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LA SURALIMENTATION ET SES PRINCIPAUX EFFETS

Chez les enfants au sein, il est rare que les troubles causés par la quantité surabondante de lait ingéré soient bien graves : comme nous l'avons mentionné au chapitre de l'Allaitement maternel, les nourrissons se débarrassent du trop plein de l'estomac par une régurgitation; il y a quelques selles grumeleuses et liquides, et le réglage des tétées se fait de lui-même. Les femmes de la campagne, nous l'avons établi, donnent le sein sans compter, et elles ne perdent que très peu d'enfants (1); c'est la meilleure preuve que les gastro-entérites qui ressortissent à cette cause n'ont pas un pronostic sérieux.

Cependant les accoucheurs, et Budin en particuher dans son livre du Nourrisson, ont beaucoup insisté sur ces troubles imputables aux excès de lait pris au sein; ils ont noté dans certains cas des stagnations de poids ou

(1) Voir Mortalité infantilerx>- 47.

niême des arrêts de croissance qui cessaient dès qu'on réglait convenablement les tétées. En principe, on peut dire que les mères ou les nourrices dont la lactation est si abondante que leurs bébés sont suralimentés, sont moins nombreuses que celles dont les glandes mammaires ne sécrètent pas le lait en quantité suffisante.

Laseule manière précise d'affirmer que les vomissements sont dus à la suralimentation est de peser l'enfant avant et après les tétées, et d'évaluer ainsi la quantité de lait prise à chaque fois au sein. Nous verrons plus loin qu'il n'est pas rare qu'on se trouve en présence de vomissements causés par l'inanition, alors qu'on croit être en présence d'accidents de suralimentation.

Voici quelques observations empruntées à la thèse de notre élève, le Dr François, et démontrant qu'il est aisé de faire cesser les vomissements dans ces circonstances, surtout si l'oi;! a recours à l'action anti-émétique du citrate de soude (1).

a) Vomissements au sein, dès les premiers jours après la naissance. — Amélioration considérable en quelques jours par V usage du citrate de soude.

André B..., né le 10 octobre 1906, et nourri au sein de sa mère.

Parents bien portants.

Vomissements dès les premiers jours après la naissance. L'enfant rejette le lait maternel aussitôt après son absorption, plus rarement une ou deux heures après.

En outre, fausse constipation, c'est-à-dire que l'enfant ne va à la selle qu'après lavements ou suppositoires, mais toujours selles liquides, glaireuses et quelquefois verdâtres. Tétées assez bien réglées cependant, mais l' enfant tète gloutonnement.

Le 27 décembre, l'enfant pèse 4 kg. 200. Taille : 55 cent. On règle les tétées et on prescrit des comprimés citriques et sodiques.

Le 2 janvier 1907. Poids : 4 kg 250. Les vomissements ont considérablement diminué.

Le 4. — L'enfant vomit beaucoup moins. Poids : 4 kg. 300.

Le 9. — Poids : 4 kg. 450.

L'analyse du lait donne les résultats suivants :

Beurre 59 gr. 75 par litre.

Lactose 72 gr. 80 —

Caséine 24 gr. 35 —

L'enfant est examiné aux rayons X ; on ne trouve pas de dilatation stomacale. Le 14. — Poids : 4 kg. 500 L'enfant ne vomit presque plus (quelques gorgées seulement de temps en temps). Selles toujours liquides, mais bien jaunes.

b) Enfant au sein. — Vomissements supprimés par le citrate de soude au bout dUine dizaine de

jours. — Un mois environ après la cessation du médicament, quelques vomissements réapparaissent. — Reprise du citrate de soude, de nouveau les vomissements sont arrêtes.

Lucienne G..., née le 24 septembre 190G, pesant 4 kg. 500. Parents bien portants. Mère n'a pas fait de fausse couche.

Enfant élevée au sein (uniquement le sein gauclie depuis l'âge de 7 semaines, la mère ayant eu un abcès du sein droit).

