RÉGIME ALIMENTAIRE DURANT LE SEVRAGE
Dès l'âge de 10 mois on pourra donner deux bouillies au lait claires, l'une à la farine de froment et l'autre à la farine d'avoine par exemple, et on pourra tenter de donner un jaune d'œuf très frais. Il est plus aisé de s'en procurer de tels à la campagne que dans les villes.
Il n'est pas rare que les premiers jaunes d'œufs que l'on ajoute au biberon soient rejetés par l'enfant; il en est même qui conservent assez longtemps cette intolérance pour l'œuf. Plus tard on pourra donner l'œuf tout entier faiblement cuit à la coque. Si les enfants ont une tendance à la constipation, il sera préférable de ne pas leur donner le blanc de l'œuf tout entier, mais plutôt le jaune.
Un enfant de un an sera suffisamment alimenté avec 1200 grammes environ de bon lait.
Trois prises de 250 grammes chacune seront données pures et sucrées.
A 7 heures du matin, lait 250 gr.
A 10 heures, b(juillie claire au lait 250 —
A 1 heure, lait 250 gr. et jaune d'œuf.
A 4 lieures, bouillie d'avoine claire au lait 250 gr.
A 7 heures, lait 250 —
Nous ne saurions suivre M. Heubner, de Berlin, lorsqu'il conseille de sevrer l'enfant entre le 5 et le 7^ mois :
u II donne d'abord, au lieu et place d'un des 5 à 6 repas lactés, une panade obtenue en délayant une biscotte ou un biscuit d'Opel dans de l'eau sucrée^'ou dans du lait chaud. En même temps, l'enfant est habitué à l'usage de la cuillère. Après une ou deux semaines, Heubner remplace la seconde ration de lait par une soupe, obtenue en faisant bouillir pendant trois quarts d'heure avec de l'eau, de la semoule, du sagou, de la mondamine ou tout autre farine légère et en ajoutant ensuite du bouillon de veau, de poulet ou de pigeon légèrement salé, en quantité suffisante pour donner au mélange une consistance de potage. Après quelques jours, ce même potage est renforcé par un jaune d'œuf ; pour plus de variété, on peut alterner avec une bouillie de cervelle ou de ris de veau, plus tard avec du hachis très menu de pigeon, ou de poulet bouilli. Au dixième ou onzième mois, il essaie de donner, après le second repas du matin et après celui du midi, une demi-cuillerée à thé de jus de fruits, de jus d'orange ou de compote, plus le midi, une ou deux cuillerées de purée de pommes de terre, de carottes ou d'épinards. Lorsque l'état de la dentition le permet, il donne en même temps que le lait de midi une petite tartine beurrée et même, si l'occasion s'en présente, un os de poulet ou de côtelette, que l'enfant ronge pour exercer ses dents (1). »
Nous ne partagons pas l'engouement des auteurs allemands pour le bouillon même préparé avec de la viande de bœuf ou autre, ce n'est qu'une solution d'extraits et de sels dont la valeur nutritive est à peu près nulle, et qui peut avoir l'inconvénient d'empêcher les enfants de conserver le goût du lait.
Il est à remarquer que les enfants du peuple qui mangent de la soupe au bouillon avec leurs parents n'acceptent pas volontiers le lait, ce qui est très fâcheux à l'époque du sevrage.
Nous avons mentionné que l'œuf frais était bien supporté et bien utilisé de bonne heure, et les craintes deCzerny, de Keller, etc., sur les troubles digestifs provoqués par les œufs sont certainement exagérées.
Les médecins allemands permettent l'usage de la viande dès le dix-huitième mois et ils commencent par 40 grammes de viande rôtie ou étuvée (bœuf, veau, mouton, gibier I ou volaille), coupée menue, mais non hachée, pour stimuler les organes de la mastication. Il y a là, croyons-nous, une erreur de pratique assez grave; que l'on stimule la mastication avec de petits biscuits, un peu secs ou en donnant des os de volailles que les bébés mordillent comme des hochets, rien de mieux, mais que l'on confie à des mâchoires inexpérimentées des fragments de viande, on risque l'ingestion de petits blocs d'albuminoïdes dont la digestion incomplète pourra produire des fermentations nuisibles dans le tube digestif.
