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II. Laiterie

Une infirmière spéciale lui est attachée. Cette laiterie est formée de deux pièces.

Dans la première sont placées : 1" une écrémeuse à main système dit « la Villageoise »; récr^mage est fait à 6 grammes de beurre par litre; 2" une glacière à quatre compartiments dans laquelle on conserve les bouteilles de lait préparées le malin pour chaque nourrisson.

Dans la seconde sont installées : un stérilisateur Gentile à eau bouillante, contenant cinquante compartiments à bouteilles; un réchaud à gaz pour préparer les bouillies; une chaufferie à assiettes.

Le matin, à la visite, le chef de service prescrit le nombre et la dose des tétées à administrer au nourrisson dans la journée, ainsi que la nature de lait : pur ou écrémé. Ces indications sont écrites sur la pancarte du malade située dans le couloir près de la porte de chaque box.

La laitière de service, après la visite, récapitule les doses pour la préparation des biberons.

Tous les jours elle reçoit le lait de la cuisine de l'hôpital; elle écréme la quantité de lait nécessaire, correspondant à celle indiquée sur les pancartes.

Elle dispose dès le matin la quantité de lait prescrite dans autant de bouteilles qu'il y a de tétées indiquées pour la journée pour chaque nourrisson, et procède aussitôt à la stérilisation.

Dès que celle-ci est faite, chaque bouteille est étiquetée au numéro du box, et mise dans la glacière.

Quand l'heure des tétées est arrivée, la laitière va poser les bouteilles de lait sur le chariot situé dans le couloir central des boxes, et les infirmières les distribuent à leurs malades respectifs.

La laitière est de plus chargée de préparer les bouillies et les panades prescrites.

La crème retirée le matin est répartie dans ces dernières et quelquefois dans le lait pur.

Après chaque tétée, les bouteilles de lait sont lavées à l'eau chaude et à la potasse (par la laitière).

Chaque tétine individuelle est passée à l'eau bouillante (par l'infirmière).

Note sur le fonctionnement de la crèche hospitalière de Châtillon-sous-Bagneux, communiquée par le D' Barbillion, ancien interne des hôpitaux, médecin de la station suburbaine annexée à l'hospice dépositaire des Enfants- Assistés (1),

La station suburbaine de Châtillon-sous-Bagneux, ouverte le 15 janvier 1893, a été créée dans le but :

1° De permettre d'élever à la campagne, à proximité de l'hospice des Enfants-Assistés, des nourrissons atteints de débilité congénitale ou accidentelle, des atrophiques, hypotrophiques, ou athrepsiques confirmés, et des syphilitiques héréditaires;

2" De désencombrer les services de l'hospice dépositaire consacré à ces enfants;

3" D'exercer une surveillance permanente sur ces nourrissons au point de vue de l'apparition d'accidents syphilitiques, et d'éviter par ce moyen les contaminations de nourrices de province;

4" De retenir et de soigner ceux qui, à l'entrée, présentent des accidents syphilitiques, et ceux qui se révèlent atteints de cette affection pendant leur séjour dans le service.

(1) Cette crèche hospitalière très importante est désignée sous le nom de : « Station suburbaine de l'hospice dépositaire des Enfants- Assistés •<. Elle établit une sorte de transition entre la crèche hospitalière et la pouponnière proprement dite.

La station forme un vaste quadrilatère situé sur le versant septentrional du plateau de Châtillon, à la limite de cette commune et de celle de Malakoiï, en bordure de la route stratégique qui conduit au fort de Vanves, à 200 mètres environ de la grande route de Paris à Châtillon; de vastes cultures maraîchères l'entourent dans la plus grande étendue de son périmètre. Elle se compose d'un certain nombre de corps de bâtiments : les uns sont destinés aux services généraux, logements du personnel, bureau des entrées, pharmacie, cabinet du médecin, cuisine, lingerie, salles de bains pour le personnel, magasins, laiterie, écurie, étable pour les vaches ; les autres sont consacrés aux nourrissons, aux nourrices sédentaires et aux infirmières chargées de leur donner des soins.

Les pavillons où sont réunis les enfants s'élèvent au centre de la station. L'un d'eux, situé dans la partie droite du terrain, forme avec une ancienne écurie d'ânesses aujourd'hui transformée en magasin, un T dont la branche horizontale est représentée par les deux salles consacrées aux enfants élevés au biberon et aux infirmières qui les soignent. Cette fraction du service se nomme la « nourricerie ».