Vomissements depuis trois mois environ, après légère diarrhée jaune. L'enfant était alors mal réglée, buvant trop la nuit.

(1) Elude il inique ri lliériipculiquc des iomiiisements du nouirissan (Tliù.si; de; l'aris, ]'.)07), par lo D' Raymond François.

LES TROir.LES C.USÉS PAR LA SI RALIMEiNTATION ET L'INANITION U

D'autre part, tète trop gloutonnement.

Toujours selles un peu liquides.

L'enfant est examinée le 2 mars 1907. Poids : 7 kg. 560. Taille : 61 cent. 5. Les tétées sont réglées et on prescrit solution de citrate de soude préparée avec comprimés citriques et sodiques.

Le 9 nwrs. — L'enfant vomit encore, mais beaucoup moins. Les selles redeviennent normales. Poids : 7 kg. 850.

Analyse du lait de la mère :

Beurre 38 gr. 84 pour 1000.

Caséine 24 gr. 70 —

Lactose 69 gr. 95 —

Le 16. — Poids : 8 kg. Plus aucun vomissement, même sans citrate.

Le 10 avril. — Poids : 8 kg. 500. Réapparition de quelques vomissements. Reprise du

citrate de soude.

Le 22. — Poids : 8 kg. 600. Les vomissements sont de nouveau complètement arrêtés.

Légère bronchite.

c) Vomissements par suralimentation au sein et au biberon remontant à la naissance, traités par le citrate de soude. — Amélioration immédiate. — Guérison rapide.

Jean L..., né à la maternité de la Charité, le 27 septembre 1906. Poids à la naissance: 3 kg. 825.

Mère très anémique. Cécité presque complète de l'œil droit.

3 autres enfants vivants. Pas de fausse couche.

L'enfant, né à terme, fut nourri au sein pendant deux semaines, puis la mère cessa d'allaiter, sur conseil du médecin, à cause des piqûres de strychnine qui lui sont faites par l'oculiste.

Dès lors, l'enfant est élevé uniquement au biberon.

Vomissements dès les premiers jours après la naissance, au sein comme au biberon.

Le 10 novembre, l'enfant pèse 3 kg. 900. Taille : 56 cent. Un peu de diarrhée, depuis quelques jours; auparavant, constipation opiniâtre.

L'enfant est d'ailleurs suralimenté, prend trop de liquide : 9 tétées par jour de 80 gr. (dont 60 gr. de lait et 20 gr. d'eau de gruau).

M. Variot prescrit réduction des tétées : (8 biberons de 60 gr., moitié lait GalMa et moitié eau de riz) et solution de citrate de soude.

Le 12. — Poids : 3 kg. 930. L'enfant n'a presque plus de diarrhée et vomit beaucoup moins.

La mère donnera tétées de 45 grammes de lait Gallia et 15 grammes d'eau de riz.

Le 14. — Poids : 3 kg. 950. L'enfant ne vomit presque plus. Diarrhée complètement arrêtée. Tétées de 60 grammes de lait Gallia et toujours citrate de soude.

Le 16. — Poids : 3 kg. 970. Quelques vomissements ont réapparu, l'enfant boit d'ailleurs trop vite. M. Variot prescrit changement de tétine avec trous plus petits, et comprimés d'acide citrique et de bicarbonate de soude, afin que la mère puisse préparer elle-même la solution de citrate de soude.

Le 21. — Poids : 4 kg. 100. Depuis l'emploi des comprimés citriques et sodiques, immédiatement les vomissements ont complètement cessé.

Le 24. — Poids : 4 kg. 100. Malgré la disparition des vomissements, stagnation de poids. On augmente les tétées à 75 grammes.

Le 3 décembre. — Poids : 4 kg. 450. Quelques régurgitations seulement de temps en temps. Constipation.

Le 2 janvier. — Poids : 4 kg. 800. Enfant ne vomit plus, même sans citrate de soude.

