantes : pour conserver aux garde-robes ces caractères, donner à l'enfant des tétées régulièrement espacées d'une durée de dix à quinze minutes environ, en se rendant compte par la balance de la quantité ingérée.
c) Selles normales d'enfant élevé au lait stérilisé par les soins domestiques. — Leur nombre est de une à trois par jour. Leur aspect et leur consistance sont ceux d'une pâte molle, bien liée; leur couleur jaune d'œuf ne devient pas verte après exposition à l'air comme les selles de lait de femme, mais prend une teinte grisâtre; leur odeur., à peine fétide, devient parfois ammoniacale; leur réaction est alcaline; leur quantité est plus abondante que celle d'un enfant au sein, car l'utilisation du lait de vache est moindre que celui de femme (pour 100 parties de lait de vache 93 au lieu de 96 sont seulement utilisées).
L'analyse microscopique montre des globules de graisse neutre, des cristaux d'acides gras et des savons en plus grande abondance que dans les selles de nourrisson au sein; on y rencontre également une grande quantité de corpuscules détritulaires. L'analyse chimique fait voir qu'elle est composée de 82 %
d'eau, 15 % de graisses, 5 % de matières albuminoïdes; celles-ci sont donc beaucoup moins bien utilisées que dans l'allaitement maternel; il en résulte que les produits de putréfaction de ces matières sont présents dans ces garderobes. Enfin les sels minéraux, tels que chaux, acide phosphorique, sont également moins bien utilisés, puisqu'on les y retrouve en notable quantité. L'analyse bactériologique indique une flore microbienne variée, où voisinent à côté du bacillus bifidus, du bacillus coli communis, de l'entérocoque, un nombre égal de bacillus acidophilus, exilis, le staphylocoque blanc, le bacillus lactis aérogenes, le bacille III de Rodella et le bactérium coli, variété polymorphe. Les indications diététiques qui résultent de cette analyse sont avant tout les suivantes : 1^ s'assurer de la provenance du lait; 2° tenir propres les bouteilles et les biberons; S'^ couper le lait dans les proportions indiquées par les tables spéciales, et si besoin est, suivant des indications particulières.
d) Selles normales d'enfant élevé au lait stérilisé industriellement. — Leur nombre est de une à deux par jour; leur aspect celui d'une pâte molle, pas très liée, parsemée de petits grumeaux de caséine; la couleur est jaune pâle, un peu grisâtre; leur odeur ammoniacale; leur réac^iow alcaline; leur quantité plus considérable que celle d'un enfant au sein, et cela en raison de la moins bonne utilisation du lait, inférieure à celui de femme, 92 au lieu de 96 %.
Leur analyse microscopique les montre constituées à peu de chose près comme les précédentes; l'analyse chimique et bactériologique fournit des considérations analogues et les indications diététiques qui en résultent sont les mêmes.
e) Selles d' entérocolite glaireuse (forme bénigne). — Leur nombre est de trois à quinze par jour; leur consistance liquide, leur aspect glaireux contenant des grumeaux de lait non digérés avec des traînées grises, des filaments muqueux; leur couleur gris jaune avec une faible teinte verdâtre ; leur odeur fétide ; leur réaction acide ; leur quantité plus abondante que celle d'une selle normale ; leur analyse microscopique montre de nombreux détritus corpusculaires, des débris de caséine, des corps jaunes deNothnagel, des débris dégraisses, des cristaux de cholestérine, du mucus en grumeaux de dimensions variables, hyalins, striés et contenant quelques cellules épithéliales, et aussi quelques leucocytes; leur analyse bactériologique permet de constater la présence de nombreux coccobacilles et diplocoques anaérobies, la disparition du bacillus bifidus; l'apparition du bacillus perfringons, du bacillus saccharobutyricus, du coccobacillus anaérobius perfœtens; du bacillus minutus. Les indications diététiques qui résultent de ces analyses sont les suivantes : régler l'alimentation, car le plus souvent il s'agit d'un enfant suralimenté; s'il y a lieu, changer de nourrice; enfin dans certains cas établir la diète hydrique, diète hydrique pure ou mitigée avec l'eau de riz, puis réaUmenter par le lait donné à doses très faibles et très dilué, au besoin par le babeurre; donner les alcalins à petite dose, le citrate de soude, etc.
