‹ Traité d'hygiène infantileChapitre 24 sur 288 · POPULA- TION · texte numérisé non relu

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LA iMORTALITÉ INFANTILE 47

Nous avons été particulièrement frappés du taux très bas de la mortalité des enfants élevés au sein : 3,65 % à Plouezec. Le sein maternel est la sauvegarde par excellence des nourrissons aussi bien dans les villages bretons que dans nos grandes cités. Il n'est donc pas surprenant que la mortalité des enfants soit très faible dans les consultations de nourrissons dirigées à Paris par les accoucheurs, puisque l'immense majorité des enfants qui les fréquentent reçoivent le sein de leur mère. A Plouezec il n'y a pas de contrôle régulier par le médecin, pas de pesées et les enfants au sein n'en prospèrent pas moins.

Nous devons noter en terminant que le pays de'Paimpol est habité par une population de pêcheurs dont l'aisance est relative. Les chaumières sont souvent humides et mal éclairées, l'alimentation un peu insuffisante; mais les mères ne se séparent pas de leurs enfants et n'ont pas la fâcheuse habitude d'aller se placer comme nourrices mercenaires.

Pendant que les hommes sont occupés à la pêche en Islande ou sur la côte bretonne, les femmes vaquent aux soins du ménage et élèvent elles-mêmes leurs nourrissons, soit au sein, soit au biberon.

Les familles nombreuses sont assez communes, et la natalité dans le département des Côtes-du-Nord demeure relativement élevée.

STATISTIQUE DE LA MORTALITÉ DES ENFANTS DU 1^^ AGE ÉLEVÉS EXCLUSIVEMENT AU SEIN PAR LES NOURRICES CHOISIES POUR LES ENFANTS ASSISTÉS DE LA VILLE DE PARIS.

Pour arriver à des résultats précis sur ce sujet, j'ai procédé à un interrogatoire individuel méthodique des nourrices au sein qui viennent chercher les enfants assistés de la ville de Paris à l'hospice dépositaire.

Nous en inspectons environ 2.500 par an.

Ces femmes, obéissant généralement aux prescriptions de la loi Roussel, allaitent leurs propres enfants jusqu'à 7 ou 8 mois, puis elles nous sont envoyées par les agences départementales pour utiliser le supplément de leur lactation, on élevant au sein un nourrisson que nous leur confions. Elles reçoivent pour cet élevage un salaire mensuel de 30 francs par mois.

Ces nourrices habitent généralement la campagne; ce sont des paysannes dont les maris cultivent la terre, ou exercent un métier peu lucratif; on reconnaît à première vue qu'elles ne sont pas plus instruites qu'elles ne sont fortunées. Nous ne leur demandons d'ailleurs que d'être bien portantes et d'avoir du lait dans les seins. Les régions les plus diverses de la France nous fournissent des nourrices. Il en vient du Pas-de-Calais, de la Somme, de la Nièvre, de la Côted'Or, de Saône-et-Loire et même des Pyrénées. Nous pourrons donc considérer les chiffres obtenus comme exprimant la mortalité moyenne pour toute la France, des enfants nourris au sein par leur mère à la campagne.

Les questions suivantes sont posées à chaque nourrice qui passe par l'hospice dépositaire :

Combien avez-voiis eu d'enfants?

En avez-voiis perdu?

Combien?

A quel âge?

De quelle maladie?

Avez-vous déjà élevé des nourrissons de V Assistance publique?

Combien?

En avez-vous déjà perdu? etc.

Les réponses de chaque femme sont enregistrées en regard de leur nom et de leur âge. La seule chance d'erreur dans cette enquête, c'est que les nourrices, par crainte ou pour d'autres raisons, nous donnent de faux renseignements.

Mais cela est d'autant moins vraisemblable que les inspecteurs départementaux qui recrutent ces femmes font une première enquête sur place, dans chaque localité, pour établir le livret de famille; elles n'ont donc aucun intérêt à nous cacher des décès qu'il serait si aisé de découvrir. D'ailleurs, chaque convoi de nourrices arrive par la même agence; souvent elles se connaissent, car elles habitent le même village et elles n'oseraient pas mentir en présence les unes des autres.

Voici les résultats globaux que nous a fournis l'interrogatoire de 502 nourrices qui ont été inspectées par nous à l'hospice dépositaire des Enfants-Assistés de Paris du 15 mars au l^^ juillet 1908 :

Nombre de nourrices, 502.

Nombre de leurs enfants élevés au sein, 1.425.

Décès dans le cours de la l"*^ année, 56.

Mortalité g,obale des propres enfants des nourrices, 4%.

Parmi ces 502 nourrices, un certain nombre d'entre elles ont déjà reçu antérieurement des nourrissons de l'Assistance publique :

Nourrissons de l'Assistance publique au sein, 299. Nombre de décès, 20.

Mortalité globale, 6,6 %.