Les nourrices sédentaires, avec leurs nourrissons au sein et ceux qu'elles élèvent au biberon, sont réparties dans deux pavillons parallèles, exactement semblables, et partagés chacun en deux grandes salles, séparées par un vestibule. Depuis l'année 1905, sur notre demande et d'après l'avis du Prof. Hutinel, chaque salle a été divisée en deux parties par une cloison vitrée; les enfants occupent une des divisions, celle qui est contiguë à la chambre de change, située au fond du pavillon, et les nourrices ont leur lit dans la première fraction, celle qui donne sur le vestibule. Cette disposition a été prise dans le but d'éviter la promiscuité des nourrices et des nourrissons : elle s'oppose à ce que les nourrices, obligées de se lever la nuit pour donner à téter, prennent les enfants dans leur lit, comme elles le faisaient trop souvent jadis, malgré la surveillance; elle permet en outre de pratiquer une désinfection plus facile des locaux. La chambre de change avec son large foyer, avec son appareil de chauffage au gaz pour l'eau, communique directement avec une pièce de dégagement par laquelle on se débarrasse au moyen d'une trémie des linges souillés, sans avoir besoin de passer par les salles.

Un dernier pavillon, plus petit, parallèle aux deux précédents, divisé en quatre chambres séparées, occupe le fond du terrain : c'est l'infirmerie. Tous ces pavillons sont reliés par une galerie couverte : ils sont entourés de jardins plantés d'arbres, où les pelouses alternent avec des massifs d'arbustes; pendant la belle saison des corbeilles de fleurs soigneusement entretenues apportent leur note de gaîté-

Un service biquotidien de voitures établit entre la station et l'hospice des Enfants-Assistés une étroite et constante communication. Le téléphone a été installé et fonctionne depuis plusieurs années. L'établissement est éclairé au gaz. Le chauffage se fait au coke, dans de larges cheminées à feu libre, et à deux ouvertures; l'eau amenée par la canalisation suburbaine est de l'eau de Seine. Cette eau est d'abord filtrée dans un grand filtre à sable et à éponge qui la débarrasse de ses impuretés; elle est ensuite conduite dans le réservoir d'où elle est distribuée dans les différents services. Dans chaque pavillon est un filtre Chamberland pour l'eau de boisson. Depuis dix-sept ans, c'est-à-dire depuis l'ouverture de la station, je n'ai pas constaté un seul cas de fièvre typhoïde dans le personnel.

Un four à incinération permet de se débarrasser des ordures et surtout des paillots qui ont servi au couchage des enfants.

L'amphithéâtre est pourvu d'une glacière où sont déposés les corps, en attendant que l'enlèvement en soit effectué par le service de l'ampliithéâlre d'anatomie de Clamart.

Réglementairement il y a place pour 88 berceaux de nourrissons et pour 32 nourrices sédentaires. Mais pendant certaines années et à certaines époques le nombre des enfants a dépassé la centaine, et il y a eu jusqu'à 40 nourrices. Depuis quatre ou cinq ans la moyenne est de 50 nourrissons et de 20 nourrices.

Le service médical est confié à un médecin qui chaque jour passe en revue tous les enfants, examine les entrants, fixe leur régime, décide de leur mise au sein ou au biberon et désigne pour le départ ceux qui sont en état d'être envoyés on province. Ces derniers, reconduits ;\ l'hospice dépositaire, y sont présentés au médecin en chef (jui juge en dernier ressort de l'opportunité de leur envoi dans les agences.

l/IIYCIÈNE DES CrxKGHES ET DES POUPONNIÈRES 593

Le personnel se compose d'une surveillante, de sous-surveillantes et d'infirmières; d'un cocher, d'un garçon de service; une vachère est chargée des soins de l'étable et de la traite des vaches, au nombre de six.

Sen'ice intérieur. — Tout enfant qui entre dans le service est mis au biberon en attendant la visite médicale. 11 est ensuite mis au sein immédiatement, si cela est possible, et en tous cas désigné pour être mis au sein à la première vacance, quand l'examen médical établit qu'il est indemne de syphilis héréditaire. Suspect, il reste au biberon, quitte à être mis ultérieurement au sein, s'il se révèle définitivement indemne, ce qui se produit très souvent. Les syphilitiques sont, est-il besoin de le dire, exclusivement élevés au biberon.