Si les troubles de la suralimentation se prolongent, ils produisent une gastro-entérite subaiguë avec selles panachées, glaireuses ou même vertes

par intervalles; Térythème fessier peut être intense et l'on voit assez fréquemment survenir des lésions plus ou moins généralisées d'eczéma, des vestiges de rachitisme, etc. J'ai vu quelques enfants au sein réellement polysarciques, parce qu'ils avaient été suralimentés.

Suralimentation chez les enfants au biberon.

Dans l'allaitement artificiel, la suralimentation est bien plus redoutable que dans l'allaitement au sein, car non seulement le lait ingéré est en quantité surabondante, mais il peut être en même temps de qualité défectueuse.

Pendant l'été surtout, les suralimentés au biberon sont exposés aux plus graves accidents, des gastro-entérites estivales, du choléra infantile, s'ils ingèrent des laits qui ont subi des fermentations par les saprophytes ou qui sont sophistiqués par des conservatifs.

Durant toute l'année, les nourrissons mal réglés au biberon sont sujets à des dyspepsies très graves, à des vomissements incoercibles qu'on ne peut arrêter par aucune médication et qui ne cèdent parfois qu'à l'usage prolongé et bien mesuré du lait de femme; ils souffrent aussi d'entérites subaiguës, avec selles liquides grises ou blanches, grumeleuses, panachées de vert, indiquant à la simple inspection que le beurre ni la caséine n'ont pas été bien utilisés ni assimilés.

Beaucoup de suralimentés deviennent des rachitiques précoces; leurs épiphyses se gonflent, leur chapelet costal est apparent, leur fontanelle antérieure reste molle. C'est surtout dans ces circonstances qu'on voit le rachitisme floride; les épiphyses sont fortement tuméfiées, les os légèrement déformés chez des enfants gras et mafflus dont la taille est normale.

On note aussi dans ces conditions des estomacs dilatés et de véritables éventrations de l'abdomen. Il est habituel d'ailleurs que les femmes du peuple ajoutent prématurément des bouillies farineuses à des quantités excessives de lait. On reconnaît tout de suite les enfants élevés à la campagne qui ont été gavés de bouillies, de panades à l'eau ou de soupes.

Uéventration des nourrissons.

L'abdomen est distendu et élargi comme le ventre des batraciens, et au niveau de la ligne blanche existe une sorte d'éventration. Cette éventration, sur laquelle je crois devoir insister, indique bien que la paroi abdominale a été en quelque sorte forcée par la distension de l'estomac et des intestins, habituellement météorisés à cause des fermentations anormales des substances féculentes ingérées trop tôt et en quantité excessive.

Ces enfants ont le gros ventre, mais non le carreau, comme on le croit à tort dans le peuple.

Il suffit, pour constater l'éventration, do dévêtir les enfants, de les étendre sur les genoux de la mère; ils ne manquent guère de pousser des cris et do chercher à se redresser. On voit alors la paroi abdominale au-dessus de l'om-

LES TROUBF.es causés PAR LA SURALIMEiN'TATION ET L'INANITION 449

bilic sur le trajet de la ligne blanche, jusqu'à l'appendice xyphoïde, se soulever en formant un demi-cylindre appliqué par sa face plane sur le ventre. Si l'on introduit les doigts dans cet espace dépressible, on sent de chaque côté les muscles droits.

Dans une autopsie faite à l'hôpital Trousseau, j'ai pu vérifier directement que la distension de la ligne blanche chez le nourrisson se faisait par le même mécanisme anatomique que chez la femme enceinte. Le dessin cijoint exécuté par un de mes externes, M. Leroy, d'après une photographie de la pièce disséquée, donne une idée exacte de la lésion.

FiG. 78. — Éventration chez, un nourrisson suralimenté.

