EXAMEN SÉMÉIO LOGIQUE DES FÈCES DU NOURRISSON
Au point de vue pratique, il faut distinguer deux variétés absolument distinctes de la constipation chez les nourrissons :
1^ Celle qui est liée à des malformations congénitales du tube digestif telles que le rétrécissement congénital du pylore avec spasme de l'anneau musculaire, à des atrésies diverses de l'intestin grêle et du gros intestin, à des flexuosités anormales de l'S iliaque, etc. Ces dernières anomalies du tube digestif peuvent entraîner la stase et même l'arrêt complet des matières intestinales; la constipation, dans ces circonstances, peut être un accident fort grave et justiciable même d'une intervention opératoire; elle est heureusement peu commune, mais il faut y songer lorsqu'on voit la constipation être opiniâtre dès les premiers jours qui suivent la naissance;
20 La constipation ordinaire en rapport avec un processus de digestion intestinale anormal, avec une certaine inertie de l'intestin ou plutôt avec l'ingestion de laits autres que le lait de femme. Il est très habituel que les nourrissons élevés au lait stérilisé aient une constipation plus ou moins forte. C'est là un des inconvénients les plus sérieux du lait stérilisé industriellement comme nous l'avons dit antérieurement.
Par contre, la constipation vraie, avec matières intestinales moulées, fermes, est plutôt rare chez les nourrissons élevés au sein par leur mère ou par une nourrice. Lorsqu'on fait une enquête rigoureuse on reconnaît que, presque toujours, on se trouve en présence d'une fausse constipation,
La fausse constipation du nourrisson (1) est un trouble des fonctions intestinales que les mères ou les nourrices ne manquent pas de qualifier de constipation, bien que les matières rendues aient une coloration et une consistance tout à fait normales. Ce trouble s'observe souvent chez des nourrissons au sein et doit être distingué de la constipation vraie. On peut lui donner le nom de fausse constipation, en attendant qu'on soit bien fixé sur sa cause et son mécanisme physiologique.
Dans la plupart de ces cas, on a, affaire à de beaux nourrissons au sein (accroissement régulier du poids et de la taille, bonne humeur, sommeil facile, appétit excellent, pas de vomissements, etc.). Cependant les déjections ne sont pas celles qu'on a l'habitude de constater chez les enfants bien portants nourris au sein. Au lieu de deux ou trois selles par jour, selles spontanées, jaune d'or, rappelant, comme on dit, les œufs brouillés, le gros intestin reste paresseux.
Il suffit d'ailleurs d'exciter la muqueuse rectale par l'introduction d'un petit suppositoire à la glycérine par exemple, pour qu'immédiatement ce dernier soit rejeté et soit suivi de l'évacuation rectale. Les matières, bien que jaunes, bien que non moulées, ni dures, présentent cependant une certaine consistance qui leur donne l'aspect d'un mastic fluide; enfin leur quantité est parfois réduite, et leur homogénéité est complète, témoignant ainsi que la digestion
(1) Clinique infantile, février 1908.
est parfaite. Ce ne sont pas là certainement les caractères des selles des enfants qui ont de la constipation vraie, telle, par exemple, qu'on la rencontre si souvent chez les nourrissons élevés artificiellement au lait stérilisé surchaufTé, ou même chez certains enfants au sein.
Une interprétation de ces troubles prolongés qui exigent l'emploi de moyens artificiels pour provoquer la défécation est loin d'être aisée. Quoi qu'il en soit, on peut soutenir que cet état n'est pas en rapport avec une insuffisance fonctionnelle de l'intestin, car la digestion, comme en témoignent les selles, est normale, et, d'autre part, ces fausses constipations ne nuisent pas au développement de l'organisme. M. Lassablière a observé qu'elles correspondaient régulièrement à un accroissement très marqué, soit de 25 à 40 grammes de gain par jour, et que si on essayait de les faire disparaître, par des moyens physiques ou médicamenteux, il en résultait, avec l'augmentation des selles, une inflexion notable de la courbe des poids de l'enfant dont le gain n'était plus que de 5 à 15 grammes par jour.
On a avancé que dans ces cas les enfants étaient soumis à une ration sinon très insuffisante, du moins réduite, et qu'ainsi l'intestin suppléait au déficit de la ration par un excès de travail, par une assimilation plus parfaite. Cette hypothèse a pour elle la confirmation que nous avons eue de l'insuffisance légère de la lactation, chez la mère de plusieurs enfants atteints de fausse constipation, et elle s'appuie également sur la constatation des caractères de digestion normale indiqués plus haut. Chez le nourrisson suralimenté on voit au contraire des déjections trop fréquentes et mal digérées.
Cependant, chez certains enfants ayant de bonnes nourrices, l'intestin reste parfois paresseux et le réflexe de la défécation est anormal : comme si les contractions du gros intestin étaient ralenties. Sans prétendre émettre le paradoxe que ces constipations doivent être respectées, il faut être bien pénétré de la nécessité qu'il y a à rejeter les purgatifs, lavages et autres moyens plus ou moins violents. On doit se contenter de provoquer mécaniquement les selles, soit par l'introduction d'un petit suppositoire, soit par un petit lavement d'eau bouillie donné avec une poire en caoutchouc avec une canule courte et bien vaselinée. Enfin on recherchera si la ration de l'enfant est suffisante, et dans le cas contraire, on y suppléera facilement en ajoutant un biberon de lait de vache.