C'est pourquoi chez les enfants un peu faibles, un peu anémiques, nous conseillons exclusivement le jus de viande de bœuf obtenu par expression simple après que le morceau de viande a été présenté au feu pour assainir la surface, puis scarifié. Deux à trois cuillerées à soupe de ce jus de viande, soit pris pur,
(1) H. Klose, loc. cit.
soit mieux encore délayé dans une purée de pommes de terre faite au lait, forment un des aliments les plus digestibles et les plus reconstituants que l'on puisse recommander.
D'ailleurs, maintes fois nous avons rencontré des enfants débiles, anémiés à la suite de l'ingestion prolongée des farines de conserve ; très rapidement, grâce à l'alimentation lactée prédominante, aux purées de légumes avec addition de jus de viande de bœuf ou de mouton ou de cheval fraîchement préparé, nous les avons relevés et nous leur avons rendu la fraîcheur du teint qu'ils avaient
perdue.
Jusqu'à ces derniers temps, en France, la viande rouge a été proscrite à tort par les médecins dans l'alimentation pendant les premières années de l'enfance et même jusqu'à 4 ou 5 ans.
Ces appréhensions mal fondées contre l'usage de la viande, n'ont pas d'autre origine que l'inhabileté, disons même l'incapacité des enfants à mastiquer convenablement : l'éducation des mâchoires est entièrement à faire; la déglutition est un réflexe qui suit presque immédiatement l'ingestion du bol alimentaire dans la deuxième année de la vie : d'où des indigestions assez communes ou des accidents de putridité intestinale, etc.
On devra donc donner les aliments albuminoïdcs, soit sous forme liquide, jus de viande, soit sous forme de pulpe, cervelle, ris de veau écrasé, poulet pilé, poisson bien frais, etc., surtout à partir de dix-huit mois; on pourra ainsi varier les viandes et les substances albuminoïdcs.
Le fromage frais de bonne qualité légèrement sucré est bien utilisé; il contient en quantité notable du ferment lactique et prévient la constipation chez les enfants qui consomment surtout des laits stérilisés et surchauffés. Les compotes de fruits cuits, de bananes, la pulpe d'orange sont acceptés avec plaisir par la plupart des sevrés, de même que les biscuits à la cuillère trempés dans le lait. Lorsque l'enfant aura douze dents, on le lais^ra grignoter de petites croûtes de pain, de petites tartines de beurre, du pain d'épices, etc.
Steffen admet que les enfants bien portants de 2 ans doivent recevoir en cinq repas par jour les quantités suivantes d'aliments (1) :
Lait 1.000 ce. \
Viande 60 gr.
Divers 40 gr. j = 68 gr. albumine.
Œuf un œuf / =66 gr. graisse.
Bouillon ou potage 100 ce. \ = 78 gr. hydr. de carb.
Légumes 50 gr. l
Pommes de terre 35 gr. \ = 1.200 calories.
Pain 50 gr.
Beurre 10 gr. /
Ce tableau représente assez bien la quantité d'aliments que doit consommer un enfant normal de 2 ans pesant 11 à 12 kilos et ayant 80 à 82 centimètres de taille.
(1) 11. Klose, loc. cit.
Voici un tableau qui permettra de dresser approximativement la ration des enfants aux divers âges :
Tableau, d'après Sommerjeld et Camerer, pour le calcul des quantités d'aliments nécessaires à partir de la seconde année.
Age.
Sexe.
.Apport total.
Eau.
Albumine.
Graisse.
Hydrates de carbone.
Calorie
2 et 4 ans.
Id.
Fillettes. .
Garçons. .
5 et 7 ans.
Fillettes . .
Id.
Garçons . .
7 et 10 ans.
Fillettes . .
Id.
Garçons. . .
11 et 14 ans.
Fillettes . .
Id.
Garçons. . .
D'après Camerer encore, le rapport des aliments azotés aux non-azotés est 1:4-1:5. En général, 50 % de l'albumine ingérée doivent être d'origine animale.
TRAITÉ D'HYOIÈNE INFANTiLE.