C'est surtout au-dessus de l'ombilic que la ligne blanche est le plus élargie et que l'écartement des muscles droits est au maximum. Entre le bord externe des muscles droits et les muscles obliques, les tissus fibreux aponévrotiques sont apparents aussi (i), et l'élargissement de la ligne blanche est apercevable, même au-dessous de l'ombilic. Toutes ces lésions ont une origine mécanique évidente; la paroi abdominale est trop étroite pour recouvrir son contenu, c'est-à-dire l'estomac dilaté, le tube digestif météoris.é et les autres organes; les muscles résistent par leur tonicité à l'effort excentrique des viscères. Mais le tissu fibreux de la ligne blanche et des aponévroses cède, comme si une traction continue était exercée sur lui.

On peut voir l'éventration persister malgré que le régime soit réglé sévèrement pendant un an et plus, et on en retrouve encore des vestiges à trois et quatre ans. Au delà de cet âge, la ligne blanche se rapproche de l'état normal.

(1) Noie sur V éventration des jeunes enfants. (Journal de Clinique et de Thérapeutique infantiles, 1895.)

TRAITÉ D'UYCIÈNE INFA.NTILE. 29

450 HYGIÈNE GÉNÉRALE DU NOl'RRISSON

L'eczéma infantile.

Un des accidents les plus communs, les plus tenaces et les plus redoutés des mères, et qui survient assez souvent chez les suralimentés, c'est Y eczéma infantile.

Depuis fort longtemps, Rosen de Rosenstein et les anciens médecins attribuaient l'apparition de l'eczéma à l'excès du beurre dans le lait des nourrices. Les accoucheurs ont repris cette opinion et ont apporté quelques faits probants pour l'appuyer.

Ce qui est certain, c'est que très fréquemment les éruptions cutanées sont précédées ou accompagnées par des troubles du côté de l'appareil digestif. Souvent des vomissements répétés, ou de la diarrhée, ont annoncé plus ou moins longtemps à l'avance l'apparition de l'eczéma. Parfois une diarrhée verte très intense et un eczéma aigu se montrent simultanément. Chez d'autres enfants on retrouve, en les cherchant, des troubles digestifs moins bruyants, mais dont l'existence est certaine. L'intolérance gastrique peut être seulement marquée par des vomissements réguliers après chaque tétée. Ou bien une constipation opiniâtre est l'indice du mauvais fonctionnement de l'intestin.

Aussi n'est-il pas étonnant que chez un enfant dont le tube digestif fonctionne mal, dont les téguments sont couverts d'une éruption prurigineuse, la croissance régulière soit arrêtée temporairement. La courbe de poids reste en plateau, puis elle baisse. Elle se relève au cours d'une amélioration momentanée; mais sous l'influence d'une poussée nouvelle d'eczéma, elle retombe à son niveau primitif.

On doit reconnaître que très souvent les bébés eczémateux sont, au début de leur affection, mafflus et d'un fort poids; ce sont des suralimentés habituellement. L'eczéma survient plus souvent chez les nourrissons au sein que chez ceux au biberon; on observe dans les deux cas des formes de la plus haute gravité. En général, ce sont de beaux enfants, légèrement obèses, rarement rachitiques.

Si l'on interroge les jeunes mères dont les enfants au sein présentent des plaques d'eczéma, elles répondent qu'elles ont donné à téter sans compter, que leurs enfants vomissaient un peu après chaque tétée, que leurs selles étaient depuis longtemps fréquentes et mal digérées. Dans ces circonstances, si l'on règle les tétées, si l'on diminue la ration alimentaire qui est excessive, on voit souvent l'éruption cutanée disparaître.

D'autres nourrissons ont été élevés au biberon dès la naissance. Ils buvaient à six semaines un litre et demi de lait par vingt-qualro heures; la conséquence immédiate de ces excès alimentaires est une entérite plus ou moins grave. Les troubles intestinaux ouvrent la scène, finis l'apparition do l'eczéma suit.

l^^n réduisant vl en réglant bien les lélécs, en (l(»un;iiil de très bon lail, il est possii)le d'arrêter l'évolution d(> l'éruption cutanée, en nicmc temps qu'on guérit les troubles digestifs.