La vraie constipation s'observe surtout chez les nourrissons au biberon et elle est alors d'une grande ténacité. Les selles sont grises, comme pâteuses, sèches et volumineuses, et leur évacuation difficile peut être même fort laborieuse. C'est surtout dans ces circonstances que le gros intestin peut être irrité par la stagnation des matières et qu'on voit survenir de temps à autre des attaques d'entérite avec expulsion de glaires sanguinolentes; parfois môme, des fissures anales fort douk)ureuses se produisent. 11 faut donc surveiller de près les fonctions des nourrissons qui reçoivent du lait stérilisé.
On a dit que l'excès de substances protéiques, de caséine dans le lait de vache était la cause de la constipation; d'autres font jouer un rôle prédominant à la teneur élevée de ce lait en sels calcaires; d'où le conseil de mouiller le lait pour éviter la constipation; on a proposé d'ajouter au lait de la décoction d'orge, de
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la décoction de farine d'avoine qui est une farine grasse; mais le mouillage du lait ne suffit pas, habituellement, à vaincre la constipation.
L'addition d'une cuillerée à café de miel dans un ou deux biberons dans la journée, réussit mieux, mais temporairement.
Pour combattre la constipation des enfants au biberon, il faut recourir à des moyens artificiels, et comme ce trouble fonctionnel est long et opiniâtre, il est bon que le praticien ait à sa disposition toute une gamme de procédés divers qu'il appliquera suivant les cas.
Beaucoup de jeunes mères nourrices se contentent, pour faciliter les évacuations quotidiennes, d'introduire dans l'anus un petit suppositoire au beurre de cacao, ou même seulement un petit fragment de savon; ces contacts, légèrement irritants, provoquent la contraction de l'intestin.
Ces moyens populaires n'ont pas d'inconvénients.
On obtient des résultats plus constants en poussant dans le rectum un petit lavement d'un demi-verre de décoction de guimauve avec une cuillerée à café de glycérine ou d'huile d'amandes douces.
L'instrument le plus commode pour donner ce lavement, est la poire en caoutchouc munie d'une canule en caoutchouc; les canules en os, maniées maladroitement, peuvent déchirer les plis de la muqueuse anale.
On ne doit recourir aux sondes en gomme pour faire des lavages profonds que dans des circonstances bien déterminées, lorsqu'il y a indication formelle de désinfecter l'intestin. On ne doit pas oublier que le frottement de la sonde contre l'épithélium d'une muqueuse déjà congestionnée peut provoquer des érosions et de l'irritation.
Quant aux médicaments qu'on peut administrer pour combattre la constipation, ils ne sont pas toujours sans inconvénients. La plupart des sirops en vogue contiennent des substances drastiques et il faut éviter d'en faire usage.
On pourra recourir au sirop de rhubarbe, du Codex, ou bien encore au sirop de la composition suivante, qui nous réussit très bien à la Goutte de lait de Belleville.
Eau 150 gr.
Folioles de séné 10 gr.
Faire infuser, puis macérer vingt-quatre heures et ajouter :
Sucre 180 0/0
Ce sirop se conserve bien ; il doit être employé le matin à la dose d'une à deux cuillerées à café; il doit ses propriétés laxatives à l'émodine, qui est un glycoside contenu dans le séné.
Comme il est bon d'avoir à sa disposition toute une gamme de médicaments inoffensifs pour régulariser les fonctions intestinales dans le premier âge, nous énumérons les substances le plus souvent employées à cet usage.
La magnésie anglaise, autrement dite calcinée, décarbonatée, etc., est parfaitement supportée par les bébés. Son seul inconvénient est d'être pulvérulente et d'être parfois difficilement absorbée; on fait préparer un mélange de parties égales de poudre de sucre et de magnésie, 20 grammes de chaque, et une cuillerée à café de cette poudre est mêlée à deux ou trois cuillerées de lait.
L'effet laxatif est à peu près constant. On incorporait autrefois pour les enfants la magnésie dans le chocolat de Dorvault.
La manne en larmes peut être très utile à la dose de 10 à 20 grammes, fondue dans du lait chaud. La saveur de cette substance plaît généralement aux enfants.
L'huile de ricin sera surtout employée dans les crises de constipation un peu fortes : il suffira généralement de donner une cuillerée à café mêlée à une cuillerée à dessert d'huile d'amandes douces. On a tenté aussi de donner l'huile de foie de morue comme laxative; mais les nourrissons ne l'acceptent pas volontiers.
Nous recourons beaucoup moins au calomel qu'on ne le faisait autrefois dans la thérapeutique infantile. C'est une substance fort active et qu'il ne faut manier qu'avec précaution chez le nourrisson dont les organes digestifs sont si délicats.
Le calomel, outre ses propriétés purgatives, joue un rôle antiseptique incontestable; il pourra donc avoir ses indications surtout dans les constipations qui peuvent suivre les diarrhées dues à la gastro-entérite.
Les doses varieront suivant l'âge du nourrisson, de 5 à 15 centigrammes. On recommande toujours chez l'adulte de ne pas donner d'aliments salés pour éviter la transformation du protochlorure de mercure en bichlorure; ce conseil est superflu chez l'enfant qui ne prend que du lait peu riche, on le sait, en chlorure de sodium. Le calomel sera donné soit enrobé dans du miel, soit mêlé à du lait sucré.
Dès que les enfants peuvent ingérer sans inconvénients des bouillies claires au lait, on donnera de préférence les farines d'avoine et de maïs chez les enfants constipés et on obtiendra, par l'alimentation, une régularité des fonctions intestinales que les médicaments ont été parfois impuissants à assurer.