Il est à remarquer que ce chiffre de 6,6 % obtenu sur un groupe restreint des enfants assistés de la Seine élevés par des nourrices se rapproche de celui qui est enregistré dans la statistique annuelle pour l'ensemble des nourrissons au sein dans toutes les agences départementales.

Il n'y a pas lieu d'ailleurs de s'étonner de ce léger excès, 2,6 % de la mortalité des enfants assistés sur celle des propres enfants des nourrices; la plupart d'entre elles ne donnent aux petits pupilles de la ville de Paris que le supplément d'une lactation de sept à huit mois, et bon nombre doivent être obligées de recourir à l'allaitement mixte ou même au l)iboron pour achever l'élevage du deuxième nourrisson. Dans leur ensemble, ces résultats sont tout à l'honneur de l'organisation et de l'inspection des enfants abandonnés et recueillis par la ville de Paris. Mais, sans nous appesantir sur le cas spécial des enfants assistés, revenons à la mortalité des propres enfants des nourrices élevés exclusivement au sein.

Les 56 décès qui se sont produits sur les 1.425 enfants des nourrices ont eu lieu, l;i plupart, dans les ])remiers nu)is de la vie; mais il |nous a été impossible d'obtenir des mères des r(Mis(Mgncments assez circonstanciés pour avoir une idée

même approximative de la cause de la mort. On nous a parlé de convulsions, de méningite, de fluxion de poitrine, rarement de diarrhée, etc.

Ce chiffre de mortalité infantile de 4 % relevé sur 1.425 enfants élevés au sein à la campagne par leur mère, dans diverses régions de la France, mérite l'attention des médecins qui s'intéressent à l'hygiène infantile.

Étant donné le nombre élevé des enfants qui ont servi à calculer cette moyenne, il est bien probable que dans les mêmes conditions sociales, ce taux de la mortalité infantile sera retrouvé à peu près identique.

Les moyennes, pour avoir une réelle valeur, doivent être établies d'après des chiffres globaux importants.

Dans le cours de notre enquête sur les 500 premiers enfants élevés au sein par nos nourrices, nous avons relevé 19 décès, soit 3,8 % pour la mortalité dans toute la première année, ce chiffre se rapproche beaucoup du taux définitif de 4% que nous avons obtenu sur nos 1.425 enfants.

Mais en décomposant ces 500 premiers enfants en séries de 100 seulement, nous avons :

Premier cent, mortalité 4 %

Deuxième — 2 %

Troisième — 7 %

Quatrième — 5 %

Cinquième — 1%

Nous avons poursuivi pendant les quatre derniers mois de l'année 1908 notre enquête sur la mortalité des enfants élevés au sein par nos nourrices.

Les résultats sont consignés dans le tableau ci-dessous (voir Clinique infantile, 15 janvier 1909).

Nourrices 448

Enfants 1.395

Morts 49

1'° centaine 3

ge — 3

lO" — 4

lie 3

95 restant 1

Moyenne 3,51 %.

Donc, si l'on établit la moyenne de la mortalité sur la première série de 1.425 et sur la deuxième série de 1.395 nourrissons élevés exclusivement au sein par leur mère, à la campagne, on arrive au chiffre de 3,7 %.Ce chifl'rc esta peu

TRAITÉ D'UYCILNE INFANTILE. *

50 LA MORTALITE INFANTILE

près le même que celui relevé par nous dans le village de Plouezec sur les enfants au sein.

Il ne faut donc pas calculer la mortalité infantile sur des séries contenant un nombre trop restreint de cas.

C'est ainsi, par exemple, que je relève dans une statistique publiée par le D^ Pietro Coviglia de Turin (1), que la mortalité des enfants élevés au sein fréquentant la consultation de son dispensaire n'a été que de 2 % ; or, ses calculs ne portent que sur 236 nourrissons au sein suivis par lui.

Il faut bien spécifier que les statistiques dressées dans les consultations de nourrissons où l'on fait entrer des enfants qui n'ont été observés que pendant un mois ou deux, n'ont qu'une valeur très relative, puisque l'on ignore souvent ce qu'est devenu l'enfant après qu'il a quitté le dispensaire.

ENQUETE SUR LA MORTALITE COMPARATIVE AU SEIN ET AU BIBERON DANS UNE VILLE ANGLAISE DE 115.000 HABITANTS

Le D"* William Howarth, médical officer of health de la ville de Derby, a réuni les éléments d'une enquête rigoureuse, portant sur trois années, pour apprécier le taux de la mortalité infantile, suivant que les enfants reçoivent le sein, le biberon ou l'allaitement mixte (2).

Il est nécessaire, pour obtenir ces renseignements, de faire des inspections à domicile et de disposer d'un personnel affecté à cet usage. C'est ainsi que le D'" Howarth a pu réunir et coordonner les documents fournis par les dames inspectrices pendant trois années consécutives, du mois de novembre 1900 au mois de novembre 1903.