LES TROUBLES CAISÉS PAU I.\ SURALIMENrATlON ET L'INANITION 451

Dans quelques circonstances rares, chez certains enfants, l'eczéma évolue sans que nous puissions l'entraver dans sa marche. J'ai observé récemment dans mon cabinet un bébé, au sein de sa mère, atteint à la fois de diarrhée verte très intense et d'eczéma aigu généralisé. Les tétées étaient données régulièrement, la mère était saine, son lait avait une composition chimique normale à l'analyse. Le citrate de soude fut inutile; le traitement ordinaire de la gastro-entérite échoua et je conseillai de recourir au lait d'une autre femme.

Nous sommes parfois tout à fait impuissants contre certaines formes d'eczéma chronique généralisé, coïncidant avec la gastro-entérite. C'est ainsi que j'ai soigné vainement l'enfant d'un médecin pendant plus de deux mois; c'était un bébé de six mois très atrophique, atteint depuis trois mois d'eczéma quand on me l'amena; vainement je donnai une bonne nourrice au sein, je traitai l'éruption avec précaution; ni la gastro-entérite, ni l'eczéma ne cédèrent et le pauvre enfant finit par succomber.

L'eczéma survient en général quand le tube digestif est surmené en quelque sorte. C'est la surcharge gastro-intestinale qu'il faut incriminer dans la plupart des cas, surtout chez les nourrissons au biberon. Les mères augmentent la quantité de lait d'autant plus volontiers que leur enfant paraît moins en profiter, quand elles n'ajoutent pas, avant l'âge, bouillie, amylacées et panades. Elles n'accordent aucune attention à la trop grande fréquence des selles, à leur coloration grisâtre ou non homogène, aux traînées vertes qui les strient, à leur aspect panaché. Un lait de mauvaise qualité donné à haute dose détermine parfois une entérite subaiguë en même temps qu'un eczéma aigu.

Dans les eczémas au sein, c'est plutôt, croyons-nous, dans la nature du lait que dans sa quantité que réside la cause des accidents.

Le lait des femmes dont les nourrissons sont eczémateux est souvent de bel aspect, un lait gras; c'est ce qui a conduit les accoucheurs à incriminer une trop forte proportion de beurre dans le lait comme cause d'eczéma. Mais, on ne peut souscrire à cette opinion sans réserve. J'ai fait pratiquer à mon interne en pharmacie, M. Rebours, quelques recherches à ce sujet, qui contredisent cette hypothèse. Xous avons trouvé par exemple dans le lait de telle femme, dont le nourrisson a un eczéma chronique, seulement 37 grammes de beurre; chez telle autre 39 gr. 75 de beurre. Dans la contreépreuve, nous avons rencontré chez des nourrices dont les nourrissons sont normaux jusqu'à 60 et 70 grammes de beurre. L'excès de beurre n'est une donnée ni assez constante, ni assez fréquente, pour qu'on puisse lui attribuer une grande valeur pathogénique dans l'eczéma.

Il est tout aussi difficile de mettre en cause l'excès de caséine. Morgan Rotch cite des tableaux d'analyses chimiques de Harrington où la teneur du lait en caséine varie de 2 à 4,5 p. 100 sans aucun dommage pour l'enfant. Becquerel et Vernois avaient déjà montré qu'il peut y avoir des fluctuations considérables de beurre et de caséine dans le lait de femme à l'état phy- .siologique.

Les analyses chimiques ne semblent pas sur le point de nous donner la clef du problème, pas plus qu'elles no nous expliquent pourquoi le lait des

nourrices devient toxique à certaines périodes. Il n'est pas rare de voir à chacune des époques menstruelles les nourrissons présenter des poussées eczémateuses, qui s'atténuent, disparaissent, sitôt les règles terminées. Souvent l'eczéma se montre quelques jours avant les règles, et cesse avant qu'elles n'aient cessé. Ces laits périodiquement eczématigènes, sont à rapprocher des laits constamment eczématigènes, sans que nous en connaissions la cause directe.

