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L'HÉRÉDITÉ MORBIDE ET LE DÉVELOPPEMENT DES NOURRISSONS

de Belleville, nous voyons assez souvent des malheureuses femmes syphilitiques ne pouvoir élever aucun enfant après six ou huit grossesses consécutives. La plupart arrivent mort-nés, souvent dès les premiers mois de la grossesse. S'ils naissent vivants, ils sont le plus souvent débiles, et après quelques semaines ils présentent le cortège symptomatique habituel de l'hérédo-syphilis. Il en est qui apportent en naissant des lésions viscérales et cutanées tellement graves, qu'elles ne permettent qu'une survie de quelques jours.

Dans les fiches de la Goutte de lait, je relève la suivante comme très typique, relative à un ménage syphilitique :

Dix enfants nés avant terme.

Deux seulement survivent, un garçon âgé de huit ans, et celui qui nous est apporté : Br... Frédéric, à l'âge de neuf mois, a été élevé mi-partie au sein, mi-partie au biberon.

Il pèse seulement 5 kg. 200.

Il a le teint mat et cireux, le crâne natiforme, la racine du nez déprimée, une hernie inguinale, etc.

Nous l'avons suivi jusqu'à 21 mois; malgré une alimentation lactée bien réglée, un traitement mercuriel par les frictions, il ne pèse à cet âge que 8 kg. 750; il n'a pas encore de dents, son crâne natiforme s'est accentué; il ne parle pas. Depuis nous avons appris que cet enfant à l'âge de cinq ans avait été placé comme sourd-muet à l'orphelinat de Gempuis.

Alors même que les mères syphilitiques parviennent à faire traverser heureusement à leurs nourrissons la période si critique de l'allaitement, ils n'en restent pas moins bien plus exposés que les autres à contracter des maladies infectieuses auxquelles ils peuvent succomber. Je rappelle pour mémoire l'ensemble des troubles très divers, y compris les malformations congénitales des organes, que M. Fournier a relevées sous le nom de lésions parasyphilitiques et qui diminuent la résistance vitale de ces malheureux petits êtres.

Voici l'observation clinique de deux jumeaux qui atteste bien l'extrême vulnérabilité des enfants syphilitiques, alors même que l'allaitement bien régulier peut faire espérer leur élevage.

Leur père avait séjourné aux colonies, mais n'était pas buveur; il prétend n'avoir jamais eu d'accidents syphilitiques; la mère dit avoir toujours été bien portante. Elle a eu deux fausses couches, un enfant à terme mort-né, et trois autres enfants morts dans les premiers mois après la naissance. Cette femme n'ayant pas de lait ne peut pas donner le sein.

Les deux jumeaux sont nés à terme le 16 octobre 1903.

Marcel Ch... est apporté à la Goutte de lait de Belleville le 12 février 1904.

Il a été élevé au biberon dès la naissance, son poids à cette date est de 4 kg. 460.

Son teint est assez coloré, mais il présente des ostéophytes frontaux et pariétaux très prononcés; sur les fesses cicatrices et papules érosives en activité. Sur les jambes plaques bronzées confluentes.

Les injections sous-cutanées de bi-iodure d'hydrargyre ne semblent avoir aucun effet pour arrêter la production des ostéophytes; on conseille la poudre grise à la dose de 3 centigrammes par jour. Les éruptions cutanées se modifient rapidement et les ostéophytes crâniens se résorbent.

L'élevage marchait régulièrement au lait Gallia. Au mois d'avril le poids était de 5 kg. 800 ;

mais dans le mois de juillet l'enfant succombe en quelques jours à une broncho-pneumonie, à ce que nous dit la mère.

L'autre jumeau, Paul Ch..., qui était extrêmement pâle et plus débile que le précédent, a survécu plus longtemps.

Le 12 février, son poids à 4 mois était de 4 kg. 230. Nourri au biberon dès la naissance, il se développe bien avec le lait Gallia; il prend 3 centigrammes de poudre grise tous les jours pendant trois semaines avec une interruption de huit jours; son poids était, le 14 juillet 1904, de 7 kg. 900. A son arrivée à la Goutte de lait, il offrait une éruption cutanée typique de la syphiUs fort semblable à celle de son frère, et aussi des ostéophytes pariétaux et frontaux très prononcés, au point que les deux bosses frontales sont fort saillantes.

