HEREDITE SYPHILITIQUE ET TUBERCULEUSE HEREDITES TOXIQUES
L'expérience quotidienne en hygiène infantile nous a appris que, dans rimmense majorité des cas, les troubles nutritifs, les retards dans l'accroissement, surtout au cours de l'allaitement artificiel, sont bien plus souvent imputables aux soins défectueux, aux fautes commises par les mères et les nourrices pour fixer la ration alimentaire, qu'au nourrisson lui-même.
Il faudra donc, en présence d'un processus d'atrophie ou d'hypotrophie, n'incriminer l'hérédité morbide qu'après avoir approfondi les conditions de l'élevage par une enquête rigoureuse. Autant il nous est aisé de rendre à l'enfant un miheu nutritif physiologique et par suite de le restaurer, autant nous sommes mal armés pour lutter contre les aptitudes morbides qui lui sont héréditairement transmises par les générateurs.
Sans nous attarder à des considérations théoriques sur les modalités de l'hérédité morbide, nous ne pouvons que constater l'influence extrêmement fâcheuse des germes produits par des générateurs contaminés ou intoxiqués, sur la formation et le développement du fœtus et plus tard du nouveau-né. Les germes mâles ou femelles, ou les deux à la fois, peuvent donc avoir subi une
imprégnation morbide, dont nous voyons se dérouler les effets aussi bien pendant la vie intra-utérine, qu'après la naissance.
Chez le nourrisson, les troubles nutritifs, quelle qu'en soit la cause, ralentissent ou arrêtent le développement des tissus et des organes. D'ailleurs, la débilité congénitale, comme l'atrophie et l'hypotrophie pendant l'élevage, seront la conséquence habituelle des tares héréditaires.
Hérédité syphilitique.
« Ce qu'il y a de plus redoutable dans la syphihs, ce par quoi la syphilis s'élève au rang d'un fléau pour l'humanité, c'est à coup sûr sa faculté de transmission héréditaire, sous les diverses formes par lesquelles cette hérédité peut se traduire. » Ainsi s'exprime notre grand syphiligraphe, M. Alfred Fournier.
Neumann (de Vienne) a dit de même au Congrès international de 1901 :
« Il faut considérer la syphilis héréditaire comme une des plus afîreuses maladies qui, sauf peu d'exceptions, tuent presque tous les enfants.
« Sous de tels rapports, la syphilis ne reste pas dans le cadre étroit de la science, mais ressort du domaine de l'État qui devrait mettre en œuvre tous les moyens pour arrêter les conséquences funestes que la syphilis des parents peut entraîner. »
M. Fournier s'est attaché à démontrer par des statistiques précises l'extrême nocivité de la syphilis héréditaire.
« Étant donné un ménage entaché de la tare syphilitique, nous dit-il, il y a plus de 50 % de risques que la disposition morbide des parents se réfléchisse sur le produit de la conception. »
Dans une statistique dressée sur 500 ménages, ce même auteur a vu que la proportion des grossesses à résultat malheureux a été de 46 % {mortinatalité) et que le taux de la mortalité infantile parmi ceux qui viennent vivants a été de 42 %. Tels seraient les chiffres pour la population aisée de la ville à Paris, mais la mortalité hospitalière serait encore plus effrayante.
Sur 148 grossesses de femmes syphilitiques, on a constaté (A. Fournier) à l'hôpital Saint-Louis, les résultats suivants :
125 enfants morts.
23 survivants.
Comme mortalité globale 84 %.
A l'hôpital des vénériens de Lourcine, une enquête du même genre a donné 86 % de mortalité. On est bien autorisé à dire « que la vérole est de toutes les maladies, celle qui produit le plus d'avortemcnts et qui tue le plus d'enfants en bas âge ».
La polymortalité des jeunes peut être telle que certaines familles syphilitiques sont vraiment décimées par l'hérédité syphilitique, laquelle dépeuple littéralement le foyer domestique en tuant toute une lignée d'enfants.
Que l'on ne s'imagine pas que ce tableau tracé par M. Fournier des ravages de la syphilis soit poussé au noir. Dans le milieu populaire de la Goutte de lait
(î) Leçons cliniques sur Vhérédilé syphilitique, par Alfred Fournier. Paris.