Sans doute des substances toxiques, qu'elles arrivent préformées dans l'intestin ou qu'elles s'y produisent, sont résorbées et passent dans l'organisme. Mais il est bien difficile d'identifier ces substances. Le grand rachitisme et l'eczéma nous apparaissent comme des manifestations toxiques d'origine intestinale, d'après les observations cliniques les plus rigoureuses. Les poisons paraissent dans un cas frapper le squelette; ils semblent dans l'autre cas se frayer un chemin à travers les tissus, jusqu'à ce qu'ils soient éliminés par le suintement de la peau. Griffith a isolé une toxine spéciale, l'eczémine, qu'il a rencontrée dans l'urine des eczémateux.

Si la doctrine de l'origine gastro-intestinale de l'eczéma est assez satisfaisante au point de vue théorique, elle l'est bien plus encore au point de vue pratique. Elle nous explique et nous permet d'éviter les répercussions terribles sur l'organisme que peut avoir un traitement local intempestif; elle nous démontre aussi la nécessité et les bons effets d'un traitement gastrointestinal bien dirigé.

Tous les médecins d'enfants ont vu mourir presque subitement des nourrissons atteints d'eczéma généralisé, soumis à un traitement externe un peu actif, tel que badigeonnages au glycérolé cadique, ou simplement enveloppement généralisé de tout le corps avec des compresses émollientes. La régression trop rapide de l'eczéma semble retentir sur les centres nerveux, et tandis qu'on se félicite du succès du traitement externe, l'enfant est pris de convulsions intenses généralisées et succombe en quelques instants avec des troubles qui semblent d'origine bulbaire. C'est à ce danger d'une disparition trop brusque que répondent certaines pratiques populaires qui voient dans la « toque » des Bretons, le « chapeau » des Bourguignons, la « gourme » vulgaire, tous eczémas impétiginisés ou non du cuir chevelu, des émonctoires auxquels il est interdit de toucher.

Il ne faut pas trop sacrifier à ces croyances populaires qui ont une base réelle et renoncer entièrement au traitement local, mais il faudra le mesurer avec précaution et le subordonner toujours au traitement interne. La cuisson et le prurit de l'eczéma aigu seront calmés par dos compresses humides appliquées sur des régions limitées; on aura recours aux pommades anodines à base d'oxyde de zinc, et aux bains amidonnés. Mais on évitera toujours de traiter en même temps une surface trop étendue do l'enveloppe cutanée.

Ivcs métastases ne sont pas à craindre quand on cherche à modifier les fonctions digestives dont le trouble peut être considéré comme la source du mal. On (hmnora de temps à autre une cuillerée à café de magnésie anglaise délayéf! dans du lait, ou même une cuillerée à café d'huile de ricin pour évacuer 1(! conlcnni de l'intestin; les purgatifs légei's sont les meilleurs antisep-

LES TROUBLES CAUSÉS PAl\ LA SURALIMENTATION ET L'INANITION 453

tiques intestinaux, bien préférables aux diverses poudres (bétol, salol, naphtol, etc.) qui ont joui à tort d'une vogue imméritée, car elles sont ofîensives pour la muqueuse digestive si délicate des nourrissons.

Le traitement est parfois long et difficile chez les enfants au sein. Si malgré le réglage des tétées, malgré un régime sévère institué chez la nourrice, malgré l'emploi du citrate de soude et la thérapeutique gastro-intestinale habituelle, l'eczéma persiste, il faut essayer l'allaitement mixte. Parfois au bout de quelques jours une amélioration se produit, et l'allaitement mixte peut être continué jusqu'à l'âge du sevrage. Mais il arrive aussi que l'état reste stationnaire ou s'aggrave; il ne faut pas hésiter, alors, après s'être bien assuré que le lait de la mère ne vaut rien pour l'enfant, à lui donner le sein d'une nourrice ou à le mettre à l'allaitement artificiel, si son état général est satisfaisant.