La ville de Derby, au dernier recensement, comptait 115.000 habitants; la population ouvrière y prédomine; les hommes sont occupés dans les chemins de fer, les fonderies, les industries diverses. Le pourcentage des femmes mariées travaillant hors de chez elles est de 9,2 %, au lieu de la moyenne 13 % pour l'Angleterre et le pays de Galles.

La ville est assez salubre, et le pourcentage des logements encombrés ayant moins de 5 chambres, n'est que 4,1%, au lieu de 12% pour le reste de l'Angleterre.

Durant les trois années ci-dessus désignées, on a enregistré 9.189 naissances sur lesquelles 5.273, ou 63,3 %, ont été nourris au sein, 1.626, ou 19,5 %, à la bouteille, et 1.349, ou 17,3 %, ont reçu l'allaitement mixte.

La mortalité la plus élevée se rencontre chez les enfants au biberon, soit 197,5 j)our 1.000; cette même mortalité n'est que de 69,8 p. 1.000 chez les enfants au sein et de 97,7 p. 1.000 chez ceux à l'allaitement mixte.

Le travail de M. Howarth contient une série de tableaux statistiques très démonstratifs auxquels nous ne pouvons que renvoyer.

La. mortalité infantile totale a été à Derby de 127,5 pour 1.000, soit pour 9.189 naissances, 1,177 décès. Elle est détaillée par trimestre dans les tableaux, suivant les divers modes d'allaitement.

(1) ICI disiicn.sario prr lallanti di Toriiio, 11)07. {Hivis/ri ili (Unira Pcdialrira.)

(2) The Lanccl, lOOr., Tl juillet

LA MORTALITÉ INKAiN'TII.E ^

Tous les chiffres globaux rapportés par le D^ Howarth semblent bien exacts, car il a eu des auxiliaires qui l'ont renseigné sur la manière dont les nourrissons étaient élevés dans chaque famille, mais nous ne saurions donner le même crédit à la statistique détaillée de cette mortalité infantile suivant les facteurs morbides.

La cause de la mort des nourrissons reste souvent obscure en l'absence d'autopsie et même quelquefois après l'autopsie; les diagnostics inscrits sur les fiches de décès sont donc sujets à caution et ne doivent être acceptés qu'avec les plus expresses réserves.

]\I. Howarth signale une mortalité très élevée par convulsions; mais ces dernières se produisent comme phénomène ultime dans la plupart des maladies du premier âge. La dentition, le marasme, la débilité, qui figurent aussi comme causes de mort dans les tableaux, sont des états morbides bien mal déterminés.

Retenons seulement que la mortalité par diarrhée et entérite épidémique qui n'est que de 8,6 p. 1.000 chez les enfants au sein, monte à 27,6 dans l'allaitement mixte et à 57,7 dans l'allaitement artificiel, c'est-à-dire qu'elle est environ 7 fois plus forte chez les enfants au biberon que chez ceux au sein.

Poussant encore plus loin ses recherches, M. Howarth établit que la mortalité p. i.OOO n'est que de 177 chez les enfants nourris avec du lait coupé d'eau, mais qu'elle atteint 255 p. 1.000 chez ceux qui reçoivent du lait condensé et 252 p. 1.000 chez ceux qui prennent des mixtures farineuses, bouillies, panades, etc.

Le travail du D^" Howarth offre le plus haut intérêt pour tous ceux qui cherchent à combattre la mortalité infantile; il peut servir d'exemple, par sa précision consciencieuse, aux médecins qui voudraient dresser de semblables statistiques.

Les chiffres du D"* Howarth, qui ont leur pleine valeur en Angleterre, ne peuvent pas être considérés comme exacts pour les grandes villes de France. Les différences de mœurs d'un pays à l'autre sont plus grandes encore qu'on ne pourrait le croire. Les mères anglaises ne se séparent jamais de leurs jeunes enfants et l'allaitement mercenaire est presque inconnu pour elles. H n'y a pas dans le Royaume-Uni de loi comme notre loi Roussel visant les nourrissons confiés à des femmes étrangères; la dernière loi de protection de l'enfance votée par le Parlement ne s'adresse qu'aux enfants placés en garde ou en pension après l'âge de trois ou quatre ans.

Le taux de la mortalité des enfants au biberon dans la ville de Derby, soit 197,5 p. 1.000, nous parait relativement faible, si nous le comparons au taux de 50 % relevé par M. Pinard sur les enfants nés dans sa Maternité et élevés au biberon par des nourrices mercenaires.

On ne saurait donc trop s'attacher à répandre dans la classe populaire cette notion très simple, mais trop souvent oubliée, que la mère ne doit jamais se séparer de son enfant.

H résulte de tous les documents les plus récents recueillis à ce sujet, que la mortalité des enfants élevés au biberon par leurs mères est deux ou trois fois plus forte que celle des nourrissons au sein; elle devient cinq à six fois plus forte lorsque l'allaitement artificiel est fait par une nourrice mercenaire.

LA MORTALITE INFANTILE

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