Chaque enfant, à son entrée, est pourvu :

1° D'une feuille d'observation où sont inscrits les nom, prénoms, âge, numéro d'ordre, date d'entrée et poids. Après la visite médicale, une courte note indique la catégorie morbide dans laquelle il peut être rangé : (débilité accidentelle, avorton, atrophique ou hypotrophique, syphilitique héréditaire) ; les différentes lésions et les troubles fonctionnels qu'il présente; le mode d'alimentation (sein ou biberon), et dans ce dernier cas, la quantité de lait par biberon, le nombre des repas, et le mode d'administration du lait (pur ou coupé, cru ou stérilisé). C'est sur cette feuille que seront notés les différents troubles accusés par l'enfant pendant son séjour; le poids relevé chaque jour y est également inscrit;

2° Depuis l'année dernière, chaque enfant est pourvu d'une feuille spéciale (modèle du D' Variot). Au recto de cette feuille est inscrite la courbe de poids et de taille de l'enfant, relevée au pédiomètre. Au verso sont inscrites les quantités de lait prises à chaque tétée par les enfants au sein, ou données à chaque biberon. Le total en est fait chaque jour et il est ainsi facile de suivre parallèlement le développement de l'enfant et son alimentation, et de modifier celle-ci suivant les besoins ;

3° Enfin, depuis quelques mois, les enfants qui nous arrivent, sont ordinairement munis d'une fiche d'observation où sont mentionnés les renseignements qu'il importe de connaître sur leur état antérieur. Sur cette fiche sont notés les différents incidents morbides, l'augmentation de poids et de taille observée pendant le séjour de l'enfant, et le mode d'alimentation auquel il a été soumis; ainsi est commencé un dossier sanitaire qui suivra l'enfant dans ses diverses pérégrinations.

D'une façon générale, les nourrissons sont divisés en deux catégories : les uns sont confiés à des nourrices qui les élèvent au sein ou au biberon, les autres sont mis entre les mains d'infirmières; ceux-là sont tous des biberonniers ; les premiers sont ordinairement des nouveau-nés, des prématurés, des débiles, ou des débilités accidentels, d'un âge inférieur à trois mois; les seconds sont plus âgés, et ce sont pour la plupart des atrophiques ou des hypotrophiques, enfants à gros ventre, à membres grêles, infectés pour la plupart, et que nous réunissons dans le pavillon dit de la Nourricerie.

Nourrices. — Elles nous sont envoyées directement de l'hospice des Enfants-Assistés, où elles ont été examinées et reconnues saines par le médecin en chef. Elles sont l'objet d'un nouvel examen médical à leur arrivée à la station. Elles prennent un bain, revêtent un costume approprié, sont pourvues de sarraux de toile qu'elles ne doivent endosser que dans les pavillons, et reçoivent la consigne suivante, qu'il appartient au personnel surveillant de leur faire observer :

1° Entretien des mains dans un état de propreté rigoureux; ongles courts et soigneusement brossés; lavage des mains avant et après le change des enfants; défense de toucher les yeux et la bouche des enfants avec les doigts ;

2» Se servir de tampon d'ouate hydrophile pour nettoyer la bouche ou le nez, après les vomissements ou régurgitations ;

30 Garnir le siège des enfants d'un coussinet d'ouate hydrophile à chaque change; poudrage au talc et au sous-nitrate de bismuth. Dans chaque salle deux poivrières remphes de poudre de talc et bismuth sont à la disposition des nourrices, ce qui évite de prendre la poudre dans une boîte commune, comme cela se faisait autrefois.

Chaque nourrice possède également un pot de vaseline individuel ;

4° Chaque nourrice est munie d'une cuvette en tôle émaillée qui lui sert exclusivement

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59i PROTECTION DV PREMIER AGE

pour les soins de toilette à donner à ses nourrissons. — Quatre grands bains de pied par salle servent de baignoires pour les bains médicamenteux (bains alcoolisés, sinapisés, d'amidon, etc. ) ;

5° Nettoyage à l'eau boriquée du bout de sein, avant et après chaque tétée;

6° Chaque tétine de biberon, rigoureusement individuelle, est lavée à l'eau chaude après avoir servi, et reste dans un cristallisoir rempli d'eau boullie et protégée contre la poussière par un couvercle de métal ;

70 Le change des enfants est fait après chaque tétée. Pour éviter la promiscuité de la chambre de change, il est interdit de changer plus de deux enfants à la fois.

Toutes ces prescriptions en ce qui concerne l'allaitement au biberon sont appliquées à la nourricerie, et les infirmières chargées de ce service sont tenues de s'y conformer.