/) Selles vertes panachées de gastro-entérite catarrhale (forme bilieuse légère). — Leur nombre est de quatre à dix par jour; leur consistance demi-molle; leur aspect celui d'herbes cuites hachées avec ou sans parties jaunes (selles panachées) et grumeaux de lait non digérés; leur couleur verte est due à la biliru-
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bine, radjonotion d'une goutte d'acide nitrique sur le lange provoque l'augmentation de la teinte verte, suivie de la teinte violette et rose caractéristique; leur odeur est fétide; leur quantité plus abondante que celle d'une selle normale, car il y a dans ce cas une utilisation très défectueuse. L'analyse microscopique y montre des débris de caséine, des cristaux de cholestérine en abondance, de nombreux détritus corpusculaires et des grumeaux de mucus. L'analyse bactériologique y fait voir de nombreux coccobacilles et diplocoques anaérobies. Le bacillus bifidus est totalement disparu. Par contre, apparaissent le bacillus perfringens, le bacillus saccharobutyricus, le coccobacille perfœtens, le staphylococcus parvulus, le bacillus minutus. Le diagnostic se fera aisément avec la diarrhée verte bacillaire de Lesage parce que celle-ci n'offre aucune réaction avec l'acide nitrique, qu'elle a une réaction neutre, que la bile en est absente; tandis qu'en colorant une préparation au violet de méthyle, on peut mettre en évidence le bacille de Lesage. Les indications diététiques résultant de ces constatations sont à peu près identiques à celles qui résultent de l'examen des selles précédentes ; y apporter peut-être un peu plus de rigueur est la seule modification à signaler.
g) Selles blanches de dyspepsie gastro-intestinale chronique. — Leur nombre est très réduit, une à peine par jour; de consistance pâteuse, leur aspect est celui du mastic de vitrier; leur couleur est blanche; leur odeur, sensiblement fétide, est celle du fromage pourri; leur réaction est acide; leur g^wan^i/é plus abondante que celle de la normale. L'analyse chimique montre 58 % d'eau, 5 % de matières albuminoïdes, 37 % de graisses. Les graisses sont en grande partie dédoublées; on trouve en effet 67 % d'acides gras et savons et 33 % de graisses neutres seulement. Il n'y a donc pas déficit pancréatique, mais déficit biliaire.
L'analyse bactériologique fait constater, avec la disparition du bacillu"? bifidus, l'apparition d'une flore microbienne variée, tels que bactérium coli et entérostreptocoques, nombreux coccobacilles et diplocoques anaérobies, et principalement le bacillus perfringens associé au bacillus saccharobutyricus, au coccobacillus anaerobius perfœtens, au staphylococcus parvulus, au bacillus minutus. Ces selles, dont le diagnostic est à faire avec les selles blanches éphémères dues à une suralimentation graisseuse passagère, avec les selles des ictériques, semblent tenir, comme ces dernières, à des troubles de la fonction hépatique, plus spéciale aux enfants nourris au biberon, et particulièrement chez les enfants prématurés, syphilitiques ou tuberculeux. Les ifidications diététiques qui résultent de leur constatation sont de diminuer les graisses en coupant le lait ou l'écrémant, en remplaçant le lait de vache par le lait d'ânesse, moins riches en graisses; en adjoignant au lait, chez des nourrissons âgés de six mois, des féculents qui fournissent d'utiles ressources à l'organisme en laissant reposer le foie,
h) Selles sanglantes de l'entérite folliculaire dysentériforme. — En dehors des selles franchement sanglantes, mélœna des nouveau-nés, dans certaines variétés d'entérite folliculaire à type dysentériforme, chez des enfants en général suralimentés, après une constipation préalable il n'est pas rare de rencontrer des selles plus fréquentes, peu abondantes, formées de matières muqueuses, mons-
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seuses ou visqueuses, contenant des stries sanguinolentes et des travées gris jaunâtre formées de pus, matières fécales teintées de sang d'un jaune pâle visqueux, d'odeur putride, de réaction alcaline, dans lesquelles le microscope permet de reconnaître des cellules muqueuses, des globules rouges, des cellules épithéliales desquamées, des globules de pus, des flocons de mucus, h'examen bactériologique montre, là comme dans les formes précédentes, une flore des plus variées.
i) Selles de choléra infantile. — Celles-ci sont en nombre considérable, huit à dix par jour et même davantage; leur aspect est caractéristique : ce sont des selles liquides, incolores, inodores, semblables à de l'eau de riz; ou encore elles ont l'apparence d'une eau légèrement teintée par du jaune d'œuf avec ou sans grains riziformes; au point de vue microscopique, on voit qu'elles sont riches en cellules épithéliales et en leucocytes; et au point de vue chimique, qu'elles contiennent du sérum albumineux et beaucoup de mucine. Quant au point de vue bactériologique, toute la flore bactérienne s'y rencontre avec les types variés que nous avons décrits plus haut, parfois même avec prédominance d'une espèce.
k) Selles constipées du lait stérilisé. — Selles rares, peu fréquentes, de consistance pâteuse, avec des petits grumeaux de caséine, de coloration jaune pâle, un peu grisâtre; d'odeur ammoniacale et de réaction alcaline plus abondante qu'une selle normale, elles se montrent microscopiquement et chimiquement comme composées d'une grande quantité de graisses rîon digérées; souvent envahies de flocons de mucus elles peuvent s'accompagner de petites fausses membranes. Au point de vue bactériologique, on y trouve une flore bactérienne variée dont le bacillus bifidus est presque partout chassé.