Il y a des cas rebelles à toute thérapeutique; on pourra tenter l'alimentation au lait d'ànesse, quelquefois mieux supporté que le lait de femme luimême, ou essayer les diverses préparations qui ont été vantées ces derniers temps, le babeurre ou le lait caillé.

On n'oubliera pas non plus que l'eczéma apparaît de préférence et se montre particulièrement tenace chez les enfants d'arthritiques ou de goutteux, et que l'hérédité directe n'est pas raj'e. On dirigera ces enfants vers les stations thermales de la Bourboule, de Châtel-Guyon, où le traitement hydrominéral, adapté aux nourrissons, modifie heureusement leur état de nutrition générale. Dans les cas particuliers où l'eczéma est passé à l'état de dermatose chronique, on pourra encore tirer de bons résultats de l'emploi des pommades modificatrices à l'ichtyol ou à l'huile de cade, etc.; les préparations arsenicales seront utiles.

On a remarqué fréquemment que l'eczéma des nourrissons ou des jeunes enfants, loin d'être aggravé par le séjour sur les plages et le climat marin habituellement proscrit par les médecins, était au contraire amélioré et parfois même guéri. Partant de ces données, et vu l'inefficacité de la plupart des autres méthodes thérapeutiques, nous avons tenté, avec M. Quinton, une série d'expériences sur les nourrissons eczémateux de la Goutte de lait de Belleville, qui nous ont donné des résultats très encourageants, que je crois devoir rappeler.

Nous avons injecté, suivant les âges, 30 à 50 centimètres cubes d'eau de mer isotonique sous la peau des nourrissons eczémateux à deux ou trois jours d'intervalle; et, selon les circonstances, nous avons répété les injections de trois à seize fois. Le plus souvent dans les cas d'eczéma généralisé, en pleine activité en quelque sorte, plus ou moins ancien, l'effet initial qui suit la première ou la deuxième injection est des plus remarquables. 11 y a une véritable poussée aiguë avec vascularisation et gonflement de la peau; le suintement de sérosité qui se produit au visage et au cuir chevelu est extrêmement abondant : il faut fréquemment changer les compresses qui recouvrent l'éruption. Pendant trois à douze jours, cette hypersécrétion continue, détachant les croûtes préexistantes; le suintement devient quasi jaunâtre; puis la poussée s'éteint peu à peu, la rougeur luisante de la peau diminue, des squames épidermiques abon-

iU HYGIENE GENERALE DU NOURKISSON

dantes et épaisses se forment, et après une quinzaine de jours la peau tend à reprendre son aspect rosé normal; le cuir chevelu se sèche complètement, les cheveux commencent d'apparaître, etc. Cette poussée initiale qui suit les premières injections est assez forte pour qu'on doive en prévenir les parents à l'avance; mais dans aucun cas elle n'a eu d'inconvénients sérieux; elle nous apparaît plutôt comme une sorte de dépuration nécessaire sur la surface eczémateuse, qui serait un véritable émonctoire suivant les vieilles doctrines humorales. Cette poussée s'est produite dans 60 % des cas traités, dans plus du tiers des cas nous avons observé la guérison complète ou tout au moins une amélioration très marquée. Les injections d'eau de mer nous ont paru absolument inofïensives; elles agissent utilement dans ces cas pour régulariser les fonctions digestives qui sont souvent irrégulières; mais la poussée aiguë initiale qui se produit au début du traitement, montre que l'eau de mer isotonique semble avoir une action élective sur les éruptions eczémateuses.

Nous avons fait par comparaison quelques essais avec le sérum physiologique; les résultats ne nous ont pas semblé être concluants. Quoi qu'il en soit, nous pouvons affirmer que cette méthode thérapeutique ne présente aucun inconvénient sérieux, si elle est appliquée convenablement. Nous avons vu des récidives de l'éruption après un temps variable, mais jamais d'accidents métastatiques (1).

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