Il survit à son frère et il se développe relativement bien; mais il ne marche pais «ncore à 15 mois; ses dents sont blanches et bien plantées, mais leur bord libre est dentelé en scie.

A l'âge de 20 mois, il marchait; son anémie avait cédé, il était même un peu mafflu, lorsqu'il fut pris, sans cause apparente, d'un plilegmon difïus de la plante du pied droit pour lequel il fut soigné à l'hôpital des Enfants-Malades. Un autre phlegmon se produisit au pied opposé, et il succomba malgré les interventions opératoires.

La mère reçut le conseil de suivre un traitement mercuriel rigoureux en vue d'une prochaine grossesse ; le père fut averti aussi, mais il est probable que nous n'avons pas été écoutés, car on nous apporta un dernier enfant, né à terme en 1906 avec une tuméfaction considérable du fémur. Rien d'apparent dans les autres régions du squelette, ni sur la peau.

Cet enfant fut mis régulièrement au traitement. Mais à l'âge de 1 an, son hyperostose totale du fémur n'a pas cédé. A 18 mois il marche; la jambe dont le fémur est hypertrophié est un peu plus longue que l'autre.

L'observation relative à ces enfants jumeaux hérédo-syphilitiques démontre que, contrairement aux affirmations trop dogmatiques de certains syphiligraphes, Télevage artificiel est possible dans ces circonstances.

Sans doute il est impossible de nourrir au biberon les syphilitiques débiles et cachectiques qui ont de grandes lésions osseuses ou viscérales latentes ou manifestes, etc. Mais l'allaitement au sein même ne donne pas de résultats bien satisfaisants dans ces circonstances, et la plupart de ces enfants meurent dès les premiers mois.

Parrot, voyant succomber presque tous les enfants atteints de syphilis, parce qu'il ne pouvait pas les confier à des nourrices dans la crainte de les contaminer, avait eu l'idée de faire installer une nourricerie d'ânesses. A défaut de lait de femme, les jeunes syphilitiques tétaient directement au pis de l'ânesse un lait qui se rapprochait autant que possible, par la composition, du lait de la femme. Malgré tous les efforts on n'obtint que des résultats fort médiocres et la nourricerie d'ânesses, très dispendieuse, a été supprimée en 1893 et remplacée par une pouponnière installée à Châtillon-sous-Bagneux, avec quinze nourrices sédentaires au sein. De plus, quinze autres nourrices sédentaires furent conservées à la nourricerie de l'hospice dépositaire.

Note résumant les rapports administratifs sur le fonctionnement de la nourricerie d'ânesses depuis 1881 jusqu'à 1893, à l'hospice des Enfants- Assistés de Paris (1).

Le service de la nourricerie a commencé à fonctionner le 24 juin 1881 avec une vache, cinq chèvres et une ânesse. La nourricerie contenait à ce moment

(1) Colle iiol<; a éli'; coinmuniquôo par M. May, dircclour do l'ho-spico, pour le rapport ïi la Commission du la dépopulalion sur la inorlalilé des eafanls de 1 il 14 ans, par M. 0. Variol (1003).

L'HÉRÉDITÉ MOr.niDE KT I.E DÉVELOPPKMPLNT DES NOURRISSONS

8 lits d'adultes pour les infirmières et 16 berceaux, chaque fille étant chargée de 2 nourrissons.

Parrot proscrivait d'une manière absolue l'emploi du biberon, sauf pour le lait de vache. Il voulait que l'enfant bût du lait vivant. On présentait donc l'enfant à l'animal qui lui donnait le pis absolument comme une nourrice donne le sein.

Cette méthode a toujours été suivie pendant tout le temps qu'a fonctionné la nourricerie de l'hospice.

En 1883, le lait d'ânesse ayant été reconnu par Parrot de beaucoup supérieur au lait des chèvres et des vaches, on n'a plus conservé que des ânesses à la nourricerie.

Le tableau ci-contre (rapport de 1882, p. 28) donne le détail des résultats obtenus avec ces divers modes d'allaitement de l'ouverture du service (24 juin 1881) au 24 février 1883 (1).

Nombre absolu des enfants syphilitiques traités à la nourricerie du 24 juin 1881

au 24 février 1883.

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