Du lait. — Le lait est fourni par six vaches de race normande : ces vaches reconnues saines par le vétérinaire, soumises à l'épreuve de la tubercuhne, sont remplacées dès que leur production laitière devient insuffisante. La vachère chargée de les soigner et de les traire a reçu l'ordre de procéder de la façon suivante : nettoyage des récipients à l'eau bouillante : se savonner les mains et les passer à une solution faible de sublimé avant la traite ; laver le pis de la vache à l'eau de savon avant de commencer la traite.

Le lait est stérilisé immédiatement ou très peu de temps après qu'il a été recueilli.

La stérilisation se fait dans la laiterie ; deux stérilisateurs, contenant chacun 50 biberons, sont utilisés; la stérilisation se fait en moyenne deux fois par jour.

D'une façon générale et sauf indications particulières, les enfants au biberon reçoivent pendans les huit premiers jours de la vie des rations progressives de lait coupé d'eau bouillie dans la proportion de moitié; à partir de ce moment jusqu'à deux mois, le lait est coupé au tiers. Quand l'enfant atteint son troisième mois, il est mis au lait pur. Cette règle souffre naturellement un grand nombre d'exceptions. Dans certains cas d'intolérance, nous utilisons avec avantage le lait homogénéisé Lepelletier.

Isolement des malades et désinfection. — En vue d'éviter autant que possible l'infection septique des nourrissons, qui est le grand fléau des agglomérations infantiles, je me suis efforcé d'établir dans chaque pavillon une séparation entre les enfants relativement bien portants et les enfants atteints d'une infection quelconque, soit cutanée (abcès, phlegmon, impétigo, ulcérations fessières ou malléolaires), soit muqueuse (coryza, conjonctives, otite), soit gastro-intestinale ou tracliéo-bronchique. Les enfants sains occupent les salles de gauche, les enfants malades sont réunis dans les salles de droite de cliaque pavillon. Tout enfant qui, dans une salle de bien portants, tombe malade est immédiatement transporté dans la salle correspondante d'infectés, et, inversement, tout enfant guéri d'une infection quelconque est réintégré dans la salle des bien portants.

Les chambres d'isolement de l'infirmerie sont réservées aux grandes infections (érysipèles, ophtalmies purulentes, diphtérie, broncho-pneumonies, gastro-entérites toxi-infectieuses).

Désinfection. — Chaque jour, le carrelage des dalles est lavé à grande eau phénolée. — Les berceaux devenus vacants, soit par décès, soit par dépait, sont immédiatement sortis des pavillons, lavés au sublimé, complètement regarnis; les paillots do balle d'avoine sont brûlés. Les couveuses en faïence émaillée sont également désinfectées au sublimé, après chaque départ ou décès, et sont laissées vacantes pendant phisiouis juurs.

La désinfection des salles est faite en moyenne une fois par mois, plus souvent quand l'état sanitaire l'exige. Le procédé employé est la vaporisation sous pression d'une solution d'aldéhyde formique au moyen de l'autoclave; pour les pelites ihainl)res d'isolement de l'infirmerie, nous nous contentons du pulvérisateur Lucas-Cliampionnière, alimenté au formol.

Sur noire demande, en 1908, une large lente démontable a été dressée pendant la belle saison entre les deux pavillons. Une seconde tente doit prochainement être installée. Les nourrissons peuvent ainsi passer de longues heures en plein air, à l'abri des rayons du soleil; les ombrages fini, d'année en année deviennent pins larges et plus épais, sont également utilisés pour leur permctlre de bénéficier des avanlages de la cure d'air.

L'HYGIÈNE DES CRÈCHES ET DES POUl'ONNIÈRES

Lettres (lu plan.

Surface des bâtiments. . . .

Surface des cours et jardins

Mètres cairés.

Surface totale des terrains. 10,331 Nombre de lits budgétaires. . . 136

I\ez-de-chaussée.

Administration.

Cuisine.

Bains.

Service des^morts.

Lingerie.

K Hangar.

MM Malades.

N Infirmeries.

Réfectoire des nourrices.

Laiterie.

Réservoir.

Écuries et^étables.

Premier étage.

Logements.

Logements.

Plan communiqué par M. May, directeur de l'hospice dépositaire des Enfants-Assistés, et par M. Rochet, architecte.

êtres

Fie. 97. — Crèche hospitalière annexe de l'hospice dépositaire des Enfants-Assistés de la Seine, à Châtillon-sous-Bagneux, près Paris, construite en 1892.

Statistique générale des dix dernières années 1899 